« LA TUNISIE DE CE BON GENERAL BEN ALI FELICITEE PAR NICOLAS SARKOZY | Page d'accueil
jeudi, 08 mai 2008
MINCE POUR TOUJOURS.
NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".
(Campagne publicitaire d'Olivio Toscani contre l'anorexie)
En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger véhiculées telles qu'elle sont véhiculées par les ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, les campagnes de santé gouvernementales - sans oublier certains journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)
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CETTE ENQUÊTE DEBUTE PAR LA LECTURE DES FEMININS...
Attention, avant chaque repas « On repère les faux amis ! » prévient l’article diététique d’été d’un grand féminin. Méfiez-vous du champagne doux, évitez les bulots (plus caloriques que les huîtres), et gare aux gaufrettes ! Suivent 35 injonctions à toute malheureuse qui s’abandonnerait aux douceurs des vacances : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ». « On » c’est qui ? C’est toutes les femmes. « On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking » : on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (pris à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).
Et surtout : « On ne se prive de rien."
Ces programmes ascétiques envahissent de façon chronique les journaux féminins et la pléthore des livres - tous contradictoires - consacrés aux régimes : « Régime starter », « Régime des paresseuses », « Régime brûle-graisse », « Régime hypotoxique », « Régime Miami », « Régime des Stars », « Régime Crétois », « Régime dissocié », « Régime sans sucre », « Régime des pâtes », «L’alimentation crue », « La méthode Clemenceau », « Diététique minceur », etc. Aujourd’hui la diabolisation de la nourriture et la confusion des régimes sont devenues tellement fortes, courues, banales que de nombreux médecins, nutritionnistes, psychiatres, biologistes de l’alimentation, sociologues, psychologues sociaux et même des romanciers ont repéré dans le public une nouvelle « peur de manger », assortie d’une « morale de la restriction » qui va s’aggravant. Des faits-divers de l’actualité récente confirment ce constat : des mannequins sous-alimentés meurent d’épuisement, le festival Moda Barcelona refuse des jeunes femmes trop maigres pour les défilés (plus de 1,75 m, moins de 50 kilos), l’anorexie et la boulimie se développent en Europe après les Etats-Unis (rapport Obepi 2006), des jeunes filles de 11 à 13 ans pas du tout en surpoids commencent des régimes, de nombreux adolescents ne savent plus manger ni boire - certains nutritionnistes parlent de leur « réapprendre le vin ».
« De plus en plus de gens nous consultent non pas pour des questions de poids ou d’anorexie, mais parce que se nourrir est devenu un grave problème, explique Gérard Apfeldorfer, médecin psychiatre, auteur de l’ouvrage « Dictature des régimes, attention ! » (Odile Jacob, 2006). Pour eux, chaque repas devient un casse-tête. Que manger ? Est-ce trop riche ? Pas assez ? Vais-je maigrir ? Grossir ? Ils sont perdus. Ils y pensent sans arrêt. Cela tourne à l’épreuve quotidienne. Les femmes surtout consultent. Certaines nous demandent de les débarrasser de leur culpabilité de trop manger. Elles se disent prêtes à prendre des kilos à condition que nous levions leur angoisse face à la nourriture. Ce sont des demandes nouvelles. »
« Vous remarquerez que les régimes jouent autant sur la peur que sur la privation sensorielle, la frustration… » continue Gérard Apfeldorfer. Ouvrons un féminin à l’incontournable page des recommandations diététiques. On lit : « Plan 1 : placer sur la langue deux pastilles mentholées extra-fortes. La puissance de l’arôme, qui dure en bouche, dénature fâcheusement toutes les saveurs. Même les plus appétissantes nous rebuteront. » Ou encore : « On calme ses fringales : plutôt que se ruer sur les biscuits, autant avaler des éléments riches en précurseurs de sérotonine (œuf, soja, aubergine, prune, huile de colza) ».
