mercredi, 08 novembre 2006
SIR NICOLAS STERN. QUAND UN GRAND ECONOMISTE CHIFFRE LE COÛT COLOSSAL DU RECHAUFFEMENT
NEWS NEWS NEWS. Le 31 octobre 2006, le gouvernement anglais et Tony Blair présentaient solennellement le « rapport Stern », qui chiffre - après une expertise de 3 ans - le coût du réchauffement planétaire di'ci 2050. D'après l'ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, Sir Nicolas Stern, il faudra dépenser au moins 5300 milliards d’euros pour réparer les dégats humains ( notamment pour accueillir les millions de "réfugiés climatiques" du Sud) et terrestres (les tornades, les cyclones, les inondations cotières, les coûts du nettoyage industriel, etc) causés par l'effet de serre. Ce sera la somme, colossale, à payer, si rien n'est fait avant : c'est-à-dire dès aujourd'hui. Nicolas Stern évoque une probable récession économique, comparable à celle de 1929. À ce jour, depuis la publication du rapport, aucun gouvernement des grands pays émetteurs de gaz à effet de serre n’a encore réagi en dépit de l'énorme impact médiatique de ce texte déjà considéré comme "historique". Les dernières analyses, alarmistes elles aussi, de la très sérieuse Agence Internationale de l'Energie (AIE) réunie à Londres cette semaine viennent confirmer le scénario annoncé par Nicolas Stern. Selon l'AIE, il faut s'attendre à voir rouler 74O millions de voitures ( 385 millions en Chine) d'ici 2050, la plupart au pétrole, à l'ouverture en série de centrales électriques au charbon très polluantes en CO2 dans les pays émergents : autrement dit à une accélération des émissions à effet de serre et du réchauffement.
Que pense du silence des officiels comme des déclarations inquiétantes de l'Agence de l'Energie Sir Nicholas Stern lui-même, rencontré à Londres une semaine après la publication de son fameux rapport ? (publié en partie dans LE MONDE2/ 1er décembre 2006. Le sommaire des conclusions du rapport Stern se trouve en fin d'article)
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A LONDRES, chez le chancelier de l'échiquier...
L'honorable Sir Nicolas Stern, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, responsable des questions d’environnement auprès de Gordon Brown l'actuel chancelier de l’échiquier (le successeur désigné de Tony Blair comme "premier" anglais), donne ses entretiens dans une petite bibliothèque au deuxième étage d’un beau bâtiment du « H.M Treseaury » (ministère des finances anglais), 1 Horseguards Street, sur Hide Park, Londres. Des d’ouvrages d’écologie scientifique, d'épais tomes d'une Histoire de l’Economie, des livres très techniques de statistiques, deux Karl Marx perdus au milieu des classiques du libéralisme encerclent le visiteur. Le fameux rapport est sur la table, apporté par Hamide Lorraine, l'assistante de "Sir Nicolas" - elle porte le voile musulman classique couvrant les cheveux et les tempes, tolérance impensable dans un ministère français.
Le "rapport Stern" est un pavé blanc, 700 pages, trois ans d’expertises menées par une équipe d'économistes indépendants. C’est la première fois que la facture du réchauffement planétaire est chiffrée économiquement, sans a priori idéologique ou conflit d'intérêt. Nous en connaissons les conclusions, commentées par toute la presse internationale début novembre. Le réchauffement global s’accélérant après avoir gagné O,7 degré en 70 ans, scientifiquement confirmé étant d’origine humaine, présumé augmenter de plusieurs dégrès dans le siècle à venir (jusqu'à 5°) ce qui risque d'accélérer l'actuelle fonte des poles - va déclencher des dégradations terrestres, économiques et humaines colossales. Selon le "rapport Stern", si aucune politique économique alternative ne vient enrayer dans les 20 ans ce processus catastrophique, celui-ci se traduira dans les 50 ans à venir par une désertification des régions tropicales sèches, des territoires entiers rendus inhabitables, des tempêtes et des cataclysmes à répétition, une fonte progressive et rapide des glaces polaires, un relèvement du niveau de la mer, des graves inondations, des sécheresses, de sévères problèmes d’eau potable, des déplacements par millions voire dizaines de millions de « réfugiés climatiques » et la disparition de 40% des espèces vivantes.
