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mercredi, 28 mars 2007

"BOMBAY. MAXIMUM CITY" par SUKETU MEHTA

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NEWS NEWS NEWS Le salon du livre ouvre ses portes, et consacre cette années les écrivains indiens, notamment  : U.R ANANTAMURTHY • Rupa BAJWA • Sarnath BANERJEE • Shyam BHAJJU • Urvashi BUTALIA • Upamanyu CHATTERJEE • Amit CHAUDHURI • Abha DAWESAR • Shashi DESHPANDE • Gita HARIHARAN • Mushirul HASAN • Ruchir JOSHI • Sudhir KAKAR • Sunil KHILNANI • Gopi Chang NARANG • Anita RAU BADAMI • Lavanya SANKARAN • Alka SARAOGI • K. SATCHIDANANDAN • Irwin Allan SEALY • Vikram SETH • Ravi SHANKAR ETTETH • Kalpana SWAMINATHAN • Tarun TEJPAL • Shashi THAROOR • Altaf TYREWALA • Krishna Baldev VAID • Udaian VAJPEYI • Pavan K. VARMA • M.T. VASUDERAN NAIR.
Nous avons rencontré l'un d'entre eux, SUKETU MEHTA, auteur d'un prodigieux reportage fleuve sur Bombay (aujourd'hui Mumbai), "Bombay Maximum City" (Buchet Chastel), qui lui a pris trois ans. Pendant 700 pages pleines de rebondissements et de rencontres, l'auteur décrit de l'intérieur la folle mégapole indienne. Ses bidonvilles où s'entassent 9 millions d'habitants, où se réfugient les voleurs et tous ceux dont la vie s'effondre, sa pollution effrayante avec ce soleil devenu invisible les jours de "fog", sa classe moyenne en expansion faisant vivre d'innombrables petits metiers et craignant toujours de redescendre, ses familles richissimes de Malabar Hill et des producteurs de Bollywood, ses quartiers musulmans inquiets, menacés par les hindouistes radicaux depuis les derniers attentats islamistes, ses voleurs et ses trafficants, ses prostituées rodant dans les quartiers réservés, ses tueurs payés 500 euros. Bombay, mégapole du Sud, l'avenir du monde - et déjà le présent. "Une nouvelle espèce humaine, une espèce surpeuplée et suburbaine" dit Suketu Mehta.

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dimanche, 11 mars 2007

DEFENSE DE LA PORNOGRAPHIE. CRITIQUE DE LA "DEMOLITION FILMEE"

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(Capture d'écran du film suédois, "Shocking Truth", réalisée par une ancienne du X, où une actrice déclare : "Je me hais moi-même")

News News News La critique de la pornographie très violente, la "démolition filmée", appelée parfois "gonzo", se développe dans certains milieux des défenseurs de la pornographie - une preuve de lucidité et de courage. Le magazine Technikart, amateur éclairé de pornographie, publie quatre pages sur le thème "Le porno va-t-il trop loin", donnant la parole à l'ancienne actrice X Nina Roberts, très remontée contre le "gonzo" - comme le sont les actrices françaises Rafaëlla Anderson, Priscila Sol, ou Adeline Lange. Le mensuel "Philosophie Magazine" publie ce mois-ci un dossier "Sexe et morale", où l'actrice et réalisatrice de cinéma X Ovidie déclare : "Ce que les féministes reprochaient au porno il y a dix ans, et qui à l'époque, n'était pas vrai, est en train d'arriver aujourd'hui. C'est surtout le porno américain (hardcore), qui va toujours plus loin. Les filles sortent des tournages avec des bleus et le sourire". Elle ajoute : "Moi je suis en sursis, comme tout ceux qui essaient de faire du porno un peu inventif." Sur le site ACT UP, qui publie la liste des dizaines de "travailleurs du sexe" décédés du sida sur des productions pas regardantes, on trouve un manifeste intitulé "Les génies du porno" (www.actup.paris) signé par douze actrices et acteurs connus, questionnant le cinéma "bareback" homosexuel, sans protection. Mais sans doute ces violences ne sont rien au vu de ce que certaines productions illégales s'autorisent dans les pays du Sud : les films X avec animaux en Afrique, ou des enfants au Cambodge (ci-joint un article du Cambodian Time : www.camnet.com.kh_.webloc /http://www.camnet.com.kh/cambodia.daily/selected_features/cd-Jan-10-2007.htm) 

