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CARLOS LISCANO PARLE DE L'IMPUNITE DES BOURREAUX

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NEWS NEWS NEWS Difficile pour un pouvoir politique, dans un pays longtemps soumis par une dictature, de se déshabituer des habitudes autoritaires quand la démocratie revient. Il y a quatre mois, le militant urugayen anti-mondialiste FERNANDO MASSEILOT, sans casier judiciaire ni antécédent judiciaire, était arrêté chez lui, dans sa maison, comme un assassin, et accusé de "sédition", pour avoir manifesté contre la venue du président américain Georges Bush en Uruguay. Aujourd'hui, le jeune homme est toujours emprisonné, ce qui étonne beaucoup tous ceux qui soutiennent le nouveau gouvernement de l'Uruguay, le "Front Elargi" de la gauche. Assiste-t-on a un durcissement du régime, qui peine à mener des réformes sociales dans un pays où les traditions démocratiques restent fragiles ? Pour mieux comprendre la situation de l'Uruguay aujourd'hui, son passé dictatorial, et les difficultés à mettre en place des usages et des institutions démocratiques dans une Amérique Latine habituée aux "caudillos", aux classes dirigeantes avides et aux "golpes" à répétition, écoutez l'histoire noire et magnifique racontée par le grand écrivain urugayen Carlos Liscano dans son dernier livre "L'impunité des bourreaux" (Bourin Editeurs, mai 2007).

Rencontré à Barcelone, où il présentait son livre, il nous a raconté la vie de Maria Macarena, l'enfant enlevée à sa naissance par des soldats de la dictature argentine qui ont tué ses parents, puis l'ont exilée à Montevideo, capitale de l'Uruguay, où elle a été élevée par un chef de la police urugayenne - avant de découvrir, à 20 ans, qu'elle était la petite fille du plus grand poète argentin vivant, Juan Gelman, une des voix libres de la gauche argentine persécutée, dont le fils et la belle fille avaient été assassinés. Juan Gelman, qui n'a jamais renoncé, vingt ans durant, à la retrouver - et dont voici l'histoire...

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De Buenos-Aires à Montevideo :
Maria Macarena, l’enfant volée
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« Lettre à mon petit-fils ou à ma petite-fille »
« Dans six mois, tu auras 19 ans.
Tu as du naître un jour d’octobre 1976 dans une prison. Peu avant, ou peu après ta naissance, le même mois de la même année, ton père a été tué d’une balle dans la nuque tirée à bout portant. Ton père était prisonnier et sans défense, un commando militaire l’a assassiné. Peut-être est-ce le même commando qui l’a enlevé avec ta mère le 24 août à Buenos-Aires, et les ont conduits dans le camp de détention du « Garage Orletti », en plein quartier Floresta, que les militaires avaient baptisé « Le jardin ». Ton père s’appelait Marcelo. Ta mère, Maria Claudia.
Ils avaient tous deux 20 ans. Et toi, dans le ventre maternel, tu avais sept mois.
Je ne sais pas si tu es un garçon ou une fille. Je sais seulement que tu es né(e) (…) Maintenant tu as presque l’âge de tes parents quand ils les ont tués. »

Le grand poète argentin Juan Gelman fait publier cette lettre le 12 avril 1995 dans Pagina 12, un quotidien de Buenos-Aires. Vingt ans après l’assassinat de son fils et de sa belle fille, arrêtée enceinte par des soldats de la dictature, il ignore le sort réservé à l’enfant, et s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Il a juste appris en février 1978, que les militaires argentins avait fait passer un message succin au Vatican : « The child was born ». Sans préciser son sexe, ni où il vivait...

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(Photo de Juan Gelman)

... C’est difficile de remuer un passé aussi noir, lourd de 30.000 morts et disparus. La fragile république argentine, craignant de s’aliéner des forces armées hostiles, a fait voter la loi dite du « Punto final » (« Point final ») qui a mis un coup d’arrêt à toute poursuite pénale concernant les crimes commis pendant la dictature.
Elle n’a pas arrêté les époux Gelman. En 1995, ils savent la vérité sur leur fils Marcelo. Après avoir été torturé au garage Orletti devant sa sœur Nora âgée de 19 ans, il a été tué d’une balle dans la tête, les mains attachées dans le dos, par un commando de la Première armée. Les soldats l’ont enfoui dans une citerne de deux cents litres pleine de ciment, qu’ils ont jetée dans le canal de San Fernando. Juan Gelman, connaît les noms des assassins, les commanditaires, les circonstances du crime. La citerne macabre a été retrouvée, les restes du jeune homme identifiés, et son père a pu l’enterrer au cimetière de la Tablada, près de Buenos-Aires.
Mais il ignore toujours ce qui est arrivé à sa belle-fille et son enfant.