FACTURE A 55OO MILLIARDS D'EUROS
La facture, pour une hypothèse forte à + 4° en 2050, s’élèvera à 7000 milliards de dollars, soit 5500 milliards d’euros. Ce sera la somme nécessaire pour réparer les dégats matériels et humains causés par le réchauffement. Autrement dit, écrit Nicolas Stern dans son rapport, des pertes équivalentes à celle de la crise économique de 1929. Une récession majeure. Le « rapport Stern », qu’il ait été applaudi ou critiqué, a été jugé « historique » par tous les commentateurs. C’est la première fois qu’un économiste de renom s’attaque à la thèse officielle des gouvernants, industriels et lobbies « enviro-sceptiques » : lutter contre le réchauffement serait jeté de l’argent aux oubliettes. Sir Nicholas Stern affirme au contraire que ne rien tenter pour réduire aujourd’hui les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, gaz aérosols, protoxyde d’azote, hexafluorure de soufre) nous conduira à dépenser de façon improductive, sans jamais les récupérer, 5 à 20% du PIB planétaire dans les 50 ans. Il faudra payer au prix fort les coûts, devenus astronomiques, du réchauffement. Le profit à court terme, l'investissement productif rapide, le développement immédiat, l'industrialisation à marche forcée, sans oublier le "greed", tous ces moteurs classiques de l'économie libérale deviennent contre-productifs. Plus encore : économiquement irresponsables, écologiquement dangereux, humainement insupportables.
HUMOUR NOIR...
Humour noir du calendrier, la même semaine, deux enquêtes planétaires venaient confirmer les inquiétantes prévisions du « rapport Stern ». Le vendredi 3 novembre, la revue Science publiait les conclusions d’une équipe internationale de 14 biologistes, économistes et océanographes redoutant rien moins que la disparition de toutes les grandes espèces péchées, poissons et crustacés, d’ici 2050. La combinaison de la surpêche, la pollution maritime, le chalutage des grands fonds, la chute de la biodiversité et du réchauffement climatique laisse craindre que les stocks des grands poissons s’épuisent en 50 ans (la morue du Nord, le thon rouge, le turbot, la raie, le saumon sauvage ont quasiment disparu dans plusieurs pays). Autre inquiétante perspective, le très attendu Programme des Nations Unis Pour le Développement (PNUD) faisait connaître début novembre ses analyses sur les conditions de vie de la population mondiale. Nous avons appris qu’aujourd’hui... 1 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable. Que plus d’1/3 de l’humanité, soit 2,5 milliards de personnes, ne disposent pas d’un système d’assainissement des eaux. Les futurs « réfugiés climatiques » du rapport Stern ?
BUSINESS AS USUAL ?
Petit homme affable, des yeux immenses sous les lunettes, Sir Nicholas Stern est pressé. Il doit se rendre à une réunion intereuropéenne à Bruxelles, il suit l’évolution des discussions à la conférence sur le climat de Nairobi consacrée au respect des objectifs du protocole de Kyoto : l’improbable réduction de 5% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012, seule manière globale de ralentir le réchauffement. Toute la semaine, son rapport a suscité des réactions fortes et contradictoires chez les hommes politiques européens (plutôt favorables, Tony Blair parle du document sur l’avenir immédiat « le plus important » qu’il ait jamais lu), chez les écologistes (soulagés) comme chez les grands patrons (inquiets de nouvelles taxes). Mais aucun signe encourageant n’est venu des grands pays engagés dans l’émission lourde de CO2 : Etats-Unis, Chine, Australie, Inde, Canada (à Nairobi, les états signataires de Kyoto ont reproché au Canada d’avoir augmenté ses émissions de CO2 de 30% en 15 ans).
Que dit Sir Nicholas Stern de ce silence bruyant des pollueurs ? A-t-il l’impression d’avoir lancé un coup d’épée dans l’eau – un de plus sur ces questions ? Le business continue, as usual ? L’économiste réagit assez vivement à ces questions. « Nous cherchons à nourrir le débat public, je ne vois pas d’autre moyen d’agir. Notre apportons une nouvelle dimension à la réflexion écologique, avec une contribution économique, concrète et chiffrée. J’ai voulu que tous les arguments soient posés. Parler en termes de menaces pour la croissance, de risques de récession a obligé les leaders politiques et les industriels à écouter. Aux Etats-Unis, le New York Times a réagi en souhaitant une discussion nationale sur ces thèmes. La seule façon d’avancer, c’est d’essayer …» Que pense-t-il du communiqué soporifique des responsables de l’environnement à la Maison blanche sur son rapport ? Je lui cite : « Le gouvernement américain a produit une foule d’analyses économiques sur ces questions des changements climatiques. Le rapport Stern contribue à son tour ».
