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IMPUISSANCE MASCULINE. C'EST FINI.

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NEWS NEWS NEWS Un sujet d'été pour conserver la bonne humeur avant une rentrée difficile : cette enquête pour Le Monde où l'on apprend que la panne virile, passagère ou répétée, comme l'impuissance chronique, se voient désormais guéries. Entre médicaments érectiles, psychothérapie et prothèses, il est possible de rendre leur tonus aux homme les plus affaiblis. C'est une date historique. Enquête au tréfonds de la physiologie et de la psychologie masculines (parue partiellement dans Le Monde Magazine, 22 août 2009)

1- Où nous apprenons combien l’homme craint de « manquer de voix » depuis toujours.

La panne sexuelle et l’impuissance tourmentent l’homme depuis toujours. À Babylone déjà, en Mésopotamie, il y a 3700 ans, des plaquettes gravées trouvées dans le temple de la déesse Ishtar consistent en des incantations à la virilité : « Que le vent souffle, que frémisse la futaie ! Que ma puissance s’écoule comme l’eau de la rivière, que mon pénis soit bandé comme la corde d’une harpe ». Dans la mythologie égyptienne, le dieu destructeur Seth noie son frère Osiris, découpe son corps en quatorze morceaux et fait disparaître son sexe. Aidé par le dieu Anubis, sa femme Isis reconstitue le corps, lui façonne un pénis d’argile, et lui prodigue une fellation pour lui rendre vie. En souvenir, les femmes égyptiennes portaient chaque année un phallus géant dans les temples d’Isis afin qu’elle conserve la virilité de leur époux. Dans le « Satiricon », écrit sous Néron, le poète Pétrone décrit « la honte » d’Encolpe quand son désir « trahit » la jeune Circé. « Indignée », celle-ci revient avec une magicienne qui passe un fil coloré autour du défaillant, s’écriant « Ô Priape, aide nous de toute ta puissance ! ». Le dieu Priape affublé d’un phallus toujours en érection, nous le connaissons toujours : le terme médical « priapisme » vient de lui. Seulement, nous n’avons plus besoin de l’invoquer et porter des amulettes pour conjurer une panne sexuelle, ou l’impuissance. Aujourd’hui, à écouter les médecins spécialistes de la sexualité masculine, qu’ils soient psychiatres, urologues, andrologues ou sexologues, toutes les faiblesses viriles ou presque peuvent être soignées. L’antique malédiction des hommes est levée. Nous disposons désormais d’une palette de traitements permettant de soigner presque toutes les formes d’affection virile, de l’éjaculation rapide qui affectait Cesare Pavese à celle du paraplégique. Et les recherches continuent. Nous ne mourrons plus, comme dit l’argot, au cul de la princesse.

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« C’est un moment historique. Il faut comprendre qu’entre les pannes occasionnelles, les défaillances répétées d’origine psychologique, les impuissances associées à des maladies graves comme le diabète ou le cancer, ou encore attribuées aux fatigues de l’âge, beaucoup d’hommes vivaient et vivent encore, dans la peur de la perte de leur vie sexuelle. Or, depuis toujours, il n’existait aucun véritable traitement, aucun aphrodisiaque assuré, et beaucoup d’hommes essayaient des produits douteux ou dangereux. »Volubile, enthousiaste, Philippe Brenot raconte le changement d’époque. Ce psychiatre de 60 ans, auteur d’une des rares études sur l’histoire de l’impuissance (Impuissance masculine, L’esprit du temps, 1994) vient de publier avec le paléoanthropologue Pascal Picq un ouvrage consacré aux différences entre la sexualité primate et humaine (Le Sexe, l’Homme et l’Evolution, Odile Jacob, 2009). Il est des fondateurs de l’Association Inter Hospitalo-universitaire de Sexologie (AIHUS), qui entend encadrer le métier de sexologue. Elle tenait en avril dernier des assises consacrées au « couple et sa sexualité » où l’on a beaucoup parlé du traitement des « dysfonctionnements érectiles ». Philippe Brenot : « Aujourd’hui, les médecins ne parlent plus d’impuissance. C’est un terme vague, inquiétant, qui ne rend pas compte de la diversité des affections de la virilité. Traiter quelqu’un d’« impuissant »,  signifie qu’« il n’est plus un homme », plus un être à part entière. C’est une injure, comme « frigide » pour les femmes. Nous préférons parler de « troubles sexuels », qui réclament chacun des traitements appropriés. » Impuissance. Le mot siffle aux oreilles de certains hommes comme la balle du suicidé. Il faut comprendre que beaucoup d’entre eux affectés de pannes sexuelles ne sont pas des impuissants chroniques pour autant. En vieillissant par exemple, la plupart connaissent un allongement du « temps de latence » après l’érection. À 25 ans, ce sera quelques minutes. Une demi-heure après 35. Une heure après 45. Une journée après 55. Plusieurs jours après 65. Une semaine après 70 ans.

