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vendredi, 28 décembre 2007
UN ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO SUR NICOLAS SARKOZY : "QUELLE MISERE QUE CETTE JOIE DES INTERÊTS ET DES CUPIDITES"
News News News « C’est un homme qui a cultivé au plus haut point la distinction et la discrétion » a déclaré avec aplomb Nicolas Sarkozy, commentant la disparition de l’écrivain Julien Gracq. Cela, au moment même où il rendait visite au Pape en compagnie du comique Jean-Marie Bigard (l’auteur spirituel du « Lâcher de salope » et de « Elle a chié sur ma brosse à dents »), et organisait la mise en scène publique de son idylle avec la chanteuse Carla Bruni (« Quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore »), mobilisant les médias people et les paparazzis - achevant de transformer l’histoire officielle de la Ve République en un grande telenovela pleines d’images clinquantes, où vie privée, crises sentimentales, vacances de milliardaires se mêlent aux voyages diplomatiques cadrés serrés, à la politique des petites phrases et aux promesses sociales.
Avec l’aide de l’équipe de la Revue RAVAGES (à sortir en février) avons demandé à un autre grand écrivain, Victor Hugo – lui aussi souvent loué par notre président dans ses discours touche-à-tout – ce qu’il pensait de cette dérive spectaculaire du pouvoir politique, et ce qu’elle révélait sur le fond. Peu de gens savent que Victor Hugo, depuis ses expériences médiumniques pendant son exil dans l’île de Jersey, reste très facile à contacter. Il suffit de faire tourner les tables et de l’appeler. Dès qu’il s’agit d’un sujet touchant à l’avenir de la République, il répond volontiers. Interrogé sur la politique actuelle du nouveau président, il se montre véhément *.
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ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO
Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?
Victor Hugo : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.
Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?
Victor Hugo : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.
Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Et de cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?
Victor Hugo : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.
Et la liberté de la presse dans tout çà ?
Victor Hugo (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?
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*Toutes les réponses de Victor Hugo proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III. L’interview complète sera publiée dans la revue RAVAGES.
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mardi, 25 décembre 2007
J’AIME LES CAFARDS. REPORTAGE DANS LES CAVES VELUES.
NEWS NEWS NEWS
Les cafards font preuve d’une actualité perpétuelle. Ils triomphent dans les vide-ordures, envahissent chroniquement nos hôpitaux, rapetissent en quelques générations pour se blottir dans nos téléviseurs et se multiplient dans les gaines de chauffage. Un spécialiste des insectes comme Karl Von Fritsch, un des fondateurs de l’éthologie, pensent qu’ils nous succéderont sur cette terre. A Tel Aviv, ce mois de décembre, le neurobiologiste de l'Université Ben Gourion Frederic Libersat cherche à comprendre comment agissent les neurotoxines présentes dans les venins. Il avait récemment découvert que le venin des guêpes Amputex faisait baisser l'activité de certains neurones de la blatte spécialisés dans la production du neurotransmetteur nommé octopamine. Pour vérifier, il a injecté de l'octopamine dans le cerveau de blattes paralysées par les gupères. Lesquelles ont aussitôt retrouvé l'usage de leurs pattes. L'arcticle vient d'être publié dans The Journal of Experimental Biology : grâce aux blattes nous progressons ainsi dans la compréhension des venins et du sytème nerveux.
Pendant ce temps, au Centre de recherches pour la cognition animale de Toulouse (CNRS), une équipe travaille depuis 2005 à des petits robots qui s’auto-organisent en troupe comme des cafards, et sur un “leurre” capable de vivre au milieu des blattes et d’influencer leurs comportements. Selon Jean-Louis Deneubourg de l’Université Libre de Bruxelles, "l'objectif à long terme de ces leurres serait de réaliser des sociétés d'animaux et de machines dont les interactions doteraient ce système de nouvelles fonctionnalités" - par exemple pour développer la pollinisation de la flore (aujourd’hui menacée par le réchauffement).
