jeudi, 22 novembre 2007

JACQUES CHIRAC BOUILLONNANT MAIRE DE PARIS. SOUVENIRS

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NEWS NEWS NEWS L'évènement est sans précédent dans l'histoire de la Ve République : Jacques Chirac, ancien president, dont l'immunité est tombée avec la fin de son mandat présidentiel, a été entendu en juillet dernier dans le cadres des affaires du financement occulte du RPR – son ancien parti - et des emplois fictifs de la Mairie de Paris dans les années 1980. Il a été mis en examen ce mercredi 21 novembre pour détournement de fonds publics dans une affaire datant de la période où il était maire de Paris (1977-1995). Sur l'affaire du financement occulte, l'opinion publique semble s’en désintéresser, d’autant plus qu’un homme a déjà été condamné pour tous les autres, l’ancien premier ministre Alain Juppé. Quant à Jacques Chirac, il a publié une tribune dans Le Monde courant juillet où il rappelle qu’à l’époque incriminée, il fallait bien se débrouiller, en l’absence de règle claire, pour financer les partis politiques – fut-ce de façon occulte, illégale.
La justice entendra-t-elle ces arguments ? Sans doute. Quant aux emplois fictifs, peut-on les justifier pour les mêmes raisons ? Difficile à défendre. Il rappelle l'époque opaque où le RPR tenait la Marie de Paris, plaçait partout ses hommes. Quoiqu’il arrive, il reste qu’un ancien president de la République a été convoqué par les juges. C’est une avancée de la démocratie française : aucun citoyen n’est plus au dessus des lois.

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Sur cette époque où Jacques Chirac régnait sur Paris, et préparait la lente reconquête du pouvoir par la droite, voici un reportage publié fin 1983 dans le magazine Actuel sur la vigoureuse manière dont le futur president de la république a voulu faire de la capitale une “ville propre”, piétonne, bourgeoise, rénovée, quadrillée par une armada de "motos-crottes", "vespachiennes", arroseuse-balayeuses et "commandos" de la propreté. Une ville bourgeoise et lessivée, qui doit ressembler aux grandes cités aseptisées du Nord, de Genève à Munich, où la Rue a disparu.

BIBLIOGRAPHIE PARIS

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REPORTAGE

A LA "DIRECTION DE LA PROPRETé" DE LA MAIRIE DE PARIS...

..."J'ai un problème épouvantable" m'annonce d'une voix catastrophée Monsieur Ozanne le patron de la Direction de la Propreté de la mairie de Paris . Nous sommes en septembre 1983.
- Que se passe-t-il ?
- Les fast-foods! Ils vendent les hamburgers dans des emballages jetables... Les Champs-Elysées, les Halles sont jonchés de papiers gras...
-Mais ils sont balayés tous les matins... je le rassure.
-Dès midi, il y en a partout !

Vous n'imaginez pas la terrible responsabilité qui pèse sur les épaules de ce petit homme à l'oeuf dégarni. C'est lui qui est chargé de mettre en oeuvre toutes les campagnes "Paris Ville propre" lancée par Jacques Chirac et la mairie de Paris depuis 1977. De les appliquer avez zèle. Sinon, son seigneur et maire, qui veut détrôner François Mitterrand en 1988, passerait pour un dillétante.
En cinq ans, Monsieur Ozanne a fait de la Direction de la Propreté une des plus grosses entreprises de la Mairie de Paris. Il traite chaque année un million de tonnes d'ordures. Il doit mener à bien chaque jour l'astiquage d'innombrables mètres carrés de trottoirs et de chaussées, il commande à cinq mille éboueurs difficiles à manier, affiliés à la CGT. Il surveille aussi bien la chute des feuilles en automne, le verglas en hiver que le recyclage des ordures. C'est un des grands patrons de la Ville de Paris. Un homme de confiance de Jacques Chirac.


