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MICHEL LE BRIS. ETONNANT BAROUDEUR

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News News News. Le vingtième festival des Etonnants Voyageurs s’achève à Saint Malo. Outre soixante mille visiteurs, cent cinquante écrivains s’y sont croisés ( parmi lesquels Alaa El Aswany, Alain Mabanckou, Fabrizio Gatti, Boualem Sansal, Colum Mc Cann, Sherman Alexie, Dany Laferrière, Xinran, Maryse Condé …), deux cents films et documentaires ont été projetés (surtout des documentaires), quatre-vingts débats sur les thèmes de la migration et des migrants ont drainé les foules, sans oublier les grandes rencontres sur les « saveurs de monde » et les longues soirées festives, passablement ivres, dans les bars de nuit.
Un festival voulu et imaginé quelques vingt années plus tôt par Michel Le Bris. Dont voici un portrait réalisé pour le Monde 2 en mai 2006. Aujourd'hui Michel Le Bris préparé déjà le XXe festival des Etonnants voyageurs, et publie fin juin un énorme roman chez Grasset - sujet, le Harlem des années 1920 et le Kenya de la même époque...
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Michel Le Bris ou le pionnier perpétuel.
Peu de gens connaissent l'itinéraire intellectuel de ce barbu toujours pressé (sauf lorsqu'il se tape la cloche), passionné de littérature mondiale et spécialiste de l'histoire de la piraterie, féroce dans ses jugements sur «les pissous maigrelets des anorexiques claustrophobes de la littérature française», qui a réussi à monter et faire prospérer l'un des plus enrichissants festivals littéraires d'Europe, les Etonnants Voyageurs - et ses équivalent épisodiques à Sarajevo, Dublin, Missoula (Etats-Unis, pour deux printemps) et depuis peu, Bamako et Port-au-Prince (Haïti). Peu de gens savent par exemple que l'homme a fait huit mois de prison en 1971 parce qu'il avait pris la direction du journal d'extrême gauche interdit La Cause du peuple, juste avant Jean-Paul Sartre - qui, lui, ne fut jamais emprisonné bien qu’il ait vendu le journal sur un tonneau, devant les usines Renault de Billancourt.
Ici, un rapide retour en arrière s'impose.

 

 

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En 1967, notre homme est rédacteur en chef de Jazz Hot, la plus vieille revue de jazz française - elle fête ce mois-ci son soixante-dixième anniversaire. Il est bien décidé à faire connaître à ses lecteurs le free jazz, le nouveau courant déjanté, libre, exploratoire du jazz, inauguré par des personnalités comme Charlie Mingus, Ornette Coleman, Cecil Tatylor - qui improvisent avec leurs musiciens au delà du thème harmonique, parfois jusqu’à la transe. A ses côtés, Patrice Blanc-Francart, qui va bientôt faire déferler le rock sur les antennes des radios françaises. À l'époque, l'arrivée du free jazz et ses solos délirants déclenchent ce que Le Bris appelle «une véritable bataille d'Hernani» dans les milieux musicaux. Dans Jazz Hot, il fait découvrir les grandes figures du nouveau mouvement, Albert Ayler, Archie Shepp, l'Art Ensemble of Chicago, Gato Barbieri, et le célèbre label Impulse. Il révèle que les nouveaux musiciens trouvent difficilement des salles à Paris, méprisés par le petit milieu jazzistique local, défenseur du pré carré d'un jazz assagi et classique.
Le Bris commence sa longue carrière de découvreur, de journaliste et de polémiste.
Mai 68 arrive. Le Bris, qui espère la rencontre du mouvement étudiant et social, va aux portes des usines avec les militants. Ce sont les « maos », ils rêvent qu’en Chine une révolution, espérée par tous, apporte le bonheur aux paysans pauvres et aux travailleurs, que les « lettrés » et les « manuels » travaillent ensemble à faire prospérer le pays, que les artistes inventent librement un art révolutionnaire - à l’inverse de ce qui se passe en Russie ou les « bureaucrates » et les staliniens ont accaparé le pouvoir. Michel se retrouve embringué dans le groupe la Gauche prolétarienne, les plus cinglés des "maos", qui croient qu'une révolte généralisée va gagner le pays, spontanée, créatrice, aguillonnée par des groupes de militants décidés, que les ouvriers vont commencer à faire tourner leurs usines (comme cela ce fera à l'usine d'horlogerie de Lip), les paysans à accaparer les terres... Il se rapproche des chefs, Alain Geismar, Serge July, Benny Levy, le chef secret du groupe - alors très proche de Jean Paul Sartre. Michel est alors le seul qui sache fabriquer un journal. Il est d'accord pour prendre la direction du journal La Cause du Peuple avec Jean-Pierre Le Dantec, un ami militant (un Breton comme lui). Seulement la Gauche prolétarienne multiplie les actions violentes – aux portes des usines, contre les ambassades américaines ou jordaniennes, dans les foyers immigrés. Le gouvernement finit par l'interdire - elle devient une "ligue dissoute". Le journal La Cause du Peuple est mis à l'index. Michel Le Bris et Le Dantec sont arrêtés. Jugés. Condamnés à huit mois de prison
Cher payé.

