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samedi, 22 septembre 2007

NAPLES VILLE DE TRAFICS. A LA RECHERCHE DES USINES DE CASSETTES PIRATES

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NEWS NEWS NEWS. Le pape Benoît XVI a annoncé qu'il ira se recueillir le 21 octobre 2007 dans la cathédrale du martyr San Gennaro à Naples. L'évènement a été présenté par l'archevêque de la ville, le cardinal Crescenzio Sepe, comme "un signe d'espérance"pour Naples. Il a ajouté : "Le vrai danger pour cette ville est la résignation, le pessimisme, la fermeture des yeux, et laisser aller les choses comme elles vont...".

Comment vont-elles "les choses...", à Naples ? Mal. Le journaliste de la Republicca, et écrivain Giorgio Bocca, a publié l'année dernière une longue enquête sur la vieille ville italienne, "Napoli, siamo noi" (Feltrinelli, sept 2006), où il décrit dans le détail l'état de pauvreté chronique de Naples, et l'emprise de la Camorra, la mafia locale, sur la ville. "Pour le moment, écrit Bocca, la criminalité a gagné. Naples a touché le fond. Elle est arrivée à la limite au-delà de laquelle toute cohabitation est impossible. Naples a quelque chose que la plupart des villes italiennes ne connaissent pas : la plèbe, comme Alexandrie, comme Calcutta, comme Bombay où un nombre sans fin de personnes survivent plutôt que vivent. Où chaque jour des foules énormes se mettent en marche cherchant la survie sans bien savoir où la trouver. A Milan, à Turin, il y a des pauvres, mais à Naples c'est la plèbe qui est l'alliée naturelle de la délinquance (...). La Camorra a dans cette ville une fonction décisive : assurer la survie des marginaux. Les formes de complicité avec la Camorra qui s'est appropriée l'immense majorité des biens publics napolitains, sont innombrables, infinies et surtout inconscientes."

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Parlant du "laisser aller" que regrette tant le Cardinal Sepe, Giorgio Bocca montre que la vieille capitale du royaume des Deux-Siciles ne possède plus aucun service public digne de ce nom. Les ordures jonchent les rues des jours entiers, les transports en commun fonctionnent quand ils peuvent, régulièrement rançonnés par des bandes de gamins, les gens les plus démunis, estimés à plusieurs dizaines de milliers, ne reçoivent presque aucune allocation. Dans les quartiers, c'est souvent la Camorra qui maintient un semblant d'ordre, contrôlant tous les quartiers pauvres de la ville, louant les garnis, pratiquant l'usure, dirigeant la contrebande, le trafic de drogue, de faux accessoires de mode, de cassetes audio et video, de CD et de DVD, de viande clandestine. Elle tient aussi les marchés publics et le monopole de la production de béton, donc de la construction.  Elle règne par la peur, la soumission, le chantage, l'assassinat. Elle n'a jamais été aussi implantée dans les quartiers populaires abandonnés, que la Camorra corrompt, finance et domine, à la fois admirée et détestée.

Vingt ans auparavant, Naples ressemblait dèjà à celle d'aujourd'hui, comme en témoigne ce reportage publié dans Actuel en avril 1983. Avec le photographe Daniel Lainé, nous avions tenté de remonter une filière de cassetes pirates - et l'enquête s'était terminée chez un capo de la Camorra plutôt sympathique...

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dimanche, 09 septembre 2007

JEAN FRANCOIS BIZOT VIENT DE DISPARAITRE. ADIEU L'AMI

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Jean Francois Bizot ( à droite) et Fredéric Joignot

en avril 2005 (Photo Patrice F. Praxo)

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NEWS NEWS NEWS NEWS Nous venons d'apprendre la disparition de Jean François BIZOT, l'ancien directeur d'Actuel et de Radio Nova, qui fut un ami. Toute disparition est toujours un scandale - toujours insupportable.

Voici un "Portrait d'ami" écrit en avril 2005 pour le magazine MEDIA, alors que NOVA magazine, le "city magazine" lancé par l'équipe d'Actuel en 1995 s'arrêtait, et que Jean François BIZOT fourmillait de nouveaux projets.

