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L'HOMOPHOBIE CONDAMNEE PAR RAMA YADE, SECRETAIRE D'ETAT. LES AMBIGUITéS DE NICOLAS SARKOZY SUR CES QUESTIONS

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NEWS NEWS NEWS. Ce samedi 17 mai, la secrétaire d'État aux droits de l'homme, Rama Yade, recevait plusieurs associations gays. Elle s'est engagée au nom de la France et du gouvernement à reconnaître la Journée internationale contre l'homophobie (Idaho) à laquelle appellent depuis des années la plupart des associations homosexuelles mondiales. Autre grande avancée de cette réunion avec les groupes LGBT (Lesbiennes-gays-bisexuelles-trans), la France luttera contre l'homophobie - toujours très répandue, (voir la carte ci-dessous) - sur la scène internationale. Autre promesse allant dans le même sens de tolérance : une déclaration pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité devrait être rédigée rédigée par le gouvernement avec les associations.
Rappelons qu'aujourd'hui encore, en France, l'homophobie n'est pas un mythe ou un fantasme victimaire d'associations gays. Souvenons-nous qu'en janvier 2007, la ville de Béziers a été pendant plusieurs mois le théâtre d'agressions homophobes très violentes. Dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 janvier, un homme de 45 ans fréquentant le lieu de drague du parking de la Poste a été attaqué dans son véhicule par un partenaire qu'il venait de rencontrer, un jeune homme de 21 ans. La victime souffre de traumatisme du genou droit, d blessures faciales d'une fracture du nez et de la main gauche - 21 jours d'incapacité temporaire de travail (ITT). L'agresseur a été formellement identifié par un homme de 41 ans chez qui il s'était rendu en automne, après l'avoir croisé sur le même lieu de rencontre. Bilan: sept points de suture et des brûlures sur le corps. Un complice l'a aidé.

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NICOLAS SARKOZY ET L'HOMOPHOBIE

BEAUCOUP D'AMIBIGUITéS

«Je n’accepte pas qu’on me dise que je suis homophobe parce que je refuse l’adoption par les couples homosexuels ! ». Nous sommes le 5 février sur TF1, pour la première de l’émission « J’ai une question à vous poser ». Nicolas Sarkozy répond sur son refus du mariage homosexuel à un invité qui lui reproche de jouer le jeu de la discrimination, rappelant que des dizaines de milliers d'enfants sont élevés par des couples homosexuels en France.
Le candidat se défend : « -C’est mon droit de considérer que le mariage c’est l’institution familiale qui permet d’avoir des enfants ». L’invité proteste : « -C’est archi-faux ! Il y a plein de couples mariés qui n'ont pas d’enfants, qui n’ont pas l’intention d’en avoir. Un autre invité : «-Le mariage permet aux mariés, Monsieur, d’avoir de grandes facilités au niveau de la législation…"
Après cet échange vif, Nicolas Sarkozy s’explique sur le fond. Le candidat s’oppose au mariage entre homosexuels au nom d’une conception traditionnelle de la famille : un père, une mère, un enfant. « Si on accorde le mariage homosexuel, cela veut dire qu’on s’apprête à reconnaître la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter des enfants. On donne alors à la société une image de la famille qui n’est pas celle que je souhaite que l’on donne (…) deux papas ou deux mamans (…) La famille, c’est fait pour protéger et pour élever des enfants. ». Aussitôt après cette profession de foi rassurante pour son camp, Nicolas Sarkozy, coutumier d'être présent sur tous les fronts, ajoute qu’il entend reconnaître « l’amour homosexuel », « aussi sincère que l’amour hétérosexuel ». Une prise de position importante, et bien venue au moment où les agressions contre les homosexuels augmentent partout en France. Il défend l’idée d’un « contrat d’union civile » pour les homosexuels, signé devant le maire, avec divers avantages fiscaux, sociaux et patrimoniaux. Mais pas le mariage. Il précise alors : « Je suis le premier homme de droite à le proposer » - en fait François Bayrou propose la même chose. Et conclut : « Donc, j’ai fait une avancée qui, me semble-t-il, devrait m’éviter d’être traité d’homophobe, mais enfin, je mets ça sur le compte de l’émotion. »
Piqué au vif, le premier invité riposte : « Non, non ! »
Nicolas Sarkozy reprend : « Je n’accepte pas qu’on me dise que je suis homophobe parce que je refuse l’adoption par des couples homosexuels. »

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INFERIEURS MORALEMENT ?

