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samedi, 05 novembre 2005

GEORGES MARBECK, ROMANCIER ET HISTORIEN DE L'ORGIAQUE. "LE SIDA NOUS OBLIGE À RÉINVENTER LE PLAISIR".

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NEWS NEWS NEWS Le Ministère de la sante vient de publier un nouvau rapport sur la progression du Sida en France. Les derniers chiffres tournent autour de 100.000 personnes contaminées. Ils révélent que si l’épidémie a été ralentie, elle continue à progresser dans notre pays. En revanche, des succès ont été enregistrés dans le domaine de la prévention (7 millions de test de dépistage ont été distribués), notamment concernant les usagers de drogues et la transmission par transfusion sanguine.Les progrès dans la prise en charge thérapeutique de la maladie et le sentiment général que le sida se soigne ont eu a contrario pour conséquence un phénomène de banalisation de cette maladie, entraînant un relâchement des comportements de prévention - en particulier, précise le rapport, chez les jeunes femmes et au sein des groupes homosexuels.

Au delà de l'aspect médical et préventif du sida, nous avons demandé au romancier et historien de l'orgiaque, Georges Marbeck de nous parler de l'impact du sida sur la manière de faire l'amour, se rencontrer aujourd'hui, la peur qui l'accompagne, comment le "sens de la fête" a évolué, etc.  

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Georges Marbeck, romancier, essayiste, fut une des éminences grises du grand mouvement de réflexion sur la sexualité des années 1970. Il a participé au journal " TOUT ", un des libelles majeurs de l’après 68 où se retrouvaient les activistes du FHAR ( front homosexuel) et du MLF. Il a contribué au lancement de la revue " Recherches " avec Gilles Deleuze et Guy Hocquengheim, consacré à l’écriture de toutes les sexualités. Il est l’auteur d'une histoire philosophique de référence consacrée à l’orgiaque et l’orgie : " L'orgie, voie du sacré, fait du prince, instinct de fête” (ed. Laffont, 420 p). Il analyse ici plusieurs phénomènes paradoxaux des années 1990-2000 : d’un côté la peur de la contamination s’installe tandis que la "drague," la séduction, les relations brèves réculent considérablement. Les mœurs libres, exploratoires, tolérantes et inventives des années 1975-1985 connaissent un coup d'arrêt. En même temps  l'amour conjugal exclusif, la valorisation de l'amour durable reprennent une importance décisive, et l'attraît du raisonnable  - même si on divorce plus facilement et plus souvent qu'avant. Parrallélement, la vogue des petits groupes “libertins” et des “clubs sexuels”, "échangistes" gagne en importance - une trentaine de “boîtes de cul" recensées à Paris en 1994. Autant en 2OOO. Comment expliquer ces paradoxes ?

Entretien réalisé pour la revue "Sans Nom" pendant l’hiver 1994.


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-D'après vous, le danger du sida nous oblige à inventer des moeurs pluis lègères, plus inventives aussi...
Oui, il devient plus facile de se lancer dans le sexuel sans risque, pour le jeu, la séduction, la canaillerie. L'inconséquence devient conséquente. Tous les jeux autrefois considérés comme des préliminaires deviennent essentiels. On remet à plus tard le côté mécanique, organique, le côté piston du sexe, au profit d'actes plus drôles ou excitants. Je crois qu'un nouvel érotisme se développe, plus amusant, où le corps tout entier est mis à contribution, où l'on joue avec le désir, flirte de façon plus ou moins poussée. Finalement, on constate une certaine féminisation de la fantaisie sexuelle. Les femmes se plaignaient que les hommes soient trop pressés de conclure, maintenant elles mènent le jeu, de façon plus légère, plus pétillante. Avant, bien des hommes voulaient se faire valoir à travers la "baise". Avec le sida, voilà l'homme obligé de jouer de son esprit, de tout son corps, à travers la danse comme dans les raves, à travers des jeux d'esprits, des propositions qui ne soient pas sexuelles, des jeux nouveaux, des promenades troubles, des soirées plus intellectuelles mais louches, etc. il doit se faire désirer,innover, satisfaire chez la femme l'envie de s'amuser, de rencontres, de frivolités, sans obligatoirement conclure... C'est la continuation de la sexualité par d'autres moyens...


Ceci dit, tout cela déraille quelquefois.