« Voyez, la femme doit éviter de « se précipiter» sur ce qu’elle aime manger, continue le psychiatre. Elle doit « ruser » pour rester dans l’insatisfaction permanente, ne pas céder à ses désirs. Beaucoup de publicités jouent de ces ficelles, où la femme « craque » devant une tentation, gâteau, douceur... Nous sommes passés dans le registre du puritanisme. Se nourrir est devenu un terrain de bataille moral. On y prêche le nouveau catéchisme pour former les jeunes femmes idéales, sveltes, toujours jeunes, qui présentent bien. Imaginez les mêmes directives appliquées à la sexualité. « Tu ne dois pas mettre en bouche cela ! ». « Résiste à ce délice ! ». « Contente-toi de peu ! ». Cela ne marcherait pas... En même temps, on comprend les envies irrépressibles, à voir la tristesse de menus proposés par ces régimes.»
Des légumes vapeur, des laitages 0%, des poissons maigres au court-bouillon sans bouillon, de la dinde dégraissée, des bonbons sans sucre, du chocolat sans chocolat, des fromages sans gras, des blanquettes sans crème fraîche. Pour assaisonner, il faut ajouter des faux sucres, de l’huile sans lipide, des colorants, des exhausteurs de goût, des molécules qui imitent l’onctuosité du gras. « À s’alimenter ainsi, la personne se remplit, elle ne se nourrit pas, conclut Apfeldorfer. Elle ne mange pas, elle consomme de la minceur, des normes... Rapidement l’appétit la reprend. Son corps veut compenser ses manques énergétiques, assouvir sa faim trompée. Elle se remet à table, en culpabilisant, mange dans l’angoisse. »
Depuis des années, de nombreuses études ont été consacrées aux effets réels des régimes sur la durée. Tous montrent que jouer sur la peur des aliments, le volontarisme diététique échouent toujours. Une grande enquête menée dès 1959 aux Etats-Unis révélait que… 5% des personnes ayant suivi un régime minceur ont véritablement maigri. 95% ont repris leur poids très vite, ou dans les 2 ans. Même résultat dans les années 1970, 1980… Des enquêtes contemporaines, faites sur des prescriptions diététiques ou après des « thérapies cognitives » de pointe donnent les mêmes résultats : 90% d’échecs. On lit dans « L », le roman caustique d’Isabelle Sorente consacré à la « Ligne », un succès en poche depuis 2003 (J’ai Lu) : « Heureusement qu’ils ne fonctionnent pas, les régimes : sinon, depuis le temps qu’on en fait, il y a longtemps que nous aurions atteint le but ultime. Le poids zéro ! Disparaître, tel est l’idéal de la femme. » « Les régimes sont la maladie dont ils prétendent être le remède, ils sont iatrogènes, explique Jean Philippe Zermati, médecin nutritionniste, habitué à traiter l’obésité. Manger sans cesse dans la peur, en considérant les aliments comme des listes de calories, de nutriments ou d’« alicaments » (les aliments médicaments), tout en consommant produits allégés et coupe-faims, finit par égarer les mécanismes naturels de régulation de la faim, l’appétit, le choix juste des aliments, le plaisir de manger, les sensations de satiété. À la longue manger, cet acte vital, intime, quotidien, festif, plein de souvenirs et de savoir faire devient un supplice. Imaginez que vous ayez peur de dormir, ou de respirer ! Forcément, cela se répercute sur l’image de soi, fragilise la personne, rigidifie le caractère. »
Si la plupart de régimes ne font pas maigrir et entretiennent nos peurs alimentaires, ils développent aussi des fausses illusions en laissant croire qu’ils permettent d’atteindre un « poids idéal ». Pourtant le poids « idéal », qu’il soit médical ou esthétique, n’existe pas. Celui-ci varie selon la constitution de chaque individu, comme au gré de l’histoire des mœurs et des normes sur les questions d’allure, d’embonpoint et des marqueurs du genre sexuel. Depuis les années 1980, une « tendance » irrésistible se développe vers de plus en plus de minceur et de légèreté, prônant pour les femmes la « jeunesse » à vie, mettant en valeur un homme au ventre plat, presque androgyne, etc. Un cliché d’époque, et un énorme business d’époque : celui de la « sveltesse », du « 0% », du « light », de l’« édulcoré », de l’« équilibré ».