Pourquoi Nicolas Sarkozy insiste tant à ne pas paraître « homophobe » ? Il traîne plusieurs casseroles sur le sujet. Il a participé à la grande manifestation anti-pacs du 7 novembre 1997 appelée par le « Collectif pour le mariage », qui regroupait des députés de droite, des militants des AFC (association familiales proches du FN), Christine Boutin la passionaria anti-pacs de l’époque, de nombreuses associations traditionalistes comme l’Alliance pour les droits de la vie (opposée à l’avortement), le Rassemblement pour les mères au foyer, Enfance et sécurité, la Mouette, etc. Une manifestation où l’on a entendu crier « Les pédés en prison ! », « Aimeriez-vous être élévés par un couple contre nature ? », « 2 papas, 2 mamans, bonjour les dégats ! ».
Seconde casserole : en juin 2006, Nicolas Sarzozy a confié au philosophe Luc Ferry, en grand tapage, une mission d’étude sur le mariage gay et l’homoparentalité. Hélas, à peine Luc Ferry a-t-il commencé ses auditions des différentes associations homosexuelles, citoyens, juristes, etc, Nicolas Sarkozy a arrêté sa position: contre le mariage homosexuel. Dépité, Luc Ferry interrompt sa mission.
Troisième casserole : le député apparenté UMP Christian Vanneste tient en janvier 2005 à l’Assemblée Nationale, puis à la Voix du Nord et Nord Eclair, des discours inquiétants : « Le comportement homosexuel est une menace pour la survie de l’humanité », « l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité ». Ces propos sont condamnés en première instance par la Cour de Lille pour « incitation à la haine » (24/01/06). Christian Vanneste récidive sur Europe 1, en juillet, « Je dis qu’ils sont inférieurs moralement », puis affirme qu’il est la victime du politiquement correct : « un lobby terroriste sur le plan intellectuel » règne en France, sa condamnation est un « attentat contre la démocratie », ses déclarations sur les homosexuels relèvent de la « liberté d’opinion ». Ce à quoi le tribunal de Douai répond, en appel, le 25/01/07 : l’insulte publique contre l’orientation sexuelle d’une personne, qui plus est à la tribune du Parlement, ne relève pas de la liberté d’expression. Christian Vanneste est condamné et doit verser 3000 euros d’amendes.
Alarmés, les associations homosexuelles et le PS demandent des explications sur le cas Vanneste au patron de l’UMP. Nicolas Sarkozy répond dans le Figaro : « Je condamne fermement ce qu’il a dit. Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes. » Bravo. Les associations demandent à M. Sarkozy si l’UMP va adouber Christian Vanneste aux prochaines élections parlementaires. Il répond « non » : il ne sera pas « réinvesti » par l’UMP. Courageux. Mais le problème restera entier : l’UMP a laissé élire Christian Vanneste aux dernières élections législatives dans la 10e circonscription du Nord (Tourcoing).

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RECRUDESCENCE DES AGRESSIONS

