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QUAND LA TUNISIE DE CE BON GENERAL BEN ALI SE VOYAIT FELICITEE PAR NICOLAS SARKOZY

5e8348f258e6cc2e2d84498af53810c4.jpg Le président Ben Ali recevant le président Sarkozy en avril 2008 (DR)

NEWS NEWS NEWS. Le général Zine El-Abidine Ben Ali a été obligé de démissionner et de s'enfuir en Arabie Saoudite sous la pression conjuguée des manifestations populaires, de l'armée dépassée par les événements et l'ampleur de la colère de la rue, devenue insurrectionnelle - que certains observateurs comparent à l'embrasement de la révolution française.En effet, tous les symboles et les hauts lieux comme les officines du régime détesté ont été brûlés, les villas et les propriétés appartenant à la famille du général et de sa femme, enrichie  à faire trembler les montagnes quand les émeutes du pain se succédaient - et lui honteusement réélu avec soit disant 92 % des voix - ont été prises d'assaut. Le grave problème d'aujourd'hui réside dans la faiblesse de l'opposition démocratique, décimée par le pouvoir dictatorial, ce qui risque de laisser toute latitude à la seule opposition islamique, organisée autour des réseaux des mosquées et des religieux, même si celle-ci n'est pour rien dans l'embrasement actuel. La présence massive et la détermination des femmes dans l'insurrection tunisienne, des femmes habituées depuis le règne d'Habib Bourguiba à ne plus se voiler, occuper des places importantes dans l'administration et les écoles, laisse aussi présager d'un rejet d'une future récupération islamiste - les partis religieux ont d'ailleurs brillé par leur absence pendant l'insurrection, dépassés par une jeunesse ouverte sur la monde grâce à Internet, montrant sa détermination à conquérir la liberté et la démocratie, au coeur de tous leurs slogans et revendications.

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N'oublions pas, alors que la haine de la dictature se manifeste dans tout le pays, tandis que les révélations sur la corruption, l'enrichissement personnel et les horreurs du régime se multiplient, que le président de la République a cautionné et soutenu sans aucun état d'âme ni réserve ce pouvoir, tout comme madame le ministre de l'intérieur - qui a proposé de livrer des armes anti-émeutes à la police tunisienne.

Au cours de sa visite officielle en avril 2008 en Tunisie, Nicolas Sarkozy, très critiqué par les organisations des droits de l'Homme, a réitéré des propos de soutien au régime despotique de Ben Ali devant un parterre d'étudiants à l'université de Tunis (ceux-là mêmes qui donnent leur sang aujourd'hui dans les rues) : "Quel pays peut s'enorgueillir d'avoir autant avancé en un demi-siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance et sur la voie de la raison ?". Il a ajouté, oubliant que le président tunisien avait été élu avec un score faramineux, digne d'une dictature soviétique, 95,49% des voix, aux élections de 2004 : "C'est le grand mérite du président Ben Ali d'avoir continué sur cette voie sans se laisser décourager par les obstacles de toute sorte (...), sans se laisser intimider par le fondamentalisme qui est notre ennemi commun, sans se laisser intimider par l'obscurantisme".

M. Sarkozy a encore cité, comme pour dédouaner le président tunisien, l'histoire de ces fanatiques qui ont coupé la main d'une femme qui s'était mis du rouge à ongle. Or ce récit a déjà circulé en Afghanistan pendant les années Taliban. Il ressort régulièrement, comme une rumeur, alors qu'aucun journaliste ne l'a confirmée. Ce qui a été reconnu, c'est que des Talibans zélés ont sans doute coupé, à Kaboul, la phalange d'une femme aux ongles faits. Cet horrible détail est depuis devenue "l'histoire de la main coupée" que Nicolas Sarkozy a reprise sans sourciller, ni citer aucune source - juste pour justifier son soutien au régime de fer de ce bon général Ben Ali.

Faut-il le croire, quand on sait qu'un journaliste de Libération a reçu début 2007 un coup de couteau en pleine rue alors qu'il cherchait à rencontrer des opposants ? On lisait d'ailleurs dans Libération, qui avait dépêché un correspondant dans la délégation de presse accompagnant M. Nicolas Sarkozy lors de son précédent voyage en juillet dernier, ce témoignage : " Un peu plus tôt (avant la rencontre Ben Ali-Sarkozy), l’avocate Ra­dhia Nasraoui, présidente de l’association (non reconnue) de lutte contre la torture en Tunisie, confiait dans un hôtel de Carthage que «le régime policier en place avait profité de la lutte contre le terrorisme pour réprimer davantage encore toute forme d’opposition». Elle faisait état de cas «de tortures abominables pratiquées sur les parties génitales de prisonniers», dont elle avait recueilli les témoignages et pu constater les séquelles.