En regard de cette omniprésence de la blatte dans nos vies modernes, un reportage dans les caves parisiennes publié dans un des premiers numéros du magazine Actuel (1980-1995).
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TOUT COMMENCE PARCE QUE LES CAFARDS RONGENT L'AEROPORT DE TOKYO...
...Lundi, je rentre de nuit chez moi, j'allume machinalement la lumière de la cuisine, une marée velue court sur les murs, flaque vivante qui ruisselle dans toutes les directions et disparaît en quelques secondes derrière les meubles. Des cafards, des milliers de cafards ont envahi l'appartement. Je vaporise un épais nuage d'insecticide, la moitié de la horde agonise les pattes en l'air tandis que l'autre se terre sous le lino et file chez le voisin le long des canalisations. Mardi, je passe à Actuel. À peine arrivé au comité de rédaction, on me tend une dépêche AFP: "Les cafards attaquent l'aéroport de Tokyo. Après avoir constaté la gravité de la situation dans les restaurants et les magazins du bâtiment d'embarquement, les responsables ont décidé de les fermer. Selon les spécialistes, il leur faudra une quarantaine de jours pour s'en débarrasser."
Je demande: "Alors, je pars pour Tokyo?"
-Non, tu trouves une société spécialisée dans le massacre des cafards et tu t'engages. Tu pars pour les caves parisiennes."
Mercredi, me voici rue Saint-Honoré, au siège parisien de la société Attila. Cette société détruit tous les insectes parasites, elle traque les rats et les souris, elle chasse les pigeons et éloigne les chats, elle empêche les chiens de lever la patte sur les trottoirs. J'ai rendez-vous avec la direction, Mlle W. Au mur, une affiche publicitaire, un Mongol armé d'un sabre de Samouraï décapite des rats et éventre des cafards. Il crie: "BANZAÏ ! FAITES CONFIANCE A ATTILA, LE FLEAU DU CANCRELAS ». Sur un casier métallique s'aligne une série d'éprouvettes pleines de poudres bleues, de cristaux blancs - des redoutables pesticides.
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lundi, 17 décembre 2007
EDGAR MORIN. UNE UNIVERSITÉ INSPIRÉE PAR LE PHILOSOPHE EN PROJET AU NORD DU MEXIQUE
(Edgar Morin accueilli à l'aéroport d'Hermosillo. On lui offre une statue d'un sorcier Yaqui)
NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. "La méthode", le grand oeuvre éclectique et foisonnant du philosophe et sociologue Edgar Morin, consacré à dresser des passerelles entres les disciplines scientifiques et philosophiques, vient d'être réédité en coffret de deux volumes (au Seuil). En regard de cette publication, un reportage réalisé pour le Monde 2 aux côtés d'Edgar Morin en novembre 2005, dans la ville d'Hermosillo au Mexique. Soutenue par la mairie et par des capitaux privés, une université inspirée par les travaux d'Edgar Morin sur "l'éducation du futur" a été mise en chantier dans la capitale de l'état du Sonora. Elle l'est toujours à ce jour. Pendant ce voyage, la statue en pied du philosophe a été dévoilée...
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lundi, 10 décembre 2007
MOZART, SADE, BAUDELAIRE, GOETHE A LA FONDATION BODMER, LE MUSEE DES MANUSCRITS EXTRAORDINAIRES
(Le manuscrit des "120 journées de Sodome" perdu à la prison de la Bastille par le "Marquis" de Sade)
NEWS NEWS NEWS. À Coligny, en Suisse, à 5 minutes de Genève, une des plus belles collections au monde de manuscrits, d’incunables et de livres anciens vous attend. Elle est conservée dans le Musée de la fondation Bodmer, qui a eu la bonne idée de s’associer avec les Presses Universitaires de France (PUF) pour lancer avant Noël une collection de beaux livres en fac similé. Visite guidée (faite pour Le Monde 2, novembre 07).