Bien sûr, le désir déraille, le corps parle, le danger nous guette, mais j'ai aussi remarqué un développement sans précédent d'une sexualité très corporelle, comme sur la scène techno, faite de danse collective, de transe... Il y aussi un développement sans précédent de la scène SM, le latex, les gens qui s'attachent, se griffent, se violentent et surtout théâtralisent le sexe, les relations de pouvoir. Dans ces soirées, il y a très peu de pénétration, plutôt une exaspération du corps, de la domination, de la sensation physique pas nécessairement génitale, des mises en scène, etc. Presque tout se passe dans l'imaginaire,le mental.


Ce sont des groupes d'initiés assez fermés malgré tout

Oui, mais ils résistent au repli, à la peur. On assiste aussi à la prolifération des clubs échangistes, où tous les milieux se croisent, qui veulent du sexe direct, des parties carrées. Il n' y en a jamais eu autant à Paris. Ce sont encore des groupes d'initiés, mais nombreux, avec chacun ses boîtes favorites. Bien sûr, l'échangisme, avec son côté mathématique, donnant donnant, est assez limité et au fond, très conjugal. Souvent, c'est l'homme qui commande, et les femmes suivent pour leur faire plaisir. C'est encore une manière pour les hommes de contrôler la dimension orgiaque des femmes, libérée dans les années 1970, et désormais irrépressible. Il faut voir que la "partouze "n'est qu'une forme assez pauvre de l'orgie, un registre mineur, ce n'est pas vraiment la fête, c'est un dispositif de défoulement pour des couples. Mais il arrive aussi que, de temps en temps, dans ce monde codé de la partouze, se produisent des miracles.

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Mais le sens de la fête se manifeste aussi en dehors de ces clubs.
Oui, il s'agit s'un phénomène social, qui s'étend à tous les milieux, sous des formes très diverses. Bon, sans voulaire "vieux combattant", rappelons que cela a commencé dans les années 70. Je me souviens qu'à cette époque, toutes les semaines, plusieurs fois par semaine, on allait à des soirées chez des amis qui appartenaient à des milieux professionnels très divers. Ce pouvaient être des voyous comme des universitaires, des gens de tous les mondes. Ils se réunissaient pour faire la fête et n'étaient pas du tout polarisés sur le sexe. Seulement, il y avait du possible... Beaucoup de ces soirées se terminaient dans une atmosphère orgiaque, où l'on oubliait les codes habituels, car il y avait de la fête dans l'air. Aujourd'hui, il y a moins de fête dans l'air, mais un besoin d'échapper à la sinistrose généralisée. Et les clubs, comme les boîtes d'ailleurs, servent de soupape de sécurité, il s'y développe une sorte de fidélité à plusieurs. Ce sont des petits lieux d'évasion, mais ils ne sont plus du tout portés par ce quelque chose d'orgiaque qui était dans l'air dans ces années-là, ou à l'époque des grandes soirées du Palace des années 1980, une forme sauvage et spontanée d'érotisme collectif. Celle-ci fut favorisée dans les premiers temps par la pilule, puis par le hash, les drogues psychédéliques, les mouvements de rupture des idéaux standards de la société, sans oublier les grands mouvements de transhumance vers les plus beaux coins du monde, les concerts rock, les grandes rencontres de la pop. Là aussi, il y avait de l'orgie dans l'air, soutenue par une utopie du social, de devenir un cioyen du monde, le frère de tous les autres peuples, et non plus le colon dominateur. L'époque rêvait d'inventer des amours sans jalousie, de jouir et prendre des psychotropes pour accéder à une nouvelle dimension de soi. Ce nétait pas tant une "libération sexuelle" qu'une exploration soutenue par un esprit de tolérance...


Aujourd'hui les rave-parties, les love, les gays et les techno-parades témoignent d'un esprit de fête collective...

Oui, le sens de la fête résiste et brave le danger. L'orgie nous vient du fond du temps, pourquoi y échapperions-nous ? L'orgiaque, ce n'est pas le sexe, ni même la transgression, c'est l'oubli des codes. Ne même plus savoir si l'on est mâle ou femelle, si l'on a du pouvoir ou pas, si l'on est batracien ou minéral. C'est un devenir autre de soi, un bouleversement de tout son être, l'expérience d'une joie extrême. Une aventure où nous expérimentons d'autres états de notre corps. C'est comme l'usage de certaines drogues. Dans la tradition bachique, certaines bacchanales entre femmes étaient chastes : pas de rapport sexuel, mais un extatisme, une espèce de fureur festive