Selon elle, la visite de Nicolas Sarkozy «passe inaperçue (en Tunisie), n’apportera rien à la société civile tunisienne et conforte les pratiques du pouvoir». Elle jugeait par ailleurs «très significatif» que Rama Yade (la secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme) n’ait eu aucun contact avec les défenseurs des libertés en Tunisie.

 

En regard de cette actualité, voici un reportage réalisé pour la magazine Actuel en septembre 1987, quelques mois avant que le général Ben Ali destitue Habib Bourguiba, le héros de l’indépendance tunisienne, et s’empare du pouvoir avec l'appui de l’armée. Cette enquête sur une fin de règne tragique, publiée par la rédaction-en-chef d'Actuel avec un titre regrettable (« La cour du roi gaga »), a circulé à l’époque sous le manteau en Tunisie, photocopié, comme un «samizdat ». Il a valu à votre serviteur d’être arrêté à l’aéroport de Tunis 12 ans plus tard, au printemps 1999, d'être interrogé par la sécurité, gardé une journée entière, menacé, puis expulsé du pays - une fiche conservée pendant ces 12 ans par la police politique m’accusait d’être « un ennemi de la Tunisie ».

e582e459dc15939b34025bd0b542f13a.jpg Ben Ali, déjà très influent, et Habib Bourguiba très mal en point courant 1987. (DR )

REPORTAGE A TUNIS, SEPTEMBRE 1987...

...Regardez bien les photos récentes de Bourguiba, le héros de la Tunisie indépendante, qui a rendu la fierté à son pays, voulu libérer les femmes tunisiennes du port du voile et d’un islam retrograde, Bourguiba le Combattant suprême, l’ami de Pierre Mendés France et de Jean Daniel : on le porte comme une potiche au congrès du parti socialiste destourien, on l’aide à s’asseoir lors de la réception officielle de Reagan, on le soutient, on le retient de tomber. Le vieux « Zaïm » de la Tunisie semble prêt à se briser au moindre geste. Quel choc ce fut de le voir chaque soir, tremblant, fragile, sucrant les fraises, apparaître à la première chaîne de la télévision tunisienne pendant le rituel quart d’heure de 19h55, réservé aux « directives présidentielles ».

Habib Bourguiba ne tourne jamais la tête, ou alors de quelques centimètres, avec grande difficulté. Il a la main et le bras gauche raides, certainement à moitié paralysé de ce côté. Pendant sa promenade quotidienne, il avance à tout petits pas de vieillard, saluant avec effort les gardes alignés. Quand il reçoit ses ministres ou une délégation, il cache son regard derrière d’énormes lunettes fumées. Il voit très mal. De profil, on remarque qu’il garde les yeux fermés et que ce sont ses visiteurs qui saisissent sa main pour le saluer. On pense à Brejnev ou à Tchernenko à la fin de leur règne. A Franco, blême et tremblant peu avant sa mort.

Je n’ai jamais vu le Combattant suprême s’adresser au public en direct. Une petite musique aigrelette accompagne toutes ses apparitions. Le tribun qui défiait et conquérait les foules tunisiennes de sa verve ironique et sa prestance à la Douglas Fairbanks est devenu une momie aux gestes tremblants, trimballée de mains en mains et suivie pas à pas par une petite cour trop souriante pour être honnête.

Comment ce vieillard peut-il encore présider le gouvernement ? Pourquoi s’accroche t-il ? Pourquoi se montre t-il dans cet état à un pays qui l’a longtemps vénéré et le respecte encore ? Et surtout, puisqu’il s’accroche à un pouvoir quasi absolu, cet homme usé est-il capable de prendre des décisions réalistes au moment où la Tunisie connaît la crise économique et politique la plus grave de son histoire ?

Ma première réaction en le voyant à la télévision fut : il est sénile. Ce qui entraîne aussitôt une question piège : qui gouverne le pays ? Tous les Tunisiens à qui je pose la question répondent en haussant les épaules, surtout ceux qui connaissent les coulisses du pouvoir : « Mais c’est Bourguiba ! » Le problème est là. Un vieillard délabré conduit le pays.

DES CAPRICES DE VIEILLARD  01d46f175a80434b81b7af2cd2a7b28a.jpg Le président Bourguiba, une des photos officielles

Cela fait vingt ans que la disparition possible de Bourguiba plane sur la Tunisie, et l’inquiéte – car ce pays a tant aimé son libérateur. Depuis janvier 1967 exactement, quand une première crise cardiaque faillit le terrasser. A cette époque, on put mesurer l’ampleur de la dévotion que les Tunisiens lui portaient. Les foules priaient dans les rues pour qu’il reste en vie. Des scènes d’accablement populaire se déroulaient partout. Habib Bourguiba était encore auréolé de la gloire du leader qui avait libéré la Tunisie du colonialisme français et qui était devenu un des chefs historiques des jeunes nations indépendantes, avant même Léopold Senghor ou Ben Bella.