 

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ASSEZ DES MILITANTS IGNARES

«Au début, la prison, c'était dormir enfin, se reposer, raconte Le Bris. Nous étions traités correctement… une heure et demie de promenade, les journaux, des bouquins. Mais huit mois, c'est long. Nous avons fait une grève de la faim avec d'autres prisonniers pour que tous obtiennent certains droits élémentaires. Les prisons, c'est vraiment la misère humaine... Je ne partage pas la vision de Michel Foucault à l'époque, selon laquelle notre émancipation viendra des minorités opprimées.»
Sorti de la Santé, Michel Le Bris se lance dans l'aventure de la revue "J'accuse", un magazine grand format auquel participe un sacré comité de rédaction : Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, André Glucksman, pour les philosophes, Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner côté psychanalystes, sans oublier les cinéastes Jean-Luc Godard (qui fait du reportage) et Alexandre Astruc – quelques étudiants et lycéens participent (j’en étais, très impressionné). Cette fois, tous veulent une revue d’enquête et de réflexion, des textes plus personnels, du reportage, pas de langue de bois. Sans compter une maquette stylée. Quelques chefs de la Gauche prolétarienne participent à l'aventure. Michel Le Bris se souvient, moqueur : « C'était extraordinaire de voir ces militants totalement ignares en rock, en jazz, en science-fiction, en cinéma… »
La direction de la Gauche Prolétarienne ne supporte pas longtemps ce journal trop indépendant, pas assez « populaire » – pour ne pas dire populiste : ces mêmes leaders titreront bientôt un article sur l’affaire du crime de Bruay-en-Artois, d’abord attribué à un riche notaire : « Il n’ a qu’un bourgeois pour faire ça » ; c’est dire l’emprise ouvriériste sur les esprits. Après deux numéros, J’ACCUSE est arrêté par la « G.P », le journal doit rejoindre La Cause du Peuple, la rédaction se retrouve placée sous l’autorité des dirigeants "maos" et de Benny Levy.
Dégoûté, Michel Le Bris s’en va. Il a soupé des militants. Trop de petits chefs arrogants. Trop d’ignorance. Trop de gens coupés de la culture vive de leur époque.
Notre breton s'installe dans le midi pour prendre le temps de vivre, manger du goûteux, décidé à écrire à nouveau. En 1974, il regagne Paris pour participer à Libération, dont il rejoint les pages culturelles. Le découvreur est de retour. Il apprend aux lecteurs l'existence de la "speculative fiction" américaine : la science-fiction qui décrit déjà notre monde des années 2000, la planète surpeuplée, la pollution, la technosphère, les mégapoles. Il nous fait redécouvrir Jack London et Stevenson, les romans d’aventures, et écrit le premier article gourmet de Libé. Il dirige en même temps chez Gallimard une collection de livres de reportage, «France sauvage», les histoires des dernières révoltes françaises.
Michel Le Bris commence à éditer. Il ne s'arrêtera plus.
400 livres à ce jour - en 2006. Depuis, les années 1980, il a dirigé la collection «Voyageurs» chez Payot, des romans d'aventures chez Phébus, des récits d'explorateurs, des romans de voyage et d'aventures, des histoires de pirates et de chercheurs d'or, des romans urbains contemporains. Toute la litterature qui raconte le monde - la passion du réel.

 

 

 

