samedi, 29 novembre 2008

DANS SON NOUVEAU ROMAN, UNE TÊTE COUPEE PARLE. ENTRETIEN AVEC CARLOS FUENTES : "LE MEXIQUE, DEMOCRATIE FRAGILE"

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NEWS NEWS NEWS.  La tête coupée de Josué refuse de se mordre la langue, elle veut encore parler, parler, pour nous raconter l'histoire tragique du Mexique moderne. Josué est l’un des deux héros de "La Voluntad y la Fortuna", le nouveau roman du mexicain Carlos Fuentes, qui décrit comment son pays a sombré dans la corruption, l'assassinat politique, les affrontements de gangs, sur fond de guerre des narcotrafiquants. Un roman politique où s'affrontent Josué et Jericó, deux amis d’enfance devenus des ennemis implacables.  « Trahisons, morts, décapitations, crimes et vengeances tissent la trame d’un discours qui se veut la voix de la conscience nationale. La Voluntad y la Fortuna est une œuvre réflexive et critique sur la terreur criminelle qui va de pair avec le narcotrafic » lit-on dans quotidien mexicain Excelsior. « C’est le roman d’un pays dont le corps n’a plus de tête, plus de cerveau qui contrôle ses mouvements.».

Que se passe-t-il au Mexique, où pendant plusieurs mois Lopez Obrador, le leader de la gauche, a contesté les résultats des élections présidentielles, mobilisant d’immenses manifestations, au risque de rendre le pays ingouvernable ? Où les gangs montés d'Amérique Latine sèment la terreur dans les banlieues de Mexico, jusque dans le Chiapas ? Où les leaders politiques se voient décribilisés par la corruption, les coups de main de leurs milices, les tripotages des urnes ? Profitant du passage à Paris en novembre 2006 du grand écrivain mexicain Carlos Fuentes, ancien ambassadeur du Mexique en France, prix Cervantès, auteur du pamphlet récent "Contre Georges W Bush", je me suis entretenu avec lui sur la situation de la grave crise politique et sociale que traverse son pays,  de la victoire des partis de gauche dans toute l'Amérique Latine - mais aussi du prodigieux métissage à l'oeuvre dans l'art mexicain, qui a tant fasciné les surréalistes ou Antonin Artaud. À l'époque de l'entretien, Carlos Fuentes travaillait déjà au roman qu'il vient de publier au Mexique.

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RENCONTRE AVEC CARLOS FUENTES À PARIS
Costume sombre, élégant, toujours bel homme à 78 ans, l’esprit rapide, une courte moustache taillée de près, Carlos Fuentes vous accueille avec amabilité, pressé de parler, de donner quelques éclaircissements sur la chaotique situation mexicaine dont il voit bien que nous ne comprenons pas grand chose, d’ici, à Paris. Rappelons que l’homme fut ambassadeur du Mexique de 1974 à 1977 à Paris, et qu’il connaît les « fausses idées » lyriques ou misérabilistes, ou encore « les utopies » que les intellectuels français se sont faites sur l’Amérique Latine. Nous étions convenus de parler politique, quoique avec Carlos Fuentes, à la fois romancier, essayiste, tête politique, ancien diplomate, le choix d’un sujet d’entretien s’avère toujours difficile. Nous aurions aussi bien parlé de la politique internationale américaine : Fuentes a rencontré Théodore Roosevelt, Bill Clinton, et a écrit en 2004 un récit intitulé « Contre Georges W. Bush » (Gallimard), où il critiquait l’invasion de l’Irak et réfutait avec force les thèses conservatrices sur le « péril métis » et les affrontements entre civilisations du professeur de Harvard, Samuel P. Huttington. Deux ans plus tard, les analyses de ce court texte frappent par leur pertinence. « Bush et Cie, par leurs actions atrabilaires et destructrices de l'ordre international, déclarait-il alors, vont transformer le monde en une pépinière de terroristes.»