« On a cru que j’allais mourir, expliquait Bourguiba à un journal français après cette alerte de 1967. Ils pleuraient dans les rues. Ils se croyaient abandonnés. Je n’avais qu’une seule pensée : que vont-ils devenir ? C’est que la tâche n’est pas terminée, loin de là… Il faut que j’aille bien. Si je partais, tout serait remis en cause, le pays livré aux divisions, aux affrontements, tout ce qui a été entrepris serait en danger de s’écrouler. Il me faut encore dix ans…»

Habib Bourguiba a obtenu de son cœur malade le double de ce qu’il demandait. Usé à la corde, il gouverne toujours. Il n’a pas eu la sagesse d’un Senghor : abandonner le pouvoir à temps, en le confiant à un homme jeune, formé par lui. Aujourd’hui, le Combattant suprême parle de lui à la troisième personne comme un vieillard capricieux et gâteux. Il reprend à son compte des formules toutes faites, et les fait imprimer : « Je suis un Jugurtha qui a réussi !... Le mouvement national, c’est moi. » Il a fait arrêter les travaux de son mausolée à coupole dorée de Monastir pour bien montrer qu’il n’était pas prêt d’y entrer. Pendant ces vingt ans de rémission, la cote d’amour, tout comme l’état général du « Père de la Nation », a eu le temps de se dégrader. Plusieurs attaques cardiaques, une dépression nerveuse, un départ en catastrophe dans un avion-hôpital américain, ajoutées ses apparitions de plus en plus effrayantes à la télévision, chaque jour à 19h55, ont largement émoussé les réactions de désespoir qu’avait suscitées l’alerte de 1967.

DES SERVICES DE SÉCURITÉ OMNIPRÉSENTS09885e0914a0979521f33df902dfa028.jpg Habib Bourguiba encourageant une femme à se dévoiler. (DR)

Quand j’arrive à Tunis, je ne suis pas seulement sidéré par l’état physique de l’homme que je découvre à la télévision, mais aussi par toutes les réactions d’inquiétude qu’il suscite tant parmi la classe politique que chez les hommes d’affaires. Vous allez vite comprendre pourquoi. Depuis la fin 1985, le Combattant Suprême semble cette fois avoir tout à fait perdu les pédales. Il a pris coup sur coup une série de décisions pour le moins surprenantes.

1) Le 20 décembre, Bourguiba dénonce devant le Comité central du Parti socialiste destourien les « voleurs » qui « détournent les deniers de l’Etat » et ceux qui les protègent. Tout le monde comprend que la campagne contre la corruption, une des obsessions favorites du Combattant suprême, va reprendre. Dans le mois qui suit, de façon arbitraire et sans preuve, le PDG de Tunis Air et le patron du principal bureau d’études tunisien sont arrêtés. L’administration retire leur passeport à plusieurs hommes d’affaires tunisiens accusés d’avoir touché des commissions et des pots-de-vin. Ceci, alors que le pays traverse une grave crise économique, et qu’il faudrait au contraire rassurer les investisseurs étrangers.

2) Depuis janvier, le fils unique du président, Habib Bourguiba Junior, dit « Bibi », cinquante-huit ans, ancien ministre des Affaires étrangères, conseillé privé depuis 1977, se voit congédié par un communiqué lapidaire de la présidence. Son père lui reproche d’être le protecteur des corrompus. En réalité, Bibi trouve que son père déraille en faisant inculper un des ingénieurs les plus réputés de sa profession. Il n’a pas hésité à le dire. La colère du Président, en réponse, fit trembler dit-on tout le palais de Carthage.

3) Début janvier toujours, Bourguiba commotionne le pays tout entier quand il convoque le ministre de la Justice pour une affaire grave : il veut, à 80 ans passés, divorcer - la « répudiation » musulmane, discrétionnaire, si bien décrite dans le magnifique roman de l’algérien Rachid Boudjedra, a été supprimée par Bourguiba, dès 1956. Wassila, sa femme, figure du puissant clan Ben Amar, a eu le tort de défendre quelques-uns des patrons de société inculpés par son époux. Elle affirme qu’il se trompe de dossier et qu’il se laisse abuser par son nouveau chef de cabinet, l’habile Mansour Skhiri. Cette demande de divorce émeut la haute société de Tunis, que Wassila incarne et représente au palais, mais aussi l’homme de la rue. Wassila Bourguiba est un mythe en Tunisie. Personne n’oublie qu’elle a plaidé pour la démocratisation du régime et la libéralisation de la condition des femmes. Son mariage a toujours fait figure de symbole : c’était l’alliance de Tunis avec Monastir, de la bourgeoisie affairiste et des combattants du Sahel.

