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mercredi, 30 avril 2008
ALBERT HOFMANN. LE PÈRE DU LSD DISPARAIT À 102 ANS, APRES AVOIR ETE FETE AU WORLD PSYCHEDELIC FORUM (BÂLE)
NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. LE CHIMISTE ALBERT HOFMANN, L'INVENTEUR DU LSD EST DECEDE LE 29 AVRIL D'UNE CRISE CARDIAQUE À BÂLE (SUISSE). IL AVAIT FAIT UNE BREVE APPARITION AU WORLD PYSCHEDELIC FORUM LE 21 MARS 2008 (BÂLE), Où SE RETROUVAIENT L'AVANT-GARDE DES CHERCHEURS SUR LES PSYCHOTROPES, QU'ILS SOIENT ANTHROPOLOGUES (RELIGIONS, CHAMANISME), MYTHOLOGUES, BOTANISTES, CHIMISTES, PSYCHOLOGUES OU PHILOSOPHES. En écho à cette disparition, voici un reportage au "LSD Symposium" de février 2006 à Bâle, où Albert Hofmann avait fêté ses 100 ans entouré de plusieurs miliers d'amateurs de psychotropes, jeunes de la génération techno comme anciennes figures du mouvements psychédélique, mais aussi de chercheurs en sciences humaines, de musiciens et d'artistes, ou de chimistes spécialisés dans les "design drugs". Une cérémonie émouvante, haute en personnages allumés. Albert Hofmann nous a raconté ce jour là comment il avait pris une dernière fois du LSD à 97 ans - et pourquoi. (publié dans Le Monde 2, mai 2006)
BIBLIOGRAPHIE HOFMANN
(Portrait de Albert Hofmann sur le site MAPS, l'association des études psychédéliques)
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REPORTAGE AU LSD SYMPOSIUM, BÂLE, SUISSE...
-J’ai repris du LSD il y a trois ans. Une petite quantité… Albert Hofman parle, du haut de ses 100 ans, la voix claire.
-Il a bien dit " il y a trois ans " ? Il a pris du LSD à 97 ans ? C’est bien cela ?" La jeune journaliste de TF1 s'étonne, rieuse. Nous sommes avec Albert Hofmann dans la salle de presse du symposium " LSD. Problem child and wonder drug " (LSD. Enfant terrible et drogue prodige).
Albert Hofmann, continue en allemand, le plus sérieusement du monde, : " Je voulais tester une faible dose, elle pourrait donner un antidépresseur à base de LSD. Je pense qu’à notre époque où l’humanité devient toute urbaine, l’homme perd le contact avec la nature. Il ne ressent plus qu’il fait partie du monde, il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère..."
À 100 ans, Albert Hofmann réfléchit encore à un usage bénéfique du diéthylamide de l’acide lysergique, un alcaloïde tiré de l’ergot du seigle, le fameux "acide" de l’époque psychédélique chanté par les Beatles (Lucy in the Sky with Diamonds), aujourd’hui consommé pendant les "raves " et les festivals de musique techno - toujours complètement illégal. Le LSD qui vous emmène pour plusieurs heures " en voyage " dans votre psyché. En " trip ". Et parfois en " horror trip ", comme le rappelle à chaque fois Albert Hofmann - qui a raconté le sien dans son libre LSD, mon enfant terrible (éditions du Lézard, 1997).
En son honneur, ce 14 janvier 2006, quatre-vingts intervenants se succèdent dans les salles du palais des congrès de Bâle, des neuropsychiatres, des psychologues, des ethnobotanistes, des chimistes, des mythologues, des pharmacologistes, tous les chercheurs es-psychotropes de la planète, mais aussi des musiciens, des peintres, des éditeurs et quelques anciennes figures du mouvement psychédélique comme John Dunbar, le galeriste londonien chez qui Yoko Ono et John Lennon se sont rencontrés, ou Ralph Metzner, le pionnier de la recherche sur le LSD à Harvard avec Timothy Leary. Ils sont tous venus fêter le centième anniversaire d’Albert Hofmann, et discuter trois jours durant des dernières découvertes sur les plantes psycho-actives, les " drogues de synthèse", les " états modifiés de conscience " et les nouveaux médicaments anti-dépresseurs.
06:15 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
samedi, 26 avril 2008
MUHAMMAD YUNUS, PRIX NOBEL DE LA PAIX 2006 : "POURQUOI LA CRISE DES SUBPRIMES ? LES BANQUES ONT TROMPE LES GENS..."
NEWS NEWS NEWS. Muhammad YUNUS, le fondateur de la Grameen Bank, la banque internationale consacrée au micro-crédit - qui a sorti de la pauvreté chronique plusieurs dizaines de millions de gens - était de passage à Paris pour présenter son essai consacré au "capitalisme social" (Vers un nouveau capitalisme. Lattès, 2008). Une occasion de s'entretenir avec cet économiste et banquier atypique, alors que le système mondial du crédit connaît une faillite historique, que plusieurs grandes banques américaines et anglaises se sont effondrées, la peur de la récession gagne l’Amérique, et des dizaines de milliers d’Américains se retrouvent poussés à la rue par les organismes prêteurs.
Que pense Muhammad Yunus de cette crise financière qui affecte durablement l'économie mondiale, et risque d'agraver encore l'appauvrissement général - les "émeutes de la faim" ont touché trente pays pauvres ces trois dernières semaines ? Comment analyse-t-il cet effondrement du système bancaire depuis la Grameen Bank, la banque des pauvres à laquelle aucun financier, aucune banque ne voulait croire - ni aider -, la Grameen Bank où les taux de remboursement dépassent les 95% depuis plus de 15 ans ?
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Elle s’appelait Sufiya Begum. Elle vivait dans une maison de terre, à la campagne, au Bangladesh. Elle fabriquait de jolis tabourets de bambou. Son mari, journalier, gagnait l’équivalent de quelques centimes d’euros par jour. N’ayant pas d’argent, Sufiya Begum vendait tous ses tabourets à un commerçant, qui lui échangeait contre un peu de bambou - c’était son prix. Un jour Muhammad Yunus vient la trouver, étonné qu’elle gagne si peu...