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GULLIVER

En 1989 paraît la revue Gulliver, consacrée aux « écrivains voyageurs ». En 1993, Gulliver sort un spécial « world fiction » : elle présente les romans qui racontent le monde en mouvement, les migrants, les récits de voyage, les télescopages de culture, les destinées extravagantes. Le ton du festival "Etonnants Voyageurs" débutant est donné cette année là. Michel Le Bris veut attirer les écrivains qui racontent leur époque, traversent les frontières, s’affrontent à d’autres mondes – décrivent la vie même, les aventures modernes, les identités bouleversées.
Le festival s'installe à Saint Malo, la cité corsaire. Le succès vient. Dix ans après, la palette des écrivains qui passent aux Etonnants Voyageurs étonne par sa richesse, bien qu'elle ne dise pas grand-chose aux lecteurs français d'alors : Derek Walcott, Kazuo Ishiguro, Bharati Mukherjee, Wilson Harris, Anita Desai, Hanif Kureishi, Raphaël Confiant. Des écrivains prolifiques, ancrés dans plusieurs mondes.
Au fait « world fiction », qu’entend Michel Michel Le Bris par là ?
«La même année année, écrit-il dans Gulliver, le prix Nobel est attribué à Derek Walcott, poète des Caraïbes, de langue anglaise et d'ascendance africano-hollandaise, le très prestigieux Booker Prize à Michael Ondaatje, Sri-Lankais d'ascendance indo-hollando-anglaise, éduqué en Angleterre et vivant au Canada, le prix Goncourt à Patrick Chamoiseau, écrivain caraïbe de langue française, chantre de la créolité -sans oublier le Goncourt des lycéens décerné à Eduardo Manet. Un hasard, vraiment ? Peut-être pas, depuis le Booker Prize 1981 (anglais) décerné aux « Enfants de minuit » de Salman Rushdie, ce prix a déjà été décerné à deux Australiens, un demi-sang maori, un Sud-Africain, une femme d'ascendance polonaise, un Nigérian et un exilé du Japon. Un raz de marée de “bâtards internationaux”, comme l'écrit Salman Rushdie. Quand on commençait à croire le genre romanesque en péril apparut l'évidence, tout à coup, d'une littérature nouvelle, bruyante, colorée, métissée, qui donne à voir, à lire enfin le monde en train de naître.»

 

 

 

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Quarante nouveaux écrivains

Depuis, la « world fiction » (comme l’appellent les anglo-saxons) et, beaucoup plus, le "travel writing", les écrivains-voyageurs (ou les voyageurs ecrivains), le roman tourmenté américain, le roman d'aventures, le roman noir - tout le roman du réel, le «roman monde»- ont trouvé leur place au festival Etonnants Voyageurs. Un rendez-vous que Le Bris nourrit de découvertes, avec une énergie qu'il paie cher. Il est épuisé, entre trois trains, lorsque nous le rencontrons aux éditions Hoëbeke où il dirige la collection «Etonnants voyageurs», qui vient de publier « Rue Félix-Faure » de Ken Bugul, un truculent roman policier mystique dans une Dakar pleine de sectes.
Cette année, pour le quinzième anniversaire d'Etonnants Voyageurs, Michel Le Bris et l'équipe du festival ont voulu frapper les esprits. Ils ont présenté la nouvelle génération de la world fiction.
Quarante écrivains qu'ils estiment déjà importants.
«Beaucoup deviendront des grands, affirme Michel Le Bris. C'est la nouvelle vague. On a bien lu 120, 130 livres pour départager nos favoris. De ces lectures, il ressort quelques tendances fortes. D'une part, la mondialisation ou, plus exactement, l'occidentalisation de la littérature est faite. Tous les écrivains que l'on a choisis revendiquent des choix littéraires internationaux, défendent des auteurs venus du monde entier. Il n'y en a pas un qui dit s'inspirer en priorité de ses influences nationales. Tous disent être influencés par les romans occidentaux, et surtout anglo-saxons -parfois russes, dans l'ambition du “roman monde”. Dans certaines villes, dans les pays où le processus de transformation s'accélère, comme le Japon, la Chine, Shanghaï, la science-fiction réapparaît. Partout, Philip K. Dick est révéré pour avoir pensé la mégapole moderne de Blade Runner, les greffes de souvenirs électroniques dans « De mémoire d'homme » [adapté au cinéma sous le titre Total Recall]. Les mêmes écrivains qui aiment la science-fiction aiment aussi le rock, et l'écriture rock'n'roll. Mais tous aiment en même temps le grand roman, surtout le grand roman anglo-saxon contemporain. Ça, c'est un phénomène massif.»
Ce qui impressionne le plus Le Bris, c'est la capacité du grand roman, ce genre inventé dans l'Europe romantique, à absorber n'importe quelle histoire contemporaine, toute complication extraordinaire de la société ou des mœurs, toute multiplication de personnages. Le roman, avec ses techniques de découpage, ses dialogues, sa forme ouverte et libre, sa capacité à accueillir d'autres langues, à révéler des mondes secrets, le roman qui résiste comme un creuset où recomposer le réel.