Une anecdote donne bien une idée de l’état de confusion mentale que connaît Habib Bourguiba. Elle rapporte les derniers dialogues entre le Combattant Suprême et Wassila, avant que celle-ci parte pour Paris. Deux jours avant son départ, elle vient trouver son vieux mari dans son palais de Carthage et lui déclare:

Wassila : « Je viens te voir car je suis malade…

Bourguiba : « Si tu es malade, vas-y… Va même aux Etats-Unis et emmène Bibi, il te servira d’interprète.

Wassila : « Non, je vais à Paris, pas aux Etats-Unis… J’ai besoin d’argent.

Bourguiba lui fait un chèque de 10.000 francs.

Le lendemain, Wassila revint pour lui dire au revoir. Wassila : « Je pars… Je suis venue te saluer. Bourguiba : « Tu pars… Mais où ça ? (Il avait oublié) Wassila : «Tu sais bien, je vais à Paris… Regarde, tu m’as même signé ce chèque ! Bourguiba : « Oui, c’est bien mon écriture… Puisque tu vas à Paris, je vais téléphoner à Si El Hedi (Hedi Mabouk, l’ambassadeur en France)… Il viendra te chercher… Quand Wassila Bourguib arriva à Paris, l’ambassadeur n’était pas prévenu. A Tunis, les Tunisiens se demandent si Bourguiba n’a pas tout à fait perdu la boule.

UNE PIECE TRAGIQUE EN QUATRE MOUVEMENTS

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(Habib Bourguiba, jeune avocat. DR)

J’ai enquêté pendant deux semaines pour répondre à cette question et comprendre les rouages retors et les coulisses de cette fin de règne. Ce ne fut pas chose facile. Les services de sécurité surveillent en permanence les allées et venues des visiteurs indiscrets et des journalistes. On me conseilla de m’y rendre en touriste, de me présenter à l’ambassade de France pour assurer mes arrières. D’éviter de nommer devant quiconque ceux que je rencontraient. De téléphoner des cafés, de ne jamais parler de mon reportage. De surveiller si j’étais suivi. Je le fus. Je discutais avec des intellectuels occidentalisés, des femmes qui toutes remerciaient Bourguiba pour son combat contre l’obscurantisme de l’Islam à leur égard, des marchands de quatre-saisons, des hôteliers, des garçons de café, des zonards, des petits trafiquants, des étudiants et leaders islamistes, des chefs syndicalistes, des businessmen. A tous, je demandais : Bourguiba déraille-t-il pour de vrai ? Qui gouverne ? Comment se joue cette tragédie du pouvoir digne de Shakespeare, qu’exécutent chaque jour Bourguiba, ses ministres, la cour et ses intrigants.

Premier acte: la colère, mauvaise conseillère.

Plus il vieillit, plus le Combattant suprême pique des colères épouvantables dès que quelqu’un discute ses décisions. Ces rognes constituent sa première méthode de gouvernement. Elles sont non seulement de plus en plus fréquentes, mais de plus en plus violentes. On a vu qu’elles n’épargnaient personne. Bourguiba Junior et Wassila en ont fait les frais. Mais attention, demain, n’importe qui peut être frappé, démis du jour au lendemain et se retrouver avec un procès pour scandale financier aux fesses. Tous les ministres le savent : il faut s’adresser au président avec prudence, le laisser parler, même s’il radote, ergote, présenter des dossier neutres et dans le ton, ne jamais le contredire. Tout l’art consiste à l’influencer sans qu’il s’en rende compte en s’alliant avec les personnalités qui comptent au palais.

Deuxième acte : les obsessions et la lutte contre la corruption

Plus le temps passe, plus le vieux chef fonctionne sur quelques lubies. Il y a un, l’assainissement et la modernisation de Tunis qu’il appelle la « dégourbification » (les mauvaises langues parlent de « débourguibification »), deux, la situation des femmes, trois, le contrôle des syndicats, quatre, la lutte contre la corruption. Tous les quelques mois, Bourguiba s’enflamme sur une de ces questions, exige des rapports, tempête pour obtenir des résultats rapides. Ces derniers temps, la corruption est donc devenu un cheval de bataille. Pire : une idée fixe. Un exemple ? La vilaine affaire de l’autoroute de Hammamet, inaugurée en grande pompe en juillet dernier.

Trois ponts de cette autoroute se sont fissurés. Bourguiba l’apprend. Il entre en fureur noire – on craint qu’il ne s’étrangle – et exige des têtes. Il ne s’arrête pas là. Il charge son nouveau confident, Mansour Skhiri, un Monastirien comme lui, d’éplucher toute la comptabilité des contrats d’Etat et de traquer la magouille. La suite sera des plus floues, car si la corruption règne en Tunisie, les magouilles, les lenteurs, les erreurs, les bakchichs proviennent en grande partie du système du parti unique et de sa mainmise sur l’appareil d’Etat. La bureaucratie, les intérêts de clan, la prééminence des hommes d’appareil sur la compétence, les pots-de-vin, les petits et grands arrangements se développent dans l’administration tunisienne avec une belle constance méditerranéenne, et cela depuis des années. La corruption y naît et s’y propage quasi spontanément avec l’esprit fonctionnaire, la routine et les dessous de table.

d0784ccd761f7acea3125231993f320c.jpg (DR)

Troisième acte. Comment le vizir devient calife ?

