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mardi, 25 décembre 2007
J’AIME LES CAFARDS. REPORTAGE DANS LES CAVES VELUES.
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Les cafards font preuve d’une actualité perpétuelle. Ils triomphent dans les vide-ordures, envahissent chroniquement nos hôpitaux, rapetissent en quelques générations pour se blottir dans nos téléviseurs et se multiplient dans les gaines de chauffage. Un spécialiste des insectes comme Karl Von Fritsch, un des fondateurs de l’éthologie, pensent qu’ils nous succéderont sur cette terre. A Tel Aviv, ce mois de décembre, le neurobiologiste de l'Université Ben Gourion Frederic Libersat cherche à comprendre comment agissent les neurotoxines présentes dans les venins. Il avait récemment découvert que le venin des guêpes Amputex faisait baisser l'activité de certains neurones de la blatte spécialisés dans la production du neurotransmetteur nommé octopamine. Pour vérifier, il a injecté de l'octopamine dans le cerveau de blattes paralysées par les gupères. Lesquelles ont aussitôt retrouvé l'usage de leurs pattes. L'arcticle vient d'être publié dans The Journal of Experimental Biology : grâce aux blattes nous progressons ainsi dans la compréhension des venins et du sytème nerveux.
Pendant ce temps, au Centre de recherches pour la cognition animale de Toulouse (CNRS), une équipe travaille depuis 2005 à des petits robots qui s’auto-organisent en troupe comme des cafards, et sur un “leurre” capable de vivre au milieu des blattes et d’influencer leurs comportements. Selon Jean-Louis Deneubourg de l’Université Libre de Bruxelles, "l'objectif à long terme de ces leurres serait de réaliser des sociétés d'animaux et de machines dont les interactions doteraient ce système de nouvelles fonctionnalités" - par exemple pour développer la pollinisation de la flore (aujourd’hui menacée par le réchauffement).
En regard de cette omniprésence de la blatte dans nos vies modernes, un reportage dans les caves parisiennes publié dans un des premiers numéros du magazine Actuel (1980-1995).
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TOUT COMMENCE PARCE QUE LES CAFARDS RONGENT L'AEROPORT DE TOKYO...
...Lundi, je rentre de nuit chez moi, j'allume machinalement la lumière de la cuisine, une marée velue court sur les murs, flaque vivante qui ruisselle dans toutes les directions et disparaît en quelques secondes derrière les meubles. Des cafards, des milliers de cafards ont envahi l'appartement. Je vaporise un épais nuage d'insecticide, la moitié de la horde agonise les pattes en l'air tandis que l'autre se terre sous le lino et file chez le voisin le long des canalisations. Mardi, je passe à Actuel. À peine arrivé au comité de rédaction, on me tend une dépêche AFP: "Les cafards attaquent l'aéroport de Tokyo. Après avoir constaté la gravité de la situation dans les restaurants et les magazins du bâtiment d'embarquement, les responsables ont décidé de les fermer. Selon les spécialistes, il leur faudra une quarantaine de jours pour s'en débarrasser."
Je demande: "Alors, je pars pour Tokyo?"
-Non, tu trouves une société spécialisée dans le massacre des cafards et tu t'engages. Tu pars pour les caves parisiennes."
Mercredi, me voici rue Saint-Honoré, au siège parisien de la société Attila. Cette société détruit tous les insectes parasites, elle traque les rats et les souris, elle chasse les pigeons et éloigne les chats, elle empêche les chiens de lever la patte sur les trottoirs. J'ai rendez-vous avec la direction, Mlle W. Au mur, une affiche publicitaire, un Mongol armé d'un sabre de Samouraï décapite des rats et éventre des cafards. Il crie: "BANZAÏ ! FAITES CONFIANCE A ATTILA, LE FLEAU DU CANCRELAS ». Sur un casier métallique s'aligne une série d'éprouvettes pleines de poudres bleues, de cristaux blancs - des redoutables pesticides.
CHEZ ATTILA
Mlle W. me reçoit enfin. C'est une matrone de cinquante ans avec des bagues à chaque doigt, qui fait trembler son personnel depuis dix ans. Derrière elle, la première plaque de la société Attila, fondée en 1880 à l'époque où l'Hygiène Publique décida de désinfecter régulièrement les grandes villes françaises. A côté d'elle, une bibliothèque de livres d'histoire naturelle et de chime moléculaire où me surveille une inquiétante macro-photo de cafard vu de face: éperons acérés, crochets velus, yeux sans regard nimbés d'une lumière orange - un monstre de cinéma Z.
Mlle W. connaît les cafards comme si elle les avait fait. Et elle en parle avec dégoût.
"Les cafards sont tellement envahissants?
-Prodigieusement. Ce sont les principaux parasites des grandes villes. Chaque société a sa vermine, la nôtre a les cafards. Ils grouillent autant à Paris qu'à New York ou à Berlin. Et ils s'adaptent! Un nouveau cafard vient d'apparaître, plus petit, plus costaud et il s'introduit partout.