Si, passés la quarantaine, des hommes s’inquiètent de ne plus rebander aussitôt comme des jeunes hommes, s’ils dépriment devant leur mollesse passagère, il est probable qu’ils développent un blocage psychologique, et finissent par se croire impuissants. Mais non, ils vieillissent. Philippe Brenot : « L’érection, ce n’est pas tout ou rien, pas toujours une performance. Ils ne devraient pas s’angoisser autant, car un homme est équipé pour faire l’amour jusqu’à 80 ans et plus. Un vieil homme en forme, qui fait de la gymnastique, fréquente des femmes, bande encore. Les personnes âgées cessent leur activité sexuelle à cause des maladies, le cœur, les artères, le diabète, le surpoids, pas à cause de leur âge. Or, aujourd’hui, même un vieil homme diabétique, ou avec des problèmes cardiaques, peut bander s’il est bien traité. »


D’autres hommes encore vont se croire impuissants parce qu’ils n’ont pas fait l’amour pendant longtemps, et qu’ils éprouvent des difficultés à recommencer. En fait, disent les médecins, leur faiblesse provient avant tout du manque d’activité. En effet, nous le savons aujourd’hui, une verge fléchit quand elle ne sert pas. Le manque d’entraînement lui est néfaste. Les muscles lisses tapissant l’intérieur du pénis perdent en vigueur, faute d’usage et d’oxygénation. C’est le « syndrome du veuf », ou de l’homme quitté, devenu impuissant, très connu au siècle dernier. Après deux ans d’inactivité, le malheureux reste en berne par manque d’entraînement. Ce n’est pas par manque de désir, ou parce qu’il est hanté par son ancienne femme, mais une affaire de « capacité érectile » affaiblie. Philippe Brenot : « Il y a encore trente ans, un tel homme consultait en vain un psychanalyste ou un psychiatre. Aujourd’hui, avec un accompagnement psychologique et un médicament qui agit directement sur les muscles lisses de la verge, il fait l’amour. Les affections sexuelles, de l’impuissance aux « obsessions » ont été psychiatrisées au XXe siècle. L’impuissance était toujours considérée comme un blocage psychogène. Ce faisant, la dimension physiologique de l’érection a été négligée. Tout a changé dans les années 1960. »

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2 – Où un chirurgien découvre par hasard les vertus érectiles de l’opium.

Que se passe-t-il dans les années 1960-1970 ? La guerre du Vietnam. Beaucoup de jeunes soldats américains reviennent au pays paraplégiques, impuissants. Il faut soigner ces héros blessés, souvent mariés. Nous sommes dans les décennies de la révolution des mœurs, les recherches sur la sexualité s’en trouvent libérées. Des médecins, des physiologistes américains expérimentent des nouveaux traitements., ils débloquent des crédits. Ils utilisent des vasodilatateurs en espérant ramener le sang dans la verge. Des chirurgiens greffent des petites artères au pénis pour le remplir de sang. D’autres implantent des prothèses - souvent douloureuses. Les résultats restent mitigés. Mais pour la première fois au XXe siècle, les problèmes d’érection échappent aux psychiatres et aux analystes. L’intérêt se déplace du psychique au physique, du mental au génital. Dans les années 1970, les milliers d’accidentés de la route, des motos, des Vespa, se pressent dans les hôpitaux. Des hommes jeunes souvent. Partout, aux Etats-Unis, en Europe, Les médecins cherchent à leur rendre leur virilité. Peu à peu, une médecine spécialisée du pénis se met en place autour des urologues : l’andrologie (de « andros », l’homme), l’équivalent mâle de la gynécologie.