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« Surtout ne le touchez pas ! Ne l’effleurez pas ! » La responsable des vitrines me surveille comme je me tords vers le précieux bandeau de papier. J’essaye désespérément de décrypter quelques mots, tracés d’une écriture torturée, à l’encre noire. Il faudrait une loupe, tant Donatien Alphonse François de Sade s’est appliqué à écrire en lettres minuscules son chef d’œuvre, « Les cent vingt journées de Sodome ». L’histoire de ces pages vaudrait un roman...
15:15 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
POURQUOI L’HOMME EN A UN ? (OU UNE ? OU PLUSIEURS ?)
NEWS NEWS NEWS La science de l’appareil génital masculin a connu des avancées considérables ces deux dernières décennies - jusqu'à guérir l'impuissance, cette antique fatalité. Fin novembre l’Association française d’Urologie, rejointe par de nombreux andrologues - “ de “andros”, l’homme mâle – tenait congrès à Paris, pour discuter des dernières découvertes. Beaucoup à apprendre…
Je suis sûr que vous avez déjà ressenti cette impression absurde étrangeté, vous, homme ou femme, devant un pénis en berne. Regardons le pendre. Immobile. Noueux. Quelle inertie. Vous en tirez à peine une secousse, en agissant sur des muscles périphériques. Il ressemble si peu aux autres membres, les doigts, les bras, les agiles, les compacts, les musculeux. Ceux que l’ego commande, ceux qui obéissent. Lui, on dirait une glande rapportée d'un autre animal. Une sorte de pieuvre accrochée là. Comment dire ? N'est-il pas bizarre ce sac ? À la fois animal et pétrifié. Une espèce de poulpe, légumineux. Une bestiole assez grotesque, une sorte de doigt rigide, mais caoutchouteux. Grotesque, insolite aussi, comme certaine bête manifestement équipée pour survivre en des milieux très différents du nôtre, comme la pieuvre et ses tentacules, ou l’éléphant et sa trompe. Insolite, presque inquiétante. Etrangère.
Attachée à nous pourtant. Partie intégrante. Nous constituant. Pourtant, vous aurez beau imaginer le cœur pompant le sang et l’envoyant dedans, vous ne saurez soulever cette besace comme un bras, ou en faire jaillir la liqueur, ou quelque autre prouesse de fakir. Voilà qui est singulier dans ce membre. Ce mal nommé "onzième doigt". Il fait partie du « moi », l'entité corporelle, mais il ne dépend pas de moi, le moi volontaire. Il échappe à votre décision. A l’intentionnalité. Il défie la philosophie de la conscience. La psychologie du « Je » psychomoteur et rationnel. Pourquoi ?
L'OS PERDU DE LA VERGE
Autre désavantage. Cet accessoire majeur de la sexualité, à la fois baguette de la magie amoureuse et outil de l'enfantement ont été intriqués dans l'appareillage de l’élimination et la vidange. Au final, le ou les créateurs, ou la Nature, ou l'évolution comme vous voulez, a installé les vécés dans la chambre des plaisirs, le bidet dans le lit nuptial. Est-ce un hasard, une nécessité - un fatum ?
D'autres espèces échappent-t-elles à ce désagréables destin anatomique ? Oui. Le poulpe par exemple dispose d’un tentacule sensible nommé hectocotyle, un pseudo-pénis dévolu au seul coït. Il n’urine pas par là, le poulpe. La longue histoire des mollusques l’a usiné sans mélanger les rôles, avec un pénis rien que pour le coït.
Une expérience de pensée fictive intéressante.
De comparer le pénis homo avec les arrangements sexuels des autres animaux ajoute à cette impression d'outil rafistolé avec un autre -d'ouvrage bricolé, voire bâclé. La vipère cornue tenez, ou la couleuvre d’Esculape, la majorité des serpents et ophidiens par exemple arborent deux pénis.
Deux phallus. Dont ils se servent à tour de rôle.
Une autre troublante expérience de pensée fictive.