-Comment ?
-Les HLM sont les merveilleuses niches à cafards. Les matériaux légers et mal jointés, les briques creuses constituent pour eux une espèce d'immense ville intérieure. Ils se répandent par les tuyauteries, ils circulent entre les cloisons, ils habitent les faux-plafonds. Les bouches d'aération leurs tiennent lieu d'ascenseur: un cafard marche dessus, il est aspiré et se retrouve trois étages plus haut dans un appartement inexploré. Ils adorent les poubelles collectives, les vide-ordures..."
Les cafards ne prolifèrent pas seulement dans les HLM, mais dans les tours, les aéroports, les immeubles préfabriqués, chics ou populaires, partout où existent des tuyauteries mal scellées, des conduites électriques. Les hôpitaux en pullulent.
"Mlle W., comment se nourrissent les cafards?
-Ils mangent de tout. Le départ de la fusée Appolo IV a été retardé parce qu'ils avaient grignoté les circuits électriques. On a fait des expériences aux Etats-Unis, on leur a donné à ronger dix mille produits différents, et même du plomb, du textile artificiel... Ils rongent tout.
-Comment un cafard peut-il assimiler du textile artificiel?"
Mlle W. me désigne la marco-photo de sa bibliothèque:
-Regardez cet appareil buccal acéré. Le cafard est capable de broyer n'importe quelle matière, et il digère tout... Non, excusez-moi, le cafard déteste deux choses, le mastic et les concombre..."
Le téléphone nous interrompt. Mlle W. décroche et prend un ton professionnel:
"Société Attila j'écoute... Oui... Une invasion par les cuisines?... Classique, bien sûr... Oui, nous pouvons traiter très rapidement. Je comprends oui, vous n'allez pas servir du cafard grillé à vos clients! "
Elle raccroche en riant:
-Un grand restaurant de Paris. Par discrétion, je vous tairai le nom. Mais la plupart sont assaillis par les cafards et leurs hantise est de servir un plat assaisonné aux cancrelats.
-Vous les exterminez comment?
-Avec du DDVP, depuis que le DDT est interdit. C'est une molécule organique à base de chlore et de phosphore. Les insectes sont tués par simple contact, ou par inhalation. L'insecticide détériore leurs synapses et les paralyse.
-Ils sont dangereux ?
-A force de traîner dans les poubelles, ils transportent des maladies.
-Comme les mouches alors ?
-Les mouches ne sont pas aussi répugnantes!"
Mlle W. parle de l'anéanhisement de la vermine avec des accents militants qui m'inquiètent. Pour elle, le plus petit insecte est dégoûtant.
-Je pourrais faire une intervention avec l'une de vos équipes ?
-Naturellement. Nous avons une cité à désinfecter et ce restaurant qui vient d'appeler. Venez donc."
Jeudi, premier jour de ma chasse aux cafards. Je me retrouve porte de Choisy à huit heures du matin, sous le périphérique, à la recherche des locaux d'Attila. Je finis par trouver un petit hangar coincé entre une station-service et un vieux restaurant. Trois camionnettes et un camion attendent devant la porte. L'endroit est désert. Je toque à l'entrée. Une quinte de toux répond, un homme d'une cinquantaine d'années vient m'ouvrir, bleu de travail, béret, accueillant. A peine a-t-il poussé la porte qu'une épouvantable odeur d'insecticide concentrée me récure la gorge. J'explique mon affaire et l’homme me répond en souriant:
-Mais monsieur, c'est la grève, la première grève à Attila depuis dix ans. Tous les gars sont à la direction."
Dans le hangar, l'air est irrespirable, comme imprégné de désinfectant. Des bidons de toutes tailles frappés de l'étiquette « poison-tête de mort », des sacs de grains empoisonnés, des masques à gaz encombrent la pièce. Tout l'attirail de la mort animale est là. Les relents chimiques sont tels que j'ai l'impression de les boire en tisane. Je sors pour prendre l'air avec le vieil employé.
-C'est insupportable là-dedans n'est-ce pas? Le dernier manutentionnaire est parti d'ici asthmatique à 90%. C'est ce qui m'attend."
Je sens chez lui la résignation et la peur. Il a presque soixante ans, s'il râle, il se fait virer. Il ne retrouvera pas de travail et prendra sa retraite. Coincé ici. Il marche légèrement tordu, parle et respire avec difficulté, en dodelinant de la tête, comme si ses produits lui avaient enrayé le système nerveux. Il a l'humour et la philosophie des vieux prolos qui en ont bavé toute la vie. La grève d'Attila l'amuse. Cela l'enchante de voir la terrible Mlle W s'expliquer avec ses ouvriers. Jusqu'ici, il tremblaient devant elle. Maintenant, il faut qu'elle cède. La rallonge qu'ils demandent n'est pas exorbitante, ils le savent, eux comme elle. Mais l'essentiel a été cette première prise de bec, des années de silence rompu. La rupture soudaine de la peur.