Cette fois encore, Sir Nicholas répond d’un ton vif.
« Il ne faut pas confondre les Etats-Unis avec l’actuel gouvernement … Ce mercredi 8 novembre, date historique, les Anglais se sont levés en apprenant à la radio la défaite imminente de Georges W. Bush et du parti républicain aux élections américaines… Comment ne pas voir qu’une polémique intense sur le réchauffement et les questions climatiques se déroule chez les Américains ? Voyez les prises de positions récentes des démocrates comme l’ex-vice président Al Gore, ou encore la nouvelle politique d’Arnold Schwarzenegger en Californie. Lui et son équipe républicaine, associés aux démocrates californiens, se sont engagés à revenir en 2020 à un taux d’émission de gaz à effets de serre équivalent à celui de 1990. C’est une décision forte, la Californie représente la sixième puissance économique au monde. En Floride, une politique stricte de réglementation a permis en 10 ans de réduire de 60% la pollution au mercure dans cet état. Qu’ils discutent du passage du cyclone Katrina sur leur pays ou des problèmes d’eau que rencontre Los Angeles, les Américains s’inquiètent de plus en plus sur ces questions. J’espère que nous allons réussir à les faire revenir à la table des négociations... »
L'ECOLOGIE N'EST PLUS CONSIDEREE COMME ANTI-ECONOMIQUE

Que répond « Sir Nicholas » au responsable du dossier climatique pour Georges Bush, qui affirme que le respect du protocole de Kyoto aurait « fortement augmenté les coûts énergétiques américains », créé « un énorme problème économique aux Etats-Unis » et coûté « des millions d’emplois » (qui auraient été délocalisés vers des pays non signataires)? « Ce raisonnement ne me semble plus valable, répond Sir Nicholas Stern. Nous n’avons pas à choisir entre lutter contre le réchauffement ou soutenir la croissance. Il faudra bien réparer les dégâts des ouragans et des inondations comme à La Nouvelle-Orléans, remplacer les routes côtières attaquées par l’érosion ou détruites par la montée des eaux, accueillir les réfugiés, se résoudre à utiliser des technologies propres, etc. Il faudrait agir dès maintenant, avant que cela ne nous coûte très cher. Nous sommes dans le court terme. Aujourd’hui, un arrêt immédiat des gaz à effet de serre ne parviendrait pas à arrêter le réchauffement annoncé. Il continuerait encore pendant 30 ans, et le niveau des mers s’élèverait encore pendant un siècle. Si nous voulons arriver à ramener les émissions de CO2 à 80% en dessous de leur niveau actuel, il faudrait dès aujourd’hui investir 1% du PIB actuel de la planète (275 milliards d’euros, ndlr) dans le nucléaire, le carburant végétal, les voitures électriques, à hydrogène, les techniques propres pour le charbon, la confination du CO2, l’éducation du public, la protection des forêts. Ce serait le seul moyen de conserver une économie stable et une croissance continue. Après, ce sera beaucoup plus difficile. »
Croit-il que les gouvernements des gros pays pollueurs vont l’entendre ? L’Australie, par exemple, refuse toujours de ratifier les accords de Kyoto. Sir Nicholas Stern répond assez vertement.
« Vous savez, l’Australie connaît de sérieux problèmes écologiques. Les Australiens souffrent beaucoup déjà du réchauffement et du rayonnement solaire. Ils commencent à comprendre la gravité de la situation, et savent très bien qu’ils auront des coûts importants. D’ailleurs, ils réagissent déjà en investissant lourdement dans les énergies renouvelables. »
LA CHINE COMMENCE A COMPRENDRE LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Aucune réaction au « Rapport Stern » provenant de Chine, non plus. La Chine qui construit partout des usines électriques à charbon, très polluantes en CO2, pour fournir ses villes géantes en énergie. La Chine et ses 380 millions de voitures en 2030. Qu’en pense Sir Nicholas Stern, « visiting » professeur d’économie à l’Université du Peuple de Pékin ?