Quant au grizzli, au morse, feu le tigre du Bengale, tous les singes, ils sont dotés d'un os pénien ou baculum.
Un os fiché dans la verge...
Parfois de belle taille et robuste, comme celui de l’ours brun, long de 12, 14 bons centimètres. Ou alors, c'est l'espèce d'allumette osseuse fichée dans le gland des grand primates. Même le chien, ce vieux compère, dispose d’un os dedans. Le petit chihuaha, le corniaud, l’énorme mastiff, tous ont un os. Presque tous les mammifères, les carnassiers surtout. La leste martre et le raton laveur aussi, équipé lui d'une armature osseuse de 8 bons centimètres, sculptée en “S”.
Pourquoi pas nous, les fils des dieux ? Pourquoi n'avons-nous pas conservé cet avantage, fort utile en cas de défaillance ?
D'innombrables mammifères présentent encore des pénis intéressants. La pique des félidés repose bien au chaud, protégée d’une sacoche de peau, dont elle sort les nerfs à vif et huilée. Celle du cheval, comme de l’âne, enveloppée d’un manchon élastique, se rétracte et se range. L’éléphant, pour trouver son chemin, déplace de droite à gauche un long manche dressé, comme un outil télescopique -il faut avoir vu ça.
Autre regrettable différence, la femelle homme a été équipée d’une enclume - forte expression de la Renaissance - capable d’embraser plusieurs orgasmes à la suite. Une sorte de feu d'artifice d'extases. Tandis que nous les mâles, avec cet engin explosif, sommes des mystiques à crises espacées. Entre chaque spasme, il nous faut patienter.
Revenir au curieux état languide. Mais pourquoi ?
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vendredi, 07 décembre 2007
AUTOSABOTAGE. COMMENT LE REUSSIR
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COMMENT D'HABITUDE, JE ME FAIS DU MAL, JE M'AUTO-SABOTE ============================================
Quelques techniques efficaces d'auto-sabotage éprouvées par l'auteur

Lecteur, si comme moi tu écoutes aux portes pour entendre dire du bien de toi, si tu allumes les désirs pour mieux les éteindre, si tu tues ton amour pour t'en guérir, si ta santé te rends malade, si tu joues au casino pour te refaire, si tu crois qu'il n'existe que des gagnants et des perdants dont toi, tu te sabotes tout seul. L'auto-sabotage utilise diverse variétes d'explosifs et bombes à mèche courte. J'en connais plusieurs, très destructeurs, et toi aussi.
Attirer les galères qui n'existent pas.
Quand tu t'agites bêtement pour chasser une guêpe, ne t'étonnes pas de te faire piquer. À force d'écouter tes peurs vertes, de croire à tes sombres pronostics, d'enfler des faux problèmes, tes solutions disproportionnées pour les éviter constituent ton problème. Je ne peux pas sortir avec cette coupe de douille ratée, pense l'adolescent sortant de chez le coiffeur, alors il rase les murs - et les filles charrient ce nigaud complexé. Ma copine ne va supporter que je rentre tard, je vois d'ici la scène, et mon air faux cul l'exaspère - et la scène arrive. Sonnez chez cette fille, lui proposer l'affaire, l'emmener au concert, l'attaquer back stage, non, non, elle va me jeter. Alors je laisse tomber. Voilà une des grandes règles de l'auto-sabotage : à fuir sans arrêt des périls non vérifiés, tu finis par les provoquer. À toujours repousser la confrontation, tu la fantasmes, et elle t'écrase. Quand tu te démènes pour ne pas te gâcher l'existence, tu commences de te la gâcher. Ton problème, c'est ta solution.

Quoiqu'en disent les athlètes du positive-thinking, le présent se tisse toujours d'impondérables, d'emmerdes, de ratés. Alors le saboteur a trouvé la parade : il te rend responsable du temps détraqué qui le dévore. C'est l'autre, c'est toi la cause première des embouteillages maudits, des lits d'hôtels qui grincent, des bronchites d'hiver, des digestions difficiles, des bas qui filent, de la droite au pouvoir, du dentiste sadique, toi le bouc émissaire définitif, toi l'autre, l'ami, l'amour, qui va payer.
