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  • SIR NICOLAS STERN. QUAND UN GRAND ECONOMISTE CHIFFRE LE COÛT COLOSSAL DU RECHAUFFEMENT

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    NEWS NEWS NEWS. Le 31 octobre 2006, le gouvernement anglais et Tony Blair présentaient solennellement le « rapport Stern », qui chiffre - après une expertise de  3 ans -  le coût du réchauffement planétaire di'ci 2050. D'après l'ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, Sir Nicolas Stern, il faudra dépenser au moins 5300 milliards d’euros pour réparer les dégats humains ( notamment pour accueillir les millions de "réfugiés climatiques" du Sud)  et terrestres (les tornades, les cyclones, les inondations cotières, les coûts du nettoyage industriel, etc) causés par l'effet de serre. Ce sera la somme, colossale, à payer, si rien n'est fait avant : c'est-à-dire dès aujourd'hui. Nicolas Stern évoque une probable récession économique, comparable à celle de 1929. À ce jour, depuis la publication du rapport, aucun gouvernement des grands pays émetteurs de gaz à effet de serre n’a encore réagi en dépit de l'énorme impact médiatique de ce texte déjà considéré comme "historique".  Les dernières analyses, alarmistes elles aussi, de la très sérieuse Agence Internationale de l'Energie (AIE) réunie à Londres cette semaine viennent confirmer le scénario annoncé par Nicolas Stern. Selon l'AIE, il faut s'attendre à voir rouler 74O millions de voitures ( 385 millions en Chine) d'ici 2050, la plupart au pétrole, à l'ouverture en série de centrales électriques au charbon très polluantes en CO2 dans les pays émergents : autrement dit à une accélération des émissions à effet de serre et du réchauffement.

    Que pense du silence des officiels comme des déclarations inquiétantes de l'Agence de l'Energie Sir Nicholas Stern lui-même, rencontré à Londres une semaine après la publication de son fameux rapport ? (publié en partie dans LE MONDE2/ 1er décembre 2006. Le sommaire des conclusions du rapport Stern se trouve en fin d'article)

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    A LONDRES, chez le chancelier de l'échiquier...

    L'honorable Sir Nicolas Stern, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, responsable des questions d’environnement auprès de Gordon Brown l'actuel chancelier de l’échiquier (le successeur désigné de Tony Blair comme "premier" anglais), donne ses entretiens dans une petite bibliothèque au deuxième étage d’un beau bâtiment du « H.M Treseaury » (ministère des finances anglais), 1 Horseguards Street, sur Hide Park, Londres. Des d’ouvrages d’écologie scientifique, d'épais tomes d'une Histoire de l’Economie, des livres très techniques de statistiques, deux Karl Marx perdus au milieu des classiques du libéralisme encerclent le visiteur. Le fameux rapport est sur la table, apporté par Hamide Lorraine, l'assistante de "Sir Nicolas"  - elle porte le voile musulman classique couvrant les cheveux et les tempes, tolérance impensable dans un ministère français.

    Le "rapport Stern" est un pavé blanc, 700 pages, trois ans d’expertises menées par une équipe d'économistes indépendants. C’est la première fois que la facture du réchauffement planétaire est chiffrée économiquement, sans a priori idéologique ou conflit d'intérêt. Nous en connaissons les conclusions, commentées par toute la presse internationale début novembre. Le réchauffement global s’accélérant après avoir gagné O,7 degré en 70 ans, scientifiquement confirmé étant d’origine humaine, présumé augmenter de plusieurs dégrès dans le siècle à venir (jusqu'à 5°) ce qui risque d'accélérer l'actuelle fonte des poles -  va déclencher des dégradations terrestres, économiques et humaines colossales. Selon le "rapport Stern", si aucune politique économique alternative ne vient enrayer dans les 20 ans ce processus catastrophique, celui-ci se traduira dans les 50 ans à venir par une désertification des régions tropicales sèches, des territoires entiers rendus inhabitables, des tempêtes et des cataclysmes à répétition, une fonte progressive et rapide des glaces polaires, un relèvement du niveau de la mer, des  graves inondations, des sécheresses, de sévères problèmes d’eau potable, des déplacements par millions voire dizaines de millions de « réfugiés climatiques » et la  disparition de 40% des espèces vivantes.

    FACTURE A 55OO MILLIARDS D'EUROS

    La facture, pour une hypothèse forte à + 4° en 2050, s’élèvera à 7000 milliards de dollars, soit 5500 milliards d’euros. Ce sera la somme nécessaire pour réparer les dégats matériels et humains causés par le réchauffement. Autrement dit, écrit Nicolas Stern dans son rapport, des pertes équivalentes à celle de la crise économique de 1929. Une récession majeure. Le « rapport Stern », qu’il ait été applaudi ou critiqué, a été jugé « historique » par tous les commentateurs. C’est la première fois qu’un économiste de renom s’attaque à la thèse officielle des gouvernants, industriels et lobbies « enviro-sceptiques » : lutter contre le réchauffement serait jeté de l’argent aux oubliettes. Sir Nicholas Stern affirme au contraire que ne rien tenter pour réduire aujourd’hui les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, gaz aérosols, protoxyde d’azote, hexafluorure de soufre) nous conduira à dépenser de façon improductive, sans jamais les récupérer, 5 à 20% du PIB planétaire dans les 50 ans. Il faudra payer au prix fort les coûts, devenus astronomiques, du réchauffement. Le profit à court terme, l'investissement productif rapide, le développement immédiat, l'industrialisation à marche forcée, sans oublier le "greed", tous ces moteurs classiques de l'économie libérale deviennent contre-productifs. Plus encore : économiquement irresponsables, écologiquement dangereux, humainement insupportables.

    HUMOUR NOIR...

    Humour noir du calendrier, la même semaine, deux enquêtes planétaires venaient confirmer les inquiétantes prévisions du « rapport Stern ». Le vendredi 3 novembre, la revue Science publiait les conclusions d’une équipe internationale de 14 biologistes, économistes et océanographes redoutant rien moins que la disparition de toutes les grandes espèces péchées, poissons et crustacés, d’ici 2050. La combinaison de la surpêche, la pollution maritime, le chalutage des grands fonds, la chute de la biodiversité et du réchauffement climatique laisse craindre que les stocks des grands poissons s’épuisent en 50 ans (la morue du Nord, le thon rouge, le turbot, la raie, le saumon sauvage ont quasiment disparu dans plusieurs pays). Autre inquiétante perspective, le très attendu Programme des Nations Unis Pour le Développement (PNUD) faisait connaître début novembre ses analyses sur les conditions de vie de la population mondiale. Nous avons appris qu’aujourd’hui... 1 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable. Que plus d’1/3 de l’humanité, soit 2,5 milliards de personnes, ne disposent pas d’un système d’assainissement des eaux. Les futurs « réfugiés climatiques » du rapport Stern ?

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