 

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Triomphe du roman anglo-saxon

«Le triomphe international du roman, c'est la preuve de la souplesse d'esprit et de la capacité de digestion du modèle occidental » propose Le Bris comme explication, souriant et moqueur. «Beaucoup d'écrivains indiens ont emprunté aux plus grandes formes romanesques anglaises, au roman victorien, au Londres de Charles Dickens pour décrire le grondement des villes, le foisonnement des personnages. Ce sont en même temps des livres totalement indiens. Cela signifie que quand le monde absorbe l'Occident, il le bouleverse, il le dissout, tout comme le roman indien transforme le roman européen. Ce qui en ressort ? Voyez l’extraordinaire « La Terre sous ses pieds » de Rushdie, l'histoire d'une rockeuse indienne. C'est un grand roman magique sur Bombay Quand aujourd'hui on lit des auteurs comme Nury Vittachi, Patricia Melo, on retrouve le même roman de la grande ville, l'univers qui brise et recompose des identités, où Rio répond à Shanghaï qui répond à Londres. Il y a un imaginaire nouveau de la ville-monde, riche d'une diversité incroyable de personnages. Cette année, à Saint-Malo, on a fait une thématique sur Londres. Hé bien il faut chercher pour trouver un écrivain anglais d'origine anglaise qui parle du Londres d'aujourd'hui. Les seuls qui en parlent sont généralement des écrivains immigrés, Akhil Sharma, Pankaj Mishra, et le Chinois Ma Jian. Ce tohu-bohu culturel est absolument extraordinaire. En même temps, ce n'est pas United Colors of Benetton! Ce n'est pas un bonheur d'être métis, mais une douleur, une souffrance, des ruptures avec son enfance, sa famille. Et c'est au cœur de cette tragédie qu'un champ s'ouvre à la création, à la réinvention romanesque, à la symbolique littéraire, ne serait-ce que pour pouvoir habiter ce monde. Quand tu peins, joues de la musique, écris des bouquins dans lesquels d'autres se reconnaissent, tu recrées ta ville, tu en fais une maison. Cela donne la force vitale, l'urgence extrême, la nécessité de ces romans.»

 

 

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«Le roman français m'ennuie »

Pour Michel Le Bris, trop peu d'écrivains français entretiennent «un rapport d'urgence, une relation d'incandescence avec l'écriture». Ils se demandent quel genre de sujet pourrait marcher, comment faire leur promo, ils ne publient pas des romans «nécessaires», des romans pleins de personnages secondaires, traversés par les tragédies de leur époque, nourris par des vies mouvementées. «L'autofiction à la française», le «je» solitaire qui gratte ses plaies, raconte ses histoires de couple ou égrène ses soirées insipides, ses mauvais récits de voyage façon Plate-forme, de Houellebecq, l'ennuient.
«Je ne suis pas contre l'autofiction - il hausse les épaules -, mais je pense que tout récit de voyage, de confrontation à un autre monde, une rencontre avec des personnages différents de soi donne un fragment d'autobiographie réussie. C'est un “je” qui s'est frotté à la vie, sa part d'étrangeté a été révélée par le contact, ou le choc, avec l'étranger. C'est cela qui m’intéresse. Il manquait en France un lieu où rassembler les petits-enfants de Stevenson et de Joseph Conrad, un festival où faire connaître les écrivains qui explorent et racontent. Je sentais bien la perplexité du monde éditorial. Quand, après deux ou trois festivals Etonnants Voyageurs, Saint-Malo est devenu noir de monde, la loi du public a primé. La presse a commencé à venir, notamment étrangère. Aujourd'hui, on fait deux cents débats ou lectures, dans seize lieux différents, on visionne cent documentaires, douze expositions, tout est plein, constamment. Les mauvaises langues nous disaient que personne ne viendrait aux lectures. C'est bourré à craquer! Au festival Etonnants Voyageurs que nous avons lancé à Bamako, Rouda, un jeune slammer de la banlieue parisienne [de slam, cette forme de poésie orale souvent influencée par le style déclamatoire du rap] a mis le feu au public. Une nouvelle littérature s'invente en banlieue. C'est pour ces lectures, ces discussions, que le festival me tient tant à cœur. Je me souviens qu'une fois, dans un café littéraire de Saint-Malo, Hugo Pratt, le créateur de Corto Maltese, disait à l'écrivain colombien Alvaro Mutis, fameux pour ses voyages étranges: “C'est drôle, votre héros ressemble au mien.” Ils se sont aperçus qu'ils avaient les mêmes références littéraires ! Une autre fois, le cinéaste russe Pavel Lounguine, qui a si bien filmé le Moscou glauque, entend quelques mots de James Crumley, l'écrivain de romans noirs américain. Il l'interrompt pour savoir qui est celui qui dit exactement ce qu'il voulait dire. Ils sont alors partis dans des discussions extraordinaires!»

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