mercredi, 03 décembre 2008
"NOËL APPROCHE, PENSEZ AUX SEX TOYS". CONTE QUEER
News News News. Aujourd'hui à Paris, une femme n'a plus besoin de se mettre des lunettes noires pour aller acheter un vibromasseur dans un sex shop discret de Pigalle ou de la rue de la Gaité. Elle achète un "sex toy" aux Galeries Lafayette, chez Sonia Rykiel, ou en consultant le large choix proposé par le catalogue de La Redoute. Les sites Internet bien achalandés, que ce soit "Chambre 69" ou la "Fun Factory", ou encore des boutiques comme "Soho" et "Why?" en vendent de toutes les catégories, à tous les prix. Dans certains milieux bourgeois éclairés, les réunions féminines pour choisir son sex toys ont remplacé les rencontres "tupperware" des années 1970. L'hiver dernier, le magazine féminin "Jalouse" offrait un vibromasseur en paquet cadeau avec un de ses numéros. Dans le feuilleton grand public "Sex and the City", les héroïnes parlent beaucoup de leur ami le "lapin vibrant" et les lesbiennes passionnées de "L World" montrent la large gamme des gadgets et dildos qu'elles utilisent - rivalisant avec les hommes par leur science phallique... vibrante et inépuisable. Le sex toy n'inquiète plus, n'est plus tabou, ou marginal : une histoire de pervers. De plus en plus, la perversité s'assume, se déploie en réseau ou en rizhome. Le sex toy l'accompagne - avec toutes les autres technologies pornographiques qui déploient, multiplient les sexes, les genres et les plaisirs (de la chirurgie transexuelle aux cures d'oestrogène et de progestérone). Avec elles, nous sortons de la nature, mais nous trouvons la notre - ou plutôt les nôtres, des identités sexuelles multiples et démultipliées - excentriques, bizarres : "queer" en anglais, la philosophie qui vient.
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A lire Testo Junkie. Sexe, drogue et biopolitique. Beatriz Preciado. Grasset (2008). Quatrième génération. Wendy Delorme. Grasset (avril 2008) La peste et l'orgie. Giuliano da Empoli. Grasset, 2006.
UNE SOIREE TUPPERWARE D'UN GENRE NOUVEAU...
... Jetée sur le lit, en lingerie graphique, le regard indéchiffrable, Jeanne mon amour m’observe. Ce soir, c’est son anniversaire. Elle a 33 ans, l’âge du Christ. Elle voudrait que ce soit mémorable. À sa demande, avec quelques complices, par elle choisis, nous allons lui faire sa fête. Il n' y a de la chance que pour la canaille, le magazine « Psychologies » nous offrait d'essayer les jouets sexuels les plus sophistiqués en vue d’un article expérimental. J’ai appelé Sylvie et Amalvie, les camarades de sortie de Jeanne – de temps en temps, comme elles disent, elles « partent en vrille » la nuit. J’ai prévenu Michel, un ex de Jeanne, devenu un ami commun, que j’apprécie pour sa gentillesse. Tous ont commandé ou apporté leurs sex-toys et jouets érotiques préférés. Nous voilà entourant Jeanne, dans ma soupente. " Ne m’épargnez pas », elle a recommandé, les yeux brillants, survoltée par sa propre audace.
J’ouvre un petit boîtier. À l’intérieur, deux grands ongles à la pointe ronde, l’un rouge, l’autre noir, faits pour s’ajuster au bout des doigts. Vous pressez un minuscule bouton, cette griffe se met à trembler très fort. Vous voilà transformé en félin électrique. Ces deux bijoux high-tech se commandent sur un site Internet spécialisé dans le sex-toy pour femmes, Chambre 69. Ils vous sont livrés sous pli discret, avec leurs six chapeaux de silicone lavable – car le sex-toy se savonne, se nettoie, cet indélicat doit être toujours manié avec délicatesse, sinon gare aux contusions, aux microbes.