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GUERRE A LA CROTTE

"Pourquoi tout ce tapage, cette terrible guerre à la crotte? ai-je demandé. Pour plaire aux personnes âgées qui votent Chirac?
-Pas du tout ! Tous nos sondages le confirment. Pour les Parisiens, la propreté commence par le décrottage des quartiers.
-Mais c'était si ... merdeux ?
-Dans certains quartiers, c'était épouvantable."
"Epouvantable" est le mot-clé de Monsieur Ozanne. Pour lui, les trottoires devant les magasins Tati couverts de sacs plastiques sont épouvantables. Le quartier du Sentier, coeur du prêt-porter, jonché de caisses, est épouvantable. La Goutte d'Or et ses papiers de sandwichs au chawarma, aussi. Comme les alentours du Palace, où les noctambules piquent niquent. Alors pour briquer Paris, Monsieur Ozanne n'a pas lésiné. Il a commencé par moderniser la quasi-totalité du matériel de nettoyage. Aujourd'hui il commande à sept-cent bennes vert-chou et quatre cents engins de nettoiement. La moitié d'entre eux ont une fonction précise: "l'aspire-feuille" avale les horribles feuilles qui se dégradent trop vite, et se retrouvent coincées dans les grilles des arbres. La "cynonette" racle les recoins difficiles des trottoirs: les angles profonds, les pourtours des lampadaires. Le "décolleur" permet de détâcher des affiches illégales: cinquante mille mètres carrés d'affichages sauvage ont ainsi été lessivés en 1981. Il s'agit d'astiquer la ville dans le détail. De ne rien laisser traîner, pas un crottin, une feuille morte, une affiche pas prèvue, un graffiti, ni un dégoûtant papier gras. Paris doit ressembler à une ville suisse. Paris doit être propre comme un intérieur. Monsieur Ozanne vient de mettre en action les "Commandos de la Propreté" qui interviennent à toute heure, pour nettoyer les zones salies accidententellement par le passage d'une manifestation ou un arrivage de touristes négligents.
Dès qu'il s'échauffe un peu, Monsieur Ozanne développe une philosophie urbaine inspirée par les villes nordiques - qui en remontent au crasseuses villes du Sud. Que dit-il ? Paris est plus propre que New York, Rome ou Londres, et il en est fier. Mais qu'elle est sale et jonchée comparée aux villes suisses ou allemandes. Genève, à côté de Paris, ressemble à un diamant étincelant : trottoirs luisants, rues sans aucun détritus, sans oublier les policiers qui verbalisent le moindre papier gras. Ah ! Genève ! La ville modèle de la Direction de la Propreté

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LE STYLE SUISSE

A l'entendre, un fantasme maniaque hante l'esprit de Monsieur Ozanne, que j'appellerais le syndrome du Hall d'Aéroport. A Orly, à Roissy, explique-t-il, les balayeurs n'arrêtent jamais d'intervenir. Sinon, en moins d'une heure, voilà le dallage recouvert de mégots, de paquets de chewing-gum, de cartons. "Epouvantable !" Hélas, soupire le directeur, on ne peut balayer Paris en permanence. Mais ce serait la solution rêvée. Paris astiqué comme un grand mall. Une Piétonne Universelle. Un immense grand magasin. Un linéaire tapissé de publicité qui s’étendrait des couloirs du forum marchands des Halles aux rayonnages des boutiques souterraines, des agoras marchandes parisiennes aux galeries des supermarchés - puis, de proche en proche, de stations de métro pleines de boutiques aux shopping centers des gares, de rues aseptisées, étroitement surveillées en marchés couverts, on ne quitterait plus la Grande Ville Propre. Ce serait l'intérieur généralisé, le Grand Dedans, le Couloir omniprésent.
En cinq ans de pouvoir absolu sur Paris, Jacques Chirac et la direction de la propreté ont eu le temps de laisser leurs griffes et d'imposer cette volonté quasi obsessionnelle de lessiver Paris. Une tendance ancienne, qui accompagne l'embourgeoisement général de la capitale, où les loyers montent, le métre carré grimpe, tandis que le logement social s'amenuise comme l'a fait remarquer l'opposant socialiste à Chirac, Paul Quiles - bien seul dans une capitale toute acquise au RPR. Une tendance à transformer Paris en une ville de hauts salaires et d'immeubles anciens renovés et chics - pour la grande joie des promoteurs. L'historien Louis Chevalier a déjà repéré, dès les années 1950, cette "assassinat de Paris", de la cité populaire, pleine d'artisans et d'ouvriers, d'étudiants et de bourgeois, d'artistes et d'immigrés, où chaque quartier organisait un bal le samedi - une ville de brassage et de mélange, de métiers et de salles de spectacles, à l'image des Halles de Paris - appelées ainsi car chacun " yallait..." -, l'énorme marché plein de vie et de victuailles grondant au "coeur" de Paname.