Toi que le saboteur accuse de tous les aléas du présent, les redoublant de ses imprécations, finissant par les rendre insupportables pour tout le monde.
-Quelle belle journée, dites-vous au saboteur
-Ah oui, on peut savoir en quoi ?
-J'espère qu'il ne va pas pleuvoir, vous insistez
-Je dois prévoir le temps en plus.
Une Grande règle : la généralisation du détail assassin. Tu oublies d'acheter du pain le vendredi soir, le saboteur - c'est peut-être toi, c'est moi- t'accuse d'avoir gaspillé son dîner, abîmer son samedi, donc gâcher son week-end, bref de lui gâcher l'existence. Sabotage.

Casser systématiquement la bonne ambiance
Le saboteur talentueux est un rabat-joie têtu. Il n'est jamais content. Le bonheur l'inquiète. Il dit non à tout. Il peste toujours contre les mêmes histoires. Il rationalise à toute allure ses colères. Il se braque puis se drape. Il ne discute pas, il assène. Il tempête par calme plat. Il ergote. Il radote. Il critique le dernier film, le prochain disque, le menu, le chat, le jeu, la règle, le match, le café, le copain. Vous discutez son avis, il s'enrage. Vous riez, il part au galop à l'assaut d'un rien. Vous vous amusez, il prend la mouche, puis un essaim. Vous le blaguez ? Vous jetez du pétrole sur le feu.
Hier, Molière appelait le saboteur un Fâcheux. Voici Dorante, qui vous abasourdit de ses histoires de chasse. Alcandre qui ne pense qu'à venger son honneur. Philinte, lui, tonitrue contre le monde entier. Ce sont des cervelles à idées fixes. Des esprits mécaniques. Plus vous cherchez à les dérider, plus ils ressassent. Vous changez de sujet, ils retournent à la case sabotage. Un crétin, remarquez, peut être agréable à vivre. Se montrer sympathique. Un saboteur, non. Son grand secret : il s'enrage toujours quand s'installe la bonne ambiance.

Exiger la spontanéité
"Ne sois pas si timide" dit le saboteur. "Sois sincère", "Désire-moi", "Sois naturel", "Réveille-toi". Il exige la spontanéité. Voilà un autre grande principe d'auto-sabotage. Si vous n'étiez pas décidé, ou convaincu, ou joyeux, ou en forme, ou voluptueux la seconde précédente, comment le sériez-vous spontanément ?
Sois spontané, l'exigence impossible.
Le naturel, la liberté, le désir ne se commandent pas. Le saboteur le sait. Vous ayant rendu coupable de n'être pas spontané, le saboteur exige alors des excuses sincères. Elles ne le seront jamais. Si vos désirs cafouillent, si votre sincérité s'effondre, si vos cadeaux n'en sont pas, vos signez alors vos aveux : vous ne l'aimez pas.
Vous l'avez trahi. Il a réussi : tout est saboté.
-Dis-moi que tu m'aimes.
-Je t'aime.
-Tu vois, tu ne m'aimes pas, il faut toujours que je te le demande.
Exiger la spontanéité est une technique bien connue de lavage de cerveau. Elle est à l'œuvre dans la conversion religieuse sincère, extorquée par l'Inquisition sous la Question. Dans l'auto-critique politique, obtenue en empêchant de dormir à force de questions, en imposant l'autre à répéter passionnément le dogme.
La passion obtenue sous la torture n'étant jamais authentique, il faut recommencer, pour laver la tête malade.