«Je suis familier des questions chinoises, je m’y rends à la fin du mois. 380 millions de voitures ? Cela me paraît possible. Le chiffre donne une idée de la force de leur croissance. Les Chinois se montrent très ambitieux en termes d’énergie, ils rivalisent avec les Etats-Unis pour acheter du pétrole, ils investissent très lourdement dans la constructions de centrales au charbon, ils ne veulent pas sacrifier leur développement à l’écologie, mais pour la première fois ils ont changé de discours. Je l’ai constaté. Ils changent, ils ont déjà repris certaines analyses de notre rapport. Ils entendent l’argument économique, la menace de récession, les risques écologiques. Nous dialoguons. N’oublions pas que les Chinois ont fait cesser la déforestation dans leur pays. Ils veulent changer l’équipement de leurs centrales polluantes. L’énorme chantier économique de la lutte contre le réchauffement créera des emplois, de l’innovation technologique, développera une stratégie à long terme. »
L'ALLIANCE INTERNATIONALE DE L'ENERGIE S'ALIGNE SUR LE RAPPORT STERN
L’autre actualité historique ce matin à Londres, c’est l’appel lancé par le « watchdog » de l’énergie mondiale (dixit The Times of London) : l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Son directeur Claude Mandil, qui présentait l’«Outlook 2006 », le bilan annuel de la situation énergétique planétaire, a tenu des propos jamais entendus à la tête de cette institution : « Sur la base des tendances actuelles, le monde est confronté à un futur énergétique malpropre, mal affermi et cher (…) L’avenir énergétique que nous sommes en train de bâtir n’est pas durable (unsustainable) et menacé d’échec (doomed to failure).» Voici le nouveau « scénario de référence » présenté la très officielle AIE jusqu’en 2050… Le parc automobile des pays émergents (Chine, Inde, Asie du Sud-Est) explose en 2030. 740 millions de voitures rouleront sur terre, pour 126 millions en 2002. Ces norias d’automobiles marcheront majoritairement au pétrole, donc aux émissions de CO2. En 2030, la demande de pétrole atteindra 116 millions de barils par jour, pour 84 millions en 2005. La question des réserves de pétrole – par ailleurs soumis aux caprices des rares pays producteurs, aux mouvements de prix erratiques, etc - se posera autour de 2050. En même temps, d’immenses villes nouvelles réclameront beaucoup plus d’énergie. Cette énorme demande doublera en 2030, demeurant dépendante … à 83% des produits à combustion fossile (à effet de serre). Les centrales au charbon (présent aux Etats-Unis, en Inde, en Chine) deviendront un puissant fournisseur d’énergie. Ce qui fait dire à l’économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie, Fatih Birol : « Une des conséquences directes sera des émissions de CO2 beaucoup plus importantes. »
S’alignant sur les conclusions du « rapport Stern », l’Alliance Internationale de l’Energie annonce une progression de 55% des émissions à effet de serre - c’est-à-dire un réchauffement accéléré. Résultat, à Londres comme à Paris, les journaux économiques du matin réagissent en adoptant un ton dramatique inconnu jusqu’ici. « Ce sera crise énergétique sur crise énergétique » titre en pleine page l’article du Times. « Energie : le monde s’enfonce dans l’impasse. » lit-on sur deux pages dans Les Echos. « Urgence de l’action politique » écrit l’éditorialiste de La Tribune. Cela en est presque effrayant, tous les non-interventionnistes et les libéraux radicaux qui hier plaisantaient sur les « Cassandre » du réchauffement ne sont pas les moins inquiets. « Chaque année de retard prise dans la mise en œuvre de nouvelles politiques énergétiques, plaide Claude Mandil le directeur de l’AIE, aurait un effet hors de proportion sur les émissions de gaz à effet de serre ».
