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ZOOT SUIT... L'HISTOIRE D'UN COSTUME DEMESURE, SYMBOLE DE LA FIERTE DES MEXICAINS EN AMERIQUE

3e53c195021ee19638dcfe127d6b5824.jpegLe "pachuco" de Los Angeles vêtu d'un "zoot suit", la tenue fétiche des jeunes latinos californiens. DR

NEWS NEWS NEWS D’après une étude publiée début mai 2008 par le Wall Street Journal, la population d’origine espagnole aux Etats Unis – majoritairement mexicaine – atteint désormais 15% de la population américaine. Le gouvernement fédéral, qui recensait 35,7 millions d’«hispaniques » en 2000, en décompte aujourd’hui 45,5 millions. Cette augmentation d'importance vient des naissances, non de l’immigration. Elle révèle combien les « brown » - les "marrons", comme les appellent avec mépris certains californiens - deviennent une minorité puissante, nombreuse et influente. Et pas seulement électoralement ou politiquement. Leur présence active dans la culture, le style de vie en témoignent : depuis les chaînes de télévision en espagnol, qui se multiplient, jusqu'aux musiques « latines » - hip hop, jazz latino, salsa... - qui gagnent en influence.

Sur la difficile et longue histoire de l’intégration des Mexicains et des «Latinos » aux Etats-Unis, voici un reportage paru en partie dans Actuel en 1982. Il tente de remonter aux origines du « zoot suit », le costume extravagant des « pachucos » californiens des années 1940, ces jeunes Mexicains de deuxième génération qui furent les premiers à se révolter contre le racisme américain et les violences policières … lors des célèbres « zoot suit riots » de l'été 1942.

 TOUT COMMENCE DANS EN JANVIER 1982 DANS UN HÔTEL DE LONDRES, OÙ CAMPE UN GROUPE DE ROCK PARADANT SUR SCÈNE EN COSTARD CINGLÉ.

«- Zoouut Siouute ! Zoouut Siouute ! », Chris Sullivan, le chanteur des "Blue rondo a la turk", pas gêné, fredonne en chaussettes, caleçon court et chemise rose, tout en repassant son invraisemblable pantalon rayé, un truc assez large pour servir de short à un rhinocéros adulte.

Je l'interpelle « Quoi ? Zoouut Siouute ? Qu’est-ce que tu veux dire Chris ?

- Ce costard démesuré, c’est un zoot suit, frenchie, m’a-t-il rétorqué en me montrant son gigantesque falzar. Suit égale costume, tu comprends ?

- Alors ce fute pour catcheur japonais obèse, cette veste de lanceur de poids atteint d’éléphantiasis s’appelle un zoot suit ?

- Exactement, frenchie. Le zoot suit a toujours quatre à cinq tailles de plus qu’un costume sur mesure. La veste frôle les genoux, les épaules tremblotent à dix centimètres des clavicules, les poches du pantalon sont profondes comme des sacs de golf. C’est la règle.

- Et d’où connais-tu ces grands principes ?

- Des chicanos de Californie, frenchie, a repris Chris, balayant du revers une mèche effondrée de sa banane. Le zoot suit vient des pires faubourgs de Los Angeles.

- Tu veux dire qu’à L.A, les chicanos se trimballent dans les rues dans ce costard extravagant ?

- Oui. Aujourd'hui comme il y a quarante ans. Les jeunes latinos ont même fait leurs premières émeutes en zoot suit, si tu veux tout savoir...

- Quoi, quoi, quoi ? »

Toujours aussi concentré sur son délicat repassage, Chris Sullivan l'excentrique rocker londonien continue de raconter l’histoire du zoot suit, sa tenue de scène. Il a un peu hésité sur les dates de l’apparition de l'effarant costard, 1942, 1943, évoqué les voyous qui le portaient, puis s'est longuement interrogé sur l’existence ou non de larges revers aux pantalons. Je savais que ce costard XXL a été inventé par les latinos de L.A, mais que les premiers émeutiers chicanos de Californie, méprisés et fiers, soit descendus dans les rues affublés de ce costard débordant m'interloquait. J'imaginais ces manifestants sur-épaulés, cavalant dans les artères de Los Angeles en cinérama, défiant la police.

Pourquoi ce costume démesuré ? Quel rôle symbolique avait-il joué dans les soulèvements des immigrés mexicains en Amérique ? Mon enquête sur les origines de cette tenue cinglée, associée à une musique funky et joyeuse mêlée de groove latino, d'abord sur les scènes de Londres après la vague punk sombre et nihiliste, puis à Paris où l'orchestre King Créole fait salle comble et secoue les nuits du Palace, rebondissait dans toutes les directions. De Londres et Paris  à Los Angeles. De 1982 à 1942. Des rockers anglais et du King Créole aux révoltés mexicains.