On comprendra encore pourquoi Nicolas Sarkozy ne veut pas se laisser soupçonner d’« homophobe », quand on consulte la liste des agressions anti-homosexuelles dezpuis deux ans sur l’observatoire SOS Homophobie, au Conservatoire des Archives Gays et Lesbiennes ou encore la page « faits-divers » du Parisien. La recrudescence des actes violents et haineux frappe. Par exemple le 10 août 2006, Le Parisien titre en une « Flambée de violences anti-homos », et relate plusieurs faits-divers graves, dont le tabassage et la torture d’une jeune comptable gay, Bruno Wiel, enlevé en plein Marais puis laissé pour mort, dans le coma, nu, dans un parc de Vitry. Regroupant sur une double page plusieurs témoignages d’homosexuels agressés en juillet-août 2006, le quotidien relate comment un couple homo vivant en HLM dans une cité du 93 s’est vu attaquer au cocktail Molotov aux cris de « Sales pédés on va vous brûler ! On va vous empêcher de dormir jusqu’à ce que vous dégagiez ! ».
Une recherche sur l’été 2007 révèle une même « flambée ». Le 14/07 des casseurs pénètrent chez un couple d’homosexuels de Rambouillet, les insultent et les torturent. Le 16/07 deux homosexuels sont agressés à Avignon par quatre jeunes armés de battes de baseball. Et le 10/08, à Reims, après deux agressions en juillet, dont l’une au cutter, deux homosexuels sont passés à tabac, avec tentatives de meurtre, et volés...
Cette augmentation des actes homophobes, constatée par plusieurs observatoires, déjà analysée par des sociologues – Daniel Welzer Lang parle d’un « repli viriliste » chez beaucoup de jeunes de banlieue, désarconnés par les exigences d'indépendance et de plaisir des jeunes femmes - montre qu’il devient urgent pour les politiques de clarifier leur position sur la question homosexuelle. De la distinguer clairement de l’homophobie.

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ENTRETIEN AVEC LOUIS-GEORGES TIN (président d'IDAHO)

Qu’entend-on exactement par homophobie ? Quelle philosophie des moeurs défendent ceux qui critiquent l’homoparentalité ? Quels enjeux de société soulèvent l’acceptation légale du mariage homosexuel ? Nous avons été chercher l’éclairage de l’universitaire Louis-Georges Tin, initiateur de « La journée mondiale contre l’homophobie », qui a aussi dirigé l'important « Dictionnaire de l’homophobie » (PUF, 2006).

L’homophobie a une longue histoire...
En France, l’homosexuel a longtemps été considéré comme l’ennemi, l’étranger, l’Autre. Au XVIe siècle, pendant les guerres d’Italie, le « mal vénitien » était attribué aux Italiens. Pendant les guerres de religion, les huguenots accusaient les catholiques d'être sodomites, et vice versa ! Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’ennemi devient l’Angleterre, alors on parle de « mœurs anglaises ». Au XIXe siècle, après la guerre de 1870 avec l’Allemagne, on dénonce des mœurs « d’Outre-Rein ». Selon les époques, l’homophobie se traduit par une répression d’Etat, peine de mort, emprisonnement, castration, coups de fouet, internement, travaux forcés (voyez Oscar Wilde en Angleterre). Ajoutez les innombrables agressions informelles, chasse aux pédés, bastonnades, viols punitifs, brimades, harcèlement, insultes…
La peine de mort pour homosexualité existe-t-elle aujourd’hui ?
L'homosexualité est passible de la peine de mort dans les pays appliquant la charia comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, la Mauritanie, le Soudan, le Yémen, le Pakistan, les Émirats Arabes Unis. La peine de mort aurait été infligée à plus de deux mille homosexuels sous le régime islamique en Iran. En Arabie Saoudite, le 1er janvier 2001, trois jeunes gens ont été décapités pour bien commencer l'année.

medium_carte-homophobie.gifCarte de l'homophobie.

(En violet les pays où l'homosexualité est passible de la loi. En bleu les pays où l'homosexualité est tolérée. En clair, les pays où l'homosexualité est dépénalisée)

Comment définir exactement l’homophobie ?

