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  • POST-HUMAIN. "VIELLE LUNE" OU QUESTION D'AVENIR ? AXEL KAHN LE BIOLOGISTE VERSUS JEAN-MICHEL BESNIER LE PHILOSOPHE

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    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Jean-Michel Besnier, membre du comité d’éthique de l’INRA, vient de publier « Demain les post-humains » (Hachette-Littératures), où il prend acte de l’apparition chez les scientifiques, suite à la littérature et la science-fiction, très friandes du thèmes depuis toujours, d’un intérêt pour la post-humanité - une humanité qui échapperait aux lois de l'évolution. N'a-telle pas commencé en pratiquant la fécondation in vitro, la procréation assistée, la contraception ? Un corps nouveau protégé et assisté par les machines, un post humain transformé par les biotechnologies n'est-il pas en gestation. En attendant le cyborg, résistant demain à la dureté de la vie sur une Terre irrémédiablement polluée, - ou encore un "transhumain", une nouvelle créature qui ne serait presque plus humaine, dont seul l'esprit survivrait.

    Après avoir rencontré Jean-Michel Besnier, votre serviteur a été interviewer un des farouches opposants au clonage humain, longtemps membre du Comité Consultatif d'Ethique sur les questions des biotechnologies, le biologiste Axel Kahn. Voici les deux entretiens, publiés à la suite - comme ils le sont dans le supplément du Monde "L'évolution, quelle histoire !" (7,50 €, 100 pages, magnifique) sorti cette semaine en kiosque. Bonne polémique.

    I- ENTRETIEN avec AXEL KAHN

    "PRETENDRE CONTROLER LES PROCESSUS EVOLUTIFS, C'EST PRENDRE LE RISQUE D'IMPOSER DES PREJUDICES AUX GENERATIONS FUTURES"
    Généticien, longtemps spécialiste de thérapies géniques, aujourd’hui président de l’université Paris Descartes, Axel Kahn intervient régulièrement dans le débat public sur les questions touchant à la génétique. Il s’est par exemple opposé à l’amendement Mariani promulguant l’utilisation de tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. C’est aussi un opposant déclaré au clonage reproductif humain.

    -Depuis la naissance « in vitro » d’Amandine le 29 février 1984, 3 millions de « bébés-éprouvettes » sont nés dans le monde. L’espèce humaine entre-elle dans une ère post-humaine, où elle échapperait à l’évolution ?

    Axel Kahn : La grande loterie de l’hérédité, le grand brassage des gènes continue chez un « bébé-éprouvette ». Ce serait une illusion de croire que l’humain, du fait de toutes les techniques qu’il maîtrise, en particulier les biotechnologies, soit sorti du processus évolutif. Il existe un phénomène bien visible de la continuité de l’évolution chez l’homme, c’est l’épidémie actuelle d’obésité. Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la seconde moitié du XXème, les années de « vaches maigre » ont été beaucoup plus fréquentes que celles de « vache grasse », si bien que les gènes permettant à l’organisme de s’acclimater au déficit alimentaire ont été sélectionnés. Mais tous ces bons gènes qui permettaient d’emmagasiner des graisses pour pouvoir résister à la disette se sont révélés être des gènes de l’obésité du jour où l’on est passé, aux Etats Unis comme en Europe et, surtout et de façon brutale, chez les inuits, indiens et peuples du Pacifique, au régime d’abondance.

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  • CREATIONISME VERSUS DARWIN. "L'EVOLUTION N'EST PAS LE RECIT D'UNE GENESE PARMI D'AUTRES, MAIS UN SOCLE SCIENTIFIQUE". ENTRETIEN AVEC LE PHILODOPHE DES SCIENCES, DOMINIQUE LECOURT

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    NEWS NEWS NEWS Pour le 150e anniversaire de la publication de "L'origine des espèces", Charles Darwin, longtemps décrié, encore attaqué, considéré par certains comme le père de l'eugénisme ou d'une sociobiologie inquiétante justifiant la loi du plus fort, par d'autres comme le premier penseur du progrès et de l'athéisme, est revenu au coeur des grands débats philosophiques et scientifiques actuels. Difficile de faire la part des interprétations biaisées de l'oeuvre darwinienne de son véritable socle théorique, de recenser tous les domaines - de la paléontologie à la biologie en passant par l'éthologie ou la psychologie - où la théorie de l'évolution, combinant "la descendance avec modification" avec "la persistance des plus aptes", nourrit les travaux les plus en pointe. Pour démêler cette constellation d'idées et ces polémiques savantes ou religieuses, que votre serviter a rencontré l'épistémologue Dominique Lecourt, professeur de philosophie à l’Université Paris Diderot (Paris 7) où il dirige le Centre Georges Canguilhem. Epistémologue, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont "L’Amérique entre la Bible et Darwin" (PUF, 3ème éd., 2007), il a dirigé l’édition française de "Charles Darwin. Origines. Lettres choisies 1822-1859 -Bayard, 2009", préfacée par Stephen Jay Gould. Cet entretien vient d'être publié dans le numéro spécial du Monde consacré à Darwin, magnifiquement illustré.


    ENTRETIEN AVEC DOMINIQUE LECOURT, PHILOSOPHE DES SCIENCES

    Cent cinquante ans après « L’origine des espèces » de Charles Darwin, le darwinisme est partout salué comme la théorie majeure de l’évolution, et son auteur partout consacré. Comment l’expliquer ?
    Dominique Lecourt : Le grand public a redécouvert Darwin suite aux débats américains autour du « créationnisme scientifique », présenté depuis plus d’un demi-siècle par certains courants fondamentalistes chrétiens comme théorie rivale de celle de l’évolution ; une alternative qu’il faudrait présenter dans les écoles en laissant aux élèves et à leurs parents la liberté de choix. En Europe et au Moyen-Orient, des mouvements musulmans proclament aujourd’hui que le darwinisme est incompatible avec le Coran. La diffusion massive du premier volume de l’imposant Atlas de la Création, en décembre 2006, de Harun Yahya richement imprimé en Turquie en témoigne. Cet auteur n’hésite pas à dénoncer dans le darwinisme la source du stalinisme autant que de l’hitlérisme. La théorie du « dessein intelligent » qui se manifesterait dans l’irréductible complexité des êtres vivants constitue la forme la plus actuelle et la plus sophistiquée de ce créationnisme, même si ses promoteurs se gardent de prononcer le nom de Dieu. On en entend des échos jusqu’au Vatican. En juillet 2005, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne et proche de Benoît XVI, a fait sensation en prenant position en faveur de l’« Intelligent design » dans le New-York Times, à contre-pied de la position de Jean-Paul II. Cette offensive suscite des réactions indignées chez les scientifiques et les professeurs de biologie, des polémiques dans les médias, d’où la popularité nouvelle de Charles Darwin.

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