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Recommençons... Début avril, nous recevons à Radio Nova (où nous avons choisi de nous intéresser à la world music), un disque péchu d’un nouveau groupe de rock anglais, Blue Rondo a la Turk. A l’intérieur, un 33 tours de coloration swing, façonné genre grand orchestre ska, avec batterie emballée, déferlement de congas et percussion latines, sax hypernerveux. Accompagnant le disque, un exemplaire de The Face, le célèbre journal musical londonien. À la Une de The Face, deux têtes de frimeurs gominés, spot rosé sur leurs mèches luisantes, émergent de deux vestes larges comme trois portemanteaux, le chanteur et le batteur. En pages intérieures, on les retrouve emmanchés dans leurs deux costards géants rappelant le style gangster américain d'avant guerre : veste longue et floue, pantalon trop large, nœud pap, pompes vernies, pli impeccable. Ils font encore penser aux "apaches" parisiens, les voyous stylés des années 1900, ou aux zazous anti-vichystes de l'occupation. Ou encore à ce groupe new-yorkais d'aujourd'hui, drôle et funky, féru de citations latines, King Créole and the Coconuts d’August Darnell, avec ses morceaux dansants et ses salsas jazzy.


9d3c34ab7cae082d4bbb531d1bbecd55.jpeg Zoot suiters d'aujourd'hui à Los Angeles (DR)

D'où vient ce Chris Sullivan et son zoot suit ? Tiens, tiens, le leader du Blue Rondo a été une des têtes pensantes de la bande du Spandau Ballet, le premier groupe rock « pirate » londonien, le premier à avoir renversé radicalement la vapeur après le punk. Assez de rage sans cause, ironisaient les Spandau Ballet, assez d’anarchie et de "No Futur", de nihilisme, de renfermement sur sa colère et son dégoût de vivre, assez de mutilation et tenues déchirées et provocantes, retrouvons la belle allure, du style, de la classe, revenons à la joie de vivre envers et contre tous, retrouvons les sons moelleux et groovy, les ambiances de fête, le goût et la passion de vivre.

Avec le Spandau Ballet et les "pirates", pour la première fois depuis la fin des années 60 et le swingin' London; des rockers osaient à nouveau la jouer flamboyant. Romantiques. Dandy. Mods. Chemises à jabot, veste de corsaire, capes, soirées festives. Malgré la crise annoncée, le choc pétrolier, la dureté de la vie, retrouvons l’ironie, la séduction, le rêve. Les mentalités basculaient à nouveau. Une fois de plus, les groupes de rock et les musiciens d'avant-garde ouvraient la voie. La « new wave », en quête d'un style élaboré, ouverte aux autres courants, plus musicale et groove, était en marche. Dans un pub de Londres, Chris Sullivan explique la démarche des Blue Rondo. Il refuse de céder à la déprime ambiante. À l’époque du Spandau Ballet, les « pirates » n’avaient pas plus d’argent, ni d’avenir, que les punks, mais ils s’habillaient en princes et en marquis. Ils ne se laissaient plus abattre. Ils retrouvaient la fierté.

« Mais pourquoi choisir le zoot suit maintenant ?

-Ce côté excentrique et élaboré en même temps. Et puis, après la High Tech, le synthétique, j’ai voulu retrouver la musique noire et latino, vivante. Pour nous, ça a été comme un retour aux sources, mais avec humour. D’où cette idée de porter des costards trop grands, les zoot suit des Chicanos...

- Mais Chris, tu vas encore le porter longtemps, ton zoot suit ?...

- Les Latinos californiens en portent encore frenchie ! On dit que les plus frimeurs, les plus fiers, paradent avec sur Sunset Boulevard le dimanche. La différence entre eux et nous ? A L.A., le zoot est inséparable de l’histoire des Chicanos. Il leur rappelle leurs parents, leur jeunesse. A Londres, on s’en fout...

- Mais zoot, ça veut dire quoi ?

- Ça, je ne sais pas. J’ai cherché. Le mot n’est recensé dans aucun dictionnaire. Zoot ? Zoot ? Il faudrait aller à L.A. pour savoir. »

2ca7f8421d5ec3e1decfa6356760393d.jpg The original zoot suit (DR)

ZOOT SUIT MURDERS

« Zoot suit ? Zoot ? Non, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait vous aider. » La vendeuse de chez Brentano, la plus grande librairie de Los Angeles, réputée pour son exhaustivité, roule des yeux égarés. Elle compulse en vain ses fiches microfilmées et ses catalogues d’éditeurs, elle ne trouve rien. L’unique livre sur la question, Zoot Suit Murders, de Thomas Sanchez, est épuisé. Quant à l’histoire des "latinos" d'Amérique, aujourd'hui comme hier, aucune étude systématique n'est recensée en librairie. Quelques lignes, deux ou trois paragraphes survolent le sujet dans quelques livres d’histoire générale. C’est tout.  L'édition américaine traite les "Chicanos" comme une petite tribu indienne décimée, perdue dans un recoin de la côte Ouest. Alors qu’ils sont cinq millions à Los Angeles - et que la Californie était mexicaine jusqu’en 1848.