Le sociologue Claude Fischler, auteur de l’ouvrage devenu un classique, « L’homnivore » (Odile Jacob 2001), a montré comment l’idéal féminin fin de siècle de devenir une « Tanagra » (qui a succédé à la ronde « Callipyge » des années 1900) est tout simplement impossible à atteindre. Ce qui génère des angoisses massives. « Une infime minorité de femmes se trouvent biologiquement capables d’incarner l’idéal actuel, écrit Claude Fischler. Parmi les Américaines de 20 à 29 ans, 5% seulement sont aussi minces que les femmes de concours de beauté. En 1984, le magazine féminin Glamour effectua une enquête auprès de 33 000 femmes : 75% se jugèrent trop grosses … 66% voulaient suivre un régime (…) Pourtant 25% seulement étaient en surpoids.»
Le sociologue pointe ici ce que les recherches génétiques sur l’obésité révèlent depuis plusieurs années : notre poids, comme notre capacité à grossir et à maigrir, nos dépenses caloriques dépendent principalement de notre patrimoine génétique Nous sommes tous uniques et différents, chacun avec une couleur et une qualité de cheveux, de peau, de regard. Tous plus ou moins grands, gras, gros, costauds, charpentés. Pour la vie ! Mais voilà que les régimes et les « nouveaux prêtres alimentaires » prétendent défier l’hérédité, décrétant que tout un chacun peut changer la grande loterie naturelle, au nom d’un idéal d’uniformité : toutes des lianes, tous des minces charmants. Des études génétiques sur l’obésité faites en 2000 par des généticiens canadiens ont montré la diversité et l’inégalité de notre destin pondéral. Certaines personnes demeurent maigres, même en mangeant trop. D’autres naissent corpulents, grossissent vite et ne maigrissent plus. Le professeur en neurosciences André Holley, auteur de l’essai « Le cerveau gourmand » (ou comment notre palais repère 650 informations gustatives en mangeant du chocolat, Odile Jacob 2006), nous prévient : « Les modèles qui prônent l’extrême minceur tendent à imposer une norme sociale absurde et dangereuse. Ces injonctions ne tiennent pas compte de la diversité génétique des individus. Elles favorisent des dérives graves vers l’anorexie quand elles rencontrent un terrain favorable. »
Un des graves problème soulevés par les régimes de toutes sortes et la popularisation de la « diététhique » (la diététique transformée en morale), mais aussi des politiques alimentaires des gouvernements, c’est qu’ils nous laissent croire que nous pouvons contrôler notre corps - le maîtriser de façon rationnelle, commander à notre métabolisme et nos envies. Ils nous persuadent qu’une restriction opiniâtre de nos désirs, un économat serré de nos prises de calories et apports glucidiques, variété de « Carême permanent » (Claude Fischler), va nous sauver du mal : les « formes » (longtemps considérées comme « généreuses », voyez Marilyn et les actrices des années 1960), la cellulite (pourtant universelle), le « gros pétard » (le beau « wang » chanté par les musiciens sénégalais), le ventre (signe de joie du Bouddha chinois), l’épaisseur (la qualité de l’âge, hier), la rondeur (l’idéal au XIXe siècle, « le capital » des femmes en Afrique de l’Ouest et au Moyen Orient - je pense à cet ami camerounais,qui parle de beau "matos" pour les femmes rondes, et s'écrit dans les rues : regarde "Tos ! Tos ! Tos ! Ha comme elle sait faire bouger le capital", regrettant que les femmes grasses à Paris n'osent plus mettre en valeur leurs formes, assumer leur embompoint, faire rouler leur chair).
