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2008. NOUS VIVONS EN PLEINE SCIENCE FICTION !

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NEWS NEWS NEWS C'est la nouvelle année. 2008 ou 2028 ? Sera-t-elle celle de notre entrée dans un monde qui ressemble aux romans de science-fiction apocalyptiques du XXe siècle ? Un exemple : ces derniers jours, le site web du Nouvel Observateur racontait comment la marque de cosmétiques Loréal recrute des employés virtuels dans le monde parrallèle "Second Life", désormais investi par les industriels et les publicitaires. "..." Asseyez-vous", dit aimablement à la candidate à l'emploi le recruteur : il est affublé d'une souriante tête de renard, grandes dents et grandes oreilles".
Nous sommes très proches d'une scène d'un roman de science-fiction imaginée par l'écrivain Neal Stephenson dans "Le Samouraï virtuel" en 1992, où l'on trouve un monde parallèle, le Metavers, qui ressemble tout a fait a Second Life : les doubles virtuels des hommes vont y faire des rencontres, chercher du travail et courir les cyber-bordels.

Question sur notre futur immédiat : la science-fiction du siécle dernier a-t-elle imaginé notre monde d'aujourd'hui ? Les avis font polémique. Si la science actuelle n’a toujours pas permis de créer l'homme invisible, la drogue du Docteur Jekyll (quoique... le LSD ne permet-il pas d'accéder à notre multipersonnalite ?), la machine à remonter le temps, si aucun extra-terrestre n’a encore débarqué, les romans de H.G Wells, Aldous Huxley et Robert Louis Stevenson restent de grands livres sur les apprentis sorciers et les généticiens qui veulent bouleverser les lois de la nature - ça tourne mal. Quant aux prédictions plus socétales, à lire « Paranofictions. Traité de savoir vivre pour une époque de science fiction » (Climats) d’Ariel Kyrou, spécialiste de musique techno et érudit de S.F, nous aurions tort de ne pas relire la « speculative fiction » du siècle dernier - celle ouvragée par Philip K. Dick, John Brunner, J.G Ballard, sous oublier Georges Orwell et Aldous Huxley. Elle nous raconte tout simplement aujourd’hui : le réchauffement planétaire, les mégapoles cinglées, la pollution envahissante, la haute technologie sophistiquée, les univers virtuels, la surpopulation, les ratés du clonage et l’hédonisme résistant. Quelques exemples frappants. _____________________________________________________________

ENTRETIEN FUTURISTE IMMEDIAT
AVEC ARIEL KYROU, auteur de "Paranofictions"
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En quoi notre époque ressemble tant à la science-fiction d’hier ?
Au siècle dernier, les notions de création de la vie, de clonage ou de destruction de l’humanité relevaient encore de la punition divine ou des grands mythes, Gaïa la Terre, l’Apocalypse, le Golem, etc. Puis ces grands thèmes ont été repris par la science-fiction du XXe siècle, qui a su les mettre en scène comme étant notre futur proche. Humain. En même temps, elle interrogeait cette prétention prométhéenne de l’homme devenu Dieu grâce à ses armes, ses techniques, aux sciences du vivant. Elle a imaginé des hommes mutants, des créatures biotechnologiques rêvant d’immortalité ou provoquant sa propre destruction qu’elle soit écologique ou high tech. Voyez la plupart des grands romans et films de science-fiction, de Blade Runner à Mad Max, de Soleil Vert à Ghost in the Shell, de Philip K. Dick à John Brunner et David Cronemberg…

Mais le réchauffement de la planète, par exemple, a-t-il été anticipé ?

Oh que si ! Et pas seulement dans le roman Bleue comme une orange de Norman Spinrad en 1999. Dès le milieu des années 1960, James Graham Ballard publie Le Monde englouti puis Sécheresse. Il n’y envisage pas, à la lettre, les conséquences de l’effet de serre, mais il imagine des catastrophes climatiques qui sonnent de façon très prophétique aujourd’hui.  Ballard est un véritable visionnaire. Nous vivons déjà dans plusieurs de ses livres.

Et nos mégapoles polluées et chaotiques ?
Il me faudrait dix pages pour lister les prémonitions en cette matière ! Prenez John Brunner, moins connu que J.G Ballard, mais aussi important. En 1972 dans Le Troupeau aveugle, il décrit une New York battue par les tempêtes et les pluies acides. Dans Tous à Zanzibar, il imagine une planète surpeuplée, affreusement polluée, des capitales grouillantes traversées d’émeutes, aux habitants terrés chez eux, accrochés aux tranquilisants, interdits de se reproduire et contrôlés génétiquement. Prémonitoire… Ou reprenez le fameux Crash ! de Ballard, et vous me direz s’il n’a pas anticipé les centaines de millions d’automobiles annoncées pour 2050, les humains devenus de bribes de chair et d’ADN intégrés dans les technologies et les machines, à la façon des crabes dans leurs carapaces. Autrement dit devenus des machines, en osmose avec elle, évoluant à travers elles, comme le montre bien le film de David Cronemberg inspiré du roman.

