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  • "INDE, DEMOCRATIE FRAGILE". ENTRETIEN AVEC ARAVIND ADIGA, ROMANCIER À BOMBAY, EN PLEINE CAMPAGNE ELECTORALE INDIENNE

    (DR) Aravind-Adiga385_416743a.jpg

    NEWS NEWS NEWS Les élections s'achèvent en Inde sur la victoire inattendue du parti du congrés, fondé par Gandhi et Nehru. Un jeune auteur indien impertinent, Aravind Adiga, booker prize de l'année pour son roman "Le tigre blanc", nous en parle.

     Balram Halwaï, le jeune patron d’une entreprise de taxis de Bangalore, à la fois cynique, inculte, mégalomane, écrit une longue lettre au premier ministre chinois Wen Jiabo de visite en Inde.« Je suppose, votre excellence, que moi aussi je devrais commencer par embrasser le cul d’un dieu quelconque. Mais lequel ? Le choix est vaste. Les musulmans ont un dieu. Les chrétiens en ont trois. Nous, les hindous, trente-six millions. Soit un total de trente-six millions et quatre culs divins parmi lesquels choisir (…) Ces dieux, il faut bien l’admettre, semblent accomplir peu de choses - comme la plupart de nos politiciens - pourtant ils continuent d’obtenir leur réélection sur les leurs trônes dorés, au paradis, année après année.»  Ensuite, lui raconte sa réussite exceptionnelle, et ce faisant sa vie - « l’autobiographie d’un Indien à demi-cuit » - ponctuée de tirades féroces sur la cruauté de la société indienne.

    Nous le suivons depuis Laxmangarth, son village natal près de Bodh Gaya, où Bouddha a atteint « l’Eveil Suprême » : « Je me demande si Bouddha a traversé Laxmangarh, écrit Balram. Moi je pense qu’il l’a traversé en courant - aussi vite que possible. » Et pourquoi ? Le Gange sacré, « le fleuve noir » coule ici, « rivière de la Mort, aux berges gorgées de boue grasse, sombre et visqueuse, qui agrippe et emprisonne tout ce qui s’y enfonce… » Dans son village, quel est le personnage le plus important ? « La bufflonne. » : « C’était l’individu le plus gras de notre famille. Comme de toutes les familles. » Et après la bufflonne ? « Le Buffle », le propriétaire terrien et son ami « Le Sanglier » : « Le Buffle était le plus gourmand… Il avait avalé les rickshaws et les voies de circulation. Ainsi, tous ceux qui avaient un rickshaw ou qui empruntaient la route devaient lui verser sa ration : un tiers de leurs gains pas moins. »


    « Le Tigre Blanc » (Buchet-Chastel, 2009), le premier roman d’Aravind Adiga, 34 ans, booker prize 2008 (l’équivalent anglais du prix Goncourt étranger), commence par cette peinture  féroce de la campagne indienne, où les élections sont de véritables farces : « C’est toujours la même chose, me dit mon père ce soir-là. J’ai connu douze élections, cinq générales, deux régionales, et deux locales. Chaque fois, on a voté à ma place. J’ai entendu dire qu’ailleurs, en Inde, les gens votent eux-mêmes. C’est quelque chose hein ? ».  Ensuite Balram devient le chauffeur de monsieur Ashok, un bourgeois de Delhi : « La première chose à savoir sur Delhi est que les routes sont bonnes et les gens mauvais. La police est pourrie jusqu’à la moelle.» Là, il comprend que toute promotion, tout avantage s’obtient par pot-de-vin, en courbant l’échine. Surtout auprès de ceux qui affichent Gandhi et « le Grand Socialiste » dans leur bureau.

    J'ai rencontré Aravind Adiga, de passage à Londres, pour qu’il nous parle des élections indiennes - 714 millions d'inscrits. Un mois avant les résultats, il pensait que le parti du Congrès allait l'emporter parce qu'il prônait et mettait en oeuvre, surtout dans les campagnes, d'importantes mesures sociales. Un visage d’étudiant, un débit rapide, Aravind Adiga se présente comme un fils de « la classe aisée » qui a rompu un tabou indien : aller à la rencontre des « Intouchables » et des « basses castes ». Après des études de journalisme à New York, il s’est lancé dans l’enquête de terrain ( comme son confrère et écrivain Suketu Metha, l’auteur du reportage de 800 pages « Bombay Maximum City » - Buchet-Chastel, 2006). Après plusieurs articles remarqués dans le Times, dont un sur les rickshaws de Calcutta, il s’est consacré à l’écriture du "Tigre Blanc". Aujourd’hui, vendu à 150 000 exemplaires en Inde, et autant an Angleterre, le livre fait scandale. Sa description bouffonne et sombre d’un pays corrompu, sans illusion, où il semble impossible de sortir de la misère sans tricher, trahir, sinon tuer - comme son héros Balram - a suscité de fortes critiques dans la presse indienne.

    Aravind Adiga, qui vit à Bombay, dit admirer Guy de Maupassant et Vidiadhar Surajprasad Naipaul - l’auteur de « L’Inde brisée » et de « L’illusion des ténèbres » - raconte ici son Inde et défend sa cause.

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