ADIEU PANAME

Aujourd'hui, sous Jacques Chirac, le Paris renové, le Paris bourgeois, le Paris propre remplace peu à peu, irrémédiablement, Paname. Les Halles pleine de vie, de métiers et de boustifaille, "Le ventre de Paris", ont été fermées, remplacées par une énorme "forum" - en fait un labyrinthe marchand. Les anciens quartiers ouvriers, pleins d'ateliers, d'artistes fauchés et d'artisans, se voient "réhabilités" et transformés en appartements à poutres apparentes et "lofts" inabordables. On pourrait qualifier cette politique de Style-Suisse - ou comme dirait l'humoriste roland Topor, de "Style-Lisse", lisse comme un sac poubelle. Fort heureusement, cela ne se passe pas sans résistance, sans réticence - et sous surveillance, malgré une opposition déconfite. Un jeune architecte de l'Atelier d'Urbanisme Parisien, un de ceux appelés par Chirac pour réhabiliter les vieux quartiers de Paris, ironise.
-C'est merveilleux, Chirac doit faire très attention. S'il massacre un coin de Paris, le monde entier va lui tomber dessus. Autrefois, avec le préfet de Paris, personne n'était responsable des conneries faites. Avec un maire responsable de Paris, c'est fini."
Chirac doit baliser. Il transforme Paris sous surveillance quasi-internationale. On le regarde faire aussi bien des terrasses de Montparnasse qu'à New York ou Tokyo, où les amoureux de Paris sont légions. Comment Chirac se débrouille-t-il sous les spots, question architecture ? Il veille au grain. Prenez la triste affaire des ZAC -zones d'aménagement concerté - mises en place par les gaullistes. A l'époque de la présidence Pompidou, ils proposaient tout simplement de bétonner tout le canal Saint-Martin pour y construire une autoroute. Adieu les quais le long de l'hôtel du Nord, les écluses, les promenades le long des canaux. La radiale Vercingétorix allait éventrer le XIVème arrondissement et ses ateliers. On assassinait le quartier de la place des Fêtes, avec ses jardins ouvriers, ses bicoques.

Il fallut attendre 1974 et Giscard pour que cette politique soit enfin remise en cause.

 

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UN MAIRE HABILE

Aujourd'hui que Chirac est maire de Paris, il nous revient la bouche en coeur, changé. Respectons, le tissu urbain traditionnel, proclame-t-il, les traditions villageoises des quartiers, les habitudes des Parisiens, la dimension humaine de la ville. Jacques Chirac est un politicien habile. Il a le don de récupérer vite toutes les idées en l'air. A ce petit jeu de la récupération, il dégaine plus vite que les socialistes. Il a eu l'intelligence de bloquer les projets urbanistiques qui fâchaient. Il a fait appel à des jeunes architectes formés à l'école 68, qui se méfient de la grande casse des quartiers populaires. Il a fait remettre de l'eau dans toutes les fontaines de la capitale. Il a promis qu'il allait dépolluer la Seine, et que les Parisiens s'y baigneraient en 1995. Il agit (en republiant l'article 15 ans après, chacun constate)

Ce matin, je ne veux pas manquer la grande réception que donne le maire Chirac pour le tri-centenaire de la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Sacré Chirac. Il sera le premier homme politique français à recevoir les cinq cent figurants américains qui reconstituent, en tenue d'époque s'il vous plait, la bataille de Yorktown. Demain, ils défileront sur les Champs-Elysées devant le ministre socialiste Pierre Mauroy. Mais Chirac va les saluer le premier - c'est bon pour la stature internationale. L'homme campe comme Charles le Téméraire dans son fief, il reçoit comme un grand féodal d'hier tous les hommes politiques qui passent par Paris. Dirigeant une ville acquise à la droite, il gouverne les vingt arrondissements sans avoir à se soucier de la réforme socialiste qui institue les prérogatives des maires d'arrondissement. Il reçoit à l'Hôtel de Ville, au milieu de ses huissiers, comme un homme d'Etat. Du coup, il a réussi à bloquer un des projets des plus prometteurs des années à venir, l'Exposition Universelle à Paris. Pourquoi ? Il ne supportait pas que la gauche monte chez lui une opération de prestige, et François Mitterrand se taille la part belle. Il oeuvre à ce que le maire de Paris soit le deuxième personnage politique de France. Culture, relations internationales, business, finances, police, il ne lui manque que l'armée pour être une cité Etat. Car, tradition oblige, l'Hôtel de Ville reçoit les chefs d'Etat étrangers, après le président de la République.Et l'Hôtel de Ville, c'est Jacques Chirac.

