mercredi, 28 mai 2008

NAPLES VILLE DE TRAFICS. A LA RECHERCHE DES USINES DE CASSETTES PIRATES

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NEWS NEWS NEWS. Le pape Benoît XVI est allé se recueillir le 21 octobre 2007 dans la cathédrale du martyr San Gennaro à Naples, mais cela n'a rien changé : Naples est restée la capitale européenne des ordures jamais ramassées, des services publics inutiles et de la camorra toute puissante. Depuis la situation s'est encore aggravée, et voilà maintenant que le nouveau gouvernement Berlusconi a décidé d'envoyer l'armée et de nettoyer Naples des ses montages de détritus - et de la mafia.
Le journaliste de la Republicca et écrivain Giorgio Bocca, a publié l'année dernière une longue enquête sur la vieille ville italienne, "Napoli, siamo noi" (Feltrinelli, sept 2006), où il décrit dans le détail l'état de pauvreté chronique de Naples, et l'emprise de la Camorra sur la ville. "La criminalité a gagné, écrit Bocca. Naples a touché le fond. Elle est arrivée à la limite au-delà de laquelle toute cohabitation est impossible. Naples a quelque chose que la plupart des villes italiennes ne connaissent pas : la plèbe, comme Alexandrie, comme Calcutta, comme Bombay où un nombre sans fin de personnes survivent plutôt que vivent. Où chaque jour des foules énormes se mettent en marche cherchant la survie sans bien savoir où la trouver. A Milan, à Turin, il y a des pauvres, mais à Naples c'est la plèbe qui est l'alliée naturelle de la délinquance (...). La Camorra a dans cette ville une fonction décisive : assurer la survie des marginaux. Les formes de complicité avec la Camorra qui s'est appropriée l'immense majorité des biens publics napolitains, sont innombrables, infinies et surtout inconscientes."39eab2450d93b4b041096751b278a036.jpg

Enquêtant dans toute la ville, Giorgio Bocca montre que la vieille capitale du royaume des Deux-Siciles ne possède plus aucun service public digne de ce nom. Les transports en commun fonctionnent quand ils peuvent, régulièrement rançonnés par des bandes de gamins, les gens les plus démunis, estimés à plusieurs dizaines de milliers, ne reçoivent presque aucune allocation. Dans les quartiers, c'est souvent la Camorra qui maintient un semblant d'ordre, contrôlant les quartiers pauvres de la ville, louant les garnis, pratiquant l'usure, dirigeant la contrebande, le trafic de drogue, de faux accessoires de mode, de cassettes audio et video, de CD et de DVD, de viande clandestine. Elle tient aussi les marchés publics et le monopole de la production de béton, donc de la construction. Elle règne par la peur, la soumission, le chantage, l'assassinat.
Vingt cinq ans auparavant, Naples ressemblait déjà à celle d'aujourd'hui, comme en témoigne ce reportage publié dans le magazine Actuel en avril 1983. Avec le photographe Daniel Lainé, nous avions tenté de remonter une filière de cassettes pirates - et l'enquête s'était terminée chez un "capo" de la Camorra plutôt sympathique, armé d'un pistolet à crosse plaquée or...

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11:45 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mafia |