Le deuxième jour, la grève est finie. Je m'engouffre avec une équipe dans la camionnette encombrée de pesticides. Ils bichent, ils ont obtenu l'augmentation qu'ils réclamaient. Nous filons avenue de l'opéra nous attaquer au grand restaurant envahi.
-Les cafards adorent les petits plats, ricane M. Raymond, désinfecteur en chef d'Attila, un costaud sympathique, à l'imposante bedaine. Tu remarqueras qu'il n'y a rien d'inscrit sur la voiture, les restaurateurs nous demandent toujours d'intervenir sans tapage, ni publicité."
Nous arrivons enfin. C’est un restaurant chic effectivement (vingt ans après, je peux le dire : c’était la brasserie Flo de la rue des Petites Ecuries). Le gérant est un élégant en tweed, cheveux grisonnants. Il nous reçoit et nous guide immédiatement vers les cuisines. M. Raymond et son acolyte, un jeune qui ne parle guère et bosse vite, inspectent les recoins des fourneaux, soulèvent la friteuse, débarrassent les batteries de cuisine. Ca sent le graillon et l'oignon. Les cafards se cachent.
-Ils doivent venir de la cave, commente M. Raymond, ils suivent les tuyauteries.
Nous filons vers le sous-sol. Changement de décor. Des murs suintants et noirs, les couloirs poussiéreux, les toiles d'araignées vacillent sous le faisceau blanc de la lampe. Un cri résonne soudain dans ce décor de catacombes : "Les voilà, regardez ! Ils grouillent sous la chaufferie !"
Nous approchons, les blattes fuient sous la lumière, tapissant une cave de cauchemar. M. Raymond s'esclaffe:
-Tu a vu comme ils sprintent, un cafard fait du 30 cm/seconde. Regarde, certains s'envolent.
-Les cafards peuvent voler?
-Pas tous, mais ils ont des ailes et quelques espèces s'en servent. Ils peuvent rentrer chez toi par la fenêtre."
Nous quittons les sous-sols pour aller chercher le matériel dans la camionnette. Nous revenons habillés comme de véritables guerriers des tranchées : masque à gaz, cubitainer d'insecticides sur le dos, fusil format lance-grenade. La visière de mon masque est si sale que je n'y voit rien. Je respire difficilement à travers le filtre. Je me cogne au plafond bas des couloirs. Devant moi, M. Raymond avance hardiment vers la chaufferie, une torche à la main. Il braque son fusil vers les recoins des murs et tire. J'en fais autant. Un nuage blanc et limpide se déploie en volutes. Les cafards grouillent à nouveau partout, galopent et tombent sans bruit sur nous. Je respire de plus en plus mal. Mon masque m'étouffe, je n'ose l'enlever. J'ai une pensée émue pour les gazés des grandes guerres morts asphyxiés dans des trous. Je n'en peux plus, je bats en retraite.
L'après-midi, M. Raymond et moi filons rue Doudeville, dans le XVIIIe arrondissement. Ils 'agit cette fois de désinfecter une cité HLM toute entière. Dans la camionnette, M. Raymond me prévient: "Tu vas voir les drôles de loustics qu'on rencontre en allant chez les gens, tu vas voir!"
La cité en question est un ensemble de trois blocs sinistres de neuf étages, la cité-dortoir type, le triomphe de l'architecture clapier des années gaullistes. Cent vingt familles vivent là, pour la plupart des ouvriers, des petits employés et des retraités. Les cafards ont envahi l'édifice jusqu'au sommet, et les copropriétaires ont décidé une intervention systématique d'Attila chez les particuliers. Il s'agit de visiter chaque appartement et d'envoyer une bonne dose de notre mixture empoisonnée dans les sanitaires et les cuisines.
Nous voilà donc au neuvième étage de l'escalier A, face à un long couloir qui sent le chou et le boeuf bourguignon. M. Raymond porte la bouteille d'insecticide sous pression, je tiens le carnet de bord pour faire signer les habitants. Nous sonnons à la première porte. Une ombre se profile derrière le judas et une petite voix aigue nous hèle:
-Qu'est-ce que c'est?
-C'est la désinfection ! tonne M. Raymond, vous avez vu le prospectus ?
-Il n'y a pas de bêtes chez moi.
-Si vous ne désinfectez pas, elles vont venir."
La porte s'ouvre une vieille dame apparaît, toute petite, toute ridée, protégée par une châle mangé aux mites. Nous entrons dans une pièce minuscule avec une kitchenette attenante. Aux murs, des photos de famille, des chromos de grands magasins, une petite télé et quelques livres, Bernard Clavel, Guy de Clars, La Fontaine. Un gros chat blanc dort sur le lit minuscule. La vieille dame dort difficilement, explique-t-elle. Elle est inquiète:
-Je n'ai pas vu de bête ici, je nettoie tous les jours. Ce sont les cafards ?
-Oui.
-C'est dégoûtant. Ils transportent des maladies. Ce sont les Arabes qui les emmènent. Les Arabes et les Chinois. Vous verrez il y a beaucoup de Chinois ici." Faudra-t-il appeler bientôt les cafards les blatella arabica, ou chinesa ?