Nous aurions pu aussi discuter littérature, du « réalisme magique » des grands romans latino-américains, de ses rencontres avec les plus fameux écrivains du continent, Gabriel Garcia Marquez, Octavio Paz, Alejo Carpentier, Julio Cortazar ou Pablo Neruda. Ou encore de ses propres livres, romans, essais, nouvelles, recueils d’articles, scénarios, pièces, cette œuvre riche et puissante qui lui a valu en 1987 l’attribution de la plus haute récompense des lettres hispaniques, le prix Cervantès. Carlos Fuentes semble ne pas vieillir, ne s’arrête jamais d’écrire, de voyager, de polémiquer. Il vit aujourd’hui entre Mexico (« J’y rencontre tous mes amis, sort au restaurant, discute politique ») et Londres (« Là-bas, au calme, j’écris »). Un Cahier de l’Herne lui a été consacré fin 2006,, mis en scène par son traducteur Claude Fell. Des écrivains comme Milan Kundera, Gabriel Garcia Marquez, Nadine Gordimer ou Jorge Volpi vous présentent le personnage, ses passions et ses combats. Lui-même a fait cadeau de quelques-unes de ses correspondances avec Luis Buñuel, William Styron, Günter Grass, Norman Mailer ou Henri Miller. Un énorme cahier à lire comme un jeu de pistes, où l’histoire tourmentée du Mexique et de l’Amérique Latine font la musique de fond.

Cahier de l’Herne Carlos Fuentes (2006). 330 p. 36€.Des textes de Garcia Marquez, Nadine Gordimer, Milan Kundera et beaucoup  d’autres réunis par le traducteur de Fuentes, Claude Fell, et l’écrivain mexicain Jorge Volpi. Les éditions de L’Herne republient « Cervantès ou la critique de la lecture » (Carlos Fuentes, coll Glose, 190p, 18€) et l’extraordinaire roman d’Elena Garro, femme d’Octavio Paz, « La maitresse d’Ixtepec » (350p, 19€), le livre pionnier du « réalisme magique ».

BIBLIOGRAPHIE CARLOS FUENTES

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mercredi, 26 novembre 2008

ROMAN NOIR. QUAND NORMAN MAILER DEFENDAIT JACK ABBOTT, ASSASSIN ET ECRIVAIN

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(Juillet 1981. Norman Mailer se défend. La presse l'attaque pour avoir fait libérer le prisonnier Jack Abbott. Ici le New York Post lui fait dire "J'aiderai encore un assassin")


NEWS NEWS NEWS Les éditions du Cherche Midi publient la correspondance de deux écrivains new-yorkais, grand figures des colères et des éclats des seventies, dont l’œuvre résonne encore puissamment aujourd’hui : Norman Mailer et Jean Malaquais (Le Cherche-Midi, 284p). Rage bien réelle, révolte trempée, critique de la mollesse et du cynisme, amitié profonde et critique, c’est tout l’envers des provocations à un centime de la correspondance fabriquée des amis publics BHL et HBL.
Pour comprendre un peu mieux la personnalité des deux personnages, voici un enquête faite à New York fin 1981 quand Norman Mailer et Jean Malaquais défendaient un écrivain indéfendable, l’assassin Jack Abbott. En 1980, après 25 années de prison, Jack Abbott envoie l’histoire de sa vie à Norman Mailer. L’écrivain trouve le récit fort, aide à le faire publier et préface le livre : son titre « Dans le ventre la bête ». Du jour au lendemain, Jack Abbott le paria devient un auteur à succès. Norman Mailer, Jean Malaquais et d’autres  se mobilisent, l'aident à sortir de prison. Un mois après sa libération Jack Abbott poignarde un jeune patron de restaurant au cours d’une altercation. L’affaire Abbott commence. Norman Mailer se rend au procès de Jack Abbott – injurié par tous, il le défend encore. (publié dans Actuel, mars1982)
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JACK ABBOTT. RECHERCHé POUR MEURTRE…