dimanche, 25 mai 2008

ZOOT SUIT... L'HISTOIRE D'UN COSTUME DEMESURE, SYMBOLE DE LA FIERTE DES MEXICAINS ET DES PACHUCOS EN AMERIQUE

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NEWS NEWS NEWS D’après une étude publiée début mai 2008 par le Wall Street Journal, la population d’origine espagnole aux Etats-Unis – majoritairement mexicaine – atteint désormais 15% de la population américaine. Le gouvernement fédéral, qui recensait 35,7 millions d’« hispaniques » en 2000, en décompte aujourd’hui 45,5 millions. Cette augmentation d'importance vient des naissances, non de l’immigration. Elle révèle combien les « brown » - les "marrons", comme les appellent avec mépris certains californiens - deviennent une minorité puissante, nombreuse et influente. Et pas seulement électoralement ou politiquement. Leur présence active dans la culture, le style de vie en témoignent : depuis les chaînes de télévision en espagnol, qui se multiplient, jusqu'aux musiques « latines » - hip hop, jazz latino, salsa... - qui gagnent en influence.
Sur la difficile et longue histoire de l’intégration des Mexicains et des « Latinos » aux Etats-Unis, voici un reportage stylistique.
Il tente de remonter aux origines du « zoot suit », le costume extravagant des « pachucos » californiens des années 1940, ces jeunes Mexicains de deuxième génération qui furent les premiers à se révolter contre le racisme américain et les violences policières … lors des célèbres « zoot suit riots » de l'été 1942.
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REPORTAGE.

TOUT COMMENCE À LONDRES, EN JANVIER 1982, AVEC UN GROUPE DE ROCK PARADANT SUR SCENE EN COSTARD CINGLé
«- Zoouut Siouute ! Zoouut Siouute ! »
Chris Sullivan, le chanteur des Blue rondo a la turk, hullule en chaussettes, caleçon court et chemise rose, tout en repassant son invraisemblable pantalon rayé, un truc assez large pour servir de short à un rhinocéros adulte.
« Quoi ? Zoouut Siouute ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Ce costard démesuré, c’est un zoot suit, frenchie, m’a-t-il rétorqué en me montrant son gigantesque falzar. Suit égale costume, tu comprends ?
- Alors ce fute pour catcheur japonais obèse, cette veste de lanceur de poids atteint d’éléphantiasis s’appelle un zoot suit ?
- Exactement frenchie. Le zoot suit a toujours quatre à cinq tailles de plus qu’un costume sur mesure. La veste frôle les genoux, les épaules tremblotent à dix centimètres des clavicules, les poches du pantalon sont profondes comme des sacs de golf. C’est la règle.
- Et d’où connais-tu ces grands principes ?
- Des chicanos de Californie, frenchie, a repris Chris, balayant du revers une mèche effondrée de sa courte banane. Le zoot suit vient des pires faubourgs de Los Angeles.
- Tu veux dire qu’à L.A, les chicanos se trimballent dans les rues dans ce costard extravagant  ?
- Oui. Aujourd'hui comme il y a quarante ans. Les jeunes latinos ont même fait leurs premières émeutes en zoot suit, si tu veux tout savoir...
- Quoi, quoi, quoi ? »

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18:10 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jam, latino |

mardi, 20 mai 2008

L'HOMOPHOBIE CONDAMNEE PAR RAMA YADE, SECRETAIRE D'ETAT. LES AMBIGUITéS DE NICOLAS SARKOZY SUR CES QUESTIONS

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NEWS NEWS NEWS. Ce samedi 17 mai, la secrétaire d'État aux droits de l'homme, Rama Yade, recevait plusieurs associations gays. Elle s'est engagée au nom de la France et du gouvernement à reconnaître la Journée internationale contre l'homophobie (Idaho) à laquelle appellent depuis des années la plupart des associations homosexuelles mondiales. Autre grande avancée de cette réunion avec les groupes LGBT (Lesbiennes-gays-bisexuelles-trans), la France luttera contre l'homophobie - toujours très répandue, (voir la carte ci-dessous) - sur la scène internationale. Autre promesse allant dans le même sens de tolérance : une déclaration pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité devrait être rédigée rédigée par le gouvernement avec les associations.
Rappelons qu'aujourd'hui encore, en France, l'homophobie n'est pas un mythe ou un fantasme victimaire d'associations gays. Souvenons-nous qu'en janvier 2007, la ville de Béziers a été pendant plusieurs mois le théâtre d'agressions homophobes très violentes. Dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 janvier, un homme de 45 ans fréquentant le lieu de drague du parking de la Poste a été attaqué dans son véhicule par un partenaire qu'il venait de rencontrer, un jeune homme de 21 ans. La victime souffre de traumatisme du genou droit, d blessures faciales d'une fracture du nez et de la main gauche - 21 jours d'incapacité temporaire de travail (ITT). L'agresseur a été formellement identifié par un homme de 41 ans chez qui il s'était rendu en automne, après l'avoir croisé sur le même lieu de rencontre. Bilan: sept points de suture et des brûlures sur le corps. Un complice l'a aidé.