En 1980, tout s’accélère avec l’extraordinaire découverte faite par un chirurgien vasculaire, Ronald Virag. Voici l’histoire. Il tentait de soigner un « solide Normand » de 48 ans qui faisait flanelle depuis 5 ans. Tabagique, au taux de cholestérol élevé, peu de sang arrivait dans son membre. Le médecin lui fait un pontage entre une petite artère abdominale et sa verge, espérant augmenter le volume sanguin. Mais comme l’artère se contracte, il injecte de la papavérine, un alcaloïde extrait de l’opium, pour dilater les vaisseaux. Aussitôt l’homme entre en érection. Inquiet, Virag ralentit le débit du sang. Mais l’homme bande toujours. Plus de deux heures. Que se passe-t-il ? Laissons Ronald Virag, qui exerce toujours à Paris, et a publié depuis un énorme ouvrage grand public sur la physiologie du guignol (Le sexe de l’homme, Livre de Poche), raconter la suite : « Je me suis demandé si ce n’était pas le produit lui-même qui déclenchait une érection réflexe, et non le sang. Je décidais de m’injecter de la papavérine dans la verge à l’aide d’une fine aiguille pour vérifier. J’ai connu aussitôt une forte érection. La papavérine agissait directement sur le pénis. »


Quand en 1982, Ronald Virag publie ses résultats dans le Lancet, (« Intracavernous injection of papaverine for erectile failure, 2-938 ») une véritable révolution s’ensuit dans nos conceptions scientifiques sur le fonctionnement du pénis, la sexualité masculine et la manière de traiter les troubles érectiles. L’expérience étant reproductible, des dizaines d’équipes médicales se mettent au travail sur des verges dressées pour comprendre les mécanismes intimes de l’érection. Ronald Virag se rappelle : « Grâce à ces recherches, nous avons compris le rôle essentiel des muscles lisses, comment un pénis fonctionne sur un mode automatique, comme les autres organes, indépendamment du cerveau supérieur, sous la dépendance d’une biochimie spécifique. Une page était tournée. » En effet, si une simple injection « intracaverneuse » d’un produit aussi répandu que l’extrait d’opium suffit à déclencher une érection durable, beaucoup des approches psychiatriques et chirurgicales deviennent obsolètes. Des hommes considérés comme des impuissants psychogènes incurables, mais encore des diabétiques, des accidentés, des paraplégiques se remettent à bander. Autre avantage décisif : ils peuvent se traiter eux-mêmes, en s’auto-injectant, sans l’aide d’un médecin. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’impuissance est vaincue, mais encore les pannes chroniques ou occasionnelles peuvent être traitées. Nous réalisons le vieux rêve d’un aphrodisiaque efficace auxquels les hommes rêvent depuis toujours.

En même temps, une seconde révolution commence, pharmacologique. Grâce aux recherches menées autour du monde, souvent financées par les grands groupes pharmaceutiques, des nouvelles molécules ciblant la biochimie du pénis sont expérimentées. Un médicament simple, moins inquiétant et médical que l’injection, est cherché comme un nouveau Graal - et la nouvelle mine d’or. Au début des années 1990, tout à fait par hasard, les laboratoires Pfizer découvrent les propriétés érectiles inattendues d’un anti-angineux, le sildefanil. En 1998, après des années d’expérimentation, les laboratoires Pfizer mettent sur le marché le Viagra®, qui se révèle vite comme le premier médicament oral efficace, sans effet secondaire notable, contre beaucoup d’impuissances et des pannes sexuelles - il connaît bientôt une demande planétaire. Le docteur Ronald Virag, le pionnier de cette révolution biochimique, leur intentera un procès, affirmant qu’ils ont détourné son nom et sa notoriété en utilisant un terme aussi proche du sien, presque un anagramme. Il le perdra.

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3- Où nous pénétrons à l’intérieur d’un pénis en érection.