À cette époque, début 1980, après des études économiques aux Etats-Unis, le professeur Yunus doute. En 1974 et 1975, le Bangladesh a été ravagé par une terrible famine, et, raconte-t-il, il trouve alors «de plus en plus difficile d’enseigner d’élégantes théories économiques sur le fonctionnement supposé parfait des marchés libres, tandis que la mort ravageait mon pays ». Il passe à l’action, décidé endiguer la pauvreté dans la région de Jobra. Il ne comprend pas pourquoi elle est endémique. En discutant avec Sufiya Begum, il a une révélation. « Cette femme était étranglée par son prêteur. Il la condamnait à une sorte d’esclavage. Elle lui donnait toute sa collection de tabourets pour 25 cents, juste parce qu’elle ne pouvait acheter le bambou. Il lui manquait un crédit. J’ai mené une enquête. Quarante-deux villageois dépendaient des prêteurs. Tous auraient pu vivre de leur activité, avec un petit investissement. Il leur fallait, en tout, 27 dollars. Je les avais en poche… » L’idée de la Grameen Bank et du micro-crédit est née de ces rencontres.
Aujourd’hui, après 25 ans d’existence, la Grameen Bank et les organismes de micro-crédit ony aidé à sortir de la pauvreté 150 millions de personnes à travers le monde. Le professeur Yunus a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006. Depuis plusieurs années, il développe une nouvelle initiative à destination des exclus du monde économique : « l’entreprise sociale ». Il s’agit de lancer des business qui s’équilibrent, font vivre leurs employés, mais dont l’objectif est d’apporter un « bénéfice social ». Ainsi, il a créé au Bangladesh avec Franck Riboud, le p.d.g de Danone, la société Grameen Danone Foods. Elle vend aux habitants de Bogra des yaourts frais à bas prix, présentés dans des coques comestibles - et vitaminées. Elle permet de lutter contre la malnutrition et les carences alimentaires, et d’offrir des emplois locaux. Si l’initiative fonctionne, elle sera développée dans tout le pays. « Ce genre de petite entreprise sociale pourrait se généraliser, explique le professeur Yunus. Elle ouvre un nouveau type de marché, attentif à la pauvreté et aux besoins réels, qui va peut-être changer nos fondamentaux économiques."
07:20 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 22 avril 2008
BANKSY GRAFFEUR FEROCE, RICHE ET CLANDESTIN
Un graphe effacé
News News News. Le 14 avril, le célèbre graffeur inconnu Banksy a réalisé son oeuvre urbaine la plus monumentale, "ONE NATION UNDER CCTV", "Une nation sous vidéo-surveillance" (Ci-dessus), où il dénonce l'inquiétante généralisation des caméras de surveillance dans toute l'Angleterre. Du 29 février au 29 mars, Banksy exposait ses sérigraphies et peintures, inspirées de ses graphes et pochoirs, dans l'antique galerie londonienne Andipa. Comment le graffeur anarchiste et provocateur, le vandale attaché à critiquer en pleine rue une société injuste et violente envers les démunis, concilie-t-il ce grand écart : de l'art de rue aux peintures pour les galeries chic ? Il en parle peu, puisqu'il ne répond pas aux interviews. Il a cependant envoyé un mail à Lauren Collins du prestigieux magazine New Yorker, où il explique qu'il est fasciné par la capacité du système capitaliste à récupérer les critiques les plus féroces, ses "ennemis" : à les entendre, en faire un buzz, une mode, à les présenter comme des artistes - puis à en faire des célébrités et des marchandises. Cela dit, Banksy reconnait dans ce mail que cela lui pose problème : " I don’t think it’s possible, écrit-il, to make art about world poverty and then trouser all the cash, that’s an irony too far, even for me.” : "Je ne crois pas possible de faire de l'art sur la pauvreté du monde, et puis puis ramasser tout le cash. C'est pousser l'ironie trop loin, même pour moi". Ce dilemne, cette tension entre le vandalisme, la provocation et la récupération, beaucoup d'artistes et de mouvements sacrilèges et férocest l'ont connu, des surréalistes aux lettristes, des situationnistes aux affichistes de Mai 68, des entarteurs et autres saboteurs aux graffeurs d'aujourd'hui. Comment échapper à l'affadissement, à la peoplemania - à la négation de la révolte qui a vu naître l'artiste ? L'histoire de l'art comme de la constestation donnent à réfléchir. Se renouveler, ne pas céder sur l'esprit critique, aller plus loin encore - de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, jusqu'à l'auto-dissolution revendiquée, quand l'élan retombe.
Banksy a su à ce jour rester anonyme malgré le succès incontestable de ses peintures de rue, toutes moqueuses et provocatrices, toujours poétiques - comme celle de cet homme cagoulé qui lance un bouquet de fleurs au lieu d'un pavé.
L'artiste, selon la rumeur, pourrait être un peintre en bâtiment de Bristol. À chaque fois que les services de nettoiemement de Londres veulent lessiver ses pochoirs, cela déchaîne des protestations de rue - à ce jour, peu ont été effacés. Banksy s'est aussi fait remarquer en construisant septembre 2006 une fausse cellule de Gunatanamo à Dysneyland (Los Angeles), et en 2005 pour avoir installé des fausses toiles (dont un Warhol) dans plusieurs grands musées new yorkais - elles n'ont été découvertes que le surlendemain ou trois jours plus tard après avoir été vues par un public interloqué. Nous voyons Banksy ci-dessous en action au Metropolitan Museum of Art (MoMA), au Museum of Modern Art puis au Brooklin Museum.On peut voir les films de ses interventions sur You Tube (Banksy).
Pendant ce temps, les sérigraphies et peintures de Banksy connaissent depuis quelques années une envolée de prix phénoménale (Angelina Jolie, Brad Pitt, Christine Aguilera figurent parmi ses collectionneurs). Un graphe intitulée "Riot green" acquis pour 300 livres il y a huit ans par un étudiant a été mis en vente 150.000 livres pendant l'exposition londonienne. Durant l'exposition présentée à la gaelrie Andipa, la cote de Banksy a encore monté - le stencil ci-dessus se serait vendu 100.000 livres. Rien n'arrête le marché. Bientôt les rue graffitées par Banksy deviendront sans doute les plus chères de Londres.