M. Raymond envoie une giclée de gaz sous la cuisinière. La dame se plaint:
-Ca sent mauvais, ce n'est pas dangereux pour mon chat?
-Ca va tuer ses puces, vanne M. Raymond.
-Mais mon chat n'a pas de puces!"
Nous la rassurons, je lui fais signer le livre et nous prenons congé.
Nous avons traité une bonne centaine d'appartements. Quand les personnes étaient absentes, le gardien un retraité voûté qui pousse chaque jour les trente poubelles géantes de la cité, nous apportait les clefs. Sur tous les appartements visités, deux fois sur trois, une femme seule nous a ouvert. Les hommes meurent tôt chez les ouvriers. L'une a mis le gendarme. Elle nous a regardé une bonne demie-minute sans rien dire. Puis : « C'est pour les cafards ? Bon, entrez." La dame a cinquante ans, une longue robe de coton sans forme et des bas de laine. Il fait incroyablement sombre et chaud, les rideaux sont tirés. Elle a quelque chose de fixe dans le regard. M. Raymond commence à gazer les plinthes. Elle me scrute et demande avec angoisse:
-C'est vrai qu'il y a des serpents dans les tuyaux?
-Qui vous a dit ça?
-On dit ça ici.
-Vous en avez vu?
-Jamais, mais on prétend qu'il remontent par les lavabos.
Elle se tourne vers M. Raymond:
-Votre produit tue bien tous les insectes?
-Après Attila, les insectes ne repoussent pas", scande-t-il.
La dame s'assoie et nous regarde travailler. La nuit tombe, la pièce est de plus en plus surchauffée. Elle attend que nous partions. Sur la table, un seul journal, Télé 7 jours. Une autre nous a offert un coup de rouge, ravie discuter avec quelqu'un. Elle a soixante ans passés, son mari est mort dans un accident de chantier. Elle en parle comme un fait divers.
-Un bel homme. Encore solide. Disparaît comme ça, deux ans avant sa retraite. C'est affreux." Mort, son mari est devenu héroïque. Il avait toutes les qualités. Il était généreux, il lui apportait toujours des petits cadeaux. Il était parfait. Elle le répète sans cesse, comme pour s'en persuader ou pour conjurer le scandale de sa disparition.
-Vous savez, quand on a perdu son homme, monsieur, on a tout perdu."
Un troisième nous a vampé: la trentaine, belle femme, les cheveux blonds décolorés, très maquillée, elle nous reçoit en peignoir japonais négligé. "Excusez le désordre, dit-elle, il y a eu une petite sauterie ici hier soir." En nous parlant, elle range la pièce de séjour. Une dizaine de cadavres de bouteilles, du vin Nicolas bon marché, du Whisky Uniprix. Monsieur Raymond n'en lorgne la fente du peignoir.
-Alors, ils sont où vos cafards, montrez-moi ça."
La femme l'emmène dans la cuisine. "C'est là, sous l'évier".
Monsieur Raymond insiste:
-Où ça? Où ça?
La femme se prête au jeu d'assez bonne grâce, elle se penche, laisse le peignoir s'ouvrir sur ses cuisses et joue des mollets.
-De jour, on ne voit rien, mais de nuit, vous verriez, murmure-t-elle.
M. Raymond me glisse un oeil humide. Le rêve de toute sa carrière de désinfecteur va-t-il se réaliser ?
-Mais la nuit, votre mari n'est pas là?
-Pas toujours, ça dépend de son équipe."
Elle se moque du trouble de monsieur Raymond et lui lance:
-Vous avez fini de me reluquer comme ça. Et puis, il pue votre produit. Arrêtez ça et filez! " M. Raymond rougit, encaisse et prend la porte.
Une autre femme seule nous a ouvert tout à fait ivre, agressive, la radio donnait à plein tube:
-Foutez-moi le camp, vous n'avez pas le droit de rentrer chez les gens. les cafards, moi, j'en fais collection."
Nous avons réveillé une bonne dizaine des employés des PTT qui dormaient encore après le service de nuit. C'étaient des Antillais, des Réunionnais, enfermés dans de véritables réduits sans salle de bain qui sentaient le pied et l'oeuf au plat. Quand nous avons été chez les "Chinois" qui étaient tous des Vietnamiens, M. Raymond n'a pas cessé de me pousser le coude. En sortant, il m'a dit, moqueur : "Tu as vu comme ils parlent du nez. Tu as vu ce qu'ils mangent, du poisson cru pourri et des légumes complètement secs."
Les trois-quarts des appartements sont des deux-pièces mal insonorisées, les tuyauteries coulent, on entend les voisins, la télé est omniprésente et bruyante, les chambres de gosses sont sans vie, le décor prisunic, poulbot et terne. Mort à crédit, disait Céline. Une vingtaine de personnes nous ont vivement conseillé de désinfecter chez leurs voisins de palier. Une dizaine, hommes et femmes, montrent une phobie terrible des insectes. Ils ont peur d'être dévorés la nuit, ils redoutent l'opinion de leurs voisins.