Difficile de comprendre pourquoi les hommes débandent, l’opium et le Viagra® agissent, sans s’intéresser à la physiologie du pénis. Trois cylindres oblongs forment l’intérieur. Dessous, un fuseau élastique, le « corps spongieux », au-dessus, les deux « corps caverneux », tous trois pleins de capillaires imbibés de sang. Ils sont constitués d’une musculature blanche et rose, dite lisse, échappant à la conscience, proche de celle couvrant nos intestins ou l’utérus des femmes. Tapissés de centaines de milliers d’alvéoles disposées en nid d’abeille, à la façon d’une éponge, les corps caverneux s’emplissent pendant l’amour, irrigués par l’« aorte honteuse » - l’anatomie du XVIe siècle appela, sous surveillance de l’Eglise, tout le système sexuel « honteux ». Ces trois corps extensibles sont enveloppés d’une fibre épaisse d’un bon millimètre, peu élastique, presque ligneuse et multicouche, appelée l’albuginée - du latin albus, blanc. Rendons grâce à la solide albuginée. Elle assure la bonne tenue et la rigidité du petit frère pendant les va-et-vient, autorise de tenaces frottements, fait a verge dure. Le glissement des couches de fibres les unes sur les autres fait que le pénis allonge pendant le plaisir. De minuscules haubans de tissu accrochés à l’intérieur, contre la musculature, la soutient et la charpente. Elle se déchire parfois, suite à une torsion trop brusque. C’est très douloureux - il faut recoudre.

Au bout de cette tuyère gonflable, la couronne du petit prince, couramment appelée « gland ». Enveloppé ou non, selon circoncision, d’un prépuce coulissant, cet embout de chair présente une peau fine et diaphane, sans kératine, quadrillée d’un réseau serré, exceptionnel, de nerfs émotifs que chaque homme bénit. Epicentre de la jouissance masculine, haut lieu tellurique, le gland est composé comme le corps caverneux, qu’il prolonge, d’un tissu érectile plein de vaisseaux sanguins. Cette grande éponge s’emplit de sang grâce à un ingénieux système d’écluses vasculaires, autant gouverné par les sensations que la subjectivité. Quand aucun désir sexuel ne trouble l'homme, toutes les valves restent ouvertes, et le sang n’entre pas. Un canal de dérivation lui fait éviter la grosse « artère honteuse » menant à l'intérieur de la verge. Le sang irrigue alors l’enveloppe externe du pénis, gonflant les veines apparentes qui serpentent dessus. C'est l'état chiffe. Flaccide.

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Comment vient l’érection ? Sa quasi-instantanéité cache l’extrême complexité d’une chorégraphie capricieuse. Tous les physiologistes le disent : anatomiquement, un homme est fabriqué pour bander tout le temps. Cependant, cet homme travaille, marche dans les rues, joue avec ses enfants. Dans ces moments, sa verge n’est pas passive, elle est rétractée. Le système nerveux sympathique qui inhibe ses viscères, ses bronches ou sa vessie, la contracte. « Le mâle humain, explique Marc Galiano, urologue-andrologue de l’Institut Montsouris, est un bandeur inhibé par son système sympathique, mais encore par son cerveau conscient. » Prenez un bébé, à peine vous lui caressez les cuisses ou les reins, lui faites prendre un bain, il bande, et fait pipi. Le cortex, le cerveau conscient d'un bébé n’a pas encore le pouvoir d'inhiber ses réactions réflexes aux sensations agréables. Chez lui, la miction et l’érection se confondent. Bébé urine dans son lit, il se masturbe beaucoup, il s'abandonne aux plaisirs sans retenue, comme un jeune chien. Le cerveau conscient n'intervient pas. Bientôt ses parents lui apprennent le contrôle de son pénis, les bienséances sociales, les tabous. Ils lui enseignent à se servir de son néo-cortex. À contenir ses pulsions. À devenir civil, social. C’est, dit Freud, l’éducation du « Surmoi ». Si les parents et le cerveau conscient ne bridaient pas du tout notre sensualité, nous apprenaient rien de la réserve, nous banderions à la moindre sollicitation. Nous serions toujours désinhibés.