Le lendemain, avec un photographe, nous remontons Whittier Boulevard, la grande artère qui traverse l’immense ville mexicaine de East Los Angeles, décidé à aller chercher l’information sur place. East L.A. Ce seul nom inquiète tous les Blancs rencontrés up town. Des jeunes branchés, ouverts à tous les courants musicaux, m’ont assuré d’une voix grave que j’allais me faire braquer au premier feu rouge. Un journaliste du L.A Weekly m’a tuyauté : ne descend jamais de ta voiture, regarde toujours derrière toi. À les entendre, j’allais en enfer, dans la terre des gangs cruels et des dangereux machos au teint bilieux. Chez les "Browns", les marrons.

East L.A. Pour y arriver, il faut d’abord descendre tout au bout de l’Hollywood Freeway, jusque Downtown, puis entrer dans le centre ville mexicain. Downtown est le seul quartier de Los Angeles où la rue vit, grouille, ressemble à New York avec ses trottoirs noirs de monde, ses fast food à deux dollars, sa population pauvre, mal vêtue, noire et mexicaine. Sur Broadway, l’avenue principale, toutes les boutiques portent des noms espagnols - Alicia Hernandez, Julio Ramirez, Armando Villareal... Aucun tape à l’œil, aucune frime, des vitrines fonctionnelles, des échoppes sans décorum. Nous sommes très loin des magasins de luxe et des concentrations de Mercedes ou de Ferrari de Beverly, loin du L.A hollywoodien.

Ici, les gens, tous des migrants, pas toujours légaux, se contentent du strict nécessaire, on vend des costumes d'employés, des robes sans éclat, du synthétique, beaucoup de soldes. Le Mexique pauvre, travailleur, qui se tape tous les sales boulots de l'Amérique blanche, sous-payés, douze heures par jour, vit ici. Les femmes portent des jupes longues, la frange de cheveux noirs, le pull en V montrant l’obligatoire croix en or. Presque toutes, même très jeunes, sont accompagnées d'enfants et avancent en évitant le regard des hommes. Où sont donc passés mes extravagants zooters ?

baf4650255be03a5806f440f61b228d8.jpg Quatre zoot suiters à East L.A (DR)

SUR WHITTIER BOULEVARD

Après Downtown et Broadway, il faut suivre la sixième rue pendant un kilomètre jusqu’au grand pont de pierre jaune qui domine la ville. L’infinie banlieue mexicaine commence là, autour de Whittier Boulevard. Après le pont, la ville s’affaisse, se ratatine. Los Angeles n’est pas une cité de gratte-ciels. Elle s’est développée à ras du sol, grignotant lentement le désert et les villages alentour comme une immense pieuvre pavillonnaire. Plus on s’enfonce dans East L.A., les maisons basses, les bungalows, les jardinets rétrécissent jusqu’à se faire cabanons, baraques, blocs de plaque-au-plâtre. La pauvreté devient criante. Les trottoirs se délabrent, le crépi s’effondre, les publicités prennent un air mité. Partout, les calligraphies torturées des gangs dansent sur les murs sales. Puis le décor change encore. On traverse des enfilades de lotissements plus cossus, les gazons s’épaississent, les maisons retrouvent leur pimpant, les voitures des chromes.

La petite bourgeoisie mexicaine vit là, américanisée.

C'est ici, loin sur Whittier Boulevard, au cœur d’East L.A, à la recherche des clubs de musique, que nous pilons. Là, dans la vitrine d’un magasin de disques, un type parade en zoot suit sur une grande affiche bleutée. À l'intérieur, l’impression de tomber sur une exposition en faveur du costard recherché. Partout, des posters, des photos, des stickers « zoot suit ». Tous ces gadgets servent de support publicitaire à un film Universal annoncé par l’affiche de l’entrée : « Zoot Suit, a picture by Luis Valdes ». Le patron, un vieux Mexicain qui ressemble au vieux sage des Sept Mercenaire, est prêt à nous éclairer. Son visage de chamane s’anime. Le zoot suit lui rappelle ses vingt ans, son arrivée en Californie avant-guerre. L’habit était trop cher, trop excentrique pour lui. Il n’a pas osé le porter. Il arrivait de la campagne, son père était ouvrier agricole à San José, à côté de L.A. Il n’avait pas le temps de parader dans une fringue comme ça. Il trimait trop dur à l’époque. Mais aujourd’hui, il se souvient bien…

Le zoot suit… Imaginez ces jeunes Mexicains des années quarante nés au Etats-Unis. Leurs parents sont des migrants, souvent illégaux, la plupart des gens frustres, pauvres, chômeurs, venus de la campagne mexicaine. Ils ont été catapultés du jour au lendemain dans une des villes les plus folles du monde, divisée en ghettos, chinois, noirs, pauvres blancs, bourgeois, stars de cinéma, une cité immense à la fois ouvrière, misérable à l’Est et à l’Ouest, tandis que sur les collines d’Hollywood, la capitale du cinéma, vivent des milliardaires, des businessmen, des stars. Ces Mexicains démunis, fils et petits-fils de fermiers illettrés, ont du mal à s’adapter. Ils doivent tout apprendre de la vie dans les grandes capitales américaines. Et puis les gringos les méprisent. Ce sont des « chicanos », autant dire des péquenots, des ploucs.