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(Maria Claudia et Marcelo Gelman en 1976, auu moment de leur assassinat)
A cette époque, tout le monde en Argentine sait que les militaires ont enlevé des nouveaux-nés aux militants et aux intellectuels qu’ils assassinaient. Il s’agissait autant de leur ôter tout espoir, que d’offrir des enfants à des couples stériles de militaires et de policiers. Voilà pourquoi Juan Gelman écrit dans la presse argentine cette lettre ouverte. Il espère que l’enfant, devenu adulte, se reconnaîtra. En même temps, un doute hante l’écrivain, comme en témoigne le p.s à sa lettre : « (Au) « Garage Orletti », comme c’est notoire maintenant, se pratiquait le trafic de femmes enceintes et d’enfants séquestrés par les forces de sécurité des dictatures du Cône sud … dans le cadre de l’opération Condor. C’est là qu’opéraient les tortionnaires uruguayens. Ma petite-fille, ou mon petit-fils, sont-ils nés dans un centre de détention en Uruguay ? »
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(Juan Gelman)
La piste urugayenne

La suite va lui donner raison. Elle a été racontée par l’écrivain uruguayen Carlos Liscano dans son récit et essai « L’impunité des bourreaux » (Ed. Bourin, O2/2007). Rencontré à Barcelone, Carlos Liscano - qui a passé 13 ans dans les geôles de la dictature uruguayenne, pour avoir été un jeune « tupamaro » (un opposant armé à la dictature) - nous a expliqué comment la disparition de l’enfant Gelman est devenue une affaire d’état dans son pays. En mai 1999, avec l’aide de journalistes uruguayens, Juan Gelman a reconstitué l’itinéraire de Maria Claudia. Arrêtée le 24 août 1976 à Buenos-Aires, à 19 ans et enceinte de 7 mois, elle est transférée fin octobre à Montevideo, capitale de l’Uruguay, dans des locaux de la police secrète (SID) à l’angle des boulevard Artigas et Palmas. Détenue au rez-de-chaussée pendant un mois, elle est conduite à l’hôpital militaire pour accoucher, puis enfermée à nouveau avec son nouveau-né, qu’elle allaite. Fin décembre, elle est emmenée pour une destination inconnue par un lieutenant-colonel et un capitaine de l’armée uruguayenne. En partant, l’un des deux hommes déclare aux soldats présents : « Parfois il faut faire des choses emmerdantes. » Depuis, personne n’a jamais eu de nouvelles de Maria Claudia et de son fils. Son corps n’a jamais été retrouvé. Carlos Liscano précise : « Ils assassinaient toujours les mères. Les mères cherchent à retrouver leurs enfants, elles ne renoncent jamais. C’est une des forces les plus puissantes au monde. »

Quatre mois d’attente

Fin mai 1999, Juan Gelman et Mara La Madrid sollicitent un entretien avec le président de l’Uruguay, le social-démocrate Julio Maria Sanguinetti, du parti « colorado ». « Ils espèrent en lui, explique Carlos Liscano. C’est une figure de la gauche internationale, un ami de Felipe Gonzalez, d’Octavio Paz, l’homme qui a mis fin à la dictature. Il a été réélu deux fois à la présidence. Le 7 mai 1999, son secrétaire personnel, Elias Bluth, reçoit les époux Gelman au septième étage de l’immeuble Libertad, siège du gouvernement. Ils lui expliquent comment leur petite-fille, ou petit-fils, a été « approprié » par une famille en Uruguay, voudraient savoir par qui, et la ou le rencontrer. L’officiel les assure qu’il va en rendre compte au président. Les jours qui suivent, la présidence promet qu’une enquête va être diligentée… »
Cinq vingt neuf jours passent. Aucune réponse. Quatre mois de coups de téléphone, d’attente, d’espoirs. Vains. Blessé, Juan Gelman publie le 10 octobre 1999 dans la presse argentine une longue lettre ouverte à Julio Maria Sanguinetti. Le ton est dramatique.
« Monsieur le Président (…) Vous êtes considéré comme le plus cultivé des présidents d’Amérique Latine. Vous avez certainement en mémoire cette phrase de votre compatriote, le grand poète Lautréamont : « Pas même avec un océan, tu ne pourras laver une seule tache de sang intellectuel. » Les strates de silence déposées sur le vol de bébés forment une tache intellectuelle qui ne cesse de s’étendre, parce que le silence sur ce crime le prolonge. »
La lettre donne ensuite une liste nominale de capitaines et de colonels de l’armée uruguayenne, certains toujours en poste, impliqués dans des affaires d’enlèvements d’enfants et de torture au garage Orletti, chacun présenté avec son surnom : Le Turc, L’éléphant, L’Allemand, Poignards, Montagne, l’Âne. En donnant ces précisions, Juan Gelman révèle qu’il se rapproche de ceux qui ont volé l’enfant.
« La lettre de Gelman, se rappelle Carlos Liscano, a provoqué un scandale politique. Elle heurtait l’esprit de la loi promulguée par Sanguinetti, approuvée en 1989 par 54% des Urugayens, dite « loi de caducité de la prétention punitive de l’Etat », aussi appelée la « loi de l’impunité ». Elle a mis fin à toute poursuite envers les responsables des violations des Droits de l’Homme sous la dictature. Permis l’amnistie générale des assassins. Il faut comprendre qu’en Uruguay, à la différence du Chili et de l’Argentine, beaucoup d’hommes politiques ont partagé le pouvoir avec les militaires, qui les nommaient à des fonctions officielles. En donnant des noms d’anciens criminels, en réclamant de voir l’enfant et de récupérer la dépouille de sa belle-fille, la lettre de Gelman venait rappeler que le véritable travail de mémoire n’avait pas été fait dans notre pays, que l’impunité des bourreaux faisait problème. »