Quelquefois cependant, pendant le sommeil paradoxal, à l’occasion d’un réchauffement printanier, lors d’une grande fatigue, ou après un verre de champagne, le cerveau conscient relève sa surveillance. La civilité recule. Le Surmoi se relâche. L’esprit se déconcentre, ou s’enivre. Dans ces moments, nous bandons. Bien plus encore quand le pénis est soumis au traitement d’Isis, la fellation. Que se passe-t-il ? Émus, les nerfs dorsaux de la verge, cheminant dans le périnée, vont activer les centres nerveux de la moelle épinière, au niveau des ganglions « sacrés ». Le docteur Marc Galiano explique la suite : «  De là, à la vitesse des nerfs, les influx nerveux chargés d’informations agréables préviennent le cerveau « primitif », ou « émotionnel », dit limbique. C’est lui qui déclenche l’érection, sans passer par la conscience. Elle est dite alors « réflexe », ou « montante ». C’est tout l’avantage des « apéritifs amoureux » et des « préliminaires ». » Dans ces moments, le système nerveux dit « parasympathique » envoie des informations qui décrispent la verge contractée. Il lève l’inhibition. À cet instant, la paroi interne des capillaires remplissant le pénis libère du monoxyde d’azote (NO), un composé chimique bien connu pour ses propriétés vasodilatratrices. L’éponge pénienne aussitôt s’allonge, son accordéon intérieur s’étire, et le sang, à la fois aspiré et sous pression, pénètre les alvéoles des corps érectiles. Promptement les alvéoles pleine de sang se dilatent, jusqu’à gagner trois millimètres de diamètre, s’empilant les unes sur les autres, pompant le sang, faisant gonfler la verge. Ce faisant, elle écrase les veines qui permettent au sang de sortir. L’homme bande. Il est en voix.


C’est en inhibant la production de l’enzyme qui dégrade le monoxyde d’azote (NO), que le sildenafil ou Viagra ® - tout comme ses successeurs le Cialis® et le Levitra ® - agit. Il relâche, desinhibe le pénis. Attention, ne rêvons pas. Un homme n’est pas un robot. Le désir pour une femme, l'attirance restent décisifs. Une belle érection est fragile et capricieuse, même médicamenteuse. Une parole déplacée, une odeur rédhibitoire, un souvenir dérangeant, un je-ne-sais-quoi, elle se défait. Parfois inexplicablement. L’érection est indécidable. Elle démarre et s’arrête sans passer par la conscience et la volonté. Elle est spontanée comme le désir. Cette irrémédiable toquade de l’érection explique beaucoup des blocages, pannes, ou l’affolement qu’éprouvent certains hommes devant l’exigence d’être ardent. Quand une femme leur intime de les aimer alors qu’ils ne sont pas inspirés, c’est comme si elle criait à un timide « Ne sois pas peureux !». C’est une sollicitation impossible, un ordre inexécutable, une prière toujours inexaucée. Nous bandons toujours un peu par hasard, dans une certaine ambiance, en liberté.

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4 - Où l’on apprend combien la femme reste le grand aphrodisiaque.

« J’ai un patient de 50 ans, un homme marié, qui a perdu toute confiance en lui en trois semaines. Un soir une maîtresse d’occasion lui dit « C’est extraordinaire comme j’ai éprouvé du plaisir avec toi. Pourtant mon mari a un plus gros sexe que le tien. » Cela a suffi. Il n’a entendu que la deuxième partie de la phrase. Nous savons bien que la taille d’un sexe n’a pas grand-chose à voir avec le plaisir.  Mais il est venu me consulter pour des pannes répétées. Il avait perdu confiance en lui, il y pensait en faisant l’amour et débandait, et ensuite il craignait que cela lui arrive. C’était le cercle vicieux. » Le docteur Marie Chevret-Maesson exerce à Lyon. Psychiatre, spécialiste de l’infertilité, elle a suivi une formation en sexologie et psychosomatique en hôpital. Sans rien dévoiler de ses patients, elle raconte beaucoup d’histoires similaires où des hommes de 50 ans s’enferment dans une « spirale de l’échec ». Cette fixation sur la taille, assez courante, est une cause parmi d’autres. Il suffit aussi de quelques pannes, souvent dues à la fatigue, au stress, et l’inquiétude s’installe. Et puis l’inquiétude de l’inquiétude. En trois semaines, ces hommes n’arrivent plus à rien - ils se croient devenus impuissants. Vieux. Finis. Nous en connaissons tous. Marie Chevret-Maesson : « Cela arrive aux plus anxieux. Passés 50 ans, beaucoup d’hommes s’angoissent de ne plus être performants. Pas seulement au lit. Au travail. Face à la concurrence des jeunes, ou même de leurs enfants. C’est l’histoire du père que son fils dépasse au ski. Il arrête le ski. Nous sommes dans une société de compétition, cruelle, qui licencie les seniors. Tout dépend des représentations que chacun se fait de l’âge, s’il accepte de vieillir. Les femmes connaissent les mêmes peurs. »