"DECARBONISER" L'ENERGIE
Que pense Sir Nicholas Stern du « cri d’alarme » de l’Agence Internationale de l’Energie (comme Les Echos titrent en Une) ? « C’est la première fois dans son histoire que l’Agence présente un scénario aussi sombre. En 2005 encore, elle l’évoquait comme une évolution « possible ». Plus aujourd’hui. Cela montre que les mentalités des économistes et des experts évoluent très vite. Ils ont réalisé un remarquable travail d’évaluation, qui recoupe beaucoup de nos enquêtes. Tous ces rapports vont dans le même sens, l’urgence. » L’urgence à agir, le « rapport Stern » l’évoque dans toutes ses conclusions. S’il croit aux vertus du débat public, Sir Nicolas Stern préconise aussi une série de décisions volontaristes, qui devraient être imposées par la concertation internationale. Vite.
« Les pays du Sud, les pays pauvres, se retrouvent les plus frappés par le réchauffement, alors que pour l’instant les pays du Nord polluent le plus. Nous proposons de faire « payer le prix » de leurs émissions aux pays pollueurs, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Chine. Pour cela, toute une batterie de mesures devront être prises au niveau planétaire. Il faut fixer le prix de l’émission de carbone, et à partir de là, dans la flexibilité, travailler à des réglementations industrielles, développer le commerce d’échanges de quotas de pollution, instituer des « taxes au carbone ». En même temps, il faudra imaginer de nouvelles dispositions légales afin que les industriels investissent dans les technologies propres. La production d’une nouvelle génération des véhicules électriques s’impose. Il faudrait « décarboniser » l’énergie d’au moins 60% d’ici 2050. Toutes ces initiatives réclament une entente internationale. Nous allons voir ce que donne la conférence de Nairobi sur le climat. »
"CE SERA DIFFICILE"
Je montre à « Sir Nicholas » les courbes montantes de la demande en énergies fossiles, publiées en Une des quotidiens du matin. Elles doubleront en 2030, estiment les experts de l’Alliance Internationale pour l’Energie, à moins d’un sursaut international dans les années qui viennent, un véritable changement de cap, des investissements lourds dans la dépollution et la production d’énergie non fossile. Qu’en pense l’ancien économiste de la Banque Mondiale ? Il croit à « un changement de cap » ? Il fait la grimace.
"Ce sera difficile. Je ne peux même pas garantir que nous y arriverons. Il va falloir se battre très durement. Avant tout, il faut une volonté politique, que les Etats-Unis reviennent à la table des négociations, et la Chine aussi. Il devient indispensable de signer un nouvel accord sur la réduction des émissions à effet de serre qui remplace celui de Kyoto. Avec notre rapport, nous avons voulu faire un effort de clarté. Désormais, nous savons où nous en sommes, en termes d’économie mondiale et de réchauffement, et ce qu’il nous en coûtera de laisser faire. Déjà, cela me rend plus optimiste. »
Alors, au pays d’Adam Smith, ce serait la fin du « laisser-faire » ?
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DOCUMENT
LE SOMMAIRE DES CONCLUSIONS DU RAPPORT STERN
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"Si nous adoptons des mesures fermes
dès à présent, il est encore temps d’éviter
les pires conséquences du changement climatique."
Rapport STERN
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"Les preuves scientifiques sont maintenant accablantes : le changement climatique constitue une menace planétaire grave et exige une réponse mondiale de toute urgence. Cette Revue a évalué un vaste éventail de preuves sur les conséquences du changement climatique et sur ses coûts économiques et elle a fait appel à un nombre de techniques différentes pour évaluer les coûts et les risques.
Sous ces diverses perspectives les preuves amassées par la Revue mènent à une conclusion simple : les avantages que présente une action ferme et précoce l’emportent de loin sur les coûts économiques de l’inaction.
Le changement climatique affectera les éléments fondamentaux de la vie pour despans entiers de populations de par le monde – l’accès à l’eau, la production de nourriture, la santé ainsi que l’environnement.
Des centaines de millions de personnes pourraient souffrir de la faim, de la pénurie d’eau et d’inondations côtières au fur et à mesure que la planète se réchauffe.
Utilisant les résultats de modèles économiques officiels, la Revue estime que si l’onne réagit pas, les coûts et les risques globaux du changement climatique serontéquivalents à une perte d’au moins 5 % du PIB mondial chaque année, aujourd’hui etpour toujours. Si l’on prend en compte un éventail plus vaste de risques et deconséquences, les estimations des dommages pourraient s’élever à 20 % du PIB ou plus. Par contre, les coûts de l’action, à savoir réduire les émissions de gaz à effet de serre pour éviter les pires conséquences du changement climatique, peuvent se limiter à environ 1 % du PIB mondial chaque année.