CONFERENCE DE PRESSE CHEZ JACQUES CHIRAC...

Où est la conférence de presse que Jacques Chirac donne tous les mois ? Renvoyé d'huissier en huissier tout au long des grands escaliers de marbre, j'ai un peu l'impression d'arriver à la principauté de Monaco. Nous y voilà. L'ambiance est très décontractée. A deux mètres de la petite foule de journalistes, assis derrière une table Empire, Jacques Chirac croise ses belles mains et lance d'un ton moqueur: "Je suis très mécontent".
Toute la salle rit, familière de ses humeurs. Que nous prépare-t-il cette fois, ce roublard ? Chirac cogne pendant un quart d'heure sur le nouveau budget du président Mitterrand, qui va encore réduire celui de la ville de Paris. Il menace: désormais, je refuserai toute nouvelle pression fiscale. C'est clair : son poste de maire lui permet d'exister politiquement face à la gauche conquérante. Se poser en leader de la droite déconfite.

Son style de conférencier ? Une prestation didactique, légèrement grandiloquante. L'homme semble rodé à tenir n'importe quel discours politique un peu vague, mais aux effets dramatiques éprouvés:

"Avec les socialistes au pouvoir, le pays est en danger" ... "Nos enfants paieront demain nos erreurs d'aujourd'hui", etc

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RENOVER RENOVER

C'est fini. C'est maintenant que je dois le coincer. Il pose cordialement pour les photographes, quand nous l'accostons: "Nous devons vous voir avant dimanche soir, nous bouclons le numéro." Aussitôt le Maire s'écrie: "Baudoin, Baudoin !" Baudoin, l'homme des relations publiques de Chirac arrive au galop: "Pourquoi n'avez-vous pas arrangé une interview avec Actuel avant dimanche? Ils bouclent." Baudoin bégaye. Chirac est déjà parti à grands pas, nous intimant : "Suivez-moi." Nous blindons jusqu'au petit bureau de sa secrétaire personnelle. "Arrangez-moi un rendez-vous dimanche matin... Midi... Une heure... Ca vous convient?" Parfait. C'est réglé.
Chirac mène la mairie de Paris tambour battant. Tous ceux qui y travaillent le reconnaissent : Chirac donne l'exemple, infatigable, en homme d'action décidé. Entre la direction du RPR, la députation en Corrèze, la mairie de Paris et les déplacements officiels, il n'arrête pas. Sa rapidité, sa facilité à rencontrer des gens, son énergie tranchent dans le décor politique français. Par exemple, il me fut impossible de rencontrer le socialiste Paul Quiles, l'opposant déclaré de Chirac sur Paris, pendant les quinze jours de cette enquête. A chaque fois, je poireautais au téléphone, et une voix lasse me répondait : "M. Quilès est tellement occupé !" A la mairie de Paris, au contraire, toutes les décisions sont rapides, les fonctionnaires se démènent, on ne sent pas le lourd appareil de la bureaucratie comme au PS. Le style Chirac ? Celui d'un businessman présent à tous les échelons de son entreprise.
Nouvelle conférence de presse. Jacques Chirac, en costume Saint-Laurent, présente le nouveau projet de restauration de la Goutte d'Or. Il explique d'une voix sobre que cette opération va détruire cinquante cinq immeubles jugés "insalubres", ce qui représente mille quatre cents logements. Remous de l'assistance. Mais, poursuit-il, le programme de réhabilitation va permettre d'installer mille six cent nouveaux appartements. Soulagements dans la salle. Deux écoles seront construites. Un équipement sportif.