BIBLIOGRAPHIE BIZOT

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vendredi, 07 septembre 2007

AMARTYA SEN, PRIX NOBEL D'ECONOMIE. "JE EST PLUSIEURS"

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 NEWS NEWS NEWS L'économiste et prix Nobel Amartya Sen publie chez Odile Odile Jacob un livre à mettre dans toutes les mains décrivant les dangers de "miniaturisation de l'esprit", de rétrécissement personnel et de propension à  la violence qui accompagnent toute conception restreinte, unique, soustractive  de son identité

(article paru dans Philosophie magazine /oct 2007)
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« La plupart des gens sont quelqu’un d’autre ». Le paradoxe est d’Oscar Wilde. Il dévoile combien notre identité dépend pour beaucoup de l’opinion, du prêt-à-penser. Nous croyons réfléchir par nous-même, forger nos propres idées, mais non, bien souvent d’autres le font à travers nous. « Leurs pensées (à ces gens), continue un Oscar Wilde moqueur, sont celles de quelqu’un d’autre, leur vie est une imitation, leurs passions une citation. » Au-delà de la critique classique du poids de la doxa, des modes, des médias, des maîtres-penseurs ou de la « pensée unique » sur les esprits, la boutade d’Oscar Wilde remet en cause la notion même d’identité. Que signifie en effet être « quelqu’un » de bien identifié ? Comment définir l’identité, le « un » ?
Notre personnalité est-elle réductible à une unité identitaire ? Un moi imperturbable et se sachant tel ? Une personnalité possédant des caractéristiques inamovibles ? Mais lesquelles ? Celles d’être « Français » ? « catholique » ? de « droite » ? « colérique » ? D’ailleurs, sommes-nous même « identique à nous-même » tout le temps ? 

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dimanche, 02 septembre 2007

L'APPÂT DU DON

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News News News. Quelques bonnes nouvelles de cet été. Le concert "Earth First" de juillet, organisé par la fondation du démocrate Al Gore, relayé tout autour de la planète pour sensibiliser l'opinion sur les dangers du réchauffement et des pollutions globales, a été suivi par deux milliards de personnes...  Une étude a révélé l’essor du commerce équitable : 5% des consommateurs suivent les produits labélisés... Martin Hirsch, ancien directeur de l’association Emmaüs, aujourd’hui « haut commissaire » pour lutter contre la pauvreté, défend au gouvernement l’idée d’un « revenu de solidarité active »... Le fonds de pension néerlandais PGGM (85 milliards d’euros d’encours) veut requalifier ses investissements socialement responsables (ISR) et environnementaux... Quant à Bill Clinton, l'ancien président démocrate américain, il publie un ouvrage consacré à la philanthropie, qui s'appelle tout simplement "Giving" - en français : "Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde" (Odile Jacob, sept 2007).
L’appât du gain ne l’emporte pas toujours sur l'appât du don – plusieurs essais récents viennent nous expliquer pourquoi - sans oublier les fameux "cahiers du MAUSS" ( Mouvement anti-utiltariste en sciences sociales, La Découverte), qui travaillent sur l'économie du don depuis 2O ans (publié dans Philosophie Magazine, septembre 2007) 

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                             ... L'appât du gain, nous le connaissons tous ...

 ... Et, comme l’a montré Adam Smith, c’est heureux. Le bonheur du plus grand nombre passe par là, gagner sa vie, de quoi bien vivre, et mieux encore. Pour l'économiste et philosophe fondateur du libéralisme - à l'époque, une réflexion révolutionnaire -  la satisfaction des désirs et des préférences égoïtes de chacun permet, quand la société lui  permet de poursuivre ses fins, de construire une économie viable, dynamique, créatrice, fondée sur l'initiative individuelle - l'élement de base de tout activité, de tout commerce.  Mais aussi de tout contrat social, en  imposant à tous de tenir compte de l'intérêt borné de chacun. L’appât du gain apparaît comme le noyau dur d’une conception réaliste, donc rationnelle, minimum, neutre - sans jugement moral et sans ajout idéal - de l’humain. Nous la connaissons tous, cette conception hyper-réaliste : l’homme n’est pas bon, pas altruiste, c’est un buté intéressé qui avance vers ses buts privés. Il cherche une réponse utile, concrète à ses besoins, ses envies, ses projets, ses rêves, pour lui-même et sa famille. Il faut partir de cet "utilitarisme" pour vivre ensemble, exaucer « l’homme commun », nous tous les égoistes - ou alors les idéalistes et les prètres voudront nous imposer la dictature du bien pour tous, au nom d'un homme rénové, ou rêvé, ou encore de grandes utopies collectives et de visées idéales.