IMPOSSIBLE DE FAIRE MACHINE ARRIERE
" L’investissement que l’on fera au cours des dix à vingt prochaines années aura un effet profond sur le climat de la seconde moitié de ce siècle et au siècle suivant. Nos actions aujourd’hui et au cours des décennies à venir pourraient engendrer des risques de perturbations majeures pour l’activité économique et sociale, sur une échelle semblable aux perturbations associées aux grandes guerres et à la dépression économique de la première moitié du XX e siècle. Et il sera difficile, pour ne pas dire impossible, de faire machine arrière. Il est, par conséquent, patent qu’une action prompte et ferme est justifiée. Etant donné que le changement climatique est un problème planétaire, la réponse à ce problème se doit d’être internationale. Elle doit reposer sur une vision partagée des objectifs à long terme et d’un accord sur les cadres qui accéléreront l’action au cours de la prochaine décennie et elle doit se développer à partir d’approches qui se renforcent mutuellement au niveau national, régional et international. Le changement climatique pourrait avoir des conséquences très sérieuses sur la croissance et sur le développement.
Si l’on ne fait rien pour réduire les émissions, la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pourrait atteindre dès 2035 le double du niveau qu’elle atteignait avant l’ère industrielle, nous consignant pratiquement à une hausse de la température moyenne mondiale de plus de 2°C.
A plus long terme, il y aurait plus de 50 % de risque que la hausse de la température dépasse les 5°C. Cette hausse serait extrêmement dangereuse, en effet : c’est l’équivalent du changement survenu dans les températures moyennes de la dernière période glaciaire à nos jours. Un changement aussi radical de la géographie physique du globe ne peut qu’entraîner des changements majeurs dans la géographie humaine, c’est-à-dire où les gens vivent et comment ils vivent leur vie. Même à des niveaux plus modérés de réchauffement, tout – des études détaillées des conséquences au niveau régional et sectoriel des changements de schémas climatiques jusqu’aux modèles économiques des effets à l’échelon planétaire – porte à croire que le changement climatique aura des conséquences sérieuses sur la production mondiale, sur la vie humaine et sur l’environnement.
TOUS LES PAYS AFFECTES
Tous les pays seront affectés. Les plus vulnérables – les pays et populations les plus pauvres – seront les premiers à en souffrir et ceux qui en souffriront le plus, alors même que ce sont eux qui ont le moins contribué aux causes du changement climatique. Les coûts suscités par un temps extrêmement inclément (dont inondations, sécheresses et tempêtes) augmentent d’ores et déjà, y compris pour les pays riches.
L’adaptation au changement climatique – c’est-à-dire l’adoption de mesures destinées à renforcer la faculté de résister et à réduire les coûts au minimum – est essentielle. Il n’est plus possible d’éviter le changement climatique qui se fera au cours des deux à trois prochaines décennies, mais il est encore possible de protéger nos sociétés et nos économies de ses conséquences dans une certaine mesure – en fournissant une meilleure information, une planification optimisée et des cultures et infrastructures mieux aptes à résister au climat, par exemple. Cette adaptation coûtera des dizaines de milliards de dollars par an dans les pays en développement seulement et grèvera encore davantage des ressources déjà limitées. Il faudrait intensifier les efforts d’adaptation, notamment dans les pays en développement.
Les coûts nécessaires pour stabiliser le climat sont importants mais ils sont gérables ; un retard serait dangereux et bien plus coûteux.
Les risques des pires conséquences du changement climatique pourraient être considérablement réduits si l’on parvenait à stabiliser les niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entre 450 et 550 ppm en équivalent CO 2. Le niveau actuel est de 430 ppm en équivalent C02 aujourd’hui et il augmente de plus de 2 ppm chaque année. La stabilisation dans cette fourchette exigerait que les émissions se situent au moins à 25 % en deçà des niveaux actuels d’ici 2050 et, qui sait, bien plus encore.