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BANKSY EN ACTION
Banksy accrochant une de ses oeuvres au MOMA, New York
Ci-dessous, l'oeuvre exposée
Banksy intervenant au Brooklyn Museum
Dessous, l'oeuvre accrochée
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BANKSY, QUELQUES CELEBRES GRAPHES
16:00 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 10 avril 2008
ECOLOGIE INDUSTRIELLE. LA NATURE COMME PATRON
NEWS NEWS NEWS Fin mars, tous les acteurs français de l'écologie industrielle se réunissaient pour faire des propositions concrètes à l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR). L'écologie industrielle ? Une contradiction dans les termes ? Non, sans doute un des grands défis du XXIe siècle : reconcilier les activités industrielles, une croissance contrôlée, la vie de populations de plus en plus nombreuses et la biosphère. Enquête auprès des pionniers, théoriciens et hommes de terrain de cet apparent oxymore, l'E.I, l'écologie industrielle (article publié dans Le Monde 2/ mars 2008)
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1 - Cessons de nous comporter et nous penser comme un parasite terrestre, une espèce maudite qui épuise irrémédiablement la planète.
La peur est mauvaise conseillère. Nos industries chimiques, automobiles, pétrolières, énergétiques, urbaines, agricoles, forestières, maritimes, touristiques ne pollueront pas toujours. Industries et environnement ne sont pas voués à s’autodétruire. Nous devons sortir de cette impasse intellectuelle. Ecologie et industrie, environnement et business vont et doivent s’associer - s’harmoniser. Le grand défi de ce siècle sera l’«écologie industrielle». D’accord, cela sonne comme une contradiction dans les termes « écologie industrielle ». Mais une nouvelle manière de pensée apparaît souvent impensable au début. L’écologie industrielle (E.I) est un « paradigme neuf » comme disent ses théoriciens - un mouvement international d’idées, d’entrepreneurs et d’acteurs de terrain. Ecoutons l’un d’entre eux, Suren Erkman. Nous sommes à Genève, dans les locaux de sa société d’étude de projets industriels et technologiques. Ce biologiste suisse de 50 ans, ancien journaliste scientifique, a formalisé plusieurs des concepts importants de l’écologie industrielle dès 1994, avant de donner des cours à l’Université de Technologie de Troyes, puis à Genève.
« L’écologie industrielle repose sur trois idées force. La première, c’est d’imaginer le tissu industriel et urbain comme un cas particulier d’écosystème, qu’il faudrait faire fonctionner comme tel. De fait, tout ensemble d’industries fait circuler certaines quantités de matières, d’énergie, d’information, de déchets, de gaz, d’espèces vivantes, d’intelligence, comme tout système naturel. Nous pouvons en analyser le « métabolisme », c’est-à-dire les flux, les stocks, les dépenses, les pertes, les dégradations comme pour un ensemble vivant. Deuxième idée force, nous pourrions tendre à optimiser et « boucler » ce système pour qu’il récupère au mieux ses dépenses d’énergie, recycle ses déperditions, réutilise ses déchets et réduise son « empreinte écologique » à l’image d’un écosystème naturel ou d’« une chaîne alimentaire ». »
Des exemples frappants ? « Le traitement des déchets fournit des exemples classiques, mais limités, d’écologie industrielle. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises utilisent les détritus des décharges urbaines comme nouvelle matière première, ou comme combustible. Le cimentier français Lafarge les brûle dans ses fours, à 2000°, ce qui réduit son usage de produits fossiles, tout en détruisant tous les composés organiques polluants, même les pneus. Mais nous voyons bien qu’il faut aller plus loin, car l’incinération pose un problème de pollution d’air. »
La troisième idée force ? « Mettre en place des technologies propres et des « symbioses » qui permettent la réintégration des produits et des matériaux à l’intérieur même des chaînes de recyclage la biosphère. Au final, l’E.I se propose de repenser toute notre activité de production sur le modèle des écosystèmes…»
Suren Erkman n’est pas juste un des théoriciens importants de l’E.I. Il a mené des opérations de recyclage de déchets électroniques en Inde. Il a contribué à l’adoption par la ville de Genève d’une loi adoptant plusieurs principes de l’écologie industrielle. Il dit des choses dérangeantes.
« Aujourd’hui, la politique écologique arrive à une impasse. En nous focalisant sur la pollution, les déchets, le traitement « en fin de processus » (end of the pipe), nous ne réglons rien. La « dépollution » ne fait souvent que déplacer la pollution. Le traitement des eaux usées produit de l’eau propre, mais aussi des boues d’épuration pleines de métaux lourds. Si vous les épandez sur les sols, vous contaminez. L’incinération des déchets urbains permet de réduire les stocks, mais pollue l’atmosphère. Il faut filtrer les fumées, mais il restera encore des cendres, des eaux de rinçage. Nous voyons bien qu’une action cloisonnée, que ce soit la « dépollution » ou « la réduction des émissions» ne propose que des solutions partielles. Elle procède par petites améliorations, avec des technologies adaptées mais limitées. À la longue, cette méthode renforce le système industriel actuel. »
(Dongtan, Chine)
Vous l’aurez compris. Les partisans de l’écologie industrielle affirment disposer du seul cadre conceptuel global permettant de mettre en oeuvre le « développement durable ».
« Prenez le bâtiment, continue Suren Erkman, il faudrait imaginer des stratégies de dépollution et de recyclage tout au long de la chaîne de construction. Renaturalisation des carrières de pierre, matériaux isolants, valorisation des déchets, chauffage solaire, immeubles plantés de terrasses. Même stratégie pour l’industrie automobile. Nous aurions dû investir dans le remplacement du moteur à explosion depuis longtemps. Mais nous avons préféré dépenser des sommes colossales pour l’améliorer. Résultat, il devient très difficile de rénover l’infrastructure, tandis que des millions d’Indiens et de Chinois veulent acheter des voiture qui vont encore rouler au pétrole et au CO2
2- Instable, dévastateur, polluant, notre système industriel apparaît primitif comparé à un écosystème.
