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mardi, 25 mars 2008
ARGENTINE. COMMENT EN FINIR AVEC UNE DICTATURE ?

(L'armée défile dans Buenos Aires après le putch militaire de 1976)
NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS. María Eugenia Sampallo Barragán, 30 ans, fait partie de ces centaines d’enfants argentins enlevés à leurs parents assassinés pendant la dictature militaire (1976-1982), et offerts à des familles proches des putchistes. À ce jour, aucun de ces enfants n’avait osé porter plainte contre ses "parents", devenu adulte, comme elle l'a fait le 19 février dernier devant le Tribunal fédéral de Buenos Aires. C'est dire combien la peur règne encore longtemps, après une dictature, combien il demeure difficile, douloureux, de se retourner sur un passé sanglant - que beaucoup veulent oublier, cacher. Maria Barragan a montré beaucoup de courage au tribulal. Elle a aussi porté plainté contre Enrique Berthier, le tortionnaire qui l'a enlevée à l’âge de 3 mois, après avoir tué sa famille.
L’Argentine semble aujourd'hui sortir lentement de la crise économique et sociale sans précédent qui la secoue depuis six ans - une chute libre commencée à la fin de la dictature militaire, affaiblie par sa défaite face à l'Angleterre dans les îles Malouines toutes proches, défaite en 1982 par d’immenses manifestations à travers le pays. Depuis deux ans, le processus de la convertion de la dette argentine - estimée à plus de 150 milliards de dollars - a commencé. Le FMI et les créanciers ont accepté de voir leurs créances abaissées de 50% à 75%. Cette ré-oxygénation d’un pays moribond, survivant de troc, où 14 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, qui a vu en 2001 trois gouvernements abandonner leur fonction après 10 jours, accompagne une timide reprise.
Pour éclairer d’où vient cet effondrement économique et moral, et mieux comprendre le procès intenté par María Eugenia Sampallo Barragán contre ses parents d'adoption, voici un reportage réalisé à Buenos Aires en janvier 1985 pour le magazine Actuel.
Nous sommes trois ans après la chute de la dictature, sous le régime du président Raul Ricardo Alfonsin, largement élu. Après deux années d’état de grâce, parfois de liesse, lié à la liberté retrouvée, le pays déchante. L’inflation galope dans un pays trop longtemps pillé et étouffé par la junte, les groupes d’extrême-droite complotent, et le président Alfonsin vient de faire passer la loi dite du “Punto final” qui met un coup d’arrêt au procés des militaires impliqué dans les assassinats d’opposants et des anciens tortionnaires. Ce qui indigne la gauche, et toutes les familles des 30.000 victimes de la dictatures.
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AVANT DE LIRE CET ARTICLE, il faut savoir que la loi d'amnistie des militaires, dite du “Punto final” fut abrogée quinze ans après cette enquête - voir ci-joint le texte de l’écrivain Luis Sepulveda sur cette abolition tant attendue: Pleure_Argentine_par_Luis.url. Il faut savoir auss que le président Ricardo Alfonsin, qui succéda à ola junte militaire, dut abandonner le pouvoir en 1989, cinq mois avant la fin de son mandat : l’inflation atteignait 343% en 1988, 3000% en 1989.
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À BUENOS AIRES, LA NUIT EST JEUNE... Charlie Garcia, trente ans, le rocker le plus populaire d'Argentine, fait sa virée du soir. Nous tournons en taxi dans la ville. Le chauffeur n'arrive pas à y croire : c'est bien Charlie Garcia qui fume des joints à l'arrière. S'il lui donne un autographe, la course sera gratis.
Hilare, enveloppé de grands gestes fous et théâtraux, Charlie, le tellement sympa Charlie Garcia montre la longue enfilade glauque de l'Avenida Santa Fe.
"- Regarde, Buenos Aires ressemble à New York ! Les rues à angles droits, des escadrons de taxis, les petits magasins ouverts toute la nuit, des mecs qui rôdent à tous les carrefours, assis sur des marches à discuter, à trafiquer je ne sais quoi ! Enfin, plutôt je sais, Ah Ah Ah !
"Buenos " défile à la fenêtre. Charlie le rocker, 35 ans, écume les avenidas depuis quinze ans. L'herbe fraîche nous met en phase avec les ondes surgies des blocs, la ville nous encercle et nous enlace. Envapé, je me récite la " Ferveur de Buenos Aires ", le premier grand poème de Borges, qui commence ainsi... "Les rues de Buenos Aires sont devenues mes entrailles."