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(Photo de Carlos Liscano)

Mouvement international

Peu connu du grand public, Juan Gelman  reste considéré par ses pairs comme un auteur majeur, un poète qui a inventé une langue originale, chaleureuse, qui sonne comme aucune autre. Il a obtenu les plus grandes récompenses littéraires en Argentine et au Mexique. Sa lettre ouverte mobilise au-delà de l’Amérique Latine. Plusieurs centaines d’écrivains, artistes, intellectuels du monde
entier, parmi lesquels Robert Badinter, Chico Buarque, Dario Fo, Günter Grass, Mario Vargas Llosa, Jose Saramengo, Philippe Sollers, écrivent au président Julio Sanguinetti. Ces lettres de soutien se voient publiées dans les journaux, tandis qu’une association de soutien aux époux Gelman se met en place.
La présidence fait la sourde oreille. Aucune réponse n’est faite à Gelman. Il faut dire que la campagne électorale bat son plein. « Au parti « colorado », on estimait que ce n’était pas le moment de laver le linge sale du pays en public » analyse Carlos Liscano.
Le 31 octobre 1999, le parti « colorado » obtient 40% des voix et l’emporte. Le 5 novembre 1999, le président uruguayen répond enfin à Juan Gelman par voie de presse. C’est cinglant. Il annonce qu’il a fait procéder à une « discrète vérification », et n’a pu recueillir aucun indice confirmant le transfert de Maria Claudia en Uruguay, ni sur la présence de l’enfant dans son pays. Il rappelle qu’au moment des faits, l’année 1976, lui-même était « un politique proscrit, privé de tous ses droits, un journaliste à qui il était interdit d’écrire». Enfin, il reproche à Juan Gelman d’avoir fait publier sa lettre vingt jours avant les élections, d’avoir voulu le discréditer, et d’avoir donné des armes à ses adversaires de droite.
« Julio Sanguinetti, curieusement, ne donnait aucune réponse sur les pistes précises et les noms de responsables fournis par Gelman, remarque Carlos Liscano. Il affirmait que la lettre du poète argentin « l’avait éloigné du but escompté ». Que voulait-il dire ? Que des militaires étaient proches de parler et s’étaient rétractés ? Ou que Juan Gelman ne devait plus insister, ni mener d’enquête ? Sanguinetti laissait entendre que Gelman, la victime, avait commis une faute. Mais laquelle ? Celle de vouloir savoir la vérité ? Au silence sur les crimes des bourreaux, protégés par la « loi du caducité », devait succéder le silence et l’attente des victimes, voilà ce qu’au fond demandait Sanguinetti. » C’était sans compter sur la ténacité de Gelman.

En novembre 1999, aidé par un journaliste uruguayen de La Republica, l’écrivain sait presque tout de l’histoire de sa belle fille. Maria Claudia a été assassinée par « El conejo », « Le Lapin », officier de la police militaire devenu après la dictature secrétaire du sénateur « colorado » Pablo Millor. Un mois auparavant, Maria Claudia a accouché d’une petite fille, Maria Macarena, qui a été remise à un autre officier de police, devenu lui aussi membre du parti « colorado ». Qui ? La supposition est forte. La quête de Juan Gelman, approche de son dénouement.
Pendant ce temps, Julio Sanguinetti écrit au prix Nobel Günter Grass une lettre rendue publique, où il regrette que les intellectuels européens ne « disposent pas de toutes les informations sur l’histoire récente de (son) pays ». Ils auraient alors appris, affirme Sanguinetti qu’aucun enfant n’a été enlevé en Uruguay, contrairement à l’Argentine. Il précise : « La faculté miraculeuse de donner une réponse immédiate à la demande de Juan Gelman n’est pas entre (mes) mains, ni dans aucune autre main, alors que n’apparaît aucun nouvel indice. »