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L’idée commune reste pourtant que les auteurs de SF se sont trompés. On dit souvent qu’ils n’ont pas anticipé internet, ou même le téléphone mobile…
Philip K. Dick décrit dans les années 1950-1960 deux objets technologiques qui font fureur aujourd’hui. Le « vidéophone, » ancêtre de notre téléphone mobile 3G, permet déjà la visiophonie. L’« homéojournal » préfigure les magazines électroniques sur Internet. En 1975, soit dix ans avant l’explosion de la micro-informatique, John Brunner crée la figure du hacker dans Sur l’onde de choc. C’est un pirate informatique, orfèvre du code qui se branche sur le Réseau, s’introduit sur le site du gouvernement puis communique ses informations à la planète connectée. Prophètique. Dans Jack Barron ou l’éternité, Norman Spinrad, décrit une société dirigée par les médias, où les animateurs deviennent des stars au pouvoir  considérable, capables de défaire des réputations et d’abattre des hommes politiques en manipulant leur image au cours de grands shows grand télévisés. Dans Neuromancien, écrit en 1984, William Gibson invente tout simplement le concept de « cyberespace », l’univers virtuel où nous vivons tous aujourd’hui. Bien sûr, aucun de ces auteurs n’a prédit, stricto sensu, l’apparition d’internet, les Google ou MySpace, mais ils ont réellement anticipé notre temps.

Que dire de Second Life , cette vie parrallèle ?
Second Life a été littéralement imagine par Neal Stephenson dans Le Samouraï virtuel en 1992. On y trouve un univers parallèle, le Metavers (un méta-univers), avec ses spectacles délirants en 3D, ses boutiques, ou encore ses cyber-bordels. Le Métavers, comme Second Life, connaît jusqu’à l’invasion des marques, trop contentes de toucher « les cent millions d’habitants de la Terre les plus riches, les plus branchés et les plus influents. » Aujourd’hui Second Life n’a que 3 millions de résidents, mais ils étaient un million en 2006. Les cent millions, on y va ! Et la question que posait Philip K. Dick dans Dieu Venu du Centaure en 1964 se posera demain dans le cyberespace : un adultère commis dans une réalité virtuelle peut-il être considéré comme un vrai adultère ? Un méfait virtuel est-il un véritable méfait ? Un vol un véritable vol ? Et un viol ? La question se pose quand on voit le porno ultra violent d’aujourd’hui sur Internet…

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La science-fiction a aussi beaucoup parlé de robots, mais a-t-elle vu le chien Aïbo de Sony ?
Je n’ai pas trouvé trace de chien robot dans la littérature de science-fiction, mais un « mouton artificiel », en 1969, dans le roman de Dick d’où a été tiré le film Blade Runner : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? L’animal mécanisé de Dick et le Aïbo de Sony fonctionnent exactement de la même façon, à l’empathie. Ces robots de compagnie marchent d’autant mieux qu’on leur parle et les aime. D’ailleurs, Steven Spielberg l’a bien montré dans son film  I.A où il imagine des robots moralement dérangeants, car capables de plus d’amour que les humains…

Des événements historiques tels l’explosion du World Trade Center ou la guerre d’Irak ont-ils été anticipés par les auteurs que vous citez ?
Une nouvelle fois, la grande science-fiction et la fiction « spéculative » n’anticipent rien à la lettre, mais devinent l’esprit du futur proche. Don DeLillo en 1990, dans Mao II, décrit les deux tours du World Trade Center comme « une présence menaçante dans toute la splendeur de sa force dressée », signe du terrorisme métaphysique de l’occident vis-à-vis du reste du monde. Ballard, dans sa nouvelle L’Histoire secrète de la troisième guerre mondiale (1988), dessine les contours d’un pouvoir politique tout télévisuel, agissant comme un véritable somnifère. Dans Souvenir, Dick met en scène une guerre préventive contre une planète refusant le réseau numérique mondial, ses lois pacifiques et la culture galactique, leur préférant une société tribale, inégalitaire, dominée par les chefs organisés en clans, combattant pour l’honneur, la terre et le sexe…

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Et le grand débat actuel sur les biotechnologies et le clonage ?
Evidemment Huxley l’a très bien vu dans le Meilleur des Mondes. Il suffit de s’intéresser aux projets de fichage génétique, de recensement de nos « mauvais gènes » par les compagnies d’assurance, d’amélioration de l’espèce humaine, ou encore à l’accouchement artificiel pour en voir toute l’actualité. Quant au « soma », la drogue apaisante et douce imaginée par Huxley pour déréaliser et adoucir la population, elle rappelle beaucoup l’usage massif du pétard, mais surtout l’absorption délicieuse de la télévision, drogue à fois douce et dure, que nous consommons tous plusieurs heures par jour.

1984 de Georges Orwell reste-t-il d’actualité ?

1984 décrit avant tout le stalinisme, et toutes les dictatures s’appuyant sur la surveillance généralisée. Bien sûr, la société occidentale n’est pas l’exacte réplique de la terrifiante Océania de 1984, il n’empêche que le concept de « Big Brother », qui connaît chacun de vos mouvements, n’a jamais été autant d’actualité. Aujourd’hui, nous sommes suivis à la trace via nos téléphones portables, toutes nos discussions privées peuvent être enregistrées, nous sommes filmés dans les rues, les transports en commun, nos cartes bancaires et nos comptes sont épiés, nos identités fichées comme jamais, les caméras puissantes des satellites peuvent suivent une voiture à la trace. Voyez le feuilleton 24 Heure Chrono, qui se veut réaliste sur les possibilités de fichage sophistiqué ! Quant aux slogans politiques de 1984 abolissant toute pensée critique, vous ne trouvez pas que le régime de Bush en use largement pour imposer au monde la guerre en Irak : « La guerre c’est la paix », « L’invasion c’est la liberté », « La démocratie c’est la surveillance », « Le Non-droit impose le droit », « Terreur contre le terrorisme »…

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(Prostituee genetiquement modifiée dans le film "Total recall', inspiré d'une nouvelle de Philip K. Dick)

Commentaires

  • J'adore bien consulter votre site internet! Je vais maintenant le donner à mon frère!

  • C’est effectivement le site internet que je voulais trouver il y a déjà plusieurs jours. J'espère que mon commentaire pourra être lisible, puisque je n’ai pas l'usage de commenter sur le web.

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