c87a95c95e8c860f3bc7fd1c375a2c57.jpg Le journal des "Low riders", tous en zoot suit (DR)

MACHITO ET SES RUMBA KINGS

La génération suivante, elle, a toujours vécu à Los Angeles. Les années passant, ils n’ont plus grand-chose à voir avec leurs parents. A vingt ans ils traînent le soir dans les boîtes de Downtown, ils écoutent Glenn Miller, le Cubop (cuban Bop), Machito et ses Rumba Kings. Ils sont fiers que les rythmes sud-américains secouent le jazz des Noirs. Il fallait bien qu’un jour cette nouvelle génération se trouve un nom, une identité nouvelle pour bien montrer aux Blancs qu’ils n’étaient plus des chicanos retardés, des paysans. Dans les années 1940, ils s’appellent entre eux les "Pachucos". Peu à peu, dans la complicité des virées nocturnes, des retrouvailles d’après-turbin, des bars, ils s’inventent un langage secret, le calo, un argot incompréhensible par les gringos et adapté à la ville, aux boîtes, à la bagarre. Dans ce langage, « pachuco » désigne cet individu tout neuf, le jeune Mexicain-Américain, fier de sa mixité, adolescent urbain, qui n’aime pas les Blancs.

Mais cette identité toute fraîche, cette langue codée ne leur suffit pas. Il leur faut une tenue, un style, une allure bien à eux. Un emblème. Alors, comme les Blacks avec leurs cravates énormes, leurs tailles cintrées, leurs pompes criardes, ils décident de parodier le costume des Blancs. Leur principe : tout exagérer.  Les vestes cinq à six fois trop grandes, les pantalons bouffants, la chaîne de montre d’un mètre cinquante qui descend en dessous du genou, la pochette qui s’épanouit comme une fleur gigantesque, le chapeau à bords très larges, portant une longue longue plume, tout l’attirail du zoot suit vient de cette volonté parodique, moqueuse, de démesure. Tel est le grand jeu des Pachucos : se balader en costard extravagant dans les rues de L.A, pour épater la galerie, n’être plus le petit « mex » méprisé en chemise de coton, qui baisse le nez dans la ville des stars blanches. Et si sa chaîne de montre lui frôle les rotules, c’est autant pour le gag que pour l’entourer autour de son poing, comme un gant de fer, quand quelqu’un lui manque de respect.

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LE MYSTERE DU LAGON ENDORMI

Le film Zoot Suit raconte les histoires d’amour et les coups de frime des pachucos des années quarante. Surtout, il relate dans le détail les péripéties d’un fait divers qui a bouleversé toute la communauté mexicaine en 1943, une sale affaire de meurtre et de procès truqué, connu encore aujourd’hui sous le nom du "Mystère du lagon endormi". Un véritable polar politique. Vous allez voir qu’on ne  se moquer de la sape impunément. Le 2 août 1943, on découvre à Los Angeles le corps poignardé d’un jeune Mexicain près du lieu-dit du Lagon Endormi – The Sleepy Lagoon. La police enquête. Le 8 août, le « Grand Jury » de Los Angeles affirme qu’il s’agit d’un meurtre collectif, perpétué par une bande de jeune chicanos. Vingt-quatre personnes sont arrêtées, la plupart des Pachucos, des zooters. Le 11 août, la police organise une descente brutale dans les quartiers mexicains sous prétexte de complément d’enquête. Elle matraque, tabasse sans se gêner et coffre trois cents personnes. Les zooters dégustent les premiers. A l’évidence la police ne les supportent pas. Dans les quartiers mexicains, on s’attend à une condamnation dure.

Le 5 octobre, le procès des vingt-deux inculpés de l’affaire du Lagon Endormi commence. Un comité de défense est constitué : il dénonce l’attitude xénophobe des flics américains, démontre les irrégularités du procès. C’est la première fois qu’un mouvement rassemblant des intellectuels des toutes les communautés de Los Angeles se développe aux Etats-Unis pour défendre des Mexicains et critiquer le racisme anti-Chicanos.

Trois mois plus tard, le 15 janvier 1943, dix-sept des inculpés sont convaincus de meurtre et condamnés à la prison à vie. On n’a jamais vu dans l’histoire de la justice américaine un tel nombre de condamnations pour le meurtre d’un seul homme. La sentence bouleverse tous les Mexicains et Latinos des Etats-Unis, qui la reçoivent comme une offense. Une menace directe. Elle fait même des vagues au-delà des U.S.A. A Mexico, les étudiants manifestent devant l’ambassade américaine. Orson Welles, qui à l’époque vient d’achever Citizen Kane et s’intéresse à l’affaire, déclarera plus tard : « Il n’y avait pas seulement vingt-deux inculpés au procès du Sleepy Lagoon. Toute l’Amérique latine, avec ses cent trente millions d’habitants, était jugée par l’Amérique Saxonne. » Le 31 mai 1943, une rixe éclate à Los Angeles entre des marins, des soldats blancs en permission et des zooters. Onze soldats prennent une branlée. Les jours suivants, la tension devient extrême à L.A. : soldats et marins ratonnent dans les quartiers mexicains tout ce qui porte un zoot suit. La police leur donne un coup de main. Cette fois les jeunes pachucos ne se laissent pas matraquer. Ils s’insurgent, et attaquent les forces de l’ordre. Ce sont les premières grandes émeutes des Chicanos aux Etats-Unis. Les livres d’histoire américaine les appelleront les « zoot suit riots ». Elles dureront une semaine. On les fera stopper à coup de crosse. Mais elles laisseront un souvenir indélébile dans la population mexicaine de L.A.