Et une rue piétonne ralliant le boulevard de la Chapelle à la Goutte d'Or.

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PARTOUT LA RUE PIETONNE

Une rue piétonne à la Goutte d'Or, le quartier immigré, avec ses restaurants maghrébins, ses hôtels d'ouvriers, ses artisans ? 1600 nouveaux appartements ? Cela sent la grande opération. Le maire lance sa campagne "Tous les Crédits pour l'Est". C'est-à-dire ? Ii est bien connu que l'ouest de Paris demeure la partie la plus agréable, la plus dotée, la plus privilégiée de Paris. Depuis longtemps, les socialistes râlent : rénovons l'Est parisien, assez gâter les riches, réhabilitons la moitié pauvre de Paris, mettons-y des écoles, des moyens, des logements sociaix. Chirac les a entendus, et les double sur leur gauche. C'est sa manière. Tant mieux pour les bons projets. En même temps, il mène sa politique d'embourgeoisement par d'autres moyens. Le logement social végètant, la renovation fait monter les loyers, fatalement les pauvres et la classe moyenne s'exileront. L'opposition absente doit se contenter de jouer un rôle de proposition - pas de réalisation. Voila pourquoi la Mairie de Paris commence par le quartier désigné comme le plus insalubre, le plus insécure de Paris... une pietonne à la Goutte d'or.

Jacques Chirac a précisé récemment sa politique sociale dans un entretien donné à "Paris Match ": Les immigrés doivent s'intégrer dans la ville, respecter les modes de vie des parisiens, les consignes d'hygiène et de bruit, sinon ils seront expulsés. S'intégrer ? Expliquez-nous ? Alors adieu les recoins d'Afrique dans les arrière-cours, des bouts de casbah entre deux ruelles, les artisans tailleurs juifs et arabes de la goutte d'or, les couscous à 10 francs, les vendeurs d'épices et de menthe fraîche - sans oublier les dealers d'herbe ghanéenne ? Que va-t-il se passer avec les groupes de discussion tard le soir sur les trottoirs ? Les cités immigrées, arabes, africaines, les joueurs de bonneteau, les vendeurs à la sauvette ?

Le style Chirac ? À l'Est comme à l'Ouest, la piétonne, la ville astiquée, la chasse à la crotte - le pauvre vient visiter. A Paris, décennie après décennie, le dehors libre et agité d'hier, la rue où l'on fait l'amour sous une porte-cochère, danse en écoutant un musicien de rue, s'échappe au chez soi, la rue où l'on pouvait dormir, fuguer, jeter ses cigarettes dans le caniveau, pisser derrière un lampadaire, la RUE hier le titre d’un journal anarchiste, disparait avec la vie de quartier, la disparition des bals du samedi, des lieux de musique - sans oublier les bars rocks interdits, alors qu'ils sont partout en Angleterre, sans oublier les chanteurs de rue d'Espagne. Bientôt, on installera des cendriers sur les trottoirs, des bancs non-fumeurs, des caméras aux feux rouges, des quartiers interdits aux pauvres, aux tordus, aux dingues, aux dragueurs, aux clopeurs, aux herpétiques.

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SOUS LES DORURES DE L'HÔTEL DE VILLE

Dimanche midi, rendez-vous dans le grand bureau de Jacques Chirac à l'Hôtel de Ville. Il ouvre la porte en jeans 501 à boutons - une tenue de "jeune", certainement pour mieux recevoir un journaliste d'Actuel. Il ne sait pas que ça ne se fait pas, chez les jeunes, de repasser un jeans de frais, droit et plissé comme un pantalon de tweed. Il tient quelque propos décontractés.

"Oui, je suis souvent comme ça, à l'aise, le dimanche, ici"

"J'ai dit à mes amis, qui préparent un nouvel hebdomadaire : regardez Actuel, c'est très bien fait !"

"Je sais ce qu'on dit, "Chirac le facho"..."

Premières impressions. Ce type a du charme, une élégance naturelle, un côté "nature", direct. Cependant, responsable politique toujours sur le qui-vive, craignant de tenir des phrases qui seraient mal comprises, il débite bientôt des propos répétés de longue date, répond de façon floue sur les questions qui gènent. J'égraine mes questions. Il fait très attention pour répondre. Quelques jolis exemples du populisme et du flou à la Chirac:

"Pourquoi je lutte contre les crottes de chiens ? Imaginez les vieilles dames qui glissent sur une déjection et se brisent la jambe, ces enfants qui rentrent chez eux les pieds souillés et salissent la nouvelle et coûteuse moquette de leurs parents...".

