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lundi, 13 août 2007

A QUOI PENSENT LES ANIMAUX ?

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(Photos de Jill Greenberg. Monkey Portraits) 

NEWS NEWS NEWS Qui écrira leur requiem ? Après l'ours blanc, menacé par la rapide fonte des pôles, des animaux aussi splendides et mythologiques que l'hippopotame, le tigre, plusieurs gazelles du désert, ainsi que quantité de poissons d'eau douce et de mer, de mammifères marins, d'insectes pollinisateurs, et d'oiseaux chanteurs ont rejoint ces derniers mois la liste des espèces en péril. Effrayant chiffrage, selon le dernier rapport de l'Union mondiale pour la nature (UICN), 16.119 espèces se trouvent menacées d'extinction : soit...

-1 mammifère sur 4

-1 volatile sur 8

-1 amphibien sur 3.

Au-delà de la disparition tragique et scandaleuse de ces animaux, qui furent pendant des millénaires autant des compagnons, des voisins, des inspirateurs, sinon des dieux, n'oublions pas que nous sommes beaucoup plus proches d'eux que l'imaginent beaucoup d'humains - la prochaine espèce menacée ?

N'oublions pas que de très nombreux animaux pensent - sans parole, certes. Sont conscients. Souffrent. Comme nous-autres les bêtes humaines.

En regard de ces sombres constats, voici une enquête sur la "conscience animale" appuyée sur les travaux récents de l'éthologie cognitive et de la biologie animale (parue dans le Monde 2 /10 août 07).

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ECOUTONS CHARLES DARWIN POUR COMMENCER... 

                 ...« Il suffit de voir des chiots en train de jouer, écrit Charles Darwin en août 1838 dans ses carnets, pour ne pas douter qu’ils possèdent le libre-arbitre, comme c’est aussi le cas pour tous les animaux, l’huître comme le polype ». Cette célèbre tirade n'est pas qu'une provocation ... à la reflexion sur la prétendue "machine", dénouée de toute inventivité, que serait un animal. Elle nous rappelle que si Darwin a étudié toute sa vie la morphologie et l'évolution des animaux, il s'est aussi penché-, et longuement, sur leur intelligence, leur capacité d’apprendre et leurs états subjectifs. Dans son étude fameuse sur « L’expression des émotions chez l’homme et les animaux », il décrit en détail les origines animales des comportements affectifs et même des croyances des humains. Selon Freud, Darwin « réduit à rien (dans cet essai) les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création ». Le père de la théorie de l'évolution y montre combien la manière même d’exprimer nos émotions et nos pensées à travers nos gestes, les crispations de notre visage, nos comportements de fuite et d'attirance, nos parades comme nos relations avec les autres proviennent des animaux. Qu'autrement dit, nos affects, nos émotions, nos sentiments, nos comportements de peur, de souffrance, de rage proviennent du monde animal - de l'animal en nous. Et pas seulement nos émotions, nos croyances, c'est à dire nos "pensées".

Ainsi Darwin pensait que son chien croyait en des esprits. Pour le montrer, il s’écriait par exemple devant l’animal «Qui vient là ? », alors que personne n’approchait. Aussitôt le chien se mettait à chasser partout l’intrus invisible. Une autre fois, Darwin fit remarquer que son chien grondait à chaque fois que le vent secouait les parasols. Il en conclut que l’animal pensait en « animiste » - il imaginait que des puissances secrétes agissaient sur son territoire. Il ajoutait qu’un animal est capable d’adorer un dieu en observant combien un chien adore son maître, et cherche à lui communiquer ses sentiments et sa passion : «L’homme lui-même, ne peut exprimer la tendresse et l’humilité par des signes extérieurs aussi parfaitement que le chien lorsqu’il vient au-devant de son maître bien-aimé, les oreilles pendantes, les lèvres pendantes, le corps ondulant et en remuant la queue».
Pour Darwin l'éthologue et le biologiste, il existe une « continuité » physiologique entre l’animal et l’homme, mais aussi intellectuelle, émotionnelle, et même « morale ». En 1871, il écrit : «La différence d’intelligence entre hommes et animaux les plus évolués, aussi grande soit-elle, est une différence de degré et non de nature.» L’expression des affects, les capacités à tromper autrui, raisonner, communiquer - à penser sans parole -  jusqu’aux « croyances » commencent avant nous, au cœur du vivant, chez « les animaux nos frères » comme disait Saint François d’Assise qui parlait aux oiseaux.

L'ETUDE DU "MIND", "L'ESPRIT" 

Depuis vingt ans, nombre de recherches développées par la psychologie comparée et l’éthologie dite « cognitive » (l’étude du fonctionnement de l’esprit, des états mentaux, des niveaux d’intention, ce qu’on appelle le mind), ont considérablement enrichi les travaux de Charles Darwin sur l’origine animale des émotions, de l’intelligence, mais aussi « la conscience ». Sur les conseils de Martin Giurfa,  directeur du Centre de recherche pour la cognition animale (CNRS Toulouse), et de Dominique Lestel, philosophe et éthologue, auteur du classique « Les origines animales de la culture » (Champs Flammarion, 2001), nous avons revisité les travaux importants. Les premiers ont été ceux de l’éthologue Donald Griffin et du biologiste animal Derek Danton - auteur de « L’émergence de la conscience de l’animal à l’homme » (Champs, Flammarion, 1995)- qui ont tous deux mené et recueilli pendant des années des études passionnantes sur les états mentaux et cognitifs – les « pensées » - de nombreux animaux.

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