Un exemple flagrant des limites absolues de cette guerre contre la corruption ? L’affaire du PDG de Tunis Air qui s’est retrouvé condamné à quatre ans de prison pour avoir rempli les cales de la compagnie nationale avec du fret personnel : des pots de yaourts. On l’accuse aussi d’avoir engagé de grosses sommes auprès d’une société américaine qui n’existe pas. A l’évidence, l’homme n’est pas très clair. Mais le déficit structurel de Tunis Air ne dépend pas que de lui seul. Chaque année, quelque soixante-dix huit mille billets d’avion sont distribués gratuitement aux cadres du Parti, de l’Etat et aux proches de Bourguiba.

Depuis que cette campagne anti-corruption sévit, les milieux d’affaires tunisiens ne savent plus comment réagir. Comme il est devenu impossible de plaider sa cause devant Bourguiba par le biais de Wassila – installée à Paris depuis la demande de divorce – et de « Bibi », et que Mansour « Iznogoud » Skhiri fait du zèle pour plaire au Combattant suprême, il faut se montrer prudent. Résultat : tout le système classique des commissions qui accompagnent les contrats se retrouve paralysé. Mais comment faire du bizness sans commission dans un pays qui marche à ce carburant ? Comment payer les gens qui prennent les contacts avec les fonctionnaires, les décideurs du parti et le palais, et permettent que les affaires continuent ?

Démarrée sur un coup de colère, appliquée à la lettre par un ministre intrigant, la lutte contre la corruption a entraîné des réactions d’indignation puis de panique chez les industriels, dont plusieurs d’entre eux ont été arrêtés. J’ai rencontré quelques-uns de ces hommes d’affaires, très embêtés, dans une villa des hauteurs de Carthage. L’un d’eux disait : « Il faut avoir les reins solides pour suivre les éclats de Bourguiba. Après l’indépendance, il militait pour la collectivisation. Hier, il nous dit : « Enrichissez-vous, vive l’économie libérale ! » Aujourd’hui, le voilà qui part en guerre contre la corruption, nous retire nos passeports et condamne à six ans de prison le chef du bureau d’études le plus compétent du pays. »

Quatrième acte: la diagonale du fou.

Quand on gouverne avec un vieux despote dont on connaît les lubies, que l’on sait jouer avec les manettes qui déclenchent ses colères et ses réactions prévisibles, l’intrigue devient une perpétuelle partie d’échecs. Comment faire intervenir le roi sans se faire remarquer ? Comment se cacher derrière ses colères, s’en plaindre en privé, tout en profitant d’elles quand elles affaiblissent un rival. Il faut savoir ruser comme un Balthazar Gracian, lâcher une petite phrase bien venue au bon moment, savonner une réputation, révéler une information qui va soudain faire monter la mayonnaise. D’après des sources autorisées, et recoupées, toute la campagne contre la corruption a été menée de main de maître par deux hommes qui se détestent et qui sont des dauphins en lice : Muhammed Mzali, le premier ministre – ministre de l’Intérieur, et Mansour Skhiri, le nouveau protégé de Bourguiba.

Toute cette histoire de guerre à la corruption devait servir à déboulonner un autre dangereux prétendant à la succession : Muhammed Sayah, hagiographe officiel de Bourguiba et ministre de l’Equipement, très en cour cet hiver. Ainsi Muhammed Mzali, le dauphin officiel, qui a été publiquement investi de la confiance présidentielle au dernier congrès du Parti socialiste, n’a qu’une seule crainte : être congédié avant que Bourguiba n’aille dormir au mausolée doré de Monastir. L’enjeu est d’importance. Selon la constitution tunisienne, le Premier ministre deviendra président de la République dès que le Combattant suprême cassera sa pipe. En attendant, Mzali doit tenir coûte que coûte, naviguer à vue, baliser, éviter de choquer Bourguiba – ce qui expliquerait le flou de sa politique – et rester Premier ministre tout en écartant les dauphins éventuels. D’après de mauvaises langues, Mzali aurait d’abord conseillé à Bourguiba de nommer Muhammed Sayah, son rival, au Tourisme, une voie de garage. Raté, le Président le nomme à un poste-clé, le ministère de l’équipement. L’affaire de l’autoroute d’Hammamet et des ponts fissurés éclate bientôt, enflée par des hommes de Mzali. Au bout de cette autoroute, on devrait logiquement rencontrer le ministère de l’Equipement.