Deux psychologues canadiens, Peter Herman et Janet Polivy, ont identifié et décrit cet ascétisme comptable, qu’ils ont appellé « la restriction cognitive » ou « volontaire » : une frustration chronique et entêtée désormais considérée comme un modèle pertinent des comportements alimentaires contemporains. « La personne en restriction volontaire, explique en posychiatre Gérard Apfeldorfer, considère que la valeur personnelle est inversement proportionnelle au poids. Elle vit dans l’angoisse qu’un poids non surveillé augmente sans limite. Elle prétend à la maîtrise de tous ses désirs alimentaires. Tache impossible, car nos envies sont inconscientes, et nous mènent ! »

Les déboires dans la lutte publique contre l’obésité et le surpoids, aujourd’hui en progression constante en France comme en Europe, atteste de l’échec du volontarisme alimentaire et d’une diététique régnant par la peur. Le dernière enquête Obepi (Obésité-épidémiologie) rendue publique en septembre dernier, menée par l’institut Sofres-TNS auprès de 24000 Français, nous apprend que, statistiquement, 20 millions de personnes souffrent de problèmes de surpoids. Qu’est-ce que le « surpoids » ? Un « indice de masse corporelle » ou IMC supérieur à 25 : soit 80 kilos ou plus pour 1,75m. L’IMC, le poids divisé par la taille au carré, est reconnu comme un standard médical. Il donne une indication physiologique. Selon ces critères, la France compte 5,9 millions d’obèses, présentant un IMC entre 30 et 40 : 95 kilos et beaucoup plus pour 1,75m. Cela signifie 12,4 % de la population de plus de 15 ans. Des chiffres… imposants. Et en hausse constante. 8,2% d’obèses estimés en 1997, 11, 3% en 2003, 2,3 millions de nouvelles personnes en surpoids en 9 ans - surtout parmi les gens les plus pauvres. Pour tenter d’infléchir ce grossissement massif et d’endiguer les problèmes de santé associés (troubles cardiaques, vasculaires, psychologiques, diabète, etc), le gouvernement a lancé en 2001 un important « Programme National Nutrition Santé » (PNNS). En quoi consiste-t-il ? « Ce sont des recommandations nutritionnelles qui associent santé et plaisir, distribuées à 5 millions d’exemplaires …» déclarait à l’époque le ministre de la santé Xavier Bertrand. Ce plan de communication promettait de faire baisser l’obésité et le surpoids, déjà en forte progression, dans les 5 ans. Nouvel échec.

L’association « GROS », (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids), s’est fondée suite à ces insuccès répétés des politiques de santé. Elle propose des solutions alternatives, visant à dédiaboliser les aliments et l’acte de manger - à lever nos peurs alimentaires. GROS regroupe des médecins nutritionnistes, psychiatres, diététiciens, thérapeutes. Selon eux, l’approche volontariste et diététique des plans Santé contribue à décupler nos angoisses alimentaires : « Quand le ministère édite des circulaires comme ‘‘ Vous avez besoin de 5 fruits et légumes par jour’’, explique-t-on à l’association GROS, c’est comme conseiller de ne fabriquer qu’une seule taille de chemise pour tous. Les « moyennes » ne correspondent jamais à l’individu. Chez certains, manger trop de fruits et légumes peut mener à des colopathies. Chaque personne est singulière. Décréter qu’une femme française a besoin de 1800 calories par jour, puis écrire des bulletins de santé pour toutes les femmes sur ces bases n’a aucun sens au niveau individuel. Les « bonnes moyennes » créent encore de l’anxiété. Pour bien manger, mieux vaut écouter les messages de son corps, ses envies, ses émotions, et leur obéir, sans les transgresser. »
Tout individu normalement constitué mange avec envie, dans le plaisir, la quantité d’aliments qui correspond à ses besoins énergétiques. Pour cela, il ne faut pas qu’il soit censuré par des peurs préfabriquées et des régimes obligatoires, mais qu’il écoute ses sensations de faim et ses besoins. Qu’il laisse agir « la régulation corporelle ». Des expériences de psychologie alimentaire menées auprès de jeunes enfants aident à mieux comprendre ces processus. Quand on les laisse se nourrir, choisir parmi des aliments diversifiés en fonction de leurs besoins, ils trouvent vite d’eux-mêmes une bonne régulation énergétique. Et leur croissance se déroule bien. Une expérience menée auprès d’enfants de 4 ans le confirme. On leur distribue au goûter des gâteaux allégés à la vanille et des gâteaux non allégés au chocolat. Les enfants mangent bientôt deux fois plus d’allégés à la vanille. Ensuite, on leur donne des gâteaux allégés au chocolat. Au début les enfants se trompent, mais en quelques jours, ils inversent leur consommation. Ils ont analysent inconsciemment l’énergie dont ils ont besoin.
C’est là le génie de notre « cerveau gourmand » décrit par le spécialiste des neurosciences André Holley. Gourmand, c’est-à-dire ?