Un retraité nous accueille avec ferveur. Il soulève son matelas brutalement.
-Vous les voyez ? Nous ne voyons rien.
-Mettez en quand même. Dans la penderie aussi. Mettez en partout.
Nous vaporisions les deux pièces en entier. Au moment où nous partons, l'homme nous arrête:
-Vous ne pourriez pas en mettre dans le moteur de ma voiture? Tout à l'heure, j'en ai vu.
En sortant, Monsieur Raymond me dit : "Des obsédés comme lui, j'en rencontre toujours, il ne faut jamais les contrarier."
Un des appartements, inhabité, était entièrement occupé par des rayonnages de science-fiction, du sol au plafond. Toute la S.F dans un deux-pièces. Des autres mondes.
Après cette rude journée, nous avons été nous envoyer quelques gueuzes « mort subite » au troquet d'en face. Fallait bien ça.
"Je t'avais prévenu dit M. Raymond, t'as vu les loufdingues. Aller chez les gens, c'est encore ce que je préfère. Au moins, on se marre. Tandis que descendre dans les sous-sols, je supporte mal."
A la troisième chope, M. Raymond en verve raconte les aléas de son terrible métier. Il a la hantise des cafards maintenant. Il leur préfère encore les araignées grasses et larges comme des soucoupes qu'il découvre régulièrement dans les fosses septiques. Les araignées au moins ne pullulent pas. Les cafards en revanche attaquent et grouillent en masse. Après vingt ans de métier, il n'a jamais pu s'habituer à eux. Certaines expéditions ont laissé à M. Raymond de très insupportables souvenirs. Une nuit, dans le sous-sol humide d'une cité de banlieue, il se retrouve brusquement isolé au milieu d'un océan de cafards fuyant les caves désinfectées, prisonnier d'une moquette velue qui lui grimpe le long des jambes. Un peur panique s'empare de lui. Il crie sans pouvoir s'arrêter et piétine comme un fou les blattes qui l'encerclent. Une réaction hystérique, incontrôlée. Son compagnon de désinfection est obligé de l'emmener dehors pour qu'il se calme. Aujourd’hui encore, il en parle avec des accents révulsés. Une autre fois, M. Raymond entre dans un appartement abandonné depuis des semaines. Il ne remarque rien et s'assoit un moment pour se reposer. A cet instant, un vieux pot de yaourt abandonné sur le parquet avance de quelques centimètres vers lui. Puis, quelques livres oubliés remuent légèrement de droite à gauche sur un rayonnage. Des cartons poussiéreux se mettent gémir quand le pot de yaourt reprend sa reptation. M. Raymond balance un coup de brodequin dans le pot. Des cafards s'en échappent. Ils hantaient la maison. Il s’en souvient encore. Il est hanté.
La rencontre la plus épouvantable qu'a faite M. Raymond se déroule dans une chambre de bonne du XVIIe arrondissement. La croyant inoccupée, il force la porte. Tout de suite, une odeur nauséabonde lui tord les boyaux. Il ouvre la fenêtre et découvre une vieille femme morte depuis quelques jours, recroquevillée sous l'évier. Il veut la soulever mais la lâche aussitôt, saisit d'horreur. Son chat lui a rongé les jambes jusqu'aux os. Elle a les joues gonflées d'insectes et des cafards rampent sous ses vêtements comme dans un film d’horreur. M. Raymond vomit. Les cafards nous rapprochent de la mort.
Trois nouvelles chopes plus tard, M.Raymond raconte la guerre qu'il mène comme une quotidienne descente aux enfers. Il est aux avant-postes d'un combat impitoyable, le héros anonymes d'une saga millénaire contre la vermine et la décomposition. Aucune trêve, aucune faiblesse:
-C'est eux ou nous! crie-t-il en frappant la table. Les gens ne se rendent pas compte. Si on se laissait faire, les insectes nous rongeraient en un rien de temps. Tiens, tu vas voir dans les hôpitaux.
Quoi de plus sinistre que le jardin intérieur de l'hôpital Saint-Louis, ses massifs rouge et or sortis tout droit d'un cimetière, quelques vieillards en manteaux bleus de l'assistance qui errent d'un banc à l'autre, deux éclopés en chaise roulante en attente du ramassage. En entrant dans la salle C, j'ai la pénible impression d'entrer dans un mouroir. Des vieilles femmes hébétées végètent sur des lits de fer minuscules. Elles épluchent des oranges, lisent des illustrés et se regardent en chiens de faïence. Deux mètres à peine les séparent les unes des autres. Certaines ne possèdent que leur dentier. Les yeux éteints m'agrippent, et je ne me sens plus le courage de leur parler des cafards qui rodent.
Tout au fond de la salle, une jeune femme vient en visite, je me risque. Les cafards, elle explique, sortent la nuit et ramassent les miettes sous les lits. Ils se déplacent avec les tables roulantes qui apportent les repas. Sa tante alitée, les yeux caves, la peau sur les os, m'en parle avec résignation.