Une affiche jaune pâle, administrative comme on en trouve dans tous les commissariats new-yorkais. Sous le gros titre noir « Recherché pour meurtre » un type vous regarde. Les yeux clairs, une moustache banale, la tête légèrement penchée. Il n’a pas la caboche dure, la « tête d’assassin » habituelle des placards policiers. Il est plutôt beau, un peu la gueule et les pommettes de Jack Palance. Quelques phrases imprimées précisent son âge, 37 ans. Un signe particulier : les lettres J.A.C.K. sont tatouées sur ses phalanges. Le motif d’accusation : l’homme a poignardé le 18 juillet 1981 un certain Richard Adam devant son restaurant de la deuxième avenue, dans l’East Village. Son nom : Jack Henry Abbott.Le 20 janvier dernier, on pouvait voir ce visage impassible imprimé en couverture de tous les journaux américains à côté de la bille ronde, volontaire et crispée de Norman Mailer. L’écrivain détesté autant qu'adulé de "Pourquoi nous sommes au Vietnam ?" et du « Chant du Bourreau » – son dernier roman, vendu à un million d’exemplaires en quelques mois - était venu témoigner au procès de Jack Abbott pour convaincre le jury de lui accorder les circonstances atténuantes. Toute la presse s’était déplacée pour écouter la plaidoirie de Norman Mailer. Les télévisions, les radios, une horde de reporters le guettaient chaque jour devant le Palais de Justice après chaque interruption de séance. Car cette fois l’écrivain à scandale du « Nègre Blanc » et de "Un rêve américain", l’ancien anarchiste qui avait lancé le mouvement « Hip » - « divorcer de la société, exister sans racine, explorer sans boussoles les exigences rebelles du moi. Voilà le Hip : on est hip ou on est bourgeois. » -, l’opposant farouche à la guerre du Vietnam, le contestataire, jouait une partie très difficile - Jack Abbott sa vie.

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mardi, 25 novembre 2008

TONI MORRISON, UN NOUVEAU ROMAN. LA REVOLTE DES NOIRS ET DES PAUVRES BLANCS CONTRE L'ESCLAVAGE ET LE TRAVAIL FORCE A MENé AU RACISME AMERICAIN

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News News News. Toni Morrison, prix Nobel de littérature, publie un nouveau roman aux Etats-Unis, "A mercy", à paraître en avril 2009 aux éditions Christian Bourgois. Le livre raconte comment l'esclavage a mené au racisme - et comment il s'en différencie. Elle y rappelle l'événement historique qui sert detoile de fond au livre, appelé "la révolte de Bacon" - 1676, Virginie - quand un groupe de cinq cents, serviteurs blancs, esclaves noirs, Noirs affranchis, renversèrent le gouvernement de la cette colonie.  Ils furent bientôt chassés, puis capturés. Toni Morrison a raconté la suite dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur. "Les propriétaires, se jurant de ne jamais laisser une chose pareille se reproduire, établirent des lois, parmi lesquelles celle-ci : tout homme blanc pouvait mutiler ou tuer n'importe quelle personne noire, pour quelque raison que ce soit, à quelque moment que ce soit. ? (...) Voilà de quoi nous avons hérité : on a transformé les pauvres en antagonistes. Cela donne un sens à la couleur de peau; cela permet à des Blancs pauvres comme Job d'éprouver un petit sentiment de supériorité tout simplement parce qu'ils sont blancs et pas noirs."
Toni Morrison a apporté son soutien au sénateur de l'Illinois Barack Obama, qund il était encore un outsider. Dans une lettre ouverte datée du 29 janvier dernier, elle faisait un portrait enthousiaste du jeune candidat : "En plus d'une intelligence aiguë,de l'intégrité et d'une authenticité rare, vous faites preuve de quelque chose qui n'a rien à voir avec l'âge, l'expérience, la race ou le sexe, et quelque chose que je ne vois pas chez les autres candidats. Ce quelque chose est une imagination créatrice associée à la sagesse". Nous allons bientôt savoir si l'écrivain se trompait, ou faisait preuve de prescience.
En sept romans magnifiques, Toni Morrison a obtenu le prix Nobel de littérature. Son huitième, "Love" (Christian Bourgois), a séduit le public, tant en Amérique qu'en France. Pendant l'entretien qui suit, fait chez elle à New York l'hiver 2005, elle parle des magiciens qui s'envolaient des champs de coton pour échapper à l'esclavage, de Fats Waller et la naissance du jazz, "la musique du diable", et du "lamentable régime de Georges W Bush" (publié dans Le Monde 2)
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A NEW YORK, QUARTIER DE SOHO...