Les femmes jouent un rôle décisif, bien sûr, dans ces affaires
. Sans désir pour une femme, même en prenant du viagra, un homme ne bande pas. La femme reste le grand aphrodisiaque, comme la source d’angoisse majeure. Nombre des réactions masculines dépendent de la manière dont elles jugent « l’oreille basse ». Si beaucoup réagissent avec compréhension, d’autres peuvent la regretter, ou se plaindre. Alors l’homme se sent mal : nous avons tous reçu des confidences d’amis. Aujourd’hui, la plupart des femmes sont indépendantes financièrement, gagnent parfois plus que les hommes, les concurrencent au travail, imposent de partager les taches domestiques. Au lit, elles entendent prendre du plaisir, développer une sexualité épanouie, et parfois, constatent les médecins, elles développent elles aussi une forme de culte de la performance. Elles veulent que leur vie sexuelle soit réussie, parfaite. Ou encore, désormais libres, elles disent : « J’attends d’avoir envie », ou « Je n’ai pas à me forcer ». L’homme doit s’y plier. Or un homme n’est pas toujours prêt, inspiré, au moment désiré. Face à ces fortes femmes, beaucoup d’hommes sont déstabilisés - c’est devenu un cliché d’époque, bien analysé par le sociologue Daniel Welzer-Lang (Nous les mecs. Essai sur le trouble actuel des hommes, Payot, 2009).

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Cela se répercute jusque dans les figures de l’érotisme masculin, ses « cartes affectives » comme les appelle le psychologue américain John Money (Lovemaps, Petite bibliothèque Payot, 2009). Fondés en partie sur l’imagerie de la domination de femmes accueillantes, telles que les développent le cinéma porno, les grands archétypes du désir mâle se troublent. Alors les hommes débandent. En retour, paradoxe d’époque, les femmes leur reprochent : comme le constatait Elizabeth Badinter dans « Fausse route », un certain archaïsme des rôles, un certain masochisme fait aussi partie du désir sexuel féminin (du moment qu’il se cantonne au lit, dit-elle). Marie Chevret-Maesson : « Toutes ces frictions du désir suscitent des malaises, des débandades. Aujourd’hui, nous les traitons assez bien en associant une thérapie conjugale avec les médicaments érectiles. Il est important que le couple réfléchisse sur lui-même, les désirs de chacun, les réticences. La pénétration n’est pas une fin en soi. Bien souvent, les troubles sexuels viennent d’un manque d’imagination érotique, ou même de sens du jeu. Ils ne comprennent pas que la sexualité est une forme de théâtre, de mise en scène fantasmatique, qui suffit bien souvent à faire monter le désir, quelque soit l’âge. »


Aujourd’hui, tous les médecins et sexologues le disent, nous disposons d’une boîte à outils, tant pharmacologique que psychothérapeutique, permettant de guérir à peu près toutes les défaillances viriles. Certaines résistent malgré tout.  Certains impuissants psychogènes se montrent rétifs à tout traitement, les produits érectiles n’agissent pas, ils se montrent rétifs à toute injection. Pour ceux-là, des nouvelles prothèses en silicone existent, que le chirurgien glisse sous la peau de la verge, entre les corps caverneux, tandis qu’il loge une petite pompe dans les testicules. J’ai rencontré un homme équipé de ce dispositif. Il s’en est montré satisfait. D’une part, il est invisible. Ensuite, il est facile d’usage. Il permet de faire l’amour longtemps. N’altère aucune sensation. Le seul inconvénient, disait-il : sa partenaire ressentait la prothèse quand elle lui faisait une fellation.