L’homophobie, c’est d’abord l’ensemble des violences physiques, morales et symboliques visant les personnes homosexuelles. Les violences physiques sont une réalité assez aisée à saisir. Les violences morales sont les pratiques de harcèlement, les insultes, les blagues « anti-pédés », les humiliations quotidiennes qui minent la vie de nombreuses personnes homosexuelles. Les violences symboliques sont un peu plus difficiles à définir. Un exemple : le refus par la droite de reconnaître le mariage homosexuel et l’homoparentalité est clairement une violence symbolique. C’est comme si on disait à quelqu’un : « Vous êtes français, mais vous êtes noir, vous n’avez plus le droit de vote ». Même si cette personne s’abstient de voter ordinairement, ce refus de reconnaissance légale n’en sera pas moins ressenti comme un acte de violence. Elle inscrit une hiérarchie dans l'ordre symbolique. Pour le droit au mariage, c'est la même chose. Je n'ai pas envie de me marier, mais qu'on me l'interdise, c'est une chose que je trouve inacceptable, etque je ressens comme une violence. L’homophobie n’est-elle pas plutôt un comportement de rejet, de haine ? Le Petit Larousse donne comme définition : « Rejet de l’homosexualité, hostilité systématique à l’égard des homosexuels ». Le journaliste Didier Eribon l’étend à tous les discours et théories visant à justifier l'« infériorité homosexuelle ».
Il ne faut pas confondre l’homophobie avec l’attitude plus courante qui consiste à considérer les hétérosexuels comme étant plus « normaux », plus « naturels » et plus aptes à fonder une famille que les homosexuels…
Il faut en effet distinguer « l’homophobie » de « l’hétérosexisme » qui institue une hiérarchie entre les sexualités, tout comme nous différencions la misogynie, qui est la haine des femmes, du sexisme, qui est la volonté d'instituer une hiérarchie au profit des hommes. Le sexiste considère comme acquis et nécessaire que les hommes mènent le jeu social, sexuel, intellectuel, etc, sans pour autant détester les femmes ; de même, sans détester les homos (l'hétérosexiste a toujours un ami homo évidemment à exhiber, pour autoriser son discours), l’hétérosexiste affirme que la sexualité hétérosexuelle est la bonne sexualité, « naturelle », et que les hétéros sont sains, normaux, qu'ils ont le droit de se marier et d’éléver des enfants, les homos étant des êtres marginaux, pervers, incomplets voire des malades. L’hétérosexisme règne, il fonde les mœurs d’aujourd’hui, les valeurs politiques, c’est l’idéologie sexuelle dominante. IL suppose qu’il existe une différence de nature, une inégalité constitutive, anthropologique entre les homos et les hétéros. Le sentiment de malaise, de mépris voire de haine que suscite l’homosexualité vient qu’elle remet en cause cette idéologie puissante, et donne le sentiment que l'hétérosexualité n'est pas forcément la norme universelle, le centre de référence. C'est un peu comme les violentes réactions de refus et de dénégation que suscita Copernic quand il osa dire que la Terre n’était pas le cœur et le centre de l’univers, et qu’il existait d’innombrables autres galaxies.
Pourriez-vous donner un exemple pour illustrer l’hétérosexisme ambiant en France aujourd’hui...
Prenez la question du suicide des adolescents. Souvent ce sont des jeunes gens homosexuels, des bisexuels, filles et garçons. Le candidat parfait pour le suicide n’est pas toujours la jeune fille qui a été reniée par son entourage, maltraitée, ou violée, ou le garçon qui a été tabassé par son père. Eux vont se révolter un jour, détester leurs parents, fuguer, ils vont certainement déprimer, mais ils vont se construire contre quelqu’un, contre leur famille, trouver des alliés en dehors. En revanche, un jeune homosexuel qui grandit dans une famille où tout semble aller pour le mieux sera poussé malgré lui vers un avenir hétérosexuel. Comme « tout le monde » ! Jamais une autre alternative ne se présentera à l’esprit de sa famille, ses copains, ses professeurs. Une violence continue, sourde s’exercera contre son homosexualité, qui pourra le mener au suicide. C’est une sorte de prison intérieure née de l’hétérosexisme général, pas de l’homophobie. Personne n’a tabassé ce jeune homme, personne ne lui a dit « sale pédé », mais il vit dans un monde où tout est hétérosexuel, où rien ne peut être différent, et ce climat finit par devenir étouffant. Beaucoup de suicides de jeunes homosexuels viennent de cet étouffement général…
Que pensez-vous des prises de positions politiques récentes sur la question du mariage homosexuel, de l’homoparentalité et de l’homophobie ?
Du côté de la droite, il n’y a rien à espérer malgré les nouvelles lois votées en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, les recommandations du Parlement européen, sans oublier le gouvernement Blair qui autorise l’adoption. Ajoutez la reconnaissance du mariage au Canada, en Afrique du Sud et au Massachusetts. En France, à part Roselyne Bachelot à l’UMP, qui est la caution de la droite pour qu’ils puissent se défendre d’être homophobes, il y a peu d’évolution. Nicolas Sarkozy refuse le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Même attitude chez M. Bayrou, qui continue à dire : « Le mariage pour moi c’est un homme et une femme ». A gauche, Lionel Jospin, Elizabeth Guigou, Martine Aubry ont longtemps été opposés au mariage et à l’adoption. Ségolène Royal aussi. Je me réjouis qu’elle ait changé, tout comme le projet du parti socialiste.