Je passe les deux ongles colériques à mes index, j’enlace ma Jeanne, la caresse de çi, de là, en si, en fa. Aussitôt, elle se cabre comme un arc. Me voilà armé de mains bioniques, héros de science-fiction. Pendant ce temps, visage de madone, vêtue d’un serre-taille de cuir, Amalvie enduit de salive un court vibromasseur blanc Doc Johnson, réputé pour sa pulsation féroce. Certaines nuits, comme celle-ci les sex toys nous transforment nous-mêmes en sex toys - nous devenons les prostituées mécaniques les uns des autres. Amalvie pointe délicatement le vibrion sur le clitoris de Jeanne, qui aussitôt ronronne, abandonnée entre mes bras. « Vous me rendez folle…, gémit-elle. N’arrêtez pas… N’arrêtez pas ».
LE LAPIN VIBRANT
Bzzzzz, bzzzzz, le ventre de Jeanne se soulève comme une houle, ses regards défaillent. A quoi pense-t-elle ? Que voit-elle dans le cinérama de ses fantasmes ? Nous nous raconterons plus tard, l'eros aime à être redoublé par la parole : « J’ai basculé dans la quatrième dimension », dira-t-elle mystérieusement. Sylvie, qui fréquente quelquefois les clubs interlopes parisiens sans son mari – « la part d’ombre de la Force » avoue-t-elle en riant (elle a 28 ans, élève une petite fille, mais bon...) –, a apporté le célèbre « lapin vibrant » du feuilleton Sex and the City. C’est un vibromasseur à deux têtes, vert fluo, fruit de la recherche en ergonomie sexuelle. Voyant cette espèce de cactus, Jeanne me souffle, inquiète : « Essaye-le d’abord, s’il te plait… ».
Sans pitié, Sylvie, le regard brûlant, me met les quatre fers en l’air et, de sa belle main manucurée, pousse l’outil fourchu en mon fondement – « le siège de l’âme » disait-on au siècle libertin. Sylvie lance, non sans une certaine joie sombre « Je te tiens à ma merci, hombre !». Les sex-toys rappellent combien nous sommes, les hommes, des créatures fendues et profondes qui jouissons aussi de la pénétration – et possédons, en plus des femmes, une sorte de pile électrique, de glande jouissive en notre derrière : prostatês en grec, "tenu en avant". Autrement dit que nous sommes, les hommes, des variétes d'hermaphrodites équipés de plusieurs sexes – verge, bourses, anus - capables de nous donner du plaisir, vivre en volupté.
Une tranche de vie plus tard, Michel, qui connaît bien Jeanne – je suis toujours jaloux de leurs secrets, des années après – s’empare du godemiché Amor. Lisse et pur, Amor ressemble à un Brancusi moelleux. Michel l’enduit d’une crème à l’eau (pas de produits pétroliers par pitié) et entreprend d’en pénétrer doucement Sylvie. Pendant ce temps, Jeanne s’empare d’un harnais de latex rouge monté d’une verge de silicone translucide, recourbée comme le phallus des statues de Priape. Grâce à un lacis de cuir, elle se l’accroche solidement aux reins, et se métamorphose aussitôt en une créature divine. Mythologique. Autrefois, les dieux étaient polysexuels.Elle aussi. Ses seins en poire pointent, sa queue se dresse, ses fesses bombées de femme dansent, serrées de lanières noires. Elle est irrésistible. Les sex-toys nous suggèrent que les femmes, aussi, avec leur minuscule pénis, leur vulve, leur « mignon », sont des hermaphrodites - mais aussi qu'en un tour de main, et de reins, elles se transforment en machos. Que la virilité glisse parfois d'un genre à l'autre - glisse et coulisse.
SOFT BONDAGE

Je m’approche de Jeanne, tombe à ses genoux, happe son sexe de plastique. C’est amer – dommage, les crèmes parfumées au fruit font bon ménage avec les sex-toys. J’ai l’impression d’adorer une statue vivante. Jeanne se trouble de me voir prostré à ses pieds, tandis que Sylvie s’approche d’elle, portant des menottes de cuir noir, reliées par un mousqueton d’acier. Je les ai trouvées chez Démonia, l’espace fétichiste du XIe arrondissement. Réglables par des attaches en velcro, elles maîtrisent sans meurtrir et ses attaches larges et rembourrées vous empoignent comme des mains. À peine elles vous enserrent, vous êtes fait, mais pas écorché.
