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vendredi, 28 décembre 2007

UN ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO SUR NICOLAS SARKOZY : "QUELLE MISERE QUE CETTE JOIE DES INTERÊTS ET DES CUPIDITES"

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News News News « C’est un homme qui a cultivé au plus haut point la distinction et la discrétion » a déclaré avec aplomb Nicolas Sarkozy, commentant la disparition de l’écrivain Julien Gracq. Cela, au moment même où il rendait visite au Pape en compagnie du comique Jean-Marie Bigard (l’auteur spirituel du « Lâcher de salope » et de « Elle a chié sur ma brosse à dents »), et organisait la mise en scène publique de son idylle avec la chanteuse Carla Bruni (« Quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore »), mobilisant les médias people et les paparazzis - achevant de transformer l’histoire officielle de la Ve République en un grande telenovela pleines d’images clinquantes, où vie privée, crises sentimentales, vacances de milliardaires se mêlent aux voyages diplomatiques cadrés serrés, à la politique des petites phrases et aux promesses sociales.
Avec l’aide de l’équipe de la Revue RAVAGES (à sortir en février) avons demandé à un autre grand écrivain, Victor Hugo – lui aussi souvent loué par notre président dans ses discours touche-à-tout – ce qu’il pensait de cette dérive spectaculaire du pouvoir politique, et ce qu’elle révélait sur le fond. Peu de gens savent que Victor Hugo, depuis ses expériences médiumniques pendant son exil dans l’île de Jersey, reste très facile à contacter. Il suffit de faire tourner les tables et de l’appeler. Dès qu’il s’agit d’un sujet touchant à l’avenir de la République, il répond volontiers. Interrogé sur la politique actuelle du nouveau président, il se montre véhément *.

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ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO

Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

Victor Hugo : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?

Victor Hugo : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Et de cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

Victor Hugo : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.

Et la liberté de la presse dans tout çà ?

Victor Hugo (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

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*Toutes les réponses de Victor Hugo proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III. L’interview complète sera publiée dans la revue RAVAGES.

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