12:35 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Envoyer cette note
lundi, 17 mars 2008
GUERRE d'IRAK, CINQ ANS APRèS. GEORGES BUSH EST PRIS DANS UN PIEGE ABSCONS

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QU'EST CE QU'UN PIEGE ABSCONS ?
Minuit trente, il pleut des cordes. Aucun bus en vue, et plus aucun taxi. Vous rentrez à pied, trempé. Vous venez d’être pris dans un piège abscons.
Un autre exemple ? Toute jeune, vous avez décidée de devenir une danseuse de l’Opéra. Une vocation. Vous adorez la danse, l’ambiance des salles vous travaillez dur. Mais vous échouez au conservatoire national de Paris. Vous peinez à apprendre le répertoire classique. Vous n'arrivez pas à plier votre corps à la discipline de fer des grands danseurs. Mais vous vous entêtez. Vous négligez votre scolarité, vous affrontez vos parents, vos professeurs. Vous voulez y arriver. En vain. Vous n’arriverez pas à entrer à la prestigieuse Ecole de Danse. Pendant toutes ces années, vous refusez l’évidence. Vous n’avez pas l’étoffe d’une danseuse étoile. Vous êtez prise dans le piège abscons de la fausse vocation. Il en existe d’autres... Voyez ce bon journaliste qui néglige son travail de presse à vouloir devenir un « grand écrivain », et s'acharne sur des manuscrits médiocres. Cet excellent cadre supérieur qui s’obstine à devenir « le pdg », le grand vizir, ourdit, manipule, se gache la vie et celles des autres - et finit, quand il réussit, à atteindre son niveau d’incompétence : il n'est pas fait pour diriger, trop autoritaire, pas assez visionnaire, difficile à expliquer. Mais c'est ainsi. Il finit par tout perdre.
JE VAIS ME REFAIRE AU POKER
Joules et Beauvois ont multiplié les exemples de situations où l’on retrouve les cinq règles du piège abscons. C’est l’histoire du couple qui n’en finit pas de rompre. De l’éternel étudiant qui s’est trompé de discipline, mais veut obtenir à tout prix son diplôme. De celui qui investit une fortune pour faire réparer sa vieille voiture plutôt que d’en changer. Du joueur qui tente de se refaire au poker. De l’individu qui attend une guérison complète d’une psychanalyse longue durée. Du patron qui rachète une filiale, fameux « canard boîteux », pour confirmer du bien-fondé d’un premier investissement. Du pigeon qui se fait fourguer une encyclopédie en 30 volumes après avoir acheté le sommaire.
Ou encore, écrivent nos psychologues, en 1987 : du président américain engagé dans la guerre du Viêt-Nam. Nous ajouterions aujourd'hui : de Georges W Bush emporté dans le conflit irakien, décidé à le solutionner de façon militaire en investissant toujours plus d'armes, de soldats et d'argent. Le président américain en effet, ficelé par le piège abscons, persévère dans son « escalade d’engagement » comme hier les présidents Johnson (500.000 envoyés soldats au Viêt Nam), puis Nixon (invasion du Cambodge, ce qui va renforcer l'influence des Khmers rouges sur les campagnes). Il refuse de fixer une dâte d’arrêt de la guerre et des dépenses militaires. Il construit la rationalité - et la morale justifiante - de ses actions désastreuses au fur et à mesure, en dépit des critiques de ses généraux et ses conseillers. Il se montre intimement, sinon névrotiquement, persuadé de la justesse de ses choix, allant jusqu’à affirmer récemment que Dieu était de son côté - ce qui fera sourire Bob Dylan. Bref, il est pris dans un piège abscons - et le monde entier avec lui, qui assiste effaré à l'ensanglantement de la région, la montée du fondamentalisme musulman à travers le monde, au renforcement sans précédent des shiites, au déploiement d'une haine profonde contre l'Occident au coeur des pays arabes - sans oublier la légalisation de la torture par un pays démocratique.
Robert-Vincent Joule, Jean-Léon Beauvois. Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens. Presses Universitaires de Grenoble (1987). Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois. La soumission librement consentie. (PUF, 1998).
12:20 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 12 mars 2008
JURER EST FORTIFIANT, MILLIARD !