Depuis des millions d’années, seuls les écosystèmes se renouvellent. Nous savons pourquoi. Ils utilisent une énergie solaire illimitée, les processus chimiques de décomposition des déchets les transforme en éléments nutritifs et énergétiques, le gaspillage reste très réduit et le recyclage la règle, les substances toxiques se voient générées et utilisées localement, l’interdépendance écologique des individus est permanente, l’autorégulation de mise. Ce sont des systèmes « bouclés », stables, autorégulés, résilients et résistants. Comparativement, le système industriel apparaît primitif. Au niveau des « entrées », il utilise des matières premières limitées qu’il épuise rapidement (eau, pétrole, sols, espèces péchées, écosystèmes, etc). Au niveau des « sorties », il produit quantités de déchets et rejets nocifs, sans compter l’effet de serre. Ses critères d’évaluation restent quantitatifs, court-termistes et financiers. Enfin, sans régulation, il se développe au détriment de la biosphère, dont sa survie dépend. Conclusion, le système économique et industriel doit devenir mature, compatible avec les écosystèmes terrestres. Comment ?
Suren Erkman : « Nous devons réformer l’ensemble des chaînes industrielles sur le modèle des chaînes alimentaires, prévoir les récupérations des déchets dès l’extraction des matières premières, repenser les technologies de production d’énergie et de motorisation, valoriser nos déchets comme des ressources, boucler les cycles de matières, minimiser les pollutions, repenser notre consommation des biens, allonger la valeur d’usage des produits, décarboniser l’énergie, dématérialiser et alléger tout ce qui peut l’être pour éviter la surcharge environnementale ».
Avant Suren Erkman, deux économistes américains, Robert Forsh, ancien vice-président de la recherche chez General Motors (aujourd’hui à Harvard), et Nicholas Gallopulos, responsable « recherche-moteur », tiraient en septembre 1989 les mêmes leçons dans un article de référence du Scientific American (« Des stratégies industrielles viables »). Depuis, le MIT, le renommé institut technologique de Boston a lancé le Journal of Industrial Ecology (1997). Un Journal of cleaner production circule chez les professionnels. En Chine, une ville entièrement intégrée à l’environnement, Dongtan, est en projet. En France même, une « chaire d’écologie industrielle » a été fondée à l’université de Troyes, et les intervenants du secteur se réunissaient en mars pour faire des propositions à l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR).
(Dongtan, Chine)
Suren Erkman : « Les slogans verts nous disent « zéro déchet », « zéro émission », ou même « décroissance ». Ils ont un aspect pédagogique, mais restent abstraits dès qu’on passe à la pratique. Les Verts français feraient bien de s’inspirer des Grünen allemands, qui agissent concrètement au niveau local. Une ville avec « zéro émission » n’existe pas. Il faut des émissions, des déchets, des zones industrielles, des transports, c’est la vie urbaine même. »
Nous disposons déjà de modèles éco-efficaces d’écologie industrielle pour les parcs industriels des grandes villes. À Kalundborg, au Danemark, huit entreprises, dont une raffinerie, un fabricant de placoplâtre, une centrale électrique se sont associés, au départ par souci de rentabilité. Aujourd’hui, les surplus de gaz de la première apporte un complément d’énergie à la seconde, tandis que la vapeur des chaudières de la centrale revient vers la raffinerie, et que les déchets de gypse du plâtrier sont réutilisés. Les économies d’énergie réalisées, les gains apportés par le recyclage sont très significatifs. Voici un exemple vertueux de « symbiose » industrielle. La croissance, l’urbanisation, l’industrialisation ne sont pas un mal en soi, comme l’affirment certains Verts. L’E.I propose rien moins qu’un renouvellement de la pensée économique néoclassique. Aujourd’hui, avec l’accélération du réchauffement climatique du fait des industries humaines, des dépenses colossales qu’il entraîne (voyez l’inquiétant chiffrage du « rapport Stern » sur les 30 ans à venir) nous redécouvrons les bases matérielles de l’économie, et l’obligation de penser ses finalités – tant écologiques qu’humaines. La biosphère et ses matières premières ne peuvent plus être considérées comme des « biens libres et disponibles », les ressources planétaires comme illimitées, la vie sur Terre comme une seule activité de profit à court terme, l’homme comme un homo economicus mais comme un destructeur.
Le temps est venu de relire les économistes hétérodoxes comme Brad Allemby et René Passet. Il nous faut compléter notre comptabilité économique, ne plus seulement penser en termes financiers mais en termes physiques, élargir notre conception de la valeur. Derrière chaque activité industrielle, chaque flux financier, interrogeons-nous sur leur dimension matérielle, énergétique et humaine –sur leur « empreinte écologique », leur impact environnemental, leur incidence sur les manières de vivre. Derrière chaque unité de valeur abstraite, demandons-nous combien de joules, de flux, d’émissions, de dégradations, de vies humaines gâchées sont en jeu. À partir de ce constat, réfléchissons aux cycles de vie des systèmes de production, aux symbioses possibles, aux technologies permettant la renaturalisation de l’ensemble – et aux situations faites aux hommes comme aux talents qu’ils pourraient déployer. En notre époque de désertification, de typhons et d’effet de serre, la boutade de Raymond Queneau redevient d’actualité : Nous affirmons que 2+2 = 4. Mais a-t-on tenu compte de la vitesse du vent ?
3 – Genève. Quand les eaux du Lac Léman réchauffent les immeubles, refroidissent les laboratoires et fournissent les fontaines.
