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mardi, 24 octobre 2006

CARLOS FUENTES : "MEXIQUE, DEMOCRATIE FRAGILE"

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NEWS NEWS NEWS. Que se passe-t-il au Mexique, où depuis plusieurs mois Lopez Obrador, le leader de la gauche conteste les résultats des élections présidentielles, après avoir mobilisé d’immenses manifestations, au risque de rendre le pays ingouvernable ? Profitant du passage à Paris du célèbre écrivain mexicain Carlos Fuentes, ancien ambassadeur du Mexique en France, prix Cervantès, nous nous sommes entretenus avec lui sur la situation de crise de son pays, le réveil de la gauche dans toute l'Amérique Latine et du prodigieux métissage à l'oeuvre dans l'art mexicain. Un prestigieux Cahier de l’Herne vient de lui être consacré, avec des contributions de ses amis Milan Kundera, Gabriel Garcia Marquez et Nadine Gordimer ainsi que des lettre d'Henri Miller et Norman Mailer

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Costume sombre, élégant, toujours bel homme à 78 ans, l’esprit rapide, une courte moustache taillée de près, Carlos Fuentes vous accueille avec amabilité, pressé de parler, de donner quelques éclaircissements sur la chaotique situation mexicaine dont il voit bien que nous ne comprenons pas grand chose, d’ici, à Paris. Rappelons que l’homme fut ambassadeur du Mexique de 1974 à 1977 à Paris, et qu’il connaît les « fausses idées » lyriques ou misérabilistes, ou encore « les utopies » que les intellectuels français se sont faites sur l’Amérique Latine. Nous étions convenus de parler politique, quoique avec Carlos Fuentes, à la fois romancier, essayiste, tête politique, ancien diplomate, le choix d’un sujet d’entretien s’avère toujours difficile. Nous aurions aussi bien parlé de la politique internationale américaine : Fuentes a rencontré Théodore Roosevelt, Bill Clinton, et a écrit en 2004 un récit intitulé « Contre Georges W. Bush » (Gallimard), où il critiquait l’invasion de l’Irak et réfutait avec force les thèses conservatrices sur le « péril métis » et les affrontements entre civilisations du professeur de Harvard, Samuel P. Huttington. Deux ans plus tard, les analyses de ce court texte frappent par leur pertinence. « Bush et Cie, par leurs actions atrabilaires et destructrices de l'ordre international, déclarait-il alors, vont transformer le monde en une pépinière de terroristes.»

Nous aurions pu aussi discuter littérature, du « réalisme magique » des grands romans latino-américains, de ses rencontres avec les plus fameux écrivains du continent, Gabriel Garcia Marquez, Octavio Paz, Alejo Carpentier, Julio Cortazar ou Pablo Neruda. Ou encore de ses propres livres, romans, essais, nouvelles, recueils d’articles, scénarios, pièces, cette œuvre riche et puissante qui lui a valu en 1987 l’attribution de la plus haute récompense des lettres hispaniques, le prix Cervantès. Carlos Fuentes semble ne pas vieillir, ne s’arrête jamais d’écrire, de voyager, de polémiquer. Il vit aujourd’hui entre Mexico (« J’y rencontre tous mes amis, sort au restaurant, discute politique ») et Londres (« Là-bas, au calme, j’écris »). Un important cahier de l’Herne vient de lui être consacré, mis en scène par son traducteur Claude Fell. Des écrivains comme Milan Kundera, Gabriel Garcia Marquez, Nadine Gordimer ou Jorge Volpi vous présentent le personnage, ses passions et ses combats. Lui-même a fait cadeau de quelques-unes de ses correspondances avec Luis Buñuel, William Styron, Günter Grass, Norman Mailer ou Henri Miller. Un énorme cahier à lire comme un jeu de pistes, où l’histoire tourmentée du Mexique et de l’Amérique Latine font la musique de fond.

Cahier de l’Herne Carlos Fuentes. 330 p. 36€.Des textes de Garcia Marquez, Nadine Gordimer, Milan Kundera et beaucoup  d’autres réunis par le traducteur de Fuentes, Claude Fell, et l’écrivain mexicain Jorge Volpi. Les éditions de L’Herne republient « Cervantès ou la critique de la lecture » (Carlos Fuentes, coll Glose, 190p, 18€) et l’extraordinaire roman d’Elena Garro, femme d’Octavio Paz, « La maitresse d’Ixtepec » (350p, 19€), le livre pionnier du « réalisme magique ».