En regard de ce questionnement, voici l'article d’Isabelle Sorente publié dans la revue BLAST en 2002, qui a suscité un intense débat sur le Net. Amatrice occasionelle de cinéma X, le défendant contre les féministes prohibitionnistes, elle avait mené une des premières enquêtes sur la pornographie hardcore, très dure pour les actrices.

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LE PORNO A LA CHAÎNE.

 Les témoignages non-officiels des coulisses de l'industrie du sexe sont rares. Ils m’ont toujours intéressée, sans doute car je suis amateur de cinéma X et d’art pornographique, et opposée à sa prohibition. J’ai toujours vouloir savoir ce que disaient les actrices de leurs prestations. J’ai toujours aussi pensé que ce devait être un rude métier, au vu de ce que les actrices encaissent pendant certains tournages « hardcore ». En 2002, pour un reportage dans le magazine Blast, j’ai visionné un film présenté au parlement suédois, rassemblant des confidences et des témoignages d'actrices, de policiers, de producteurs sur l’industrie de la pornographie : "Shocking Truth", « La vérité choquante »,  qui questionne la diffusion à la télévision de films pornos violents, où les actrices sont maltraitées. Ce film, réalisé par une ancienne actrice du X, montre comment certains tournages de l’industrie « hard core » tournent parfois à des scènes très brutales, humilantes, éprouvantes pour beaucoup de jeunes actrices mises sous pression, souvent livrées à de nombreux hommes pas tendres.

L’ancienne actrice du X Rafaëlla Anderson a déjà raconté cette vie rude et sans pitié dans son récit Hard (Grasset, 2001). Je l’ai interviewée dans le cadre de ce reportage (paru dans Blast en 2002) où je raconte l’histoire du film Shocking Truth, et décris certaines habitudes violentes prises dans un cinéma « ulra hard » tourné à la chaîne, par des sociétés sans aucun respect pour les actrices, décidées à fournir en quantité des DVD et des petits films Internet. Ces habitudes me semblent graves et périlleuses. Elles rappellent parfois les conditions de travail harassantes auxquelles on soumettait les femmes et les adolescentes dans les ateliers du XIXe, quand les jeunes ouvrières s’esquintaient dans les usines chimiques et textiles, n’avaient aucun droit, payaient de leur physique. Les actrices du X, et les « travailleuses du sexe » en général n’ont aucun droit aujourd’hui, peu d’associations les défendent en Europe, et beaucoup d’actrices X n’arrivent même pas à être considérées comme des intermittents du spectacle. Elles morflent. Elles baisent à la chaîne. Elles n’ont souvent aucun droit de suite. Aucun contrat valable.

Dans cette enquête, j’ai voulu interroger la pornographie de la pornographie. J’ai voulu montrer un certain dérapage d’un artisanat devenu une industrie, sans demander aucune interdiction de la pornographie, sinon la protection et le respect des actrices. Il a été publié quatre ans avant que le cinéma « hard core » - dit de la « démolition filmée », ou encore du « gonzo » - commence à être partout critiqué pour sa violence, tant par beaucoup d’actrices du X, des acteurs gay, des réalisateurs, des associations comme Act Up, que par des articles et des enquêtes publiés dans toute la presse.