Ou encore: "J'ai eu très longtemps peur de Paris et des Parisiens. Aujourd'hui, j'ai compris qu'ils étaient des gens comme tout le monde, comme mes Corréziens du plateau de Mille-Vaches."...

"Mes" Corréziens.

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Ou bien, il reprend ses propos belliqueux contre les quartiers immigrés, où vivent des travailleurs illégaux :

"Oui, je vais mettre fin à la situation honteuse qui règne sur l'Ilot Chalons...
-Mais ce sont des travailleurs sénégalais, ils sont plutôt accueillants... (je n'allais pas lui dire que je m'y pourvoyais en "lobito, la fameuse herbe sénégalaise)
- Acceuillants ! (Il s'indigne) Allez-donc vous balader là-bas avec un appareil photo, vous verrez ... Non, ce qui se passe est honteux..."
Je lui pose la question qui tracasse tous ceux qui veulent rester vivre à Paris, alors que les loyers montent en flèche :

-Paris partout s'embourgeoise. Aujourd'hui, on ne trouve plus un seul logement abordable. Qu'allez-vous faire ?
-C'est difficile. Je n'ai pas assez de crédits pour construire plus de deux mille logements sociaux par an...

-Mais il y a soixante-quinze mille inscrits sur la liste des mal logés !

-L'Etat doit nous aider...

- Mais en attendant ?

-Je sais. La situation est douloureuse. Tous ces jeunes qui ... (il tient deux minutes sur les beautés de la jeunesse et ses difficultés, mais ne propose rien de concret. Au fond, il insiste : c'est la faute à l'Etat, c'est-à-dire aux socialistes, à Mitterrand, un de ses leit-motiv).

Je propose : -Pourquoi ne pas faire un exemple, réquisitionner quelques uns parmi les quatre vingt mille logements inoccupés de Paris pour décider les propriétaires à louer ?

-C'est impossible, ce serait une atteinte à la propriété privée."

La discussion s'enlise. Je change de thème.

-Vous serez sans doute le prochain président de la République... (il s'agite sur son siège, on voit bien que l'idée le hante !) Beaucoup considèrent votre politique sur Paris comme un banc d'essai, la répétition de ce que vous ferez à l'échelon national, qu'en pensez-vous?
-Cela se conçoit... Bien sûr je vais persévérer dans mes projets...

Il commence à en dresser la liste, que tout le monde connaît. Je l'interroge :

-Il y a dans votre manière de gérer Paris une tendance têtue à tout vouloir bien garer, les gens, les crottes, les papiers gras. Tout doit être à sa place, les immigrés bien intégrés à notre façon de vivre, les vélos dans les couloirs verts, les motos dans les acroches-moto, vous êtes habitués à gouverner en maître une ville obéissante et bourgesoise, que va-t-il advenir si vous êtes un jour Président?
-Je ne rêve pas d'ordonner tout Paris. Cette ville a besoin d'être rendue plus propre, plus sûre, plus agréable à vivre...
-Elle est déjà beaucoup plus tranquille et propre que Londres ou Madrid.
-Je vous comprends. Vous avez peur d'une ville aseptique, trop contrôlée...

-En effet...

-Je m'attache à ce que les quartiers piétonniers se développent...

Jacques Chirac est reparti pour un parfait petit discours sur un Paris rénové, humain et propre comme à la conférence de presse, pas troublé, souriant, ouvert à toutes les suggestions - et les transformant immanquablement en rues piétonnières.

Commentaires

Moi, je préfère les crottes de chiens, que la pisse d'homme qui pue et badigeonne tous les murs et trottoirs de Paris.

Un pied dans la m... de chien, ça porte bonheur.

Marcher dans les déjections humaines, donne la poisse!

"Quand il n'y aura plus de Chien, il n'y aura plus d'homme"

Je vous serre cordialement la patte.

Chien perdu sans collier.

Ecrit par : chien perdu sans collier | mardi, 06 janvier 2009

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