BIBLIOGRAPHIE CARLOS FUENTES

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mercredi, 04 octobre 2006

ELOGE DU GRAS. UN ENTRETIEN AVEC LE NEUROBIOLOGISTE JEAN-MARIE BOURRE

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NEWS NEWS NEWS. Alors qu'un rapport alarmant faisant état de 5,9 millions d'obèses en France, le chercheur et neurobiologiste Jean-Marie Bourre, auteur d'une "Diététique du cerveau" en 1995, l’un des découvreurs des effets bénéfiques des "omega-3" sur les membranes biologiques des neurones, membre de l’Académie de Médecine, grand défenseur du pain, de l'oeuf et de la charcuterie française, ennemi déclaré des végétariens, neuro-toxicologue de l’INSERM, republie son ouvrage de référence sous le titre "La nouvelle diététique du cerveau " (Odile Jacob poche, 2006). Il nous parle ici du bon usage du gras, dont notre cerveau serait friand, et critique l'obsession de la culture "light" moderne et de prètres du manger-maigre et de la "scientificité alimentaire" - qui nous mènent à renier la gastronomie et la bonne chère, c'est-à- dire le plaisir de vivre tout simplement.

(entretien paru dans Le Monde 2/sept 2006)

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Craignez-vous toujours de grossir ? Vous pesez-vous soir et matin ? Modifiez-vous vos repas selon votre balance ? Evitez-vous les poissons gras, les viandes en sauce, les plats cuisinés, les charcuteries - toutes les graisses ? Mangez-vous beaucoup des légumes à l1eau, de soja, des produits allégés, du 0% ? Mettez-vous des sucrettes dans vos boissons, évitez-vous tous les produits sucrés ? Vous interdisez-vous de manger certain plat " riche ", ou une viennoiserie, ou un qui vous fait plaisir ? Craignez-vous les invitations à dîner, les sorties dans un bon restaurant, manger devient-il une source d'inquiétude ? Beaucoup de personnes répondent " oui " à presque toutes ces questions. Cette tentative de juridiction permanente de sa nourriture, de surveillance perpétuelle de ses envies, a été appelée "la restriction cognitive" par deux psychologues fameux de l'alimentation, les canadiens Herman et Polivy. Ils la décrivent comme une maladie de civilisation, une nouvel " idéal ascétique ", un comportement magique. On ne mange plus on veut faire du maigre ; on n’écoute plus ses appétits on équilibre ses lipides ; on ne fait plus la cuisine mais de la chimie ; se nourrir devient une sorte de malédiction ; chaque repas se traduit en pesées quotidiennes ; la culpabilité devient permanente. " Comment ? Tu as mangé un gâteau ! " hurle une femme à une autre, comme à une criminelle, dans un des nombreux spots à la gloire du " light ". Il faut avoir « la ligne », l’obsession moderne, plus forte encore que l’amour comme le raconte Isabelle Sorente dans son roman best-seller « L » (poche)
medium_20476.jpgL'objectif suprême de " la restriction cognitive " est la minceur. C'est un impératif catégorique. La nouvelle discipline du corps. Des études publiées en 2005, menées chez les teen-agers de plusieurs pays occidentaux, montrent que si 9% des filles de 11 à 15 ans présentent un surpoids, 42% se trouvent " trop grosses ". 37% souhaitent faire un régime dès 11 ans. 47%S à 13 ans. 55% à 15 ans.  
"Aujourd’hui, notre comportement alimentaire est caractérisé par l’angoisse, le plaisir de manger est considéré comme illicite. Sous le bâton de terroristes de la " scientificité alimentaire ", tristes, austères raides, secs, puritains et rigides, prétendument rigoureux, mais sûrement sévères, on nous opprime au nom de notre bien " écrit Jean Marie Bourre, membre de l'Académie de Médecine. Il nous explique ici, sans prétendre établir un déterminisme direct entre nos aliments et nos pensées, quels sont les bons aliments pour notre chère matière cérébrale, surtout nos précieuses « cellules grises » - et notamment le gras.  

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