Le sabotage continue

Chercher l'ultra-solution
L'ultra-solution se débarrasse non seulement du problème mais du reste, l'auto-saboteur l'utilise avec méthode. L'autre, l'ami, l'amour ne pense pas comme toi ? Alors penses à sa place, et tout ira mieux. Avec un saboteur qui sait mieux que vous même ce que vous préparez contre lui, vous étes sur de ne jamais avoir le dernier mot pendant la discussion éreintante qui suit. Elle se résume toujours à un "Je sais à quoi tu penses. C'est horrible, nous ne sommes jamais au diapason." Impossible de détromper un saboteur qui pratique l'ultra-solution. Il a deviné ce que vous pensez. Il connaît vos réponses à l'avance. C'est là son coup de génie. Abolissant votre pensée, il sabotera toute solution amoureuse au malaise.
-Tu n'as pas envie de sortir, je le sais. Mais moi oui !
-J'ai très envie de sortir.
-Menteur.
L'ultra-solution en médecine a un proverbe : opération réussie, patient décédé". En matière de lutte contre l'alcoolisme, elle s'appelle la prohibition - c'est à dire la distribution des produits frelatés, les mafias, la censure, l'ordre moral. Au niveau politique, elle règle définitivement la question en se débarrassant de ceux qui font question : les immigrés, les opposants, les dissidents. L'ultra-solution sabote toujours la bonne solution. Appliquée à soi, c'est la galère garantie, ce que vous préférez.
F.J
(publié dans BLAST 12, printemps 2002)
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samedi, 01 décembre 2007
JARED DIAMOND, LE GEOGRAPHE AMERICAIN VEUT COMPRENDRE : POURQUOI GERONIMO N'A-T-IL PAS INVENTE LE FUSIL ET CONQUIS L'EUROPE ?
(Jared Diamond à Bornéo)
NEWS NEWS NEWS. Pourquoi ce ne sont pas les Amérindiens qui ont inventé le fusil, la caravelle et conquis l’Europe ? Les Aborigènes qui ont dominé l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité s’est-elle développé de façon inégale d'un point de vue technique, scientifique, politique, à des rythmes si différents ? Rares sont les essais historiques qui éclairent les grandes problèmatiques d'époque, offrant une interprétation consistante les mettant en perspective. Ainsi en est-il de l'essai "De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire" du géographe et historien de l'environnement Jared Diamond. Il vient d'être publié en poche, chez Folio Gallimard.
En Juillet 1972, Jared Diamond est en mission en Nouvelle-Guinée. Un soir, il croise un homme politique nommé " Yali ", avec qui il fait un bout de chemin. M. Yali est hanté par une question : pourquoi ce sont les " Blancs ", et pas eux " les Noirs ", qui ont inventé tous ces instruments précieux, les haches en métal, les fusils, les étoffes, les médicaments, les bateaux à vapeur, ce qu’en Nouvelle-Guinée la population appelle le " cargo " ? Pourquoi les Néo-guinéens vivent-ils dans des villages de huttes, tandis que les Américains et les Européens habitent dans d’immenses villes électrifiées ? M. Yali ne comprend pas. Il lui semble pourtant être aussi intelligent que les colons qu’il fréquente, et qui le méprisent. Jared Diamond ne comprend pas non plus, même s’il pense que la civilisation forestière des Néo-Guinéens mérite le respect, et que ces hommes sont ses égaux.
À l’époque, Jared Diamond réfléchit à un vaste " Traité de l’Homme ", une histoire générale de l’espèce humaine dans ses relations à l’environnement. Il prépare le premier tome, " Le troisième chimpanzé " (Harper 1992, Gallimard 2000), consacré à l’étude comparée des comportements écologiques des grands singes hominidés et des homo sapiens - la seule espèce capable de massacrer une autre, et de ruiner son environnement. Écoutant M. Yali, il s’interroge sur les suites de l’évolution humaine, son essor vertigineux, ses disparités extrêmes - et ses effondrements rapides. D’où provient cet incroyable contraste dans le développement entre les sociétés ? Pourquoi ce ne sont pas les Indiens d’Amérique qui ont inventé le fusil et l’acier et conquis l’Europe ? Les Africains de l’Ouest qui ont colonisé le Brésil ? Les Aborigènes d’Australie qui ont dominé l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité ne s’est-elle pas développée au même rythme ?
