vendredi, 30 octobre 2009
"J’AIME LES CAFARDS..." REPORTAGE DANS LES CAVES VELUES. SORTIE DE LA REVUE RAVAGES CONSACREE A L'ANIMAL
NEWS NEWS NEWS Les cafards font preuve d’une actualité perpétuelle. Ils triomphent dans les vide-ordures, envahissent chroniquement nos hôpitaux, rapetissent en quelques générations pour se blottir dans nos téléviseurs et se multiplient dans les gaines de chauffage. A Tel Aviv, en décembre 2007, le neurobiologiste de l'Université Ben Gourion Frederic Libersat cherche à comprendre comment agissent les neurotoxines présentes dans les venins. Il avait récemment découvert que le venin des guêpes Amputex faisait baisser l'activité de certains neurones de la blatte spécialisés dans la production du neurotransmetteur nommé octopamine. Pour vérifier, il a injecté de l'octopamine dans le cerveau de blattes paralysées par les gupères. Lesquelles ont aussitôt retrouvé l'usage de leurs pattes. L'arcticle vient d'être publié dans The Journal of Experimental Biology : grâce aux blattes nous progressons ainsi dans la compréhension des venins et du sytème nerveux.
Pendant ce temps, au Centre de recherches pour la cognition animale de Toulouse (CNRS), une équipe travaille depuis 2005 à des petits robots qui s’auto-organisent en troupe comme des cafards, et sur un “leurre” capable de vivre au milieu des blattes et d’influencer leurs comportements. Selon Jean-Louis Deneubourg de l’Université Libre de Bruxelles, "l'objectif à long terme de ces leurres serait de réaliser des sociétés d'animaux et de machines dont les interactions doteraient ce système de nouvelles fonctionnalités" - par exemple pour développer la pollinisation de la flore (aujourd’hui menacée par le réchauffement).
En regard de cette omniprésence de la blatte dans nos vies modernes, voici un reportage dans les caves parisiennes publié dans la revue RAVAGES 3, qui sera mis en vente en librairie à partir du samedi 13 novembre. Thème du numéro : "Adieu bel animal", un numéro faire part, qui prend la mesure de l'extinction en cours des espèces - la sixième extinction - et de la crise de l'humanisme qu'elle génère. Pour le commander : Editions Descartes&Cnie. 32 rue Cassette. 01.42.22.29.02 avec des textes de l'éthologue Franz de Waal, le Capitaine Watson, le géographe Jared Diamond, le journaliste Fabrice Nicolino, le philosophe Dominique Lestel, la biologiste Catherine Vidal.
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TOUT COMMENCE PARCE QUE LES CAFARDS RONGENT L'AEROPORT DE TOKYO...
...Lundi, je rentre de nuit chez moi, j'allume machinalement la lumière de la cuisine, une marée velue court sur les murs, flaque vivante qui ruisselle dans toutes les directions et disparaît en quelques secondes derrière les meubles. Des cafards, des milliers de cafards ont envahi l'appartement. Je vaporise un épais nuage d'insecticide, la moitié de la horde agonise les pattes en l'air tandis que l'autre se terre sous le lino et file chez le voisin le long des canalisations. Mardi, je passe à la rédaction. À peine arrivé au comité de rédaction, on me tend une dépêche AFP: "Les cafards attaquent l'aéroport de Tokyo. Après avoir constaté la gravité de la situation dans les restaurants et les magazins du bâtiment d'embarquement, les responsables ont décidé de les fermer. Selon les spécialistes, il leur faudra une quarantaine de jours pour s'en débarrasser."
Je demande: "Alors, je pars pour Tokyo?"
-Non, tu trouves une société spécialisée dans le massacre des cafards et tu t'engages. Tu pars pour les caves parisiennes."