En quelques jours, les Pachucos méprisés, ignorés, étaient devenus le symbole de la fierté mexicaineUn an plus tard, grâce à l’action du Comité de Défense, et pour calmer les esprits suite aux « zoot suit riots », les inculpés de l’affaire du Lagon Endormi étaient libérés. Notre costard démesuré était entré dans l’Histoire.

858d5cf3645637edab2f095c9639b11d.jpg Répression pendant les "zoot suit riots" de 1942 (DR)

Mais "Zoot", d’où vient le mot ? Que signifie-t-il ? Le vieux mexicain du magasin de disques, qui a connu toutes ces révoltes, se souvient. 

- D’après ce qu’on m’a dit, du mot argot américain qui veut dire « glisser », « déraper ». On « zoot » sur une flaque d’huile, une peau de banane. Comme les Mexicains mettent de la brillantine ou se graissent les cheveux, les Blancs ont appelé leurs costumes des « zoot suits », les habits des graisseux. C’est une explication.

- C’est celle du film de Valdes ?

- Non. Il n’en donne aucune. En fait, personne ne sait exactement.

- J’imagine que le film a eu du succès à East L.A ?

- Il fallait voir ça le jour de la sortie ! Il y avait des queues à n’en plus finir, les salles affichaient complet. C’est la première fois qu’Hollywood produit un film sur les Pachucos, sur notre histoire. Alors, forcément, tout le monde s’est déplacé.

- Mais qui porte encore des zoot suits aujourd’hui ?

- Les lows riders, bien sûr ! Vous ne comprendrez jamais rien aux Pachucos si vous ne rencontrez pas les lows riders. Les low, ce sont les zoot d’aujourd’hui ! »

LOW RIDERS

Prrr ! Prrr ! Tacatac ! Tac-Tac-Tac-Tac ! Incroyable, le moteur de cette vieille limousine Chevrolet 1947 tourne et ronronne sans que l’armature de la voiture tremble, ni ses ailes vibrent. D’ailleurs, est-ce vraiment une voiture ? On dirait un lingot de vieil or patiné, long de douze mètres, qui glisse sur le bitume. A-t-elle seulement des roues ? On distingue à peine les flancs de ses pneus tellement le châssis de la voiture est surbaissé. J’arrive tout juste à glisser mon pied entre la route et le métal. Quand elle avance, elle ne roule pas, elle semble flotter sur le goudron comme une barque chargée. Soudain cette sculpture mobile, ce bloc trapu d’ailes incurvées et de chromes luisants se cabre. Véridique. Elle saute en l’air, comme arraché du sol. Elle frôlait ma chaussure, et maintenant elle bondit du capot, dévoilant ses roues et ses amortisseurs comme si elle retroussait sa lourde jupe d’acier. Quatre fois, cinq fois, elle bondit, la calandre soulevée du sol, les pneus décollés de plusieurs centimètres du bitume. Une voiture possédée.

Steve Fernandez pousse la lourde porte, boisée s'il vous plait, de cet inquiétant carrosse avec un sourire ravi. Ha, il est fier de sa voiture, Steve. Ça fait dix ans qu’il la bichonne, la polit, la chatouille au chalumeau. Il a supprimé les poignées des portes pour ne pas briser la ligne en pente douce qui court des ailes à la lunette arrière. Il a découpé puis réduit de moitié les fenêtres et les portières pour accentuer la silhouette effilée, le profil aérodynamique, « low », de l’engin. Il a passé vingt-quatre couches de laque orange et or pour atténuer les arêtes, adoucir les saillants et donner cette patine à la fois chaude et mate à la carrosserie. Enfin, il a remplacé les amortisseurs par un système sophistiqué de suspension hydraulique. En pressant une poire électrique installée sous son volant, il peut faire sauter d’un bon mètre, à volonté, l’avant ou l’arrière de son Low - ou le laisser s’affaisser doucement sur la route.

Pourquoi depuis dix ans Steve Fernandez passe-t-il ses soirées à laquer cette vieille Chevrolet, et ses week-ends à chercher des chromes et des pièces introuvables ? Par amour des bagnoles bien sûr, par passion de collectionneur, mais ce n’est pas la vraie raison. Car surtout, avant tout, Steve Fernandez est un Low Rider, et fier de l’être. Et parce qu’il est un Low Rider, il conserve, bien repassé, la magnifique zoot suit noir et blanc qu’il a sorti exprès pour la photo.