Et alors ce sera le le totalitarisme théocratique, les "charia" de toutes sortes, ou encore le communisme, la dictature de l'Etat.

Question immédiate : n’y a-t-il pas là un terrible rétrécissement dans notre conception de l’humain, à ne vouloir le considérer que comme un être avide de satisfaire son intérêt individuel buté, et construire nos sociétés sur ce postulat ? Non, répondent les utilitaristes, sur quelle autre valeur sûre s’appuyer sans se montrer naïf, voire irresponsable, sur l’humaine condition ?

LES ANTI-UTILITARISTES

Sur l’appât du don, répondent les anti-utilitaristes, qui veulent réformer le libéralisme et élargir notre vision de l’homme. Car l’appât du don est tout aussi constitutif de l’humain que son appât du gain. Sans l’acte libre de donner à l’autre, que ce soit du plaisir, des fêtes, des cadeaux, du temps, des surprises, de la joie, de la vitalité, de l’amour, des richesses, et cela sans partage, sans rien attendre en retour, sans cette vérité, cet élan, cet emportement, cette exubérance, cet excés, ces dépenses, cette flambe, cette consumation, ces folies, cette spontanéité du don - sans son émotion, sa gratuité, sa perte, sa reconnaissance de l'autre, nous perdons notre humanité; et le fondement de toute signification,  toute "raison de vivre".
Nous éprouvons tous l’appât du don. Dans l’amour physique, la jouissance, l'eros pour commencer... Faire jouir, enchanter l’autre, l’adorer sans rien attendre en retour, être révélé par ses émotions, lui donner comme se donner à lui, sans ce débordement, cet enthousiasme, l’érotisme ne s’accomplit pas... l'amour n'épanche pas. Si l’utilitariste a raison, si l’homme n’est qu’égoïsme et intérêt, alors la prostitution règnerait, l'amour se tarirait, le désir serait toujours du pur calcul, le don du plaisir s'alignerait sur le donnant-donnant - la sexualité n’existerait que toute vénale. Or c'est faux, les amants continuent de se donner librement du plaisir, d’échanger des serments, la jouissance et le reste, partout, avec ferveur, en tremblant, tout autour de la terre, pressés de "se donner" à jouir, à vivre, à éprouver, à recevoir - et cela malgré le sida, les mst, et les austères principes des fondamentalistes. Car à donner sans rien attendre, nous recevons, à apporter la joie, elle revient, et l’érotisme se déploie - et l’humain.
C’est là l’universalité du don : il s’accompagne toujours d’un contre-don, un retour, un échange pas prévu, un excès, de la folie, qui nous enrichit, nous révèle, nous incite à donner plus, à ne pas demeurer en reste, à imaginer de nouveaux jeux, de nouveaux dons  - cela dans toutes les civilisations, comme l’ont montré les anthropologues Marcel Mauss, puis Alain Caillé et les Cahiers du MAUSS, mais aussi Georges Bataille quand il étudie "la part maudite de l'humain". L’homme n’a jamais été qu’un "homo faber", un homme qui fabrique, mais aussi un "homo ludens", un homme qui joue.

