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dimanche, 02 septembre 2007
L'APPÂT DU DON
News News News. Quelques bonnes nouvelles de cet été. Le concert "Earth First" de juillet, organisé par la fondation du démocrate Al Gore, relayé tout autour de la planète pour sensibiliser l'opinion sur les dangers du réchauffement et des pollutions globales, a été suivi par deux milliards de personnes... Une étude a révélé l’essor du commerce équitable : 5% des consommateurs suivent les produits labélisés... Martin Hirsch, ancien directeur de l’association Emmaüs, aujourd’hui « haut commissaire » pour lutter contre la pauvreté, défend au gouvernement l’idée d’un « revenu de solidarité active »... Le fonds de pension néerlandais PGGM (85 milliards d’euros d’encours) veut requalifier ses investissements socialement responsables (ISR) et environnementaux... Quant à Bill Clinton, l'ancien président démocrate américain, il publie un ouvrage consacré à la philanthropie, qui s'appelle tout simplement "Giving" - en français : "Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde" (Odile Jacob, sept 2007).
L’appât du gain ne l’emporte pas toujours sur l'appât du don – plusieurs essais récents viennent nous expliquer pourquoi - sans oublier les fameux "cahiers du MAUSS" ( Mouvement anti-utiltariste en sciences sociales, La Découverte), qui travaillent sur l'économie du don depuis 2O ans (publié dans Philosophie Magazine, septembre 2007)
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... L'appât du gain, nous le connaissons tous ...
... Et, comme l’a montré Adam Smith, c’est heureux. Le bonheur du plus grand nombre passe par là, gagner sa vie, de quoi bien vivre, et mieux encore. Pour l'économiste et philosophe fondateur du libéralisme - à l'époque, une réflexion révolutionnaire - la satisfaction des désirs et des préférences égoïtes de chacun permet, quand la société lui permet de poursuivre ses fins, de construire une économie viable, dynamique, créatrice, fondée sur l'initiative individuelle - l'élement de base de tout activité, de tout commerce. Mais aussi de tout contrat social, en imposant à tous de tenir compte de l'intérêt borné de chacun. L’appât du gain apparaît comme le noyau dur d’une conception réaliste, donc rationnelle, minimum, neutre - sans jugement moral et sans ajout idéal - de l’humain. Nous la connaissons tous, cette conception hyper-réaliste : l’homme n’est pas bon, pas altruiste, c’est un buté intéressé qui avance vers ses buts privés. Il cherche une réponse utile, concrète à ses besoins, ses envies, ses projets, ses rêves, pour lui-même et sa famille. Il faut partir de cet "utilitarisme" pour vivre ensemble, exaucer « l’homme commun », nous tous les égoistes - ou alors les idéalistes et les prètres voudront nous imposer la dictature du bien pour tous, au nom d'un homme rénové, ou rêvé, ou encore de grandes utopies collectives et de visées idéales.
Et alors ce sera le le totalitarisme théocratique, les "charia" de toutes sortes, ou encore le communisme, la dictature de l'Etat.
Question immédiate : n’y a-t-il pas là un terrible rétrécissement dans notre conception de l’humain, à ne vouloir le considérer que comme un être avide de satisfaire son intérêt individuel buté, et construire nos sociétés sur ce postulat ? Non, répondent les utilitaristes, sur quelle autre valeur sûre s’appuyer sans se montrer naïf, voire irresponsable, sur l’humaine condition ?
LES ANTI-UTILITARISTESSur l’appât du don, répondent les anti-utilitaristes, qui veulent réformer le libéralisme et élargir notre vision de l’homme. Car l’appât du don est tout aussi constitutif de l’humain que son appât du gain. Sans l’acte libre de donner à l’autre, que ce soit du plaisir, des fêtes, des cadeaux, du temps, des surprises, de la joie, de la vitalité, de l’amour, des richesses, et cela sans partage, sans rien attendre en retour, sans cette vérité, cet élan, cet emportement, cette exubérance, cet excés, ces dépenses, cette flambe, cette consumation, ces folies, cette spontanéité du don - sans son émotion, sa gratuité, sa perte, sa reconnaissance de l'autre, nous perdons notre humanité; et le fondement de toute signification, toute "raison de vivre".
Nous éprouvons tous l’appât du don. Dans l’amour physique, la jouissance, l'eros pour commencer... Faire jouir, enchanter l’autre, l’adorer sans rien attendre en retour, être révélé par ses émotions, lui donner comme se donner à lui, sans ce débordement, cet enthousiasme, l’érotisme ne s’accomplit pas... l'amour n'épanche pas. Si l’utilitariste a raison, si l’homme n’est qu’égoïsme et intérêt, alors la prostitution règnerait, l'amour se tarirait, le désir serait toujours du pur calcul, le don du plaisir s'alignerait sur le donnant-donnant - la sexualité n’existerait que toute vénale. Or c'est faux, les amants continuent de se donner librement du plaisir, d’échanger des serments, la jouissance et le reste, partout, avec ferveur, en tremblant, tout autour de la terre, pressés de "se donner" à jouir, à vivre, à éprouver, à recevoir - et cela malgré le sida, les mst, et les austères principes des fondamentalistes. Car à donner sans rien attendre, nous recevons, à apporter la joie, elle revient, et l’érotisme se déploie - et l’humain.