L’ambiance change – ainsi va le désir. Les femmes bandent, les hommes s’ouvrent, les verges deviennent inépuisables, nous visitons tous les genres - toutes leurs qualités. Je me lève d’un coup, passe les bracelets de cuir aux poignets fins de Jeanne. Je clique une laisse au mousqueton, et suspend Jeanne menottée, bras en l’air, à la poutre de l’alcôve. Sylvie l’aveugle d’un foulard de soie. Elle se retrouve à genoux, yeux bandés, les cheveux dénoués sur les reins, avec sa verge de caoutchouc, offerte. Troublante, étrange – “ queer ”, on dit aujourd'hui - "Queer", la philosophie qui vient.
Déjà, Michel fait claquer une cravache dans sa paume. Je lui demande de me zébrer les reins, pour éprouver la qualité du cuir. Je ne voudrais pas qu’il blesse mon amour, à cet instant partie en voyage dans sa tête dieu sait où ? Bienheureusement, le sombre attirail du bondage a connu ces dernières années d’intéressantes améliorations. Les apprentis fétichistes apprécient les progrès faits dans la corde de nylon douce, la sangle tolérable, la lanière tendre, le serre-taille doublé, tous permettant un ficelage et une prise supportables – on l’appelle le « soft bondage », une bonne initiation au sado-masochisme cruel. Les fouets, cravaches, badines, tapettes, paddle, baillons se font désormais en cuir travaillé, assoupli, qui agresse moins. Avec certains gadgets de cuir doublés, comme le « hog tie », en croix, les « contraintes » ou les menottes « multifonctions » – désormais accessibles sur l’Internet –, vous vous retrouvez immobilisé en un rien de temps, dans des positions indéfendables, sans être contusionné. Ensuite, c'est à vous de voir - à votre maîtresse aussi. Alors le mal s’en mêle - le Mal aussi. Les sex-toys ne sont pas des jeux d’enfant.
MATIERE MOELLEUSE
Nous regardons avec émotion Jeanne accrochée, offerte, moelleuse. Je lui ai acheté un « ChicVibes », le coûteux vibromasseur conçu par la styliste anglaise Shiri Zinn. Il est silencieux et s’achève par une longue houppe de fourrure. Jeanne me le réclamait depuis longtemps. Je l’ai essayé, sa texture est douce, étonnamment proche de l’humaine. Elle rappelle celle des vibromasseurs de caoutchouc, moulés sur des sexes en érection, présentant des veines et des plis, de chez Doc Johnson - des copies troubles, charnues, vibrantes, qui annoncent l’ère d’une autre sexualité humaine, celle des créatures polysexuelles équipées de jouets magiques et de sexes mutants.
Bien, ChicVibes est en place, voilà Jeanne avec une queue jaillie de la croupe, comme une jeune jument. Dès qu’elle se déhanche, elle fouette l’air. Le trouble nous assaille. Elle n’est plus humaine. Elle feule à voix basse : « Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Plus rien ni personne n’arrêtera celles que nous appelions hier « les Femmes ». Voici venus les temps post-sexuels. Le temps des personnes toutes singulières, des créaturas, des hybrides, des mutants.