"Ma grand-mère jouait au loto avec mes rêves. Elle me demandait de les raconter, puis elle les traduisait en chiffres qu'elle allait jouer dans les loteries clandestines. Je lui racontais un rêve de mariage, elle consultait un livre d'interprétation, et elle composait des numéros du loto. Un mariage, c'était deux plus un, trois. La mort de quelqu'un c'était zéro. Des fois, j'inventais des rêves extraordinaires, pour lui plaire. Elle adorait que nous brodions des histoires, ma sœur et moi, toute la famille. Le soir, nous improvisions, des aventures de dragons, des blagues, des intrigues amoureuses, nous rivalisions. Grand-mère nous mettait des notes. Parfois, à une bonne histoire, tout le monde applaudissait..."
Elle ressemble à une chanteuse de gospel. Coffre, charisme, puissance. La voix impressionne. Profonde, basse. Elle fait sonner chaque phrase, elle la détache, comme si elle lisait un texte. Non qu'elle s'écoute, elle aime les mots. Elle aime le langage. Elle vous envoûte. "Mes rêves pour le loto de grand mère… Ce furent peut-être mes premiers récits d'imagination. Je les fabriquais de toutes pièces, des histoires magiques, des personnages fantastiques, l'enfance baigne dans la magie... Mes premiers, tout premiers écrits ? C'était à la craie, dans la rue, j'avais quatre, cinq ans, avec ma sœur, nous recopions sur le trottoir les phrases obscènes écrites sur les murs, dans les toilettes, nous les réécrivions par terre, ça nous faisait rire ! "

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samedi, 22 novembre 2008

PAUL VIRILIO, PHILOSOPHE, VEUT OUVRIR UNE UNIVERSITE DES DESASTRES

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(Un trader de Wall Street apprenant la chute de la banque Lehman Brothers en septembre)

NEWS NEWS NEWS À la dernière exposition de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, impressionnante, l’un montre l’enracinement, l’autre le déracinement. L’un expose ses images et ses films de gens attachés à leur terroir, des paysans et des villageois effrayés de perdre  leurs origines, les paysages qui les entourent, leurs terres. L’autre dresse des cartes des migrations contemporaines, émigrés de la pauvreté, refugiés climatiques, exode rural, ouvriers cherchant du travail. Le premier est photographe et cinéaste, il s’appelle Raymond Depardon. Le second est urbaniste et essayiste - son nom, Paul Virilio. Son dernier ouvrage s'intitule « L’université du désastre » (Galilée, 2008). Rencontre avec un philosophe original, un des rares à réfléchir sur le crucial et l'époque, qui étudie depuis trente ans un phénomène excessivement moderne, qui a bouleverse à jamais notre monde : la vitesse.

Fondation Cartier pour l'art contemporain. 261 Boulevard Raspail, Paris 75014. Jusqu'au 15 mars 2009.

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À LA ROCHELLE, AVEC PAUL VIRILIO

Casquette sur l’œil, Paul Virilio vous reçoit devant les grandes baies de la médiathèque de La Rochelle, où il vit. Cela fait trente ans que l’homme réfléchit à un phénomène excessivement industriel, aujourd’hui électronique, médiatique, boursier - universel : la vitesse, qui a bouleversé notre époque. « Entendez l’extraordinaire accélération que connaissent les transports terrestres, aériens, spatiaux, qui rapetissent notre Terre, mais aussi les communications et les télécommunications à travers les ondes électromagnétiques, qui abolissent le temps et les distances pour nous faire vivre dans l’instantané. » Réfléchir à la vitesse emballée du monde a mené Paul Virilio à s’interroger à la possibilité de « la perte de contrôle » - de l’accident à grande vitesse aux conséquences incontrôlables, qu’il soit « informatique, ferroviaire, ou nucléaire ». Etudier les rythmes précipités des médias, des écrans omniprésents, de l’information « en temps réel », des cotations financières immédiates lui a révélé « la dictature du présent » - au profit de l’analyse critique, de la mémoire, du recul. Mais aussi ses effets dévastateurs directs : virus informatiques, panique boursière, rumeurs faisant le tour du monde … à toute vitesse. « Nous vivons tous en ubiquité, continue Paul Virilio, réagissant à coups d’affects collectifs, selon des rythmes inconnus qui n’ont plus rien à voir avec les rythmes terrestres, diurnes ou saisonniers ».