Autre coïncidence, le magazine Réalités, que Mzali contrôle (il a droit de regard et de censure sur toute la presse), s’attaque lui aussi à des affaires de corruption qui touchent presque toutes à l’équipement national, le domaine de ce cher monsieur Sayah. Mais Mzali doit jouer finement. Son second rival, Mansour Skhiri, ne cesse d’aiguiser les couteaux. Félicité par Bourguiba pour son zèle pendant la campagne anti-corruption, celui-ci vient d’être nommé ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, un poste décisif qui le place presque à égalité avec Mzali dans la hiérarchie du pouvoir. La lutte entre les deux hommes va devenir de plus en plus féroce.

36fe1c172d0d0a9b7e690abeb3548476.jpg (DR)

Cinquième acte : le lever du Roi

Pour influencer le vieux chef, il faut être à son chevet. Après une bonne nuit – obtenue à coup de somnifères – il arrive, disent les témoins, à être lucide pendant une petite heure. Il prend alors quelques décisions. Il y a encore un an, c’était madame, ou le vieux secrétaire de toujours, Allala Laouti (lui aussi congédié l’été dernier sur un coup de colère) qui informaient Bourguiba de la situation du pays. Un vieil ami, qui a toujours refusé d’occuper un poste politique, M. Bellassine, faisait la lecture des journaux. Depuis quelques mois, tout a changé. Tous les anciens fidèles qui accompagnaient Bourguiba depuis des années ont été répudiés suite à un coup de tête. Aujourd’hui, c’est donc Mansour Skhiri, le rival du Premier ministre, l’artisan de la campagne anti-corruption, qui a le privilège d’assister au lever du vieux despote, ou, parfois, le général Zine El Abidine Ben Ali, l’ancien chef de l’omniprésente « sécurité », celui qui a écrasé « les émeutes du pain » de décembre 1983. Rappelez-vous, suite à l’augmentation du prix des céréales des manifestations de masse spontanées, parfois violentes, éclatent dans tout la Tunisie ; à Sfax, à Tunis, ce sont de véritables émeutes, qui en disent long sur l’état de pauvreté et de désespoir de la population ; Bourguiba décrète l’état d’urgence et charge le général Ben Ali et l’armée de rétablir le calme ; la répression fera 70 morts. Le général Ben Ali est le dernier candidat en lice à la succession du « Père de la Nation ». Beaucoup le craignent. L’armée le soutient.

Sixième acte : Qui manipule qui ?

L’extrême complication de cet imbroglio carthaginois, où se croisent courtisans, ministres et généraux, vient de ce que Habib Bourguiba n’est pas inconscient à 100%. D’après tous les témoignages, le vieil homme fonctionne sur courant alternatif. Il perd le Nord, raconte sa vie avec mégalomanie, cède à ses obsessions et puis, sans crier gare, il peut traverser une crise de lucidité. En tout cas, un fait est patent : il prend un malin plaisir à monter ses ministres les uns contre les autres. Sa méthode de gouvernement favorite reste les entrevues confidentielles. Cela lui permet d’exercer sans contrôle son autorité, et d’engager le visiteur à dénoncer les erreurs de ses rivaux. Ils le font tous ! Ce qui ravit Bourguiba. Cela lui prouve qu’il n’existe encore aucun consensus parmi les ministres pour désigner un dauphin reconnu et se débarrasser du vieux chef acariâtre. D’après mes sources, l’entretien sournois de la guerre des vizirs serait la dernière activité ludique de Bourguiba. Ce qui n’empêche pas ses ministres, qui connaissent la musique, de jouer finement en divulguant leurs confidences. Qui manipule qui ? Il faut étudier au coup par coup.

Septième acte : le sérail et les plaisirs

Ce sont des admirateurs sincères de Bourguiba, ses compagnons de la grande époque du ministère Nouira, le Guizot tunisien, quand tout le pays s’enrichissait, qui m’ont initié aux joutes secrètes du sérail. Ces fidèles de Bourguiba, qui craignent comme la peste le retour de l’Islam triomphant en Tunisie – la pression islamiste existe, j’ai été agressé par plusieurs « étudiants croyants », alors que je tenais ma fiancée (et couverture touristique) par le cou au fameux « Café des Nattes » -, ou redoutent un coup d’état militaire, ne cachent pas leur inquiétude. Pour ceux-là, la rupture de Bourguiba avec sa femme et son fils est un malheur, la preuve par neuf que le vieillard sombre dans la paranoïa. D’après ces gens, le Sérail et la Cour sont aujourd’hui menés par quelqu’un que beaucoup appellent « l’intrigante en chef », j’ai nommé la nièce du président, Madame Saïda Sassi. Elle jouerait, dit-on, un rôle des plus ambigus au palais de Carthage.

D’innombrables histoires circulent.