Je m’empare d’un masque terrifiant, la parfaite imitation d’une gueule de loup gris, babines violettes, museau noir. Je l’ai trouvé à San Francisco, à l’espace Good Vibrations, sur Valencia Street, fondé par des féministes « pro-sexe », célébrant l’usage décomplexé des accessoires sexuels. Imaginez une librairie érotique qui soit en même temps un club vidéo X, un sex-shop bien approvisionné, un local d’associations radicales, un espace de conseils en sexologie déculpabilisé, et un salon de thé. J’y ai croisé deux militantes du journal Fat Girl (« Grosse fille »), des lesbiennes mastodontesques et joyeuses, qui venaient là choisir un vibromasseur parmi la cinquantaine exposée. Plusieurs ouvrages à la fois pratiques et mystiques sur le bon usage des sex-toys couvraient les rayonnages. J’ai trouvé un extraordinaire précis de morale appliquée, Ethical Slut, “La salope éthique”, consacré au difficile art de jouir avec beaucoup de gens sa vie durant, tout en les respectant.
Le masque de loup gris chauffait sous un spot, enveloppé d’un noir pelage en fausse fourrure. Enfilez-le, vous voilà un homme fauve, prêt à effarer les âmes les moins effarouchées. Masques et sex-toys nous aident à basculer dans le monde trouble et inhumain des amants, le cinérama où les rêves les plus cinglés se matérialisent, où nous sautons d’une espèce à l’autre – nous rencontrons nos démons.
Je passe le masque de loup, Michel fait siffler la cravache, Amalvie darde une langue de serpent, et nous approchons de Jeanne…
Le lendemain, nous nous sommes racontés, Jeanne disait : "L'erzatz electrac, le caoutchouteux coléreux, j’aime bien quand il tempête sur le Enter, vibrionne dans le corridor… Cela fait grelot ! cymbale ! musak ! Mais mon ami, attention, nuance, point d'idéologie cybernétique au lit. Il ne saurait se substituer au bon saucisson, la viande crue, au sushi de bestiau, l'olisbo…
-On apprend tous les jours. J'ai fait.
-N’est pas comme le chibre tendre, lourd de sang, avec le cœur qui bat dedans, plein de ton âme, ta fantaisie, tes élans... N’est pas God le gode, il n’émane pas ton goût fort à toi, ton fumet, tes effluves malignes repliées sous tes peaux… N’est pas relié à tes nervures d'homme, tes tendons, ta musculature, te prolongeant, te synthétisant...
- J'entends ta thèse
-Il est insensible à la dent, la langue, au sirop le vibrator, ne perle pas des larmes amères, ne grandit point en bouche, ne s ’épanouit pas. Ne gicle pas enfin en te faisant appeler les Vingt Dieux ! N'est pas mystique, le vibromasse, juste un grand nez, un super doigt.
Nous avons mis un CD de Sex Toy...
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USAGES
Chambre 69. Ce site se présente comme « le premier site sur le plaisir féminin ». Il diffuse plusieurs gammes réputées de sex-toys et de produits érotiques – lingerie, huile de massage, livres pratiques, etc. – destinées aux femmes. On y trouve aussi des accessoires pour rendre les hommes plus endurants, des conseils pratiques et des réflexions sur l’orgasme et l’usage des jouets sexuels. http://www.chambre69.com/
Démonia. Célèbre espace fétichiste parisien, librairie bien fournie en photos et BD, boutique, lieu de rencontres et d’organisations de soirées « bondage », Démonia propose aussi des sex-toys et des accessoires conçus par des artisans et des stylistes inventifs. Démonia, 10, cité Joly, 75011 Paris. http://boutique.demonia.com
Doc Johnson. C’est la marque la plus célèbre de godemichés et de vibromasseurs réalistes, moulés sur des pénis en érection. Elle prétend avoir réalisé le meilleur stimulateur clitoridien du marché. On trouve la gamme et beaucoup d’autres sur le site « Sexy Avenue, distributeur officiel de plaisir ». http://www.sexyavenue.com/
Fun Factory. Une des marques réputées de sex-toys, où l’on trouve quantité de produits intéressants : le célèbre « lapin vibrant » du feuilleton Sex and the City, le canard spécial pour la baignoire, le bijou « ChicVibes ». http://www.condozone.fr/
11:45 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : phallus, ego, queer








Commentaires
j'ai bien fait de trouver ce blog, je reviendrai a coup sur.
Ecrit par : vibromasseurs | vendredi, 11 septembre 2009
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