Nous voilà à la porte Est de la ville de Genève, dans l’agréable quartier de Sécheron. Peu de gens savent qu’une station hydraulique installée souterrainement pompe l’eau du lac Léman afin de chauffer et refroidir plusieurs immeubles et bâtiments de la zone. Un projet éco-industriel d’ampleur. Le puisage et le refoulement se font sans agresser le biotope du prestigieux lac - et sans sédiments. Ensuite, avec un débit contrôlé de 4900m3/heure, les eaux permettent d’alimenter les locaux et laboratoires flambant neuf du géant pharmaceutique Merck (six bâtiments signés par les architectes Murphy et Jahn), comme le quartier d’habitation dit « Lac-Nations ». Ces eaux de montagne, ressource peu coûteuse et renouvelable, irriguent la climatisation du quartier. La distribution d’eaux à basse température, pompées par 40 mètres de profondeur, permet d’économiser la production du froid, ce qui compense l’électricité utilisée pour le chauffage. Un tel système réduit les émanations de CO2 de 4800 tonnes par an, économise 1500 tonnes de mazout, tandis que la surface des espaces climatisés a augmenté de 60% - soit 220.000 m2. Dans un tel dispositif, les gains annuels pour les laboratoires Merck s’élèvent à 1 million de francs suisses, et la facture énergie baisse pour les habitants. Enfin, le remplacement de l’eau potable de la ville par les eaux du lac pour l’arrosage des jardins et l’animation des fontaines de sauver 400.000 kWh/an d’énergie de déperdition.
(Les toits de l'usine Ford plantés de terrasses, projet Bill McDonnough)
Un programme aussi complexe, prix de l’aménagement national suisse (Aspan 2005), n’a pu être réalisé sans une concertation des acteurs publics, associatifs et privés - surtout, sans stratégie. En 2001 le canton de Genève a été la première collectivité publique européenne à introduire l’E.I dans le cadre de sa loi sur l’Agenda 21 (ndlr, consacré au développement durable). Ils ont lancé le projet Ecosite, dont le premier travail fut de dresser « la comptabilité physique » des flux de ressources de « l’écosystème industriel genevois ». Ecoutons Daniel Chambaz, un des responsables de l’environnement du canton.
« La comptabilité financière nous connaissons, à Genève ! Mais nous n’avions jamais réalisé la comptabilité exacte de nos ressources et dépenses énergétiques. Maintenant nous savons... Genève dépend majoritairement de l’extérieur pour son approvisionnement en énergie, c’est-à-dire les carburants, les combustibles, l’électricité. Cela pourrait être amélioré... Les gravières du canton, qui fournissent la construction, seront épuisées dans vingt ans. Que faire ?... Quant aux aliments, pour produire les 322.000 tonnes de nourriture consommées chaque année à Genève, nous devrions disposer d’une surface agricole de 2.500m2 par habitant. Elle est de 300 m2 !... Au final, quand nous dressons le bilan physique global, nous voyons que plusieurs problèmes de durabilité se posent à la ville. »
À la suite de cette étude de « métabolisme », le canton de Genève a confié à « Systèmes Durables », une agence-conseil en écologie industrielle fondée par Cyril Adoue (un ancien élève de Suren Erkman à l’UTT de Troyes), une recherche pour améliorer la situation. Après six mois d’enquête auprès de 19 entreprises privées et l’administration, l’agence préconisait plusieurs pistes. Un, concasser le béton des vieux immeubles au moment de leur destruction, afin d’obtenir de nouveaux graviers de construction. Deux, régénérer les « solvants polluants » en profitant de la chaleur dégagée par l’incinérateur municipal. Trois, « la vente de services d’essuyage » avec des tissus réutilisés remplacerait l’usage polluant de chiffons et papiers. Quatre, la mise en pâte à papier de tout le carton collecté sur le canton allégerait la facture bois - tout comme la réfection des palettes industrielles par un service de réinsertion de personnes marginalisées. Plusieurs projets de synergie industrielle réduisant les coûts de matières et la pollution sont aussi envisagées. Un, l’échange des eaux usées entre industriels permettrait de réduire la consommation d’eau potable. Deux, la récupération des bois d’usage (copeaux, chutes, coffrages usagés, caisses) pourrait alimenter des chaudières à bois, ce qui ferait baisser la consommation de fioul. Trois, un producteur agro-alimentaire qui livre à travers toute la Suisse avec des camions à moitié pleins pourrait contribuer à distribuer d’autres commerçants - donc réduire les émissions carbone.
4 - L’essor du « nouvel urbanisme », des « éco-quartiers » et des cités renaturalisées
Aujourd’hui la moitié de la population mondiale, trois milliards d’habitants, habitent des villes. Souvent surpeuplées, polluées, chaotiques. L’écologie industrielle aide à les repenser. Ainsi l’étude du métabolisme des villes actuelles révèle qu’elles fonctionnent comme des « réacteurs à flux continu ». Elles nécessitent d’être approvisionnés sans cesse en produits et en énergie, tout en en produisant quantités de déchets. Résultat, ces villes mobilisent de grands territoires pour en tirer des ressources et installer leurs décharges. Ce qui multiplie les transports et les pollutions. Dans certaines villes d’Europe du Nord, comme Stockholm ou Copenhague, ils veulent le au contraire revaloriser le centre ville, concentrer l’activité économique et agricole, réduire les distances. Aller vers des villes compactes, en synergie industrielle, les plus possible auto-suffisantes. L’idée serait de conserver la production de terroir, les AOC, pour valoriser la région, mais de réaliser le gros de la production agricole et la distribution au plus près des centres urbains.
Les projets de revenir à des villes compactes, plus faciles à vivre, de créer des « éco-quartiers », des « villages urbains », d’en finir avec les banlieues anonymes, les villes-clapiers, se développent depuis les années 1990. C’est le « nouvel urbanisme » ou « new urbanism » (N.U) qui préconise l’abandon des villes étendues, faites pour les voitures, dépourvues de services, polluées et déshumanisées. Des réalisations modèles existent. Le bourg « Prospect New Town » au Colorado, la ville nouvelle de Jakriborg en Suède, le village expérimental de Poundbury en Angleterre. À Sutton, au sud de Londres, on a construit l’éco-quartier de BedZED (Beddington zero energy). Fournisseurs éco-certifiés. Bâtiments « zéro émission ». Une « Analyse du cycle de vie » (ACV) impose panneaux solaires, transports collectifs, vélos, recyclage. Mixité sociale, qualité de vie (jardins, commerces), activités culturelles sont défendues. Aujourd’hui, avec 80 maisons habitées depuis mars 2002, BedZED fait le bilan. La consommation d’énergie pour le chauffage a été réduite de 88%. D’eau chaude de 57%. D’électricité de 25%. Gros problème, la chaudière à biomasse (du bois récupéré) faisait un potin terrible, elle s’est encrassée, jusqu’à polluer fort. L’usage d’eau de pluie pour l’arrosage et les toilettes (sans chasse d’eau) a tourné court. Son filtrage dépensait trop d’électricité. Malgré tout, BedZEB a diminué son « empreinte écologique » de 50%. Avec 80 logements, nous sommes loin des 5 « éco-villes » promises par le premier ministre Gordon Brown. Question : le nouvel urbanisme vert va-t-il juste revaloriser le résidentiel ?