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lundi, 17 novembre 2008

JUDITH BUTLER. "LA CONFUSION DU GENRE"

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NEWS NEWS NEWS La philosophe américaine Judith Butler, considérée comme une figure de la "Queer theory", auteur du livre fondateur des "gender studies" américaines (les études sur le genre sexuel) avec "Trouble dans le genre " (La découverte), était de passage à Paris ce 13 novembre, invitée par l'Université Paris VIII. Judith Butler, qui occupe la chaire Maxine Elliot de rhétorique et littérature comparée à Berkeley (University of California), a donné une conférence sur le thème “Genre, Psychanalyse, Politique”, qui fut suivie d'un débat passionné et passionnant auxquels participaient de nombreux(ses) étudiant(es) et professeur(e)s - notamment Anne E. Berger, professeur de littérature, études féminines et genre ( Paris VIII), Elsa Dorlin, maître de conférences de philosophie ( Paris I), Françoise Duroux, professeur de philosophie et d'études féminines (Paris VIII), Michèle Riot-Sarcey, professeur d'Histoire et d'études de genre (Paris VIII), Nadia Setti, Directrice de Recherches, Littérature comparée et études féminines (Paris VIII). LE DERNIER ESSAI DE JUDITH BUTLER "DÉFAIRE LE GENRE" EST SORTI AUX EDITIONS AMSTERDAM EN JANVIER 2006. LA PHILOSOPHE AMÉRICAINE Y PARLE DU GENRE SEXUEL COMME UN "RITUEL QUOTIDIEN", S'INTERROGE SUR L'ÉTHIQUE DE CEUX QUI REJETTENT L'HOMOPARENTALITÉ, ET RÉFLÉCHIT À UNE SOCIÉTÉ PLUS "RESPIRABLE" POUR TOUS ET POUR TOUTES LES MINORITÉS. Je l'ai rencontrée à cette époque pour un portrait paru dans Le Monde 2 en mars 2006.

ESSAIS SUR LE FEMINISME

BIBLIOGRAPHIE

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RENCONTRE AVEC JUDITH BUTLER AU CAFE ROSTAND...

...Peut-être ce perpétuel sourire contenu, ce regard scrutateur viennent-ils de là ? Judith Butler voit les promeneurs des jardins du Luxembourg, les clients du café Rostand – et vous-même –, leur manière d’être féminins, masculins, comme aucun philosophe avant elle. Elle les voit comme des acteurs malgré eux. Les comédiens d’une performance répétée chaque jour, presque à leur insu. Des interprètes plus ou moins conscients d’un rôle écrit d’avance, plein de citations obligatoires : incarner une femme, paraître un homme. " Chacun d’entre nous fait l’homme, mime la femme, à sa manière, explique-t-elle. Voyez ces hommes, ils déclinent le "dress code" des employés mâles, le costume, la cravate, les cheveux courts. Ce garçon, plus loin, porte des bijoux, les cheveux plus longs, mais il reste habillé en homme. Il ne porte pas des hauts talons ou une perruque, comme un homme de cour au xviiie siècle. Ils sont en représentation sans le savoir, ils jouent l’homme contemporain, cela se répercute jusque dans les détails, leur parfum pour homme, la montre d’homme. Devenir un homme est une performance quotidienne, répétitive. Et une femme aussi."...

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mardi, 11 novembre 2008

SALMAN RUSHDIE SANS GARDE DU CORPS

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NEWS NEWS NEWS. De passage à Paris fin octobre à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "L'Enchanteresse de Florence" (Plon), Salman Rushdie se déplace désormais sans garde du corps. Invité par France-info, il a dénoncé les menaces qui pèsent sur l'écrivain italien Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra" (Gallimard), une longue enquête sur les méfaits de la mafia napolitaine. Selon Salman Rushdie, « Saviano court un danger terrible et devra choisir très prudemment son lieu de destination » s'il quitte l'Italie. « J'ai rencontré Roberto Saviano à New York au mois d'avril, a-t-il ajouté. C'est un homme extrêmement agréable, très intelligent, mais il court un danger terrible. En avril à New York, le FBI estimait qu'il était déjà en danger... La mafia pose un problème bien plus grave que celui que j'ai rencontré moi-même...". Salman Rushdie lui-même n'est plus inquiété aux Etats-Unis depuis plusieurs années, aux dires même du FBI - même si, en février 2005,  Jomhouri Eslami, le quotidien des ultra-conservateurs iraniens a réaffirmé "l'ordre divin" de mort contre lui.