-J'en vois souvent aux toilettes. Dans les WC, il y a des seaux hygiéniques pour les femmes. Le sang les attire, vous comprenez. Bien sûr, l'hôpital désinfecte de temps en temps, mais qui s'occupe des vieilles bonnes femmes en train de crever ?
Une infirmière-en-chef confirme la présence des cafards. L’hôpital Saint-Louis a tout de la vieille bâtisse fissurée, les locaux sont chauffés toute l'année et les cafards y prennent leurs aises. L'hôpital est visité tous les deux mois par les services d'Hygiène Publique, mais les insectes reviennent toujours. Il faudrait détruire les bâtiments pour s'en débarrasser, dit-elle. Le même problème se pose dans tous les vieux hôpitaux de Paris, La Pitié, Tenon, Cochin, Saint Anne. Les risques de contagion par les cafards ? Ils sont probablement minimes, explique l’infirmière, surtout depuis la suppression des grandes salles communes. La division en petites unités médicales permet une surveillance plus attentive et évite les contagions.
Le vrai danger des cafards, selon l'infirmière-en-chef, ils dépriment les malades. Mais que faire ? Ils reviennent, comme les rats.
Après ma visite à l'hôpital Saint-Louis, les cafards commencent à m'obséder. Je vais finir par en voir partout. Un petite tâche sur le mur, je tressaille. Une nuit, je rêve que je suis enterré vivant et que les cafards envahissent mon cercueil comme un filet d'eau remplit une baignoire. Nous cherchons à nous débarasser des animaux qui nous déplaisent, de ne plus vivre qu'avec des chienschiens champouinés, mais la vermine revient dans nos cauchemars : regardez "Alien", la terrifiante créature du film de S.F, c'est une sorte de blatte géante. Le lendemain matin, décidé à conjurer mes frayeurs, je file à la Bilbiothèque Nationale. Sagement accoudé sur le cuir d'une des longues tables de travail, je manipule d'imposantes encyclopédies. A trois rangées de moi brille le crâne poli d'un de nos philosophes, Michel Foucault, qui travaille à son ambitieuse "archéologie" des sexualités européennes.
Après de longues heures de recherche, j'arrive à isoler sept grands principes ou aphorismes cafardeux.
1) Les cafards, comme les préservatifs, changent de nom selon les pays. En France le cafard s'appelle la "blattela germanica", la blatte germanique, en Allemagne, elle devient la blatte "française" et en Russie, la "Prussienne". Chaque pays attribue au voisin l'origine de la vermine.
2) Les cafards sont indestructibles. Ils vivent sur terre depuis trois cents millions d'années, depuis les forêts de prêles et les fougères géantes du Carbonifère. Ils ont gardé sensiblement la même morphologie, mais non la taille. Les plus anciens spécimens retrouvés prisonniers dans de la résine, passeraient aujourd'hui pour de belles mygales tropicales.
3) L'homme est le Messie que le cafard attend depuis toujours. Pour le cafard, l'être humain est un compagnon de fraîche date, l'aubaine des derniers millénaires. Ses cités géantes sont pour notre blatte autrement plus accueillantes que les fourmilières. Les monceaux de victuailles qu'Homo Sapiens abandonne derrière lui en font l'animal le plus agréable à parasiter.
4) Les cafards rapetissent pour mieux nous ronger. Leur capacité d'adaptation et de mutation, comme celle de tous les insectes, est rapide. Dès leur arrivée dans les villes européennes, ils ont rapidement atrophiés leurs ailes et, en un siècle, ils ont rapetissé d'environ trois fois leur taille. Aujourd'hui, une nouvelle génération de cafards, plus petite et mieux adaptée à l'étroitesse des interstices de constructions urbaines supplante la blatte germanique. C'est le Suppella Suppellictilium, un cafard miniature long d'un centimètre, appelé "cafard des télévisions" en raison de son goût pour les tièdes installations électriques de nos cités. Sa progéniture est aussi minuscule qu'une tête d'épingle.
5) Les cafards sont les futurs maîtres de la terre. Comparé à celui du cafard, l'essor de l'homme paraît impétueux et inventif. Mais l'homme ne possède pas cette faculté de mutation et de résistance expérimentée depuis des temps incommensurables. En cas de bouleversement brutal de notre environnement – guerre, catastrophe ou cataclysme- l'homme a peu de chance de survivre. Il n’aura pas le temps de s’adapter. Le cafard, lui, mutera aussitôt pour s'adapter aux nouvelles conditions - d'ailleurs le célébre spécialiste des insectes, un des pionniers de l'éthologie, Karl Von Fritsch pense qu'ils nous succéderont quand nous nous serons auto-détruits. Le nombre de mutations possibles d'une espèce augmente avec le nombre d’individus, et les acquis des générations précédentes. En un an, le cafard engendre cinq nouvelles générations. Leurs pariades incessantes induit une grande variété de descendants, qui favorise la sélection des plus adaptés. Ajoutez cette capacité à tout ronger, supporter le froid et la chaleur, et cela fait que la blatte envahit n’importe quel environnement. L'homme, lui, en une année, connaît une seule reproduction, cherche chaque soir un lieu protégé pour dormir, résiste mal au froid. Les cafards sortiront vainqueurs de la lutte pour la survie, si les choses terrestres se gâtaient.