LA GEOGRAPHIE ET L'ENVIRONNEMENT PRIMENT
Nous connaissons la réponse raciste : le bagage génétique, l’ADN de ces populations, leur génome plus primitif et leuir cerveau plus petit expliquent ces divergences dans le développement. Nous avons ensuite connu l'explication « culturaliste », toujours très en vogue, et bien développée pendant le « discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy en juillet dernier (qui a fait scandale dans la presse là-bas) : les civilisations de ces pays, plus artistes, irrationnelles, magiques n’ont pas permis qu’ils élaborent une technologie avancée, encore moins l’Etat de droit - ou inventent même la roue, comme les Mayas (ce qui est faux, certains jouets mayas ont des roues, mais les porteurs sont plus utiles sur les sentiers de montagne). Jared Diamond mettra vingt-cinq ans à répondre à la question de " Yali ". Ce sera l’essai e second tome de son " Traité de l’Homme ", " De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire ", (prix Pulitzer 1998, Gallimard 2000, aujourd'hui en Folio). S’appuyant sur une riche documentation géographique, épidémiologique, biologique et archéologique, il ruine toute explication supposant une inégalité génétique ou " raciale " au sein des populations humaines.
Ce sont la géographie et l’environnement, montre-t-il, remontant 13.000 ans d’histoire, qui ont fabriqué les énormes dissemblances dans la croissance humaine. Une civilisation agricole, sédentaire, artisanale, technicienne a pu croître au Moyen-Orient, dans le Croissant Fertile, parce que le lin et ses fibres, le blé, l’orge, les pois chiches, les lentilles qui permettent d’emmagasiner des vivres y poussaient à l’état sauvage. Cinq espèces d’animaux décisives pour l’alimentation, le transport et le trait y vivaient : les chiens, les moutons, les porcs, les bovins, le cheval - qui a tant impressionné les Incas. Comparez avec l’Australie, écrit-il, elle n’abrite aucun mammifère domesticable, et une seule plante cultivable : une noix. L’agriculture sédentaire, une civilisation urbaine ne pouvait se développer là. Une civilisation de chasseur cueilleurs oui, déployant une intense culture du rêve, pleine d’arts magiques - car les hommes partout déploient leur intelligence, leur imagination et leurs talents, même dans les déserts et les îles isolées. Allez voir l’extraordinaire exposition virtuelle que vient d’ouvrir le musée du Quai Branly pour vous en convaincre : http://www.quaibranly.fr.
Remarquez qu’à l’époque de Babylone, du « miracle grec » ou de la république romaine, l’Europe du Nord était, rappelle Jared Diamond, un « trou perdu ». On ne lui connaît aucun apport significatif à la civilisation mondiale avant les années 1000. Alors pourquoi devient-elle le coeur de l’Occident ? La géographie a voulu qu’elle soit installée sur la route de communication directe est-ouest avec le Moyen-orient, via l’Espagne et la Méditerranée. L’Europe retardataire hérite alors de la métallurgie et des artisanats romains, la navigation à voile, des techniques militaires, du droit et de la centralisation politique sans les avoir inventés. Quand le Moyen-Orient périclite, déforesté par les armées romaines, les sols usés et desséchés, l’Europe aux précipitations abondantes et aux terres grasses, tournée vers l’Atlantique et les Indes Orientales, sait mettre à profit ces avantages. Peu de régions au monde ont hérité d’une une telle chance géographique : avec cet axe Sud-Nord si enrichissant.
Hélas, nos sénateurs ont décidé d’y dresser le mois dernier plein de nouveaux barrages et obstacles – d’y instituer une sorte de barrière génétique pour empécher les regroupements familiaux.
De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire. Jared Diamond. Folio. Gallimard. Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie. Jared Diamond. Gallimard . Nrf/Essais.
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