Pour commencer, elle trouverait des jeunes femmes pour réveiller la sexualité du leader. Un jour, après avoir présenté une jeune beauté à Bourguiba, elle court dans les couloirs en criant « Le combattant suprême a retrouvé sa virilité ! » Plus récemment, elle recrutait une jolie employée de la Banque de Tunisie. Tous les mardis, une limousine venait chercher l’élue pour l’emmener à Carthage. Ce va-et-vient ne demeura pas longtemps secret. Bientôt, une collègue de la jeune femme allait tout raconter à son mari. Résultat : sur ordre de madame Sassi, la dénonciatrice fit deux jours de prison et se retrouva mutée à la Ligue arabe de Bagdad.

Un autre cancan : le jour où Bourguiba Junior fut congédié, celui-ci, furieux, retourna sa colère contre la Sassi, qui voyait d’un très bon œil sa mise à l’écart tout comme celle de Wassila. Bibi lui cria : « Si tu n’étais pas sa nièce, tu serais déjà fourrée dans son plumard ! » Ce à quoi elle répondit : « Je n’ai rien à refuser à mon oncle. » Madame Sassi possède, on s’en doute, une sourde influence sur Bourguiba. Elle lui a présenté celle qui fut longtemps sa favorite, Mme Najet Khantouche, aujourd’hui haut-fonctionnaire du développement régional. Comment Mme Sassi profite-t-elle de ses avantages ? C’est elle qui a fait arrêter les travaux de la deuxième ligne du « métro léger » de Tunis. Celui-ci devait couper à travers les quartiers chics où habite sa famille.

HABIB ACHOUR, LE "VIEUX LION", EST EN PRISON 66e4662c90aca3b7a418ced268ba9911.jpg (Le mausolée de Bourguiba à Monastir. DR)

Nous voici rue de Grèce, juste derrière la place de l’Indépendance de Tunis. Un car de police grillagé stationne devant les locaux de l’UGTT, le syndicat unique. Quand je veux accéder, un policier m’arrête. Les bureaux semblent déserts. Pourtant, je sais qu’ils sont occupés depuis plusieurs semaines par des hommes de main du Parti destourien, sur ordre de Bourguiba.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement s’acharne sur l’UGTT, le plus vieux syndicat des pays africains, celui sans lequel Bourguiba n’aurait jamais conquis l’indépendance. Une bonne centaine de ses militants sont aujourd’hui en prison. Les réunions syndicales ont été interdites sur les lieux de travail. Le système du 1% prélevé sur le salaire pour financer les caisses collectives a été supprimé. Toute la presse du syndicat est interdite. Tous ses biens confisqués. Ses comptes-courants bloqués. L’entreprise d’étouffement est systématique, violente, menaçante pour les libertés. Dans toute la Tunisie, les militants miliciens du Parti destourien réinvestissent les locaux vidés par la force. Ils appellent à réformer l’unité syndicale sous leur seule direction et reprennent à leur compte le sigle, célèbre, populaire, de l’UGTT.

La guerre est déclarée entre le parti unique et les syndicalistes. Personne ne sait où elle va s’arrêter. La semaine précédente, un tribunal jugeait, à Sfax, le plus vieux dirigeant du mouvement syndical tunisien, Habib Achour, surnommé « le Vieux Lion », une figure légendaire de l’histoire tunisienne. Il fonda l’UGTT il y a cinquante ans avec Farhat Hached, dont un grand portrait décore encore le bureau de Bourguiba. Habib Achour incarne avec le Président un des derniers monstres sacrés de l’époque de l’indépendance.

Un tribunal de Tunis vient de le condamner à deux ans de prison pour une histoire de détournement de fonds à laquelle personne ne croit. Le « vieux lion » a soixante-treize ans. Bourguiba essaie en vain de le briser depuis les émeutes du pain de décembre 1984.

J’ai rencontré des leaders du syndicat démantelé. Tous étaient surveillés. Une voiture de police stationnait à chaque fois à proximité. Leur téléphone était écouté. On les suivait. On m’épiait. « On prépare un dossier sur moi, m’a dit l’un deux, fataliste. Le jour voulu, on m’impliquera dans un scandale quelconque, on m’accusera de vouloir reconstituer une organisation illégale et j’irai croupir en prison. »

Mes hôtes n’étaient pas effrayés. Ils ont connu des moments plus difficiles lors des émeutes du pain, quand l’armée du général Ben Ali a tiré sur la foule, poursuivi les chefs Mais je sentais le poids de la répression sur leur vie. Ils se préparaient au pire : la prison, les coups. Ils ont été bafoués et riposter à cette guerre impitoyable que leur livre le pouvoir ne va pas de soi. On ne descend pas facilement dans la rue, on n’appelle pas à la grève sans calculer les risques pour sa propre vie, dans un pays où l’armée et les forces de sécurité – longtemps dirigées par Ben Ali – surveillent tous les opposants.