D’autres programmes plus radicaux ont vu le jour cette dernière décennie, appuyés sur les principes de l’écologie industrielle. Ainsi ceux de l’architecte Bill MacDonough. Né et au Japon, choqué par la pollution et les coupures d’eau régulières de Tokyo, il travaille aujourd’hui sur des édifices «éco-efficaces». Son principe : un immeuble peut ressembler à un arbre. Production d’oxygène, séquestration du carbone, distillation d’eau, chauffage à l’énergie solaire, aération naturelle, matériaux biodégradables, espaces verts, habitat pour les oiseaux et diverses espèces. Bill MacDonough a déjà conçu le collège solaire d’Oberlin dans l’Ohio, qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, et les locaux du géant automobile Ford avec leurs 10 hectares de toits plantés isolant l’usine, filtrant les émissions, redirigeant l’eau de pluie vers la rivière proche, attirant les oiseaux, économisant la climatisation. Bill MacDonough s’est associé avec le chimiste Michael Braungart, un ancien de Greenpeace, pour fonder une agence de design et matériaux durables. Ils ont commercialisé le premier textile compostable et des semelles de chaussures recyclables pour Nike. Il rêve à des cités renaturalisées, offrant des « jardins suspendus » et des « potagers urbains » - « les forêts urbaines du futur » dit-il. Un optimiste.
Dans la Chine polluée et polluante, première émettrice mondiale de gaz à effet de serre, des projets éco-industriels à grande échelle voient le jour. La Chine devra construire 400 villes dans les 20 ans, pour accueillir 300 millions de ruraux. Seront-elles toutes noyées sous le fog, comme Pékin ? Ou ressembleront-elles à Dongtan, la future écoville de 500.000 habitants mise en chantier ? Construite sur l’île de Chongming, près de Shanghai, Dongtan devrait assurer son autonomie énergétique grâce aux éoliennes, la biomasse et le solaire. Les transports seront électriques, le recyclage intégral, 60% de l’espace planté. Une agriculture biologique développée. Construite dès l’origine pour durer et s’économiser, en prévoyant les matériaux, le recyclage et l’usure, Dongtan pourrait servir de modèle aux villes futures. Déjà, le projet est critiqué par des urbanistes de Shangaï. L’île est marécageuse, il faudra drainer, l’entretien sera coûteux. C’est une réserve d’oiseaux, pourquoi urbaniser là ? Dongtan ne va-t-elle pas devenir une grande marina pour les classes aisées ?
5 - À Lille, madame la maire-adjointe veut développer l’écologie territoriale et mettre en œuvre une « ville durable »
Des fresques pop, pleines de personnages historiques et de héros de bédé racontent l’épopée industrielle du pays shti – du Nord. Nous sommes dans la salle Erro de la mairie de Lille pour assister au premier compte-rendu d’étude de « métabolisme » du triangle Lille-Helleme-Lomme, 220.000 habitants, 35 km2. Danielle Poliautre, maire-adjoint tonique et décidée, (son équipe, celle de Martine Aubry, a été réélue avec 66% des voix aux dernières élections municipales), explique en aparté : « À Lille, nous avons signé la charte d’Aalborg sur les villes durables, nous avons ouvert un centre de tri des déchets sur le port fluvial, nous sommes le chef de file d’un projet européen pour la valorisation d’éco-quartiers (ndlr, projet INVOLVE), nous développons partout des économies d’énergie et d’eau, mais cela ne suffit pas. Il faut s’attaquer aux boucles énergétiques pour que le territoire équilibre ses entrées et ses sorties, valorise ses ressources, réduise encore les déperditions.»
Madame la maire-adjointe s’est associée avec Auxilia, une agence française spécialisée dans l’écologie industrielle, et la société Gaz de France. Pourquoi GDF? Sa direction de la recherche s’est spécialisée dans l’analyse du « Cycle de Vie » et de l’«Empreinte écologique» des activités économiques : elle a apporté son expertise. L’agence Auxilia a étudié avec eux les « flux matières-énergies » de la région lilloise et travaillé sur des solutions innovantes. Son représentant, Benoit Duret, la trentaine, ingénieur en génie mécanique, explique la démarche. Pas évidente à mettre en oeuvre.
«Pour commencer il nous fallait établir la comptabilité physique du territoire, comme à Genève. Nous avions besoin d’une solide méthode d’analyse des flux. Nous avons choisi EUROSTAT, l’organisme de statistiques européen spécialisé dans l’étude nationale. Ensuite, nous devions nous assurer de la coopération des acteurs locaux, entreprises, déchetteries, mairie, la région, pour rassembler des données fiables, et les intéresser demain aux solutions d’amélioration. Pas facile de les convaincre. Quand on parle d’écologie industrielle tout le monde se méfie, les industriels comme les écologistes. Je préfère le concept d’« écologie territoriale », plus fédérateur, mieux approprié à la réalité locale. À Lille, la mairie a joué un rôle moteur pour agréger les énergies, constituer des groupes de travail avec les patrons et les associations, lever les méfiances. Nous nous sommes retrouvés plusieurs fois quarante personnes autour d’une table. Beaucoup doutaient. On mesure ici l’importance du levier politique. »
Ce jour-là, autour de la grande table de la mairie, on trouve la maire-adjointe Danielle Poliautre, infatigable, entourée de deux jeunes responsables du développement durable, un barbu jovial responsable de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, une équipe d’experts de Gaz de France (dont deux jeunes femmes très investies), un délégué de la Région Nord-Pas-de-Calais et les analystes de l’agence Auxilia. Toute l’après-midi, on entendra parler «flux de ressources» et «impact écologique». Le territoire lillois passé sous scanner. Quelques chiffres parlent. Combien de gaz à effet de serre rejetés ? 362.000 tonnes. Quelle quantité d’énergie annuelle consommée : 524.000 tonnes, soit 2,4t par habitant (2,7t en France). D’où vient l’énergie ? À 96,3 % de l’extérieur : électricité, gaz naturel, carburants. D’où vient l’énergie locale ? De la valorisation des déchets à 3,7%. Combien d’eaux usées traitées rejetées dans la nature ? 20 millions de m3. Combien de matériaux de construction importés : 388.000 tonnes (388 kt). Combien d’extractions locales inutilisées : 151 kt. Combien de déchets du bâtiment BTP ? 101 kt.