 

BIBLIOGRAPHIE SALMAN RUSHDIE
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PORTRAIT-ENTRETIEN, SALMAN RUSHDIE

"Qui est blonde, a des gros seins, et vit en Tasmanie ?

-Salman Rushdie.

Cette blague, inventée par Rushdie lui-même, n'est jamais devenue réelle. Depuis 1989, l'année de la fatwa lancée contre lui, l'écrivain a toujours refusé de recourir à la chirurgie esthétique. Il ne s'est jamais exilé au bout du monde. Il n'a pas changé de nom. En février 1993, en dépit des menaces, il écrivait depuis une de ses caches en Angleterre : "C'est la seule solution que je n'ai jamais envisagée. Ce serait pire que la mort. Je ne veux pas la vie d'un autre. Je veux la mienne." Quand je le rencontre pour Le Monde le 20 avril 2004, Salman Rushdie vit librement à New York, presque. Il ne change plus d'appartement tous les mois. Il se promène sans garde du corps. Il va aux vernissages et aux premières. Il rentre d'Inde, où il a circulé sans être inquiété. Il va épouser le mois prochain Padma Lakshmi, une actrice de Bollywood. Au cours de notre entretien, en dépit des attentats d'Al Qaida autour du monde, il affirmera que le fondamentalisme islamiste connaît désormais sa dernière "poussée de fièvre". Selon lui, dans 20 ans il sera défait, et le "grand corps de l'humanité" s'en remettra.

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dimanche, 09 novembre 2008

CRISE ECONOMIQUE. HERNANDO DE SOTO, ECONOMISTE PERUVIEN, AUTEUR DU CLASSIQUE "LE MYSTERE DU CAPITAL" (2000) : "LES PAUVRES NE SONT PAS LE PROBLEME, ILS SONT LA SOLUTION"

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NEWS NEWS NEWS "Les conséquences économiques de la crise financière seront beaucoup plus graves pour les pays en développement que pour les pays riches", déclarait au Monde fin octobre Kemal Dervis, le dirigeant du Programme des Nations unis pour le développement (PNUD). Ancien ministre des finances du gouvernement turc, defenseur du multilatéralisme, il plaidait jusqu'à ce jour - "dans le désert" selon Le Monde - pour que les pays du G7 tiennent enfin leur promesse d'augmenter leurs aides.  Ce qui semblerait juste, la récession en cours de l'économie mondiale provenant de la vie à crédit des Etats-Unis et des égarements financiers des pays riches. Quelques jours plus tard, j'interrogeais l'économiste péruvien Hernando de Soto, spécialiste de la question de la pauvreté et des droits économiques des pauvres, en vue  d'un "grand entretien" sur la crise actuelle. Il s'étonnait à son tour de la "coupure d'avec la réalité" de l'Occcident et plaidait pour la reconnaisance juridique des biens des pauvres - un combat qu'il mène à l'ONU avec l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright (paru dans Le Monde 2, le 8 nov 2008)