 
ACTUALITE DU DON

Il suffit de considérer l’actualité de l’été, pour voir l’appât du don à l’œuvre. Le tribunal correctionnel de Paris est allé au-delà des réquisitions du parquet pour condamner l’adjointe UMP du VIIIe arrondissement de Paris, accusée d’avoir détourné avec son mari les fonds de l’association d’aide à l’enfance qu’elle dirigeait. Pourquoi cette sévérité ? Le vol des dons destinés aux enfants choque. Pourquoi ? En famille, nous leur donnons sans compter souvent, à nos enfants. Nous n’attendons rien d’eux au fond, espérant qu’ils réussissent leur vie : c’est la répartie des enfants. Voilà un large domaine où l’appât du don se déploie : donner à ses enfants, à sa famille, ne pas compter pour l’éducation, leur bien-être, faire des dépenses à perte, sans retenue, sans regret. Remarquez que cet appât du don se déploie encore pour ses parents, quand nous vieillissons et qu'ils tombent malades, mais aussi pour certains "amis de coeur", ou des proches, qui accompagnent nos vie - les familles sont aussi amicales, intellectuelles, voire étendues à des associations, des communautés réunies autour d'une cause, d'une passion. Nous partageons avec ceux-là des cadeaux (dont nous retirons le prix), des symboles, des idées, des activités plaisantes, essentielles, nous faisons circuler du bien, des rires, plus que des biens – et, plus jeunes, des joints pour « la fête », chez 4 millions de Français d’après la dernière étude de l’Observatoire des drogues (12/07/07). 

LE CONSOMMATEUR ROI ET LA SOCIETE CIVILE

Autre actualité d’été. L’essor du commerce équitable, qui assure un revenu stable et le développement durable aux producteurs fragiles du Sud. 5% de consommateurs n’hésitent plus à payer un peu plus cher ces produits (souvent labellisés « bio »). « Dans ce système de micro-dons, tout le monde y gagne » écrit Le Monde (10/07/07). Y gagne quoi ? D’aider des producteurs démunis par des gestes simples. De manifester un lien avec eux par un acte symbolique, quelques centimes d’euro – car le don et le symbole se confondent souvent. Ce faisant, le consommateur roi découvre l’appât du don. S’il voulait, il pourrait influencer le cours du monde, se transformer en une « société civile » porteuse des valeurs du don, n’acheter que des biens produits dans des conditions qui ralentissent le réchauffement et respectent les travailleurs.
Car l’appât du don travaille aussi, de plus en plus, le consommateurs citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Au début de l’été, selon Boursorama, le fonds de pension néerlandais PGGM (85 milliards d’euros d’encours) recrutait des observateurs « éthiques » pour requalifier leurs investissements socialement responsables (ISR) et environnementaux. Le rapide virage éthique et écologique des fonds de pension, jusque-là dévolus au rendement immédiat, témoigne encore de l’appât du don là où on ne l’attendait plus. Quant à l'ancien président démocrate américain, Bill Clinton, il publie ce mardi 4 septembre, "Donner : comment chacun de nous peut changer le monde" (Odile Jacob) une enquête autour du monde cosacré à toutes les formes de bénévolat, de philanthropie et de don. Rappelons que Bill Clinton s'occupe depuis la fin de son mandat d'une fondation destinée à lutter contre le sida. "C'est mon tour de servir le peuple en qualité de simple citoyen, écrit-il (...) Je découvre que la dimension humaine constitue la plus gratifiante des récompenses".

Bill cliton n'est la seul ancien learder démocrate à s'engager dans des luttes associées au don et à la solidarité. Au début de l'été, deux milliards de personnes suivaient le concert « Earth First »,organisé par la fondation Al Gore, le vice-président en exercice sous Bill cliotn. Les innombrables spectateurs de Eath First ont-ils compris que l’égoïsme à court terme ne définissait pas tout l’homme ? Que nous vivons sur une Terre, un éco-système global qui nous a beaucoup donné pendant des millénaires, et risque de s’épuiser … si nous ne lui offrons aucun contre-don ?

« Le don est à l’image du soleil » écrivait Georges Bataille.

Anthropologie du don. Alain Caillé. La Découverte Poche. 11 €. Ce qui circule entre nous. Jacques Godbout. Seuil. 23 €. Pour une réforme du capitalisme. Roger Godino. La Découverte. 15 e. Les CAHIERS DU MAUSS, tous passionnants, sont publiés aux Editions La Découverte.

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