Une telle comptabilité aide à la décision. De comparer le tonnage des gaz à effet de serre avec celui de l’énergie consommée montre le rôle majeur de l’automobile et des transports dans la pollution atmosphérique. Ressort la nécessité d’une politique des transports publics réduisant la facture carbone. Plusieurs pistes seront examinées pendant l’après-midi. Agrandir les lignes de tramway, développer le « tram-train » capable d’utiliser les deux réseaux, renforcer la flotte des bus propres, installer des parkings de périphérie. La production locale de chaleur pourrait être renforcée en installant une chaudière fonctionnant à la biomasse (déchets, textiles usagés, cagettes usagées). D’autres « cercles vertueux » envisagés ? L’étude de la circulation des eaux fait apparaître la réutilisation possible du sable et des graviers issus des stations d’épuration. La récupération des eaux de ruissellement sur les toits serait un appoint intéressant. Quant aux matériaux de construction, béton, ciment, plâtre, briques, ils pourraient être en partie récupérés lors des opérations de rénovation et de déconstruction des quartiers anciens - un stock de 48.000 tonnes inutilisé.
Danielle Poliautre intervient : « Attention, il ne s’agit pas seulement de dégager de nouvelles ressources, mais aussi de se montrer moins « énergivore ». Nous devons réhabiliter les vieux logements avec des critères de basse consommation. Sensibiliser la population sur les comportements d’achat avec la campagne « Acheter malin, jeter moins » et « La voiture, ce n’est pas tout dans la vie ». Nous devons encore, en développant des nouvelles activités, penser aux emplois de réinsertion, travailler avec les associations d’entraide. »
La discussion rebondit. Le représentant du conseil général découvre visiblement l’intérêt de penser en termes de « boucles énergétiques ». Il faudrait, dit-il, développer l’étude au niveau de toute la région. Le barbu de l’Agence de l’Eau intervient sur les méthodes qui permettraient de valoriser l’eau fluviale. Le responsable du développement de Gaz de France explique qu’ils mènent une opération de récupération des vieux textiles avec l’association Emmaüs, en vue de produire de l’énergie. Ils étudient aussi comment les fibres biodégradables de certains textiles pourraient remplacer les plastiques dans la fabrication d’isolants. Là-dessus, Benoit Duret, qui travaille aussi avec la région « Caux-Vallée de Seine », cite le nom d’un industriel du lin, Dehondt, qui produit déjà des pièces de matériel électrique avec de la fibre textile.
Après cette importante réunion - si les études de faisabilité suivent, les projets aboutissent, la Marie agit, les industriels s’investissent, la méthode pourrait être généralisée par le parti socialiste à tous les conseils régionaux - les participants s’attardent. Intéressant de voir des gens de GDF débattre avec les jeunes écologistes locaux, une maire-adjoint pragmatique traiter avec les utopistes concrets de l’agence Auxilia. Laissons Benoit Duret de l’agence Auxilia conclure : «Une nouvelle culture politique apparaît à travers ces rencontres traitant de l’avenir d’un territoire. La sensibilisation aux problèmes écologiques, l’inquiétude suscitée par le réchauffement font que chacun, citoyen, politique, industriel, se montre prêt à écouter l’autre, envisager toutes les solutions concrètes pour que les choses s’améliorent. Au moins chez soi, dans sa ville, sa région. Face au danger commun, nous sortons du cynisme et du chacun pour soi. La démocratie locale s’en trouve renforcée, des échanges transversaux et non hiérarchisés se développent, les bonnes volontés reviennent, chacun écoute sans a priori ni mépris les recherches de solution. »
De l’écologie industrielle à la démocratie revivifiée, la boucle est bouclée.
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mardi, 08 avril 2008
JANE GOODALL. "CHACUNE DE NOS BOUCHéES CHANGE LA FACE DU MONDE"
NEWS NEW NEWS JANE GOODALL publie chez Actes Sud un nouvel ouvrage "Nous sommes ce que nous mangeons". Née à Londres, en 1934, JANE GOODALL a bouleversé l'étude du comportement animal, en commençant par les chimpanzés dont elle a montré leur capacité à fabriquer et utiliser des outils. Son dernier livre est un cri d'effroi face à notre comportement alimentaire. Elle y révèle, suite à une enquête de plusieurs années, les grandes menaces qui pèsent sur les ressources naturelles à la base de l'alimentation de l'homme et des animaux : déforestation, surexploitation des sols, élevage intensif, pollution des océans tandis que la disparition des espèces s'accélère. Si le constat s'avère, hélas, connu, le mérite du livre du Dr Jane Goodall est de proposer des réponses immédiates. Une nouvelle politique agricole, une meilleure éducation alimentaire des enfants, un approvisionnement de proximité, la préservation des ressources en eau et en énergie, jusqu'au végétarisme
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« WOU ! HOU ! HOU ! HOU ! WOU WOU ! ». Jane Goodall crie à la tribune. Frêle silhouette, cheveux blancs, visage illuminé.