Isabelle Sorente, janvier 2007

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samedi, 10 mars 2007

"PRESIDENTIELLES, GARE AU PATERNALISME, COMME AU MATERNALISME". RUWEN OGIEN, PHILOSOPHE, DEFENSEUR D'UNE ETHIQUE MINIMALE

NEWS NEWS NEWS. À chacun son « Jaurès », sa défense de la « famille », de « l’ordre juste », de l'"encadrement militaire" des jeunes délinquants, le débat électoral de la présidentielle tourne autour des valeurs morales. Faut-il s’en féliciter, ou craindre l’intrusion d'un moralisme autoritaire, législateur, dans le débat public ?
Pour y réfléchir, nous avons rencontré le philosophe Ruwen Ogien, partisan d’une « éthique minimale », auteur de « L’éthique aujourd’hui. Maximalistes et minimalistes » (Gallimard, 2007), et défenseur inconditionnel de la liberté individuelle. (Entretien paru dans le Monde 2/mars 2007)

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Ruwen Ogien (DR) 
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Lui s’était présenté « Moi, c’est Morale ». Une trentaine de participants à l’épais « Dictionnaire de la pornographie » des Presses Universitaires de France (PUF) s’étaient réunis à l’automne 2006 pour la sortie de l’ouvrage – 450 entrées, de « Abjection » à « Zoo humain », un pavé de 570 pages témoignant des nouvelles « études sexuelles » françaises. Chacun se présentait avec le titre de l’article qu’il avait rédigé, un historien aux cheveux blancs s’appelait « Orgie », ce journaliste littéraire « Strip-tease ».  « Morale » c’était Ruwen Ogien, philosophe, un des représentants marquants de l’école analytique française depuis 15 ans, auteur en 2003 de l’essai « Penser la pornographie » (PUF). Il y préconise d’adopter une position morale « neutre » - absence de jugement, anti-prohibitionnisme - vis-à-vis de la pornographie, comme sur toutes les questions concernant les mœurs individuelles.
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epuis quelques années, une des grandes préoccupations philosophiques de Ruwen Ogien est le paternalisme, c’est-à-dire la morale intrusive, «maximaliste », prétendant juger tous les comportements humains, même ceux qui concernent la sexualité ou l’« action sur soi-même » (comme le goût pour la solitude, la paresse ou l’usage de psychotropes). Dans « Pourquoi tant de honte ? » (Pleins feux, 2005), il nous montre comment le sentiment de « honte », de plus en plus médiatisé aujourd’hui, ne saurait tenir lieu de morale – et encore moins la fonder. Dans « Le rasoir de Kant » (L’éclat, 2003), il s’attache à  montrer qu’il est inutile de multiplier les normes morales sans nécessité, en dessinant ainsi les contours d’une éthique « minimaliste » mais non moins propre à la vie sociale. Dans « La panique morale » (Grasset 2004), il étudie comment les jugements moraux portés contre l’homoparentalité, la bisexualité, le clonage thérapeutique, la prostitution libre ou la pornographie relèvent de réactions d’affolement d’une morale « maximaliste » égarée par la modernité, ou d’une pensée démocratique incapable d’accepter ses propres principes.
Ruwen Ogien entend continuer les travaux initiés par les grands penseurs libéraux de la liberté, l’éthique et la justice : John Stuart Mill et son célèbre « harm principle » - le principe de « ne pas nuire à autrui », le seul principe qu’il serait légitime d’invoquer dans une société démocratique pour régler les relations de la société et de l’individu-, et John Rawls, l’auteur fameux de la « Théorie de la justice » (1971) et défenseur du principe de « neutralité de l’État » à l’égard de ce que chacun considère comme son « style de vie ». L’originalité de Ruwen Ogien est de transformer ces principes politiques en principes moraux. Il travaille à définir une « éthique minimale » ou « modeste » qui soit rationnelle : non pas fondée sur les valeurs, mais sur des normes a minima, cohérentes entre elles, acceptables par tous :  «Une éthique qui exclue les devoirs moraux envers soi-même et refuse tous les programmes vertueux de perfection personnelle , les deux piliers de la morale traditionnelle. »  Il l’expose de façon systématique dans « L’éthique aujourd’hui. Maximalistes et minimalistes » (Gallimard, 2007).
Que pense Ruwen Ogien du débat politique actuel sur « les valeurs », autour duquel tourne toute la campagne électorale ? Entretien.

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