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(Le président Ben ALi, main sur le coeur. Photo officielle. DR)

Quand j’ai rencontré ces hommes, et appris l’histoire d’Habib Achour (Bourguiba ne supporte pas qu’on l’appelle « le vieux lion », « Le vieux lion, c’est moi », dit-il), j’ai un peu oublié les querelles du Sérail. J’ai découvert les effets de cette fin de règne dans ses détails les plus durs. Les arrestations, les perquisitions, les procès truqués, les coups, la police omniprésente, la peur, la pauvreté. Les syndicats, tout comme l’opposition démocratique dont un des chefs a été emprisonné fin avril, ne comprennent pas l’acharnement du gouvernement à leur égard. La désastreuse situation économique du pays, privé de pétrole, obligé d’accueillir les cinquante mille ouvriers tunisiens renvoyés par la Lybie voisine sur décision de Kadhafi, justifie une politique de rigueur. Cela l’UGTT l’a compris.

En décembre dernier, elle adoucissait sa position sur les salaires et négociait avec souplesse avec le parti. Mais la police est restée devant la porte des unions. Les arrestations ont continué. Pourquoi cette fuite en avant dans la répression ? Le gouvernement sait le syndicat affaibli. Mais pour combien de temps ? Pourquoi entretient-il la guerre sociale ? Le pays est-il encore dirigé, ou juste soumis aux caprices du vieux chef ? Des membres influents du patronat ont déclaré qu’ils préféraient négocier avec un syndicat implanté et crédible plutôt que d’avoir à supporter des mouvements spontanés d’une base très jeune et très inflammable depuis les émeutes du pain. D’autres craignent que les islamistes en profitent, s’implantent, comme ils font en Algérie, en Iran...

Que se passe-t-il à Carthage dans le cerveau fatigué du Combattant Suprême ? Dirige-t-il encore ?

P.S. Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que le général Ben Ali – l’homme qui a réprimé les émeutes du pain – venait d’être nommé ministre de l’Intérieur à la place de Muhammed Mzali, le Premier ministre.

Commentaires

  • http://www.tunisie-detention.cmonsite.fr/
    Une histoire tragique de plus qui nous pousse à croire que la Tunisie a beaucoup à faire pour se faire apprécier par le reste du monde.
    Des soutiens à cette cause seraient un début pour la lutte des droits de l'homme dans se pays comme dans beaucoup d'autres.

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com/
    Un geste de coeur pour soutenir une jeune femme et mieux voir la véritable Tunisie.

  • http://sameh.onlc.fr/
    Trois sites pour faire connaissance de l'histoire de Sameh Harakati et lui venir en aide pour la sortir de prison. Une autre image de la Tunisie, un pays où la justice reste dans le doute.
    Nous voulons croire à sa libération car son innocence est flagrante voir évidente.

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com/
    Nous aimerions aussi avoir la main sur le coeur de Sameh Harakati après sa libération.

  • o.k je soutiens à fond la cause de Sameh Harakati pour lui permettre de retrouver la liberté, je vais passer le message sur d'autres sites pour rassembler un maximum de personne. Courage.

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com/
    Plusieurs clips vidéos ont étés créés pour aider à la lutte pour la liberté de Sameh Harakati.
    Nous demandons à nouveau avec insistance au gouvernement français et tunisien de ne pas laisser une situation aussi dramatique s'installer dans le long terme. Sameh a besoin de retrouver sa liberté au nom des droits de l'homme, de son mari, de sa famille et de ses amies. Il est injuste qu'elle subisse une détention en Tunisie alors qu'elle est innocente.

  • yes!!!!!!!!libérer SAMEH et arrété l'injustisse

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    La libération de madame Harakati Sameh ne tient pas à grand chose, juste au bon vouloir des politiciens qui voudront bien rétablir une justice en Tunisie.

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Si j'étais la véritable deuxième dame de France, je soutiendrai la libération de cette jeune femme, bon courage.

  • http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Votre Tunisie fait peur s'est fou l'histoire de cette fille

  • Tout le monde en parle de cette pauvre SAMEH HARAKATI mais pourquoi elle est encore en prison ?
    Si je pouvais l'aider je la libérerai pour qu'elle retrouve sa liberté. Elle a le visage d'un ange je ne pense pas qu'elle soit coupable de quoi que se soit. La Tunisie se fait une mauvaise pub avec ce verdict injuste de cruauté.

  • http://sameh.onlc.fr

    Je suis à fond avec Sameh HARAKATI pour soutenir sa libération. Bon courage à son mari et sa famille. Comment faire pour participer à sa liberté ?

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  • Droit de l'homme ? ou ca ? en tunisie ?
    wowwowwowww .hee je me souvient .un doctor president .
    libaire des prisoniers de gere de L'IRAQ. AH CE DOCTOR PRESIDENT. mais il n''est pas comme vous dites un des droits de l'homme pour la femme tunisienne - (SAMAH HARAKATI -)
    Il pense a son travaille -un president travailleur huuuh.
    presisement .MONCEF MARZOUKI . TU NE MANQUE ON FRANCE.

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