Pour comprendre l’âme profonde des Low Riders, il faut aller traîner le week-end, en voiture surbaissée, sur Whittier Boulevard avec une jolie provision de joints bien tassés. Dès dix heures du soir, les clubs de Lows commencent à se montrer, comme au carnaval. Tous les deux cents mètres, sur un parking, un terrain vague, des guirlandes de voitures laquées, astiquées, pétaradent et se cabrent. Les clubs les plus dotés, les plus fanatiques n’acceptent que les monstres des années 40, les Chevrolet, Les Chevy Fleetline, les Pontiac. Les autres se répartissent les modèles plus récents, Cutlass, Impalas, Plymouth. Toutes surbaissées bien sûr. Toutes sautant.

444d001bb07cccf686b5f5f6b024999c.jpg Un "low rider" décolle du sol, se cabrant, mené par un pachuco en zoot suit (DR)

SAMEDI SOIR À EAST L.A

Tout autour de ces requins de métal, les Low Riders, bande de jeunes moustachus discutent des mille et une manière de rendre leur Low encore plus low. Les paresseux remplissent leur coffre de briques et de sacs de ciment. Les techniciens se lancent dans de grandes explications sur les suspensions, le fluide hydraulique, les amortisseurs. Une fois épuisé ce délicat sujet, ils se lancent alors dans de grandes polémiques pour savoir comment faire sauter leur Low le plus haut possible. Car telle est l’aspiration insensée, le rêve fou et contradictoire des Low Riders : rouler le plus près du sol, jusqu’à ce que les chromes fassent jaillir des gerbes d’étincelles sur le bitume, et bondir ensuite comme un fauve d’acier, s’arracher à la pesanteur.Vers vingt heures, toutes les voitures s’ébrouent gagnent le large boulevard. La parade du samedi soir commence. Attention, les Low Riders ne sont pas les seuls à faire les malins sur Whittier à cette heure.

Tous les jeunes mex d’East L.A. rappliquent; et peu à peu l’immense artère clignote et gronde à perte de vue. On roule lentement d’un feu rouge à l’autre, fenêtres baissés, musique plein pot, on s’envoie des saluts, des baisers, des rendez-vous d’une voiture à l’autre. On traverse ainsi lentement la ville, s’arrêtant parfois à un carrefour pour aller plus loin dans la discussion - dans la drague aussi. Puis on redémarre, avec de nouveaux copains, ou une nouvelle partenaire. Quand le flot des voitures diminue, hop, un coup de volant, on fait demi-tour. Ça repart dans autre sens. Salud ! Tu as vu Maria, Carlos ? Clins d’œil aux filles. Informations échangées sur la dernière boîte de salsa, une partie qui promet…

Les Low Riders se taillent un succès fou dans cette lente cohorte du samedi soir. Ils ondulent de la calandre, bondissent du capot, le châssis frémissant. Un vrai ballet. Ils invitent les jeunes filles sur leur love seat, le profond fauteuil arrondi, rembourré, qui remplace les sièges arrières. Comment résister ? La stéréo encastrée amplifie les basses, la tête roule sur les molletons tendus de satinette, l’herbe, la fameuse sinsemillia californienne, ou une colombienne assassine, emporte les dernières résistances tandis que la stéréo joue Cruising Baby ou Marijuana Boogie et que le Low chaloupe sous les néons, monte et descend comme un manège de fête foraine. Gare aux culbutes. Alors les baisers dérapent, les mains s’égarent. Les soirs romantiques, comme dans le film Boulevard Night de Michael Pressman (1978), le grand jeu veut qu’on aille faire une virée sur Hollywood Boulevard pour épater les gringos et se rouler des pelles près des villas des stars.

Steve Fernandez a allumé la guirlande clignotante qui court au plafond de sa Chevrolet. La voilà illuminée de l’intérieur. Sur les trottoirs, des mômes s’arrêtent pour la regarder passer. Nous roulons au pas et Steve me développe sa théorie sur les Low Riders. Pour lui, le « low » est la prolongation logique, évidente du Zoot Suit. Le costume, l’emblème du pachuco d’hier, est devenu sa voiture. A Los Angeles, la conduite a remplacé la marche à pied et le « cruising » du samedi soir supplée aux vieilles balades de rues. Dans ces conditions, la voiture tient exactement lieu de tenue d’apparat. Les pachucos ont conservé les mêmes goûts pour l’enflure, l’excessif, le détournement outrancier. Après avoir détourné les costumes des gringos, ils s’en sont pris à leur voiture. Je ne peux quitter Steve, sans lui poser la question rituelle. « Steve, tu sais ce que ça veut dire, Zoot ? -Bien sûr, dans les années quarante, les Mexicains parlaient mal anglais. Au lieu de prononcer « suit », ils disaient « zoot ». Peu à peu, l’expression s’est déformée, un zoot, un suit, un zoot suit. Ça vient de là. »