Notre cerveau, éduqué par la faim et le manger, se comporte comme un véritable laboratoire d’analyses chimiques, à la simple vue d’un aliment. Sa fraîcheur, sa couleur nous tente, tout un savoir sur sa qualité et sa richesse énergétique est mis à contribution, inconsciemment, venu de l’enfance, de nos souvenirs, nos traditions culinaires. À chaque bouchée, ce savoir est décuplé, les milliers de molécules des aliments se trouvent analysées, décomposées, sublimées par nos papilles gustatives. Les composés soufrés développent des sensations de fromage, d’ail, de vin, les azotés produisent des arômes de rôti. En même temps, ce cerveau savant, véritable laboratoire physico-chimique, évalue les apports énergétiques, classent les nutriments, constitue une cartographie des aliments, élabore une riche mémoire alimentaire, inconsciente et secrète – sensible même au goût d’une simple madeleine.
Ces souvenirs gastronomiques, ces émotions gustatives nous permettent ensuite d’équilibrer et réguler nos repas, de nous rappeler ce qui nous est agréable, et nous motivent à manger les produits bons pour notre métabolisme, dans certaines quantités. Mais pour y arriver sans problème, avec satisfaction, il faut que notre cerveau gourmand ait développé un véritable savoir, partagé des repas variés et savoureux, fabriqué son « palais ». Cet apprentissage commence dès l’enfance. Il n’a rien à voir avec le porte-monnaie, mais avec un savoir-manger familial, souvent régional ou national, proposant un « ordinaire » adapté à la palette de nos besoins d’omnivore.
« Notre corps apprend à manger en mangeant, par la voie empirique, au coeur d’une tradition culinaire, non à travers des conseils scientifiques ou diététiques, insiste-t-on chez GROS. C’est en traversant des expériences alimentaires désagréables et plaisantes que nous trouvons par nous-mêmes nos mécanismes de régulation et de rassasiement. »
Vous l’aurez compris, les chercheurs de l’association GROS proposent une mobilisation générale contre la nouvelle peur de manger, doublée d’une stratégie de lutte contre le surpoids qui rejette la stratégie diététique et les prescriptions de restriction. Voici leur programme.
LA MINCEUR FAIT GROSSIR
Arrêtons de diaboliser les aliments et les sensations de joie alimentaire. Disons qu’il faut « Manger à sa faim », « Suivre ses envies », « Préférer les sensations fortes du vrai produit au light et à l’ersatz ». Transformons les repas des moments de détente. Faisons des droits de réponse à tous ceux qui proposent des régimes non vérifiés, multiplient des allégations diététiques non fondées ou exagérées. Organisons des grands débats sur le thème « La course à la minceur fait grossir », « Les hommes aiment aussi les femmes grasses», « Les femmes tombent amoureuses des solides footballeurs ». Démédicalisons la nourriture. Répétons qu’un aliment n’est pas un médicament. Agissons pour transformer les cantines scolaires, les restaurants d’entreprise en espaces agréables, permettant une pause-repas conviviale. Perpétuons nos traditions culinaires, familiales, régionales, notre cuisine grande et petite, nos plats traditionnels. Rappelons que la région de Toulouse et le Sud-Ouest, pays du confit et du foie gras, de vins et de fromages, présente un des plus bas taux de maladie cardiaque au monde. Arrêtons de stigmatiser les personnes en surpoids, au bureau, à l’embauche, en société. Ouvrons des magasins de mode pour les gros, montrons la beauté des formes. Rappelons toujours que la grosseur n’est pas une maladie de la volonté. Bref, soutenons toute politique qui encourage la régulation physiologique à travers le plaisir de manger et l’écoute des envies et des besoins de son corps.
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ANALYSES
L'ENGRENAGE DE LA PEUR DE MANGER
Phase 1 : « J’ai faim mais je décide de ne plus manger »
Vous ressentez vos appétits et vos désirs de manger, vous savez quand vous êtes affamé et rassasié, mais vous décidez de ne pas en tenir compte.
Désormais, vous allez contrôler vos envies, évitez tous les sucres et les gras, manger light et écrémé, 0% et allégé, respecter des règles diététiques, suivre un régime.