Mercredi, me voici rue Saint-Honoré, au siège parisien de la société Attila. Cette société détruit tous les insectes parasites, elle traque les rats et les souris, elle chasse les pigeons et éloigne les chats, elle empêche les chiens de lever la patte sur les trottoirs. J'ai rendez-vous avec la direction, Mlle W. Au mur, une affiche publicitaire, un Mongol armé d'un sabre de Samouraï décapite des rats et éventre des cafards. Il crie: "BANZAÏ ! FAITES CONFIANCE A ATTILA, LE FLEAU DU CANCRELAS ». Sur un casier métallique s'aligne une série d'éprouvettes pleines de poudres bleues, de cristaux blancs - des redoutables pesticides.
09:24 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : animal
lundi, 12 octobre 2009
ALAIN CORBIN, "HISTORIEN DU SENSIBLE", AUX RENDEZ-VOUS DE BLOIS. "LE XVIIIe FUT LE GRAND SIECLE DU CORPS"


NEWS NEWS NEWS Dès la première conférence des douzièmes "Rendez-Vous de l'histoire", réunis dans le magnifique chateau de Blois et consacrés au « Corps dans tous ses états », il a fallu refuser du monde. Le public s'est bousculé, parfois à corps éperdu, pour écouter plusieurs dizaines d'historiens et personnalités des sciences humaines sur des sujets différents que "les anormaux", le sport spectacle, le bronzage ou la chirurgie esthétique. On y croisait ... Sylviane Agacinski, Fabrice d’Almeida, Jean-Pierre Azéma, Georges Balandier, Antoine de Baecque, Pascal Blanchard, Pascal Boniface, Alain Corbin, Joël Cornette, Arlette Farge, Antoinette Fouque, Françoise Héritier, Jean-Noël Jeanneney, Claude Lanzmann, Henry Laurens, Bruno Laurioux, David Le Breton, Amin Maalouf, Adelwahab Meddeb, Pascal Ory, Mona Ozouf, Michelle Perrot, Pascal Picq, Yves Pouliguen, Anne Rasmussen, Daniel Roche, Michel Winock, et d'autres encore…« Tous ces corps pour voir le corps, c'est formidable », a lancé Jean-Jacques Courtine, professeur à la Sorbonne, tandis que la philosophe Françoise Gaillard et l'historien Georges Vigarello présentaient "100 000 ans de beauté", un pavé en cinq tomes publiés par les éditions Gallimard, à l'initiative de la fondation L'oréal. Une somme colossale, commanditée par Béatrice Dautresme, la directrice, qui a voulu lancé une sorte de recherche à ciel ouvert sur la beauté, à laquelle ont contribué 300 chercheurs, beaucoup d'historiens du corps, des crtiiques d'art, des philosophes, des écrivains de S.F, des couturiers, pour écrire 355 articles, trop courts souvent tant on aimerait aprendre plus, ajoutez autant d'images fortes, photographes, plasticiens - le tome 5 sur "le corps du futur" passionnera (125 € en souscription). En regard de cet événement, qui fait la part belle à l'histoire des moeurs, voici un entretien avec Alain Corbin, fameux historien présent à Blois, l'auteur du "Miasme et la jonquille", l'historien de la fascination pour les bords de mer, qui a par ailleurs co-dirigé et publié en 2005-2006 la monumentale "Histoire du Corps" des éditions du Seuil - où les textes sont très étoffés.