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N’y-a-t-il pas un travail d’éducation à mener ?
En France, il existe une « circulaire Lang » et une « circulaire Ferry » qui invitent les professeurs à parler de l’homophobie dans les classes. Cela fait partie des recommandations officielles, mais malheureusement, rien n'a jamais été fait en ce sens. Les textes sont restés lettres mortes, les documents pédagogiques n’ont pas été distribués. Pour un jeune homme, une jeune femme tentée par le suicide, il suffit qu’un professeur ait parlé une fois de l’homosexualité de manière banalisée, non insultante, pour que le plus grave soit évité. Or aujourd’hui, on entend jamais parler d’homosexualité à l’école, et l'hétérosexualité est l'horizon exclusif de toute représentation scolaire, notamment dans les manuels. Ayant rédigé des manuels scolaires, j’ai pu constater à quel point la volonté de censure reste forte. Par exemple, j’ai écrit quelques pages sur "Les Fleurs du Mal" où je rappelais que Baudelaire a été condamné par la justice pour « immoralité », notamment pour avoir écrit des poèmes sur les lesbiennes. Il a même pensé appeler son livre « Les lesbiennes ». L’éditeur était absolument scandalisé, et refusait que je mentionne ce fait. Même histoire avec Colette. L'image ordinaire de Colette est celle de la bonne dame, vivant avec ses chats, mais à l’époque elle passait pour une femme scandaleuse, qui eut plusieurs époux, plusieurs amantes, qui dansa nue sur la scène parisienne. L’éditeur ne voulait pas que j’utilise le mot « amantes », que j’ai maintenu malgré tout. L’homophobie n’est pas simplement un silence, mais une vraie censure, encore aujourd’hui.

Les services sociaux, les services de police ne doivent-ils pas aussi être mobilisés ?
A Manchester en Angleterre, j'ai vu des policiers assister à la réunion annuelle de l'association des homos, lesbiennes, bi et transsexuels de la fac, environ 300 personnes. Les policiers expliquaient aux étudiants qu'ils étaient à leur service, faisaient des gardes de nuit pour éviter les agressions. J'étais tout à fait surpris de leur prévenance, et les policiers tout à fait surpris de ma surprise. Il faut se rappeler qu'en Angleterre comme en France, il n'y a pas si longtemps, les policiers étaient plutôt enclins à faire la chasse aux homosexuels.

Vous êtes un des initiateurs de la « Journée mondiale de lutte contre l’homophobie ». Quelles nouvelles initiatives se préparent ?
Aujourd’hui la dépénalisation universelle de l’homosexualité est devenue une nécessité politique. Voilà pourquoi j’ai mis cette résolution à l’ordre du jour du comité IDAHO (International Day Against Homophobia), et proposé de la faire voter par les Nations Unies. Une pétition circule depuis peu, elle a déjà été signée par plusieurs cinq prix Nobel dont Desmond Tutu et Amartya Sen, des artistes comme Elton John, Merryl Streep, Cyndie Lauper et David Bowie, des politiques comme Jacques Delors et Thomas Hammarberg, le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, des intellectuels comme Noam Chomsky ou Judith Butler. Cette pétition est en ligne sur Internet sur www.idahomophobia.org. Lorsque nous aurons atteint un nombre significatif de signatures, nous serons en mesure de solliciter un des états-membres des Nations Unies pour qu’il dépose une résolution. Il y aura ensuite un vote, comme cela se passe ordinairement.

Une bataille difficile s’annonce ?