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(Maria Macarena, la petite fille de Juan Gelman, en 2000, à Montevideo)
L’enfant retrouvée

Trois mois plus tard, le 31 mars 2000, Juan Gelman rencontre sa belle-fille Maria Macarena à Montevideo. Elle est la fille officielle d’Angel Taurino, le chef de la police de la ville de San José, nommé en 1995 à son poste par le président Sanguinetti - enterré avec les honneurs en mai 1999. « Le Lapin », l’officier de police qui lui a remis l’enfant et assassiné Maria Claudia est son filleul.
Le successeur de Sanguinetti, le « colorado » Jorge Batlle Ibañez, intervient alors auprès du poète pour que les retrouvailles avec Maria Macarena soient rendues publiques. Juan Gelman accepte. Il a raconté l’épisode : « Quand nous sommes arrivés à Montevideo pour rencontrer la première fois ma petite-fille, nous entendions le faire sans publicité, car nous imaginions le choc émotif que cela pourrait causer à une jeune femme de 23 ans d’apprendre que son identité n’était pas celle qu’elle avait cru être la sienne durant toute sa vie. Mais le président Batlle a insisté pour médiatiser l’événement. J’ai vu ma petite-fille, je lui ai demandé si elle était d’accord, elle m’a dit que « oui ». » Gelman ajoute : « Implicitement Battle validait tout ce que mes recherches depuis des années avaient démontré. »

Epilogue

A ce jour, Juan Gelman et Mara La Madrid n’ont toujours pas retrouvé les restes de leur belle fille, malgré les promesses faites par le président uruguayen de les aider. Déçus, ils ont demandé en août 2003 une entrevue au président argentin Nestor Kirchner, afin qu’il fasse pression sur le gouvernement uruguayen. "Le président Jorge Batlle Ibáñez connaît le nom de l’assassin de ma belle-fille, a déclaré Gelman ce jour-là. Il sait où elle a été enterrée. Mais il garde le silence. Un silence de plomb, sépulcral." Depuis, le retour du corps de Maria  Claudia Gelman fait partie du contentieux entre les deux pays.
De son côté, Carlos Liscano a écrit le récit détaillé de l’histoire, et en a tiré une réflexion acérée sur « l’impunité des bourreaux » en Amérique Latine. « J’ai voulu nous rendre la mémoire, me retourner sur notre passé, comme vous avez fait en France sur la  guerre d’Algérie et le colonialisme, explique-t-il. Surtout, je me suis intéressé au langage des médias et aux discours officiels qui s’y sont opposés. En Uruguay, l’hypocrisie, l’absence de courage, le double langage ont prévalu pendant des années chez les journalistes et les intellectuels. L’insensibilité est devenue de règle, les victimes ont été transformées en fauteurs de troubles, on a prôné l’ignorance et l’oubli au nom de la réconciliation. Le langage dessine la topographie intellectuelle du monde où nous vivons. Dès qu’une société, un gouvernement cherche à décrédibiliser le regard critique sur une période douloureuse de son passé, nous rendons possibles des atteintes futures aux droits des citoyens. Tout peut recommencer.»
Carlos Liscano a contacté Maria Macarena, la belle-fille des époux Gelman, l’enfant volé. Il voulait la voir avant de publier son livre, pour la prévenir, « par souci moral ». Comment s’est passé la rencontre ? « Maria Macarena est un jeune femme dure, forte, très normale. Elle a refusé toute interview, elle ne voulait pas voir les médias, pas faire de scandale. Elle vient d’un milieu de militaires et de policiers, conservateur, de bas niveau culturel. Quand son grand-père l’a retrouvé, il a tout de suite précisé qu’il n’allait rien tenter contre sa famille et voulait juste lui raconter les circonstances de sa naissance. Cela a été presque incompréhensible pour elle de se retrouver du jour au lendemain la petite-fille d’un des plus grands poètes de langue espagnole, d’origine russe, de tradition juive, avec de la famille à Buenos-Aires et Barcelone, des amis dans l’intelligentsia de toute l’Amérique Latine. Ce fut aussi une surprise de se découvrir une double nationalité. Et surtout, une double appartenance à deux milieux radicalement différents, longtemps adversaires, où le sang a coulé. Le travail de mémoire et d'histoire, elle a commencé de le faire sur sa propre vie. »

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