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12:07 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : homophobie, sexe, sarkozy |

jeudi, 15 mai 2008

MICHEL LE BRIS. ETONNANT BAROUDEUR

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News News News. Le vingtième festival des Etonnants Voyageurs s’achève à Saint Malo. Outre soixante mille visiteurs, cent cinquante écrivains s’y sont croisés ( parmi lesquels Alaa El Aswany, Alain Mabanckou, Fabrizio Gatti, Boualem Sansal, Colum Mc Cann, Sherman Alexie, Dany Laferrière, Xinran, Maryse Condé …), deux cents films et documentaires ont été projetés (surtout des documentaires), quatre-vingts débats sur les thèmes de la migration et des migrants ont drainé les foules, sans oublier les grandes rencontres sur les « saveurs de monde » et les longues soirées festives, passablement ivres, dans les bars de nuit.
Un festival voulu et imaginé quelques vingt années plus tôt par Michel Le Bris. Dont voici un portrait réalisé pour le Monde 2 en mai 2006. Aujourd'hui Michel Le Bris préparé déjà le XXe festival des Etonnants voyageurs, et publie fin juin un énorme roman chez Grasset - sujet, le Harlem des années 1920 et le Kenya de la même époque...
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Michel Le Bris ou le pionnier perpétuel.
Peu de gens connaissent l'itinéraire intellectuel de ce barbu toujours pressé (sauf lorsqu'il se tape la cloche), passionné de littérature mondiale et spécialiste de l'histoire de la piraterie, féroce dans ses jugements sur «les pissous maigrelets des anorexiques claustrophobes de la littérature française», qui a réussi à monter et faire prospérer l'un des plus enrichissants festivals littéraires d'Europe, les Etonnants Voyageurs - et ses équivalent épisodiques à Sarajevo, Dublin, Missoula (Etats-Unis, pour deux printemps) et depuis peu, Bamako et Port-au-Prince (Haïti). Peu de gens savent par exemple que l'homme a fait huit mois de prison en 1971 parce qu'il avait pris la direction du journal d'extrême gauche interdit La Cause du peuple, juste avant Jean-Paul Sartre - qui, lui, ne fut jamais emprisonné bien qu’il ait vendu le journal sur un tonneau, devant les usines Renault de Billancourt.
Ici, un rapide retour en arrière s'impose.

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18:00 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : audace, jam |

jeudi, 08 mai 2008

MINCE POUR TOUJOURS.

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NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".

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(Campagne publicitaire d'Oliviero Toscani contre l'anorexie)

En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger telles qu'elle sont véhiculées par les innombrables ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, certaines campagnes publicitaires vantant les vertus du "light" et l'allégé - sans oublier beaucoup de journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)

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Le printemps approche, ouvrons un magazine féminin fameux aux pages «diététiques». Le régime de restriction est décrété d’emblée. D’autorité. Femme, il faut se méfier de tout plaisir, et même des plus anodins. « Attention, on repère les faux-amis ! » prévient l’article diététique du numéro. Les faux-amis ? Le champagne doux (sucré), les bulots (plus caloriques que les huîtres) et les petites gaufrettes (trop minces pour être honnètes). Suivent 35 injonctions à la méfiance alimentaire, assortis d’impératifs catégoriques : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ».

"ON" c'est qui ? C'est toutes les femmes.

« On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking », c’est-à-dire qu’on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (prise à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).

Et surtout : « On ne se prive de rien.»

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