Sur le papier, c'est tout à fait jouable. 75 pays condamnent l’homosexualité dans le monde, ce qui est énorme, mais ils sont en minorité sur les 192 pays siègeant aux Nations Unies. Cela dit, les pays qui ne pénalisent pas chez eux ne sont pas tous prêts à condamner ceux qui pénalisent. Certains vous diront, comme la Russie, qu’ils ne répriment pas l’homosexualité, mais que l’Iran le fasse ne les gêne pas du tout. Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un combat pour les droits de l'Homme, nous irons juqu'au bout !

Dictionnaire de l'homophobie. Presse Universitaires de France.

 

Commentaires

  • Je suis d’accord avec presque tout. Je ne comprenais pas qu’aller sur le web se révélait utile.

  • Monsieur Sarkozy n'accepte pas qu'on le dise homophobe parce qu'il refuse l'adoption par les couples homosexuels. Monsieur Sarkozy, les yeux dans les yeux, je vous le dit : vous êtes homophobe. L'homophobie ne se résume pas à la haine de la (grande) minorité LGBT de l'espèce humaine. Ou à insulter de PD un individu dans la cour de l'école ou dans la rue; ça c'est le vernis qui recouvre l'homophobie. Non, la définition ultime de l'homophobie, ça n'est pas autre chose que le refus de l'égalité entre hétérosexualité et homosexualité, ça n'a jamais été autre chose que le refus de l'égalité entre hétérosexuels et homosexuels. Dès que vous hiérarchisez les orientations sexuelles, vous êtes homophobe et comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, vous faites de l'homophobie sans même en avoir conscience. De plus, Monsieur Sarkozy s'oppose au mariage pour tous au nom de la conception traditionnelle de la famille. Nous avons tous une conception personnelle de la famille, les schtroumphs en ont une, les nains de jardin aussi, je suppose. Mais personne n'a le droit moral d'imposer sa propre conception de la famille à l'ensemble de la société. Comprenez que sa conception "traditionnelle" découle directement de celle religieuse chrétienne de la famille. Dans un pays laïc comme la France, à l'aube du 3ème millénaire, il est inacceptable qu'une conception religieuse de la famille soit imposée à l'ensemble de nos concitoyens. Je tiens à ajouter que les racines de l'homophobie proviennent précisément de la condamnation morale de l'homosexualité comme d'un péché et de l'homosexuel comme d'un pécheur par les 3 religions monothéistes que sont le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam et qu'aucune des 3 n'est encore revenue sur cette condamnation. Quel est le droit moral pour qu'une religion se permette d'avoir une action directement délétère sur la vie d'un être humain? De quel droit imposons nous une conséquence négative d'une religion sur la vie d'un individu qui n'a aucune obligation à y souscrire? La religion doit-elle être appréhendée comme une loi dogmatique ou comme une simple pratique spirituelle (qui ne peut être imposée à autrui)? Il s'agit bien d'une opposition aux droits civiques d'une population à qui il est impossible d'empêcher, loi ou pas, de vivre en couple et de fonder un foyer ou une famille et elle le fait déjà depuis longtemps (outre que les homosexuels n'ont jamais cessé d'être vos enfants... et vos propres parents). Cela fait 12000 ans de civilisations humaines, 2000 ans de persécutions religieuses, déjà à l'aube du 3ème millénaire et on en est encore là dans la patrie des droits de l'homme (il est vrai pas de l'homo)? 1 pays sur 3 a une législation répressive avec peine de mort pour plus d'une dizaine d'entre eux et prison pour les autres où ils sont de toute façon battus, violés, assassinés. 1 sur 3 n'a aucune législation et dans ceux-là, ils sont aussi torturés et tués par milliers; enfin 1 sur 3 a une législation favorable comme les USA où 2000 adolescents LGBT à NY vivent toute l'année dans la rue et comme la France où la droite catho ose descendre dans la rue avec des politiques et où les LGBT n'obtiennent les mêmes droits que les autres citoyens que parce qu'ils se battent! Pour conclure, qu'un français lambda ne soit pas capable de comprendre cela passe à la limite, mais qu'un politique qui prétend aux plus hautes fonctions de l'état s'affiche avec de telles pensées pour plaire à son électorat, relève d'une escroquerie intellectuelle.

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