1% DU PIB MONDIAL INVESTI AU PLUS VITE
A terme, la stabilisation – à quelque niveau que ce soit – exige que les émissions annuelles soient ramenées à plus de 80 % en deçà des niveaux actuels. Ceci représente un défi important, mais une action à long terme inscrite dans la durée peut y parvenir à des coûts qui sont faibles en comparaison avec les risques de l’inaction. Les estimations centrales des coûts annuels nécessaires pour aboutir à une stabilisation entre 500 et 550 ppm en équivalent CO2 s’élèvent à environ 1 % du PIB mondial, si nous commençons dès à présent à prendre des mesures fermes.
Les coûts pourraient être encore plus bas que cela si l’on réalise des gains importants en efficacité ou encore si l’on mesure les forts avantages collatéraux, comme par exemple la réduction de la pollution de l’air. Les coûts seront plus élevés si les innovations en matière de technologie moins carbonée sont plus lentes que prévu ou si les décideurs ne tirent pas le meilleur parti possible des instruments économiques qui permettent de réduire les émissions chaque fois que cela revient moins cher de le faire et partout où cela est le cas et de quelque façon que ce soit.
Il serait d’ores et déjà très difficile et très coûteux de s’efforcer de stabiliser à 450 ppm en équivalent CO2. Mais si l’on attend, la possibilité de stabiliser à 500-550 ppm en équivalent CO 2 pourrait nous échapper. Une action sur le changement climatique est requise de la part de tous les pays et il n’est pas nécessaire qu’elle impose une limite aux aspirations de croissance des pays riches ou pauvres.
PAYS RICHES, PAYS PAUVRES
Les coûts nécessaires pour prendre les mesures qui s’imposent ne sont pas répartis de façon égale sur tous les secteurs ou autour du globe. Même si le monde riche accepte la responsabilité de coupures absolues des émissions de 60 à 80 % d’ici 2050, les pays en développement doivent parallèlement adopter des mesures importantes. Or, il ne faudrait pas s’attendre à ce que les pays en développement assument tous les coûts de cette action à eux seuls, et cela ne leur sera pas nécessaire. Les marchés du carbone dans les pays riches commencent déjà à générer des flux de financement destinés à encourager le développement de technologies moins carbonées, y compris par le biais du mécanisme de développement propre. Il est à présent nécessaire de transformer ces flux pour soutenir l’action sur l’échelle requise. L’action sur le changement climatique créera également des possibilités commerciales importantes, à mesure que de nouveaux marchés se créent dans les technologies énergétiques moins carbonées et dans les autres biens et services moins carbonés. Ces marchés pourraient se développer et valoir des centaines de milliards de dollars chaque année et l’emploi dans ces secteurs augmentera en
conséquence. Le monde n’a pas besoin de choisir entre éviter le changement climatique et promouvoir la croissance et le développement. Les changements survenus dans les technologies énergétiques et dans la structure des économies ont créé des possibilités de séparer la croissance des émissions de gaz à effet de serre. En effet, si l’on ne tient pas compte du changement climatique, cela à terme portera préjudice
à la croissance économique.
GARE AU CARBONE
La maîtrise du changement climatique est la stratégie favorable à la croissance à plus long terme et cela peut se faire d’une façon qui n’impose pas de limite aux aspirations à la croissance des pays riches ou pauvres. Il existe une gamme d’options pour réduire les émissions ; une action gouvernementale ferme et délibérée est requise pour encourager l’adoption de ces options.
Il est possible de réduire les émissions grâce à une plus grande efficacité énergétique, à une modification de la demande et grâce à l’adoption de technologies propres en matière d’électricité, de chauffage et de transport. Il est nécessaire que l’utilisation du carbone dans le secteur de la production électrique de par le monde baisse de 60 % au moins d’ici 2050 pour que les concentrations dans l’atmosphère se stabilisent à 550 ppm en équivalent CO 2 ou en deçà ; en outre, des réductions profondes d’émissions seront également nécessaires dans la filière transport.
Même avec une forte progression de l’utilisation de l’énergie renouvelable et d’autres sources d’énergie moins carbonées, les combustibles fossiles pourraient toujours constituer plus de la moitié de l’approvisionnement énergétique mondial en 2050. Le charbon continuera à être important dans le mélange énergétique dans le monde entier, y compris dans les économies en rapide expansion. Le captage et le stockage sur une large échelle du carbone seront nécessaires pour permettre de continuer à utiliser les combustibles fossiles sans dégâts pour l’atmosphère. Des réductions des émissions non énergétiques, à l’instar de celles qui proviennent de la déforestation et des procédés agricoles et industriels, sont également indispensables. Avec des choix d’orientation forts et délibérés, il est possible de réduire les émissions tant dans les économies développées que dans celles qui sont en développement dans les proportions nécessaires pour entraîner une stabilisation dans la fourchette requise sans restreindre le développement.