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5 -Quand le porno donne la norme

Autre trouble sexuel difficile. L’éjaculation rapide, répandue chez les hommes jeunes. Il y a celle, très rare, sans doute d’origine génétique, où les jeunes hommes jouissent à peine en mouvement - comme en était sans doute affecté l'écrivain italien Cesare Pavese. Cela les rend très malheureux - sinon suicidaires. Une injection intracaverneuse cependant, qui permet de bander après l’éjaculation, peut les aider à surmonter cette affection jusqu’ici incurable. Quant à l’éjaculation rapide classique, très adolescente, associée à un manque de contrôle de soi, de confiance en soi, associée au peu d'expérience amoureuse, les médecins préconisent une psychothérapie pour les aider à mieux maîtriser leurs émotions, assortie de la prise d’anti-dépresseurs ou d’alpha-bloquants pour les désangoisser. Le traitement fait d’habitude l’affaire, les médecins regrettent néanmoins que les anti-dépresseurs les plus efficaces, utilisés aux Etats-Unis, n’aient toujours pas reçu l’autorisation de vente sur le marché français. Ils donnent alors quelquefois les médicaments érectiles, même si ces jeunes hommes se dressent sans problème, parce qu’ils apportent une réelle confiance pendant l’amour.

Donnée d’époque, beaucoup de médecins constatent l’influence grandissante du porno dans les troubles sexuels et érectiles des adolescents. Si le cinéma X peut aider un adulte à fantasmer, retrouver les archétypes qui l’enthousiasment, il sert bien souvent d’éducation sexuelle aux garçons de 10 à 18 ans, souvent mauvaise conseillère, comme le montre l’enquête récente d’une journaliste de Marie-Claire (Ados, la fin de l’innocence, Géraldine Levasseur, Max Milo, 2009). Pour commencer, le sexe imposant des « hardeurs » traumatise nombre d’entre eux. Ils pensent qu’un tel mandrin donne la norme de la taille. Résultat, les adolescents font des complexes, croient être sous-équipés, et débandent. De fait, beaucoup d’hommes jeunes consultent des andrologues pour trouble érectile après avoir vu un film porno, et demandent à se faire agrandir ou épaissir le sexe. Le pilonnage sexuel des films impressionnent aussi beaucoup ces jeunes, qui se croient nuls s’ils ne tambourinent pas leurs copines, et s'ils jouissent vite. Ils veulent donc du viagra pour durer : leur recherche de solution devient purement technique, de l'ordre de la performance.  Quant aux actrices toutes soumises, rampant aux pieds des hommes, se jetant sur leur pénis, se faisant prendre par plusieurs athlètes bodybuildés en même temps, ils s’étonnent d’en rencontrer aucune parmi leurs petites amies. Ou encore de voir des sexes de femme velus les révulse : ils sont habitués aux actrices rasée. Au final,  la réalité les désillusionne. Alors ils s’accrochent au porno. Et débandent dans la vie. Laissons l’andrologue Marc Galiano de l’Institut Monsouris conclure : « Aujourd’hui, après la vague féministe, beaucoup de femmes ne savent plus jouer les courtisanes, donner du plaisir, faire bander les hommes. Quant aux hommes, ils ignorent l’univers de la volupté, des caresses, du tantrisme, savoir se retenir. Certains tombent dans le porno. Il ne suffit pas de leur donner des pilules, il faudrait reprendre toute l’éducation érotique. »

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Commentaires

  • Bonjour M Joignot,

    J'ai trouvé votre article sur l'impuissance très intéressant mais j'ai regretté que vous ne parliez que des solutions médicamenteuses ou chirurgicale pour pallier à ce problème.
    Il existe en effet la solution du vacuum qui existe depuis déjà bien longtemps et qui a pour avantage d'être non médicamenteux et donc sans effets secondaires.
    Je vous invite d'ailleurs à visiter le site suivant qui explique comment cela fonctionne :
    http://www.impuissance-masculine.fr/vacuum-pompe-a-vide.php
    Des études récentes montrent que l'utilisation de ce système permet de pallier à presque toutes les origines des dysfonctions érectiles avec des pourcentages de réussites proches de 90 %.
    Je pourrais d'ailleurs vous envoyer ces études si vous le désirez.
    D'autre part, l'utilisation du vacuum suite à une prostatectomie radicale permet également aux patients d'augmenter considérablement les chances de retrouver des érections naturelles plus rapidement.
    Alors, il est vrai que l'image du vacuum auprès des personnels médicaux est encore "vieillote" mais ceci est en train de changer car ils s'aperçoivent d'une fiabilité croissante de ce type de matériel et de tous les avantages que peuvent en retirer les patients...

  • Très bon article, félicitation et continuez à créer des articles complets.

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