Vous pensez que si vous perdez le contrôle, vous allez grossir obligatoirement. Enlaidir.
Phase 2 : « Je n’ai pas faim, mais je ne peux m’empêcher de manger »
Le contrôle mental sur l’appétit fait que l’émotion et la peur remplacent les sensations de faim et de gourmandise, qui s’étiolent.
Vous avez peur d’avoir faim entre les repas, honte de « craquer », l’angoisse de céder au plaisir défendu. Vous éprouvez à chaque repas la hantise de grossir. Vous ressentez la colère contre ceux qui sont plus minces que vous, la tristesse de ne pas être bien dans votre peau.
Phase 3 : « Je ne sais plus si j’ai faim, si je suis rassasié »
La restriction, les régimes ont fini par égarer vos sensations alimentaires. Vous ne savez plus quand il vous faut manger. Si vous êtes rassasié. Si votre repas suffit à vous nourrir. Si la balance, l’ennemi permanent, va vous féliciter.
Vous vous dites : seul un contrôle encore plus strict, un calcul drastique des nutriments, calories, apports énergétiques, vitamines va arranger la situation.
Phase 4 : « Je perds le contrôle, j’alterne diète et boulimie »
Vous n’arrivez plus à contrôler vos appétits, qui vous dépassent, et trahissent votre volonté.
Vous grignotez, ou vous abandonnez d’un scoup à des consommations massives et coupables. Les émotions ont remplacé vos sensations alimentaires et votre volonté. Tous les problèmes personnels, les événements désagréables se répercutent sur votre alimentation, déclenchent de nouvelles pertes de contrôle alimentaire.
Vous vous gavez, vous vous privez, manger devient un supplice.
SOURCES : Association GROS + "Dictature des regimes, attention" (ed. Odile Jacob)
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COMMENT VOIENT LEUR CORPS...
-INVERSEMENT, celles qui ne font jamais de régime sont 52, 5 % à déclarer qu’« être mince, c’est une façon d’être qui m’est devenue naturelle ». Contre 35, 5 % chez les femmes qui ont l’expérience des régimes.
-Les femmes qui suivent des régimes sont davantage dans une logique de contrôle de soi, de respect de règles précises, de surveillance et de domination de leur corps au quotidien.
-Ce contrôle de soi semble pourtant plus problématique pour ces femmes (…) En effet, elles insistent significativement sur l’importance des facteurs psychologiques dans la prise de poids. Elles sont beaucoup plus nombreuses à dire qu’elles grossissent quand elles dépriment (64% contre 37%), quand elles ont des problèmes.
(Enquête Ocha / CSA auprès de 1000 femmes françaises de 18 à 65 ans, juin 2003. Présenté par la sociologue Estelle Masson)
LECTURES
Pour réfléchir : Dictature des régimes. Attention. Essai. Dr J.P Zermati, G. Apeldorfer. Odile Jacob 2006. 21,90 €.
L’homnivore. Claude Fischler. Essai. Odile Jacob 2001.
Les Cahiers de l’Ocha. La revue de sciences humaines traitant de l’alimentation (diététique, mœurs, histoire…). Editions Autrement.
Le cerveau gourmand. André Holley. Essai. Odile Jacob (2006). 21,90€
Pour éprouver :
« L ». Isabelle Sorente. Poche J’ai Lu 2003. 8 €. Une critique féroce de la « ligne ». L'anti "Journal de Bridget Jones".
Grosse Vache. Roman. Nina Roberts. Edition Scali 2007. 18 €. Une jeune femme « ronde » veut à tout prix mincir. Elle se détruit. Célinien.
Monstres invisibles. Roman. Chuck Palahniuk. Folio. 7,2 €. Shannon, mannequin trop belle, se défigure pour exister.
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Commentaires
ex-anorexique, je suis choquée à présent de tout ça…des os, des peaux qui pendouillent, des malaises, des regards , des régimes, des grammes, des privations…NON, je ne serais plus victime de cette mauvaise vie…!!!!!
vive les kilos, les repas normaux, le regard des hommes, la vie.
Ecrit par : nina | mardi, 20 mars 2007