C’est là l’universalité du don : il s’accompagne toujours d’un contre-don, un retour, un échange pas prévu, un excès, de la folie, qui nous enrichit, nous révèle, nous incite à donner plus, à ne pas demeurer en reste, à imaginer de nouveaux jeux, de nouveaux dons - cela dans toutes les civilisations, comme l’ont montré les anthropologues Marcel Mauss, puis Alain Caillé et les Cahiers du MAUSS, mais aussi Georges Bataille quand il étudie "la part maudite de l'humain". L’homme n’a jamais été qu’un "homo faber", un homme qui fabrique, mais aussi un "homo ludens", un homme qui joue.
Il suffit de considérer l’actualité de l’été, pour voir l’appât du don à l’œuvre. Le tribunal correctionnel de Paris est allé au-delà des réquisitions du parquet pour condamner l’adjointe UMP du VIIIe arrondissement de Paris, accusée d’avoir détourné avec son mari les fonds de l’association d’aide à l’enfance qu’elle dirigeait. Pourquoi cette sévérité ? Le vol des dons destinés aux enfants choque. Pourquoi ? En famille, nous leur donnons sans compter souvent, à nos enfants. Nous n’attendons rien d’eux au fond, espérant qu’ils réussissent leur vie : c’est la répartie des enfants. Voilà un large domaine où l’appât du don se déploie : donner à ses enfants, à sa famille, ne pas compter pour l’éducation, leur bien-être, faire des dépenses à perte, sans retenue, sans regret. Remarquez que cet appât du don se déploie encore pour ses parents, quand nous vieillissons et qu'ils tombent malades, mais aussi pour certains "amis de coeur", ou des proches, qui accompagnent nos vie - les familles sont aussi amicales, intellectuelles, voire étendues à des associations, des communautés réunies autour d'une cause, d'une passion. Nous partageons avec ceux-là des cadeaux (dont nous retirons le prix), des symboles, des idées, des activités plaisantes, essentielles, nous faisons circuler du bien, des rires, plus que des biens – et, plus jeunes, des joints pour « la fête », chez 4 millions de Français d’après la dernière étude de l’Observatoire des drogues (12/07/07).
LE CONSOMMATEUR ROI ET LA SOCIETE CIVILEAutre actualité d’été. L’essor du commerce équitable, qui assure un revenu stable et le développement durable aux producteurs fragiles du Sud. 5% de consommateurs n’hésitent plus à payer un peu plus cher ces produits (souvent labellisés « bio »). « Dans ce système de micro-dons, tout le monde y gagne » écrit Le Monde (10/07/07). Y gagne quoi ? D’aider des producteurs démunis par des gestes simples. De manifester un lien avec eux par un acte symbolique, quelques centimes d’euro – car le don et le symbole se confondent souvent. Ce faisant, le consommateur roi découvre l’appât du don. S’il voulait, il pourrait influencer le cours du monde, se transformer en une « société civile » porteuse des valeurs du don, n’acheter que des biens produits dans des conditions qui ralentissent le réchauffement et respectent les travailleurs.
Car l’appât du don travaille aussi, de plus en plus, le consommateurs citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Au début de l’été, selon Boursorama, le fonds de pension néerlandais PGGM (85 milliards d’euros d’encours) recrutait des observateurs « éthiques » pour requalifier leurs investissements socialement responsables (ISR) et environnementaux. Le rapide virage éthique et écologique des fonds de pension, jusque-là dévolus au rendement immédiat, témoigne encore de l’appât du don là où on ne l’attendait plus. Quant à l'ancien président démocrate américain, Bill Clinton, il publie ce mardi 4 septembre, "Donner : comment chacun de nous peut changer le monde" (Odile Jacob) une enquête autour du monde cosacré à toutes les formes de bénévolat, de philanthropie et de don. Rappelons que Bill Clinton s'occupe depuis la fin de son mandat d'une fondation destinée à lutter contre le sida. "C'est mon tour de servir le peuple en qualité de simple citoyen, écrit-il (...) Je découvre que la dimension humaine constitue la plus gratifiante des récompenses".
Bill cliton n'est la seul ancien learder démocrate à s'engager dans des luttes associées au don et à la solidarité. Au début de l'été, deux milliards de personnes suivaient le concert « Earth First »,organisé par la fondation Al Gore, le vice-président en exercice sous Bill cliotn. Les innombrables spectateurs de Eath First ont-ils compris que l’égoïsme à court terme ne définissait pas tout l’homme ? Que nous vivons sur une Terre, un éco-système global qui nous a beaucoup donné pendant des millénaires, et risque de s’épuiser … si nous ne lui offrons aucun contre-don ?
« Le don est à l’image du soleil » écrivait Georges Bataille.
Anthropologie du don. Alain Caillé. La Découverte Poche. 11 €. Ce qui circule entre nous. Jacques Godbout. Seuil. 23 €. Pour une réforme du capitalisme. Roger Godino. La Découverte. 15 e. Les CAHIERS DU MAUSS, tous passionnants, sont publiés aux Editions La Découverte.
19:30 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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Ecrit par : anne barret | lundi, 10 septembre 2007