ECHEC DU MARCHE
Le changement climatique est l’échec le plus grand du marché que le monde ait jamais connu et il a une action réciproque sur les autres imperfections du marché. Trois éléments d’actions sont nécessaires pour obtenir une réponse planétaire efficace. Le premier est la fixation du prix du carbone, appliquée à travers les taxes, le commerce ou une réglementation. Le second est l’action gouvernementale pour encourager l’innovation et le déploiement de technologies moins carbonées. Et le troisième est l’action pour retirer les obstacles à l’efficacité énergétique et pour informer, éduquer et persuader les individus sur ce qu’ils peuvent faire pour réagir face au changement climatique. Le changement climatique exige une réponse internationale reposant sur une compréhension partagée des objectifs à long terme et un accord sur les cadres d’action. De nombreux pays et régions prennent d’ores et déjà des mesures : l’UE, la Californie et la Chine sont parmi ceux qui se sont dotés des orientations de politiques les plus ambitieuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique et le Protocole de Kyoto offrent une base de coopération internationale, de même qu’une panoplie de partenariats et d’autres approches. Mais il faut à présent des mesures plus ambitieuses dans le monde entier. Les pays étant confrontés à des circonstances diverses apporteront à la maîtrise du individuel ne suffit pas. Chaque pays, quelle que soit sa taille, ne représente qu’une partie du problème. Il est indispensable de créer une vision internationale partagée des objectifs à long terme et de dresser les cadres internationaux qui aideront chaque pays à remplir son rôle pour atteindre ces objectifs communs.
ELEMENTS CLEFS
Les éléments clefs de ces cadres internationaux futurs devront inclure :
• L’échange des émissions : étendre et relier le nombre grandissant de projetsd’échange des émissions de par le monde est un moyen puissant de promouvoir des réductions rentables des émissions et de faire progresser l’action dans les
pays en développement : des objectifs-cibles forts dans les pays riches pourraient encourager des flux s’élevant à des dizaines de milliards de dollars chaque année pour soutenir la transition vers des voies de développement moins
carbonées.
• La coopération technologique : Une coordination officieuse ainsi que des accords officiels peuvent stimuler l’efficacité des investissements dans l’innovation dans le monde entier. A l’échelle mondiale, le soutien pour les R & D dans le domaine de l’énergie devraient doubler au moins et le soutien pour le déploiement de nouvelles technologies moins carbonées devrait au minimum quintupler. La coopération internationale sur les normes des produits est un moyen puissant de stimuler l’efficacité énergétique.
• L’action pour réduire la déforestation : La perte des forêts naturelles de par le monde contribue plus aux émissions globales chaque année que la filière des transports. Juguler la déforestation est un moyen extrêmement rentable de
réduire les émissions ; des programmes pilotes internationaux à grande échelle destinés à explorer quelle est la meilleure façon de parvenir à cette fin pourraient être lancés très rapidement.
• L’adaptation : Les pays les plus pauvres sont les plus vulnérables au changement climatique. Il est indispensable que le changement climatique soit pleinement intégré aux orientations de politique en matière de développement et
que les pays riches honorent les promesses qu’ils ont faites visant à accroître leur soutien par le biais de l’aide publique au développement. Le financement international devrait également appuyer une amélioration de l’information au
niveau régional sur les conséquences du changement climatique et la recherche sur de nouvelles variétés de cultures qui seront plus résistantes à la sécheresse et aux inondations
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Commentaires
Hey – Très sympa ce blog ! Et juste comme ca en regardant rapidement d'autres sites, Vous semblez utiliser une plate-forme vraiment sympa . Je suis actuellement sous cmsmadesimple pour quelques-uns de mes sites, mais je cherche à changer l'un d'eux au cours pour une plate-forme similaire à la vôtre
Écrit par : Lou | vendredi, 15 juin 2012
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