NEWS. NEWS.NEWS. "Vingt de diousse !", "Quelle boubousse", "C'est un babache", " Tu cherches des carabistouilles", "Heiiiiiiiin !", on aura redécouvert les formidables jurons du Nord dans le film de Dany Boon " Bienvenue chez les Ch'tis" - un hommage à l'ambiance chaleureuse des rades sous la drache et des matchs du RC-Lens, aux bonheurs de la camaraderie. Grâce aux jurons, à la langue déliée et railleuse, il fait beau dans le Nord. Eloge du juron, de l'injure et des joutes langagières.
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La vache ! Sainte Vierge ! Vingt de diousse ! Macarelle ! "Du brun !", Milladiou ! Du Nord au Sud, nous avons tous nos jurons préférés. Ou personnels. Souvent spontanés. Ou bien placés. Ce ne sont pas toujours des gros mots. Mince ! Non d'un petit bonhomme ! Flûte ! sont de gentils jurons. D'autres fleurent le sacrilège. Sacristi ! Pute borgne ! D'autres manifestent l'admiration, Dingue ! Merde alors ! Les jurons expriment des sentiments immédiats et puissants, très variés, allant de la colère - Misère ! Les salops ! - à l'incompréhension - Putain !, Milliard ! De la surprise à l'indifférence - Bof ! Mouais ! Nous sommes parfois comme saisis par le juron, parfois grâce à lui le corps parle, se libère, se défoule, d'où ses vertus stomachiques et fortifiantes : C'est à dégueuler ! Fais chier ! Plein le dos ! Quelquefois la mystique et le sens tragique se manifestent - Dieu de merde ! Misère ! Rimbaud, Flaubert, Céline, Pennac adorent les jurons. La presse aussi s'y adonne. Belzebuth ! a osé Le Figaro. Boljemoî ! risque le Progrès. Caca boudin ! dit La Croix. Caramba ! fait Libération. Le juron, parfois, accompagne l'injure.
Injurier n'est pas jurer, encore moins insulter. Injurier est un une joute, un duel moucheté. L'insulte veut détruire, l'injure et le juron s'amusent… Ils provoquent la rencontre désopilante d'un personnage - hey grand dadais !- et d'une formule - Et ça veut péter plus haut que son cul ! L'injure et ses tombereaux, les jurons sur tous les tons méritent un "traité d'injurologie", comme en a réalisé le linguiste Robert Edouard - tout l'esprit de Michel Audiard, San Antonio, Cavanna est dans le dictionnaire des injures de Robert Edouard. Cet art d'injurier, riche en registres ( animaliers - putois ! cochon ! , physiques - mat de misaine, grand serin !, médicaux - taré, dingo, phychotique !, etc), associe l'expression verbale à des mimiques et gestes moqueurs - se vriller la tempe de l'index, secouer fort sa main sous son menton, etc. Il pratique l'interjection - Va donc espède de…, Tu t'es vu… - et la répartie qui fait mouche. L'injure est un art sans violence physique, un théâtre verbal, un révélateur de personnalité. L'injure fait partie du registre de l'éros, elle se retourne, se transforme alors en salissure tendre, en juron salace : Ha, ma salope... etc. Un injure savoureuse déclenche souvent en retour des cascades de jurons incontrôlés et d'insultes incontrôlées, trop souvent empruntés à la petite enfance scatologique. Enculé ! Spèce de merde ! Le vernis craque damned.
A lire
Le dictionnaire des jurons. 750 entrées. Pierre Enckel. Puf. Nov 2004. 800 p. 30 e. Traité d'injurologie. Robert Edouard. 10/18. 334 pages. Réédition oct 2004.
23:15 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Envoyer cette note
dimanche, 09 mars 2008
FRANCOISE BARRE-SINOUSSI DE L'INSTITUT PASTEUR : "UN PAYS QUI PERD SA RECHERCHE EST UN PAYS EN VOIE DE SOUS-DEVELOPPEMENT..."
...A l'entrée de l'Institut Pasteur, en ce 1er mars 2004, trois jeunes chercheurs distribuent un tract encadré de noir, un faire-part. Ils appellent le personnel et les passants à se retrouver le surlendemain à la station de métro Pasteur, qu'ils entendent rebaptiser «Rage». Ils prévoient aussi, par une action symbolique, "d'enterrer la recherche" en grande cérémonie. Une chercheuse en biologie, parka vert, énervée, 35 ans, interpelle les passants: «N'apportez ni fleurs ni couronnes. Venez avec un brassard noir. Pasteur en personne sera présent.» Métro "Rage". Aujourd'hui le mot court parmi les chercheurs français. Ils l'ont, la rage.
08:45 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Envoyer cette note





