jeudi, 19 avril 2007

PROFESSION SALAUD.

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News News News. Sortie de l’essai « Profession salaud. Une manière d’être en entreprise » (Palio) signé par un polytechnicien de 52 ans, cadre supérieur de la banque, l’édition, puis de l’informatique. Un livre qui réfléchit aux relations de la « culture du résultat » obsessionnelle en entreprise, jusqu’à la déresponsabilisation de chacun transformé en activiste du « chiffre », associé à un « management par le stress ». Résultat : les salauds prolifèrent de la base au sommet, le harcélement devient une méthode de travail. Un livre qui aide à réfléchir alors qu'en quelques mois quatres cadres se sont suicidés au "technocentre" de Renault à Guyancourt (Yvelines)
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Un fait-divers survenu l’hiver 2006. Nous sommes dans un supermarché de la région parisienne, les clients se pressent aux caisses. Une directrice d’école téléphone, veut parler à une caissière car son fils la réclame, les pompiers l’ont emmené en urgence à l’hôpital. Mais le chef refuse de passer la communication à l’employée. Il expliquera : « Si je l’avais prévenue, elle aurait quitté son poste, je n’avais personne pour la remplacer. » Cet homme a donné la priorité au rendement plutôt qu’à un drame personnel. Il a choisi l’intérêt de l’entreprise avant celui de la salariée. Il a privilégié le résultat - le chiffre d’affaires -, quitte à se comporter humainement en salaud. Ce dont l’accusera ensuite la jeune caissière. Comment est-on arrivé là ?


MANAGEMENT PAR LE STRESS
Dans quelle situation un citoyen décide-t-il d’être salaud, de bafouer un droit humain ou social – voire sa propre estime ? Cela arrive de plus en plus à l’intérieur d’industries où « la culture du résultat » prime sur toute la culture d’entreprise, analyse Claude Lussac, polytechnicien et cadre supérieur, dans son essai « Profession salaud ». La parcellisation des taches, toutes dévouées à un rendement surveillé par un « reporting » permanent, l’exécution performante des prescriptions autoritaires des directions, la diminution croissante de la responsabilité et de l’initiative – le « néo-taylorisme contemporain » écrit Lussac - finissent par fabriquer des employés et des cadres « conformes et homogènes ». Chez ceux-là, au travail en tout cas, la conscience sociale et morale – sinon écologique – « sort du champ des préoccupations ». Seuls le résultat, le chiffre, comptent - d’autant plus quand votre place en dépend, et qu’un esprit de compétition acharnée est entretenu. La prolifération du salaud au travail, de la base au sommet, s’expliquerait par cette hantise du résultat, associée à la déresponsabilisation. Remarquons qu’elle s’accompagne presque toujours d’un discours managérial qui la justifie.
Se comporter en salaud avec une « petite main », harceler un cadre mal vu, ne serait pas immoral dès lors qu’une idéologie de la « lutte pour la vie » règne dans l’entreprise, qui considère l’élimination des moins performants et des faibles comme un processus naturel. Ou alors, le management emploie le vocabulaire de « la guerre économique » et des "soldats de la concurrence", une idéologie pourtant jugé enuisible par des économistes libéraux comme Paul Krugman et Joseph Schumpeter, qui ne cessent de répéter : une entreprise ne se conduit pas comme une armée, le "bon accord" commercial et le "win win" (gagnant gangant) dominent dans les relations économiques, un dirigeant d’entreprise n’est pas un officier qui accepte de sacrifier a priori un nombre de pertes – ou de suicides, comme on l’a vu récemment chez Renault. Alors pourquoi le chef de service du supermarché ou d’ailleurs se comporte-t-il en salaud ? L’argument cynique l’emporte sur tous les autres, explique Lussac, avec en arrière plan la peur d’être remplacé :
« Si je ne le fais pas, un autre le fera ». En cela, le salaud au travail ressemble au « salaud » imaginé par Jean-Paul Sartre, cet homme de « mauvaise foi » qui se délivre de l’angoisse de juger par lui-même, de résister, de choisir, en se réfugiant derrière son travail, sa hiérarchie ou les préjugés de sa caste. Il rappelle le cadre obéissant capable de torturer pendant un test d’embauche, repéré par les expériences de Stanley Milgram dans « Soumission à l’autorité ».

CPE, CONTRAT SALAUD ?

Si ces dernières années, le « management par le stress » recule comme étant contre-productive, et l’éthique gagne l’entreprise, on regrettera que la « culture du résultat » soit devenue l’idéologie politique du candidat Nicolas Sarkozy : une tendance très en vogue chez la droite européenne ( de Margaret Tatcher à Silvio Berlusconi) pour qui le modèle de gestion de l'entreprise efficiente devrait être transposé à la gestion des questions de société comme des services publics. Appliquée à des situations sociales sensibles, un tel management privilégie « le chiffre » - de la délinquance, des sans papiers, de l’immigration, etc. - au détriment des accords et contrats qualitatifs, de l’approche humaine cas par cas et du long terme. Cela, tout en stressant et déshumanisant les fonctionnaires, qu’ils soient policiers ou juges, tout en menaçant les journalistes qui remettent en cause les fameux « résultats » : émeutes jamais vues et coûteuses, guerre à la jeunesse, prisons surpeuplées et indignes, rejet écoeuré du CPE (le « contrat salaud », où on licencie sans explication), familles immigrées séparées, etc. Attention, en politique, petit salaud devient vite grand. 

Profession salaud. Une manière d’être en entreprise. Claude Lussac. Palio. 190 p. 16€.

Commentaires

"Culture du résultat" de Nicolas Sarkozy, parlons-en !
Quels sont les résultats de la politique de notre ancien ministère de l'intérieur sur les questions de la sécurité et des banlieues ?
-les structures d'accueil des jeunes ont été supprimées, les associations qui essayaient de les intégrer, leur faire faire du sport, des activités de groupe, etc...
-la notion de police de proximité a été évacuée, alors qu'elle permettait de dédramitser les relations avec les forces de l'ordre
-la police, renforcee uniquement dans ses fonctions repressives, s'est lâchée - elle se montre violente, accumule bavures, et est désormais unaniment détestée. Ce qui crée un cercle vicieux dangereux, encourage les provocations des deux côtés.
-les banlieues ont connu les plus grandes émeutes jamais vues, qui ont coûté des sommes colossales, et aggravé la coupure entre les jeunes et la police et la population.
Des beaux résultats !

Ecrit par : Hugo | mercredi, 09 mai 2007

Félicitations pour l'article précédent et encore plus celui sur les néanderthaliens. Enchanté d'avoir fait votre connaissance. Au plaisir de se revoir.

Ecrit par : PIERRE JOUVENTIN | jeudi, 14 juin 2007

Les gens ont l'instinct d'auto-une le plus prioritaire que l'instinct de sacrifice de soi.

Ecrit par : nazy Barcelona Hotels | vendredi, 27 mars 2009

Voici les fruits du capitalisme.

Ecrit par : Shotin Moscow Hotel | mardi, 28 avril 2009

Un tel comportement n'est pas surprenant, dans le cadre du système actuel de relations sociales et économiques entre les personnes.

Ecrit par : Classifieds | lundi, 18 mai 2009

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