6) Les cafards se jouent des pesticides. Les études faites sur la capacité des cafards à résister aux insecticides mènent à deux types de conclusions redoutables. Soit les populations s'y accoutument et finissent pas devenir insensibles. Soit, sous l'effet sélectif des poisons employés, des cafards génétiquement adaptés aux pesticides apparaissent. Dans les deux cas, les cafards résistent ensuite au gazage et transmettent à leur descendance des plasmides cuirassés contre l'empoisonnement.
7) Les cafards jouent un rôle culturel décisif depuis 1920. Depuis 1920, le mot « cafard » signifie déprime en français, ce que Baudelaire nomme aussi le « spleen » et le jazz le blues. Le « cafard » a ainsi nourri la littérature et la musique de ce siècle, voilà une intéressante revanche de cet insecte méprisé. En anglais, le cafard -l'animal- s'appelle le roach. Dans le vocabulaire des fumeurs d’herbe, il désigne le mégot d'un joint. Le roach, c'est le moment de l'ultime bouffée, la plus acre, la plus concentrée. Pourquoi roach ? Le mégot haschichin est toujours noir, luisant et ratatiné comme l'insecte.
Autres cafards historiques: Kafka dans La Métamorphoe se transforme en une espèce de cancrelat ; les Beatles chantent les cafards de l'album Let it be ; le dessinateur américain Shelton a publié plusieurs ouvrages sur les dialogues hilarants des cafards derrière nos plinthes et avec nos chats; Patricia Highsmith a écrit le Carnet de bord d'un respectable cancrelas ; au Mexique, le cafard était le symbole de l’armée révolutionnaire de Pancho Villa: cucaracha veut dire blatte.
DANS LA BAIGNOIRE A BLATTES
Ces fouilles à la Bibliothèque Nationale ont dissipé mes angoisses. Je prends les cafards en affection, leur incroyable ténacité m'émeut, leur prodigieuse histoire m'impressionne. Je leur trouve une sombre beauté. Chez moi, je les observe à la loupe lorsqu'ils découpent les croûtons de pain en jouant des mandibules. Grands comme des taureaux de corrida, ils impressionneraient les arènes ! Ils mènent une vie simple, partagée entre des orgies sous le radiateur et des razzias nocturnes. Ils sont peureux inoffensifs et assez discrets. Je pense à eux en traversant le Jardin des plantes. Je vais au service d'entomologie du Muséum d'Histoires Naturelles voir M. Ronscoff, spécialiste des orthoptères et des blattoptères, auteur de plusieurs émissions de télévision fameuses sur les insectes.
M. Ronscoff me reçoit dans un petit laboratoire aux faïences ensoleillées qui domine le jardin. Il a tout du professeur d'histoire naturelle, blouse blanche, boucles revêches, fin collier de barbe, un débit lent et didactique. Il caresse ses paumes l'une contre l'autre pour m'expliquer combien les cafards aiment "le chaud, le serré et l'humide". Aucun doute possible, M. Roscoff aime les cancrelats.
-Le dégoût qu'ils inspirent, s'énerve-t-il, est une affaire d'ignorance. Les gens ne prennent pas le temps de regarder ce qui les entoure, voilà le drame. Ils ne luttent pas contre leur première réaction de peur et réagissent pas la violence. C'est l'attitude bornée type. Si vous étudiez, ne serait-ce que cinq minutes un cafard, vous commencerez à comprendre le monde des insectes. Les insectes sont les rois du milieu terrestre depuis toujours, et on les délaisse. Ils ont conquis tous les espaces, vivent au Pôle Nord comme à l'Equateur, sous terre ou au sommet des plus hautes montagnes. En regard, l'homme est un infirme et un besogneux. Les insectes comptent environ quatre millions d'espèces et les vertébrés, dont l'homme fait partie, seulement trente deux mille. Et pourtant à la télévision, sur les dix émissions que j'ai réalisées eux, deux seulement sont passées. Elles déplaisent au producteur. Certaines scènes de combats leurs étaient insupportables. Et j'ai dû me bagarrer pour que la musique d'accompagnement ne soit pas tragique et métallique !