Les trois cents lycéens croulent de rire. «Elle vous a adressé un bonjour en chimpanzé» leur explique le traducteur. Les gamins, des tous jeunes, du CM2 à la troisième, repartent à pouffer. Ils viennent d’écouter sagement le discours de Monsieur le Ministre de l’éducation, Xavier Darcos, qui s’est excusé d’être si long. La tension se relâche. Bien vite un collégien demande la parole, Jane Goodall connaît-elle d’autres expressions en langage singe ? Elle se lève aussitôt, et lance. « Je vais vous raconter comment j’ai accueilli votre président au Gabon cet été. » Elle demande au traducteur de jouer le rôle de Nicolas Sarkozy. « Vous savez, explique-t-elle, marchant vers lui en se déhanchant, chez les chimpanzés, hélas, les femelles, hélas, doivent d’abord faire des signes de soumission pour aborder un mâle dominant… ». Elle avance baissant la tête, criaillant « HEU ! HEU ! HEU ! ». Puis elle se jette au cou du traducteur en poussant de joyeux gémissements.
« Cela veut dire « Bonjour Monsieur Sarkozy » ! »
Rigolade générale.
09:10 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 04 avril 2008
LA PROTESTATION MASSIVE DES MILIEUX JUDICIAIRES CONTRE LA LOI SUR LA "RETENTION DE SURETE" ET L'INQUIETANTE DERIVE GENETIQUE DE M. SARKOZY
L'inquiétante loi sur "la rétention de sureté", votée par l'Assemblée Nationale le 6 février 2007, adoptée par le Sénat, remise en cause par le Conseil Constitutionnel - que le président de la République, pourtant gardien de la constitution, a tenté de contourner - soulève une opposition de plus en plus déterminée dans les milieux judiciaires. Rappelons que cette loi, telle qu'elle apparaît dans le projet de loi du 28 novembre 2007 constitue selon l'ancien ministre la justice Robert Badinter « un changement profond d’orientation de notre justice (...) Après un siècle, nous voyons réapparaître le spectre de « l’homme dangereux » des positivistes italiens Lombroso et Ferri, et la conception d’un appareil judiciaire voué à diagnostiquer et traiter la dangerosité pénale. On sait à quelles dérives funestes cette approche a conduit le système répressif des Etats totalitaires. » ( La prison après la peine, Le Monde du 27/11/2007).
Cette loi, défendue avec hargne pour de tristes raisons électoralistes - flatter le vote d'extrême-droite et l'opinion ultra-sécruritaire (les personnes âgées, fond de commerce du vote sarkozyste) avant les élections régionales - revient sur le principe même de "non rétro-activité" du droit français : ce qui explique la censure du Conseil Constitutionnel. Elle permet d'élargir les pouvoirs discrétionnaires de la police - déjà très importants -, de durcir les sanctions et renforcer les moyens de contrainte, mais encore de procéder à "des enfermements préventifs" sur la base d’une présomption d’infraction future. Ce faisant, elle installe une logique d’élimination permanente des décrétés "délinquants", les condamnant à une véritable mort sociale : le fichage à vie, l'impossibilité du rachat, autant dire le déni de Jean Valjean. L’appréciation de la "dangerosité" n’est elle-même fondée sur aucune évaluation solide, faisant appel à la seule expertise psychiatrique, entretenant une grave confusion entre délinquance et maladie mentale : l'évaluation de la dangerosité d'une personne relève désormais du "diagnostic". Avec ce texte de loi, la France de M. Nicolas Sarkozy s'est dotée d’un dispositif sans équivalent dans nos démocraties (aucune loi comparable existe en Europe, quoiqu'en dise le gouvernement) - aux Pays Bas et en Belgique, ce type d’enfermement n’intervient qu’en substitution à la peine. Aujourd’hui, c'est la Russie de M. Poutine qui enferme des journalistes dans des établissements psychiatriques, prétextant de leur "dangerosité sociale".
Indignés par cette "loi de rétention" - à ajouter aux annales de ce régime -, le Syndicat National de l'ensemble des personnels de l'Administration (SNEPAP-FSU), le Syndicat de la Magistrature et quarante associations médicales, judiciaires et humanitaires (dont La Ligue des droits de l'Homme, le Syndicat de la Medecine Générale, l'Union Syndicale de la psychiatrie, etc) lançaient le 20 mars 2008 un appel demandant son abolition. 15.500 personnes l'ont signé en une semaine (pour signer : www.contrelaretentiondesurete.fr/). Que dit ce texte ?
" Malgré l’opposition de très nombreux professionnels et citoyens, la loi instaurant une « rétention de sureté" qui permet, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger - sans limitation de duŕee et sans infraction - l’enfermement des personnes considéŕees comme d’une «particulière dangerosité" est entŕee en vigueur.
La mise en place d’un tel dispositif relève d’une philosophie de l’enfermement qui dénie à l’homme toute possibilité d’amendement.
La présomption d'innocence devient secondaire et la justice de sureté prend le pas sur la justice de responsabilité.
NOUS NE POUVONS ACCEPTER UN TEL MODELE DE SOCIETE
- parce que la rétention de sureté, comparable dans sa philosophie à la peine de mort, est une peine d’élimination préventive susceptible de graves dérives ;
- parce que la rétention de sureté ajoute de l’enfermement à la peine de prison, déjà anormalement longue en France au regard des standards européens, et constitue en conséquence un traitement inhumain et dégradant ;
- parce que la rétention de sureté implique un pronostic arbitraire de la «dangerosité», dont les contours ne peuvent être clairement définis, ni par les psychiatres, ni par les juristes ;
- parce que la rétention de sureté crée l’illusion du « risque zéro » de récidive par l’exploitation démagogique de la douleur des victimes ;
- parce que la rétention de sureté témoigne du renoncement des pouvoirs publics à faire de la prison un temps utile à la prévention de la récidive et à la réinsertion ;
- parce que la rétention de sureté, malgré l’accomplissement de la peine, n’autorise plus l’oubli du crime, réduisant ainsi la personne à son acte criminel passé avec le risque de l’y enfermer à jamais ;
- parce que la rétention de sureté est une violence institutionnelle inacceptable qui prive les détenus de tout espoir de liberté;
Pour toutes ces raisons, la rétention de sureté n’est en aucun cas un instrument
de prévention de la récidive et de protection des citoyens."
11:35 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note






