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« Les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution » écrit l’économiste péruvien Hernando de Soto dans son ouvrage devenu un classique « Le mystère du capital » (Champs, Flammarion, 2005). « Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs ? » interroge-t-il en ouverture de l’ouvrage. Les habitants des pays du Sud sont donc arriérés et stupides, comme le proclament les racistes ? Ils n’ont pas développé une culture appropriée, comme le prétend le conservateur Samuel Huntington, professeur en sciences politiques à Harvard ? La pauvreté les étouffe et les handicape ? Alors, demande l’économiste, pourquoi les pays du Sud regorgent-ils de commerçants, de vendeurs, d’entrepreneurs ? Qu’est-ce qui les empêche de se développer, faire fructifier leur capital, leurs talents ? Après des années d’études de terrain dans les pays pauvres, Hernando de Soto croit connaître une partie de la réponse. Dans les pays pauvres, les trois quarts des habitants n’existent pas légalement. Ils ne possèdent pas d’extraits de naissance, leurs maisons et leurs bidonvilles n’ont aucun titre de propriété, leurs entreprises, leurs commerces tournent sans responsabilité juridique, sans vraie comptabilité, les contrats se font à l’amiable. Les pauvres sont illégaux dans notre monde, voilà le problème. Plus exactement « extralégaux ». Ils ne peuvent passer contrat avec le centre ville, encore moins entrer dans l’économie mondialisée. Toutes leurs richesses constituent un immense « capital mort » : par exemple le capital immobilier extralégal des pays émergents et l’ancien bloc communiste représenterait deux fois la masse monétaire en circulation Etats-Unis, soit 9300 milliards de dollars.
« Les pauvres sont plus riches qu’on ne le pense » affirme Hernando de Soto. Voilà pourquoi il se démène depuis des années pour lancer la « révolution juridique » qui donne droits et titres de propriétés aux extralégaux des villes, aux paysans pauvres - ce qui lui a voulu d’être condamné à mort par les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou. Il commence d’être entendu. L’ONU soutient désormais la « commission de démarginalisation des pauvres par le droit » qu’il a fondé avec l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright. Entretien sur la crise actuelle avec un économiste du Sud, étonné que l’Occident ait pu à ce point oublier la réalité, et renier les fondements juridiques et réalistes du capitalisme.

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lundi, 03 novembre 2008

BARACK OBAMA, DEMOCRATE, METIS, LARGEMENT ELU PRESIDENT DES ETATS-UNIS. EN FRANCE : PEUR DU "COMMUNAUTARISME", FRILOSITE POLITIQUE ET GHETTO ANTILLAIS...

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(Barack Obama en campagne, ici à Phildelphie. On trouve son discours historique de Washington ici : http://www.dailymotion.com/video/x7b1f7_telezapping-le-discours-de-barack-o_news)
NEWS NEWS NEWS. Devant une foule immense venue acclamer sa victoire à Chicago, le président Barack Obama a déclaré : "Le changement est arrivé en Amérique". En effet, on compte 338 grands électeurs pro-Obama à cette heure (majorité à 270), doublée d'une majorité démocrate au Sénat, à la Chambre des Représentants, au Congrès - cela avec une participation historique,  65%, jamais vue depuis 1908. Le peuple américain, sous l'oeil de l'Histoire et du monde, a fait le choix net  d'un changement historique : élire un président jeune, "colored" et démocrate après 8 années d'une présidence véritablement réactionnaire, liberticide, économiquement désastreuse et agressive au niveau international. En Angleterre, l'austère quotidien de centre-droit Times (centre-droit), réputées pour ses analyses mesurées, parle d'une "démocratie américaine rajeunie" : "Ce pays considéré par de nombreux Européens comme désespérément raciste et inéluctablement de droite, a élu un homme noir, à la tête d'un parti favorable à la redistribution économique et à une politique étrangère enracinée dans l'engagement diplomatique pacifique". On s'étonnera qu'au même moment, dans la vieille France des Droits de l'Homme, M. Kofi Yamgnane, Français né au Togo, secrétaire d'Etat sous François Mitterrand, déclare  dans Le Monde du 29/10/08 : "Sur ces questions ( de couleur de peau, ndlr), la France fait du surplace depuis vingt ans." Il ajoutait, rappellant que les partis politiques rechigent toujours à désigner des candidats venus de l'immigration ou des Antilles, alors que l'Antillaise Georges-Pau-Langevin, ancienne présidente du MRAP, a été élue dans le XXe arrondissement avec 62% des voix : "Le peuple français est largement en avance sur son élite politique. Les dirigeants des partis anticipent un rejet des électeurs alors que c'est faux."
Sur la mise à l'écart des "gens de couleur" de l'univers politique, culturel et médiatique en France - où un présentateur noir sur TF1 fait encore scoop, où il  a fallu attendre le 6 avril 2005 pour que la Comédie Française  ose une « SEMAINE DE LA CARAÏBE » avec des lectures des écrivains Derek Walcott, Jean-René Lemoine, Simone Schwarz-Bart, Ina et Aimé Césaire - voici un reportage fait il y a vingt ans sur la place faite aux Antillais dans notre grand pays républicain. On verra que Kofi Yamgnane a raison de parler d'un long "surplace" (publié dans Actuel en mai 1985)

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14:21 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : obama, espoir

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