Je lui raconte ma visite à Attila. M.Ronscoff vocifère:
-Quelle escroquerie! Ces sociétés de désinfection entretiennent les gens dans une crainte maladive des insectes. Elles racontent n'importe quoi! Que les cafards sont les vecteurs de la poliomyélite, qu'ils sont des foyers d'infection! C'est faux. Les cafards transforment les germes existants, sans plus. Ils sont moins dangereux que les moustiques. Le calcul de ces sociétés est simple: plus les gens ont peur des insectes, plus elles s'engraissent. Elles traitent les immeubles tous les ans, voire tous les six mois ou tous les trois mois. C'est inefficace. Les cafards se reproduisent tous les deux mois et les oeufs incubent en deux semaines. Quand les petits naissent, l'insecticide a perdu de sa puissance et les cafards reviennent rapidement. Les sociétés s'assurent ainsi une rente régulière sur les dos des craintifs. Avec elles, les cafards ont trouvé leurs parasites.
Quand nous parlons des insecticides, M. Ronscoff blémit.
"Les insecticides sont des gaz de combats testés sur les insectes. Vous augmentez les doses et ils massacrent les hommes. Utilisez une bombe à gaz pour détruire des cafards, c'est aussi absurde que d'envoyer une bombe atomique pour détruire un cabanon. Un seau d'eau de lessive avec un sucre en appât suffit. Qui tire les ficelles de ce gâchis? Les grandes sociétés chimiques comme Bayer, Pechiney, Shell qui ont trouvé dans la vente des bombes insecticides un marché phénoménal. Elles se sont débrouillées pour avoir le monopole des autorisations légales. On découvre aujourd'hui que les produits chimiques ont bouleversé les écosystèmes en détruisant sans distinction les parasites et leurs ennemis naturels, en empoisonnant les oiseaux insectivores, en empêchant la pollinisation par les insectes. Cela fait des années que les entomologistes dénoncent ces destructions stupides. On commence à revenir aux insecticides végétaux et biologiques, comme les coccinelles par exemple, qui mangent les pucerons.
Sur ces phrases dramatiques, M. Roscoff se lève et me fait signe de le suivre. « Venez, je vais vous montrer des cafards comme vous n'en avez jamais vus. »
Il m'entraîne dans les corridors déserts du bâtiment d'entomologie. A chaque étage, une salle immense est consacrée à la classification et la conservation des insectes. Ils sont crucifiés et étiquetés dans des boîtes étanches alignées sur des rayonnages.
-Regardez ces dix rangées de boîtes qui montent jusqu'au plafond. Elles contiennent uniquement les variétés connues de punaises. Il y a ici cinq étages d'insectes et autant dans un bâtiment voisin.
Au rez-de-chaussée, M. Ronscoff sort une clé et m'ouvre la porte d'un petit jardin touffu. Les oiseaux piaillent, l'herbe est tendre et j'oublie Paris. Tout au fond, je distingue une maisonnette. Une chaleur moite règne à l'intérieur. Des cages de verre l'encombrent. Elles contiennent toutes sortes d'insectes vivants. Des araignées aux pattes immenses figées dans des toiles neigeuses, des scarabées arc-en-ciel, de difformes bâtonnets rampants, des sculptures translucides. M. Ronscoff les caresse de l'oeil, leur donne là des feuilles, ici un peu d'eau. Il m'entraîne dans une pièce plus sombre, devant une grande caisse.
-Regardez, des brésiliens!"
Il soulève le couvercle. Un matelas vivant de cafards longs comme des cigarettes ondule dans la boîte. M. Roscoff les caresse pour les faire bouger. Il en prend un et me le montre à la lumière. A côté, nos cafards parisiens sont minables. Je constate soudain que ces monstres tropicaux ne me traumatisent plus. Aucune répulsion. M. Ronscoff explique :
-J'en ai mangé, en Afrique. Ils ont un petit goût acide pas désagréable.
En sortant du Muséum, je vais déjeuner entre les bisons et les zébus, dans l’odeur fraîche du crottin, en restaurant en plein air du jardin zoologique. Après le café, je m'abandonne à la douceur de la journée et somnole sous les frondaisons. Un amusant poème vient me trotter sous la coiffe, un blues langoureux et très sensuel. Je vous le retranscris sans en changer un mot.
Voici un grain de riz, un postillon sucré
Un cristal de coke, un graillon caramel
Croque mais lève tes antennes ma belle !
Si la lumière s'allume, secoue tes six pattes
Avant que le gaz ne t'attrape !
Toi ma blatte à la chtinine nerveuse
Ton noir cancrelat veut te rendre heureuse
Si tu n'as pas mal aux mandibules
A minuit, je t'invite sous l'évier
Tant mieux si les autres pullulent
Car avec toi, j'aime grouiller !
Oh oui j'aime grouiller.
08:40 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
La plupart de mes femmes m'ont progressivement quitté après que je leur eusse expliqué mes talents d'entomologue amateur spécialisé cafards. Bravo et merci pour ce superbe article, digne des plus antho(mo)logique du toujours regretté Actuel.
Ecrit par : Flo | mardi, 11 septembre 2007
ah , enfin ! j'ai élevé Ernest l'hiver dernier sous un verre avec mon ami ...J'en garde une tendre nostalgie !
http://esquilae53.vox.com/
Ecrit par : zivvoug | jeudi, 18 octobre 2007