ea61415189271166c792cc11229307f5.jpg L'affiche du film de 1982

AVEC LUIS VALDES…

Luis Valdes, l’auteur du film Zoot Suit, est un petit homme rond, débordant d’énergie, le corps toujours en mouvement, jambes agitées, tête oscillante. Avec sa moustache à la Zapata, ses longs cigares, ses yeux noirs et vifs, il ressemble au « bon mexicain » fier, sage et bandido, des westerns. Il a roulé en connaisseur un long havane entre ses lèvres avant de partir une tirade passionnée. « Zoot -Suit ! Répétez ces deux mots, écoutez comme ils sonnent, comme ils résonnent. Les pachucos adorent jouer avec les mots, les faire chanter, ça fait partie des leur théâtre, de leur argot. Les Andrew Sisters ont fait une chanson où elles ont repris cette manie mexicaine de triturer les sonorités. Vous la connaissez peut-être ? » Valdes a chantonné d’une voix grave et amusée : « I want a zoot suit – with a reet pleet – with a drape shape – with a stuffed cuff. » (Je veux un zoot suit, avec un pli bien droit, une forme drapée, un revers de bon tissu). « Voilà l’origine du mot, a repris Valdes. C’est une blague musicale, une manière de parler. Elle correspond tout à fait à ce que j’appelle le pachuquismo, l’essence de l’esprit pachuco. Joueur, rigolard, il ne prend rien au sérieux, claque des doigts et chante : « I want a zoot suit » en zézayant. »

Luis Valdes habite à San Juan Bantista, un hameau tout près de San José, la plus grande ville mexicaine de Californie après Los Angeles. C’est là que lui et sa troupe ont installé, dans un hangar désaffecté, les locaux du Teatro Campesino, le premier théâtre qui ait cherché à faire revivre la culture mexicaine, l'esprit pachuco. «- Nous sommes des hommes invisibles dans ce pays, voilà pourquoi nous aimons les tenues flamboyantes, les bagnoles tape-à-l’œil, explique Luis Valdes en dansant sur sa chaise. À entendre les Américains, la Californie était un désert quand ils se sont installés. Alors qu’ils l’ont arrachée au Mexique à coup de canons ! »

Pour Luis Valdes, le mépris pour les Chicanos, le racisme, tout vient de cette volonté têtue : oublier que les Mexicains occupaient la place avant les Américains, et qu’on les a massacré pendant la ruée vers l’or de 1848. On préfère ne pas en parler, car cela abîmerait un des mythes fondateurs de l’Amérique. Voilà pourquoi on ne trouve pas, d’après Luis, un seul livre sur l’histoire chicano dans les librairies de Los Angeles.

Luis Valdes monte aujourd’hui, avec le Teatro Campesino, une pièce, Bandido, sur cette sale époque du Gold Rush, la ruée vers l’or. Elle raconte l’histoire de Tibercio Vasquez, un noble californien de Monterey, poète, philosophe, devenu bandit de grand chemin, hors-la-loi légendaire et qui se bagarra des années durant contre les compagnies de chemin de fer américaines.

« Tibercio Vasquez est un Jesse James mexicain, voilà qui va troubler les consciences, s'amuse Luis Valdes. Les Américains adorent leurs hors-la-loi, ils les ont magnifiés dans des centaines de westerns. Cette foi, le Outlaw sera chicano !» Luis Valdes fait penser  à un Bertold Brecht, version Chicano. Il cherche à faire revivre les « héros positifs », les grands mythes de l’histoire mexicaine-américaine : le bandido, les zoot suit, la frime macho. Mais il ne cherche pas à opposer gringos et Chicanos avec un esprit revanchard. Il cherche plutôt à compliquer l’histoire, la culture américaine, à lui redonner une dimension « latine » qu’elle veut oublier.

« Les Américains ont besoin de nous, s’énerve Valdes. Est-ce que vous avez déjà vu quelque part un style aussi outré, aussi exagéré que celui des Zooters et des Low Riders ? Moi, jamais. Voilà l’apport des Pachucos à la culture : l’enflure baroque, la démesure des parures. Un souvenir aztèque peut-être ? »

6ba00b92c55c461722267c51a78ced7e.jpg (DR)

LES PLUGZ, ROCKERS MEXICAINS

Tito Larriva se prépare à monter en scène, dans les coulisses de la "Lingerie" la boîte à la mode de Los Angeles. Il dresse la liste des chansons du set de ce soir et les distribue à ses musiciens. Tito est le chanteur des Plugz, un des groupes solides de L.A. Ils jouent un rock classique, violent, sans surprise mais qui tient la scène. Deux saxes leur refilent du moelleux et du délire quand il faut. Les Plugz sont un des quelques rares groupes de rock de L.A formé de musiciens mexicains. Du jamais vu. Mais attention, ils jouent du rock exclusivement. Tito a horreur du traditionnel mexicain ou du rock latino comme celui des Lobos. Il veut s’imposer comme un groupe new wave. Le set commence, la grande salle boisée de la Lingerie craque sous les mouvements de foule. Elle marche très fort, la Lingerie. Ses patrons ont trouvé une formule inédite à L.A. pour drainer le public : ils changent de style chaque soir. Un jour, c’est un concert new wave, le lendemain une soirée « new Romantic », la troisième sera rockabilly, la quatrième punk. Et ça tourne. Il faut dire que la Lingerie a le choix.