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L'historien des mentalités Alain Corbin s'en penché, dans l'ouvrage publié au Seuil, sur l'histoire et les évolutions de notre conception de la sexualité entre 1770 et 1960 - qui se révèle passionnate, et riche de surprises. Alain Corbin a été surnommé par ceux qui apprécient ses travaux, "l'historien du sensible" car il s'est intéressé à l'histoire des représentations et du vécu de la sensibilité physique, que ce soit l'évolution de l'odorat et du dégoût olfactif depuis le Moyen Age - dans "Les miasme et la jonquille" -, ou encore à la fascination des Européens pour les bords de mer. Cet observateur d'une histoire sensitive et vécue de nos moeurs raconte ici pourquoi la période qui s’étend entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe fut " le grand siècle " du corps (entretien publié dans le Monde 2, avril 2005)
16:37 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : ego, philosophie, féminisme
jeudi, 08 octobre 2009
"INFANTILISATION DES ADULTES, PUERILISATION DES ENFANTS". UN ENTRETIEN AVEC BERNARD STIEGLER
NEWS NEWS NEWS. La pensée est aussi une activité de scène, de confrontation avec un public, d'échanges animés et parfois polémiques. Le philosophe Bernard Stiegler en un de ces batailleurs de pleine salle, qui intervient sur plusieurs fronts en ce mois d'octobre. Il développait une critique de la "perte actuelle du savoir", mais aussi du stalinisme, à la Maison de la Poésie, invité par le journal L'Humanité. Il défendait les amateurs d'art contre les consommateurs de culture à la soirée lancée par l'association Libre Accès consacrée au logiciel libre. Il sera le 13 à Lille pour le nouveau cycle de conférences l'Espace Culturel de la ville. Voici un entretien que j'ai fait avec Bernard Stiegler pour la revue RAVAGES, dont le thème est "l'infantilisation générale" - en vente encore dans les bonnes librairies, ou à commander aux éditions Descartes&Compagnie : 32, rue Cassette 75006 PARIS France Tél : +33 (0)1 42 22 29 02.
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« L’infantilisation des adultes, la puérilisation des enfants, la destruction des rapports de générations, tout cela revient à réfléchir au pouvoir immense du marketing sur une société devenue un troupeau de consommateurs. Permettez-moi un détour… Le capitalisme a muté au début du vingtième siècle, avec le fordisme. Nous sommes alors sortis de l’époque productiviste du capitalisme, celle de la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle et début du XXe siécle qui a transformé nos vies – des chemins de fer à l’électricité alimentant l’usine et les nouvelles concentrations urbaines. Ce capitalisme a transformé les ouvriers, les artisans, les paysans en prolétaires. Grâce aux avancées techniques, aux nouvelles machines, la productivité s’est trouvée multipliée par dix, cent, parfois par mille… Ces énormes gains de production ont assuré la prospérité de la la petite bourgeoisie intellectuelle, de la moyenne bourgeoisie des entrepreneurs et des commerçants, et de la grande bourgeoisie industrielle, de la finance et du capital. Henri Ford invente la voiture bon marché et le consommateur Au début du siècle, de nouvelles méthodes de travail vont être expérimentées pour accroître encore la productivité. C’est d’abord le taylorisme, imaginée par l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915). On cherche à organiser scientifiquement le travail, « The One Best Way », la meilleure façon de produire, le rendement maximum grâce à l'analyse des techniques de production (gestes, cadences). C’est aussi le au passage du salaire à la tâche au salaire à l'heure. La méthode de Taylor prouvera son efficacité dans la sidérurgie, qu’il formalisa en 1911 dans « Les principes du management scientifique ». C’est alors que Henri Ford, fondateur de la Ford Motor Company, apparaît. Pour produire la fameuse Ford T, il va encore perfectionner le travail à la chaîne - que Charlot met en scène dans les « Temps modernes ». En même temps, il se dit : On peut encore augmenter considérablement la productivité. Pour cela, il faut inventer une nouvelle logique de distribution et de vente. En conséquence, il installe des concessionnaires Ford dans le monde entier, vend des voitures par centaines de milliers. Il développe encore l’idée que le peuple doit consommer, profiter des nouvelles inventions techniques - c’est selon lui la seule façon de développer l’industrie, mais aussi la bonne manière d’obtenir la paix sociale et civile. Ce faisant, il invente le concept de « consommateur ».
18:32 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ego, philosophie, infantilisation
samedi, 03 octobre 2009
L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE L'ECRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"
NEWS NEWS NEWS. Alors que la Chine fête avec une pompe grandiose le soixantième anniversaire de la révolution chinoise, voici le récit d'une rencontre avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses" - où défilent les 6O années d'histoire chinoise aujourd'hui à la fête à Pekin. Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleur, de l'histoire chinoise récente. Son dernier roman, tout juste sorti aux editions du Seuil, "La dure loi du karma" raconte dans le détail la vie d'un gros bourg pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle".
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« Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, beaucoup d’écrivains et critiques lui prédisent le prix Nobel.
11:40 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : audace, mauvais esprit, chine