Depuis quelques mois L.A. connaît une nouvelle vague musicale. Des orchestres inconnus enregistrent tous les jours, des petits labels naissent et disparaissent, la scène se renouvelle régulièrement. En fouillant dans les magasins de disques, on trouve des dizaines des groupes inédits. Je dis, bien des dizaines. Tous bons. Pleins de pêche. D’idées. Gun Club, Oingo Bongo, Gogo’s, Brat, UXA, Johanna Went, Whirly birds. Une nouvelle vague de rock californien est en train d’émerger.  Tito Lariva reçoit les journalistes dans sa maison de production, Fatima Records, la première maison de disques à avoir regroupé les musiciens mexicains de Los Angeles. On voit bien que l’affaire débute. Quelques piles de disques attendent dans des cartons, trois fauteuils éventrés encadrent un petit bureau.

La femme de Tito, une Américaine brune et élancée, presque un miracle en Californie, tient le standard. Son copain Rubin Garcia s'occupe de la paperasse administrative. Chacun sait que le budget est limité. Pourtant, Fatima Records a créé un événement à Los Angeles. : signer trois des groupes les plus constants de la ville, qui savent tenir une scène : les Plugz, The Brat et les Illegals. Les grosses maisons de disques boudent cette vague latine. Tito a une théorie là-dessus : « L’image des Chicanos nous colle à la peau, tout le monde croit que nous sommes capables de faire uniquement de l’espagnolade sirupeuse ».

4f0712dffdb58173d875e966c53dfc14.jpg DR

TEX-MEX-PUNK

Aujourd’hui, les petits labels mexicains prolifèrent : Fatima, Tex-Mex-Punk, East-L.A. band. Ils ont ramé pour payer les musiciens, trouver du matériel potable, éditer leurs disques. Plusieurs groupes ont fini par percer. Les Plugz bien sûr, les seuls qui se soient imposés dans tous les grands clubs de L.A. mais aussi les Plimsouls, les Microwaves. Cette vague « mex » a surpris tout le monde, jusqu’au Rocker, le journal de New York. D’où sort cette passion des jeunes mex de L.A. pour le rock ? Tito a une autre théorie sur la question

« En 1972, expique-t-il, Jim Morrison et les Doors sont venus jouer à Mexico. Ça a mal tourné. Toute la salle a été réduite en miettes par le public surexcité. Alors le gouvernement a interdit tous les concerts rock sur le territoire. Depuis, pas un seul groupe n’a joué au Mexique et tous les jeunes Mexicains ne rêvent que d’une chose : se tirer aux Etats-Unis pour voir un groupe sur scène ».

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AY LA BAMBA !

Pour bien se faire comprendre, Tito a alors raconté la drôle d’histoire de « La Bamba», le célèbre chant de mariage mexicain repris par Los Lobos. Un soir, les Plugz improvisent « La Bamba » en rock déjanté. Et e succès est immédiat ! Imaginez un peu « A la Bam, A la Bam, A la Bamba » hurlé d’une voix rauque, à toute allure, avec une batterie déferlante. Surpris, Tito réitère le lendemain. Même accueil frénétique. Peu de temps après, Fatima Records sort cette "Bamba-rock" en 45 T. Le disque marche très bien. Parfait, pense Tito, on lance le rock mexicain. Il se trompe.

« Les organisateurs de concert ne savaient plus comment nous étiqueter, explique Tito. Nous étions trop rock pour les quartiers mexicains habitués aux bals. Et trop chicanos pour les boîtes de Sunset Boulevard. Le succès que nous avions gagné comme groupe new wave s’effritait. Depuis, je me méfie des mélanges. »

D'où venait selon lui l'expression "zoot suit", ce qu'elle signifiait ? La question l'a étonné : « Mais tu es Français, tu dois en savoir beaucoup plus que moi sur la question. Le zoot suit, c’est un habit français, tout le monde sait ça. ! Zoot, ça vient de votre mot zazou. Zazou, za zoot, zou, zoot, zazoot suit, zoot suit. ». CQFD

(version publiée en partie dans Actuel, février 1982)

Commentaires

  • J'appel ca un superbe article superbement noter. Je le met maintenant dans mes favoris

  • Mouais... S'il faut aller au Mexique pour la mode alors qu'on a l'Italie à deux pas, c'est un peu le comble. Et les Italiens, sur ce point, ils sont bons... Eva

  • Hello ! :D
    Je débute par te féliciter pour la finition du site.
    Je souhaite rebondir aussi à l'idée suivant : que je suis face à un gros problème (apparamment pour le design), avec mon pc sous Windows et en utilisant Internet explorer : le logo se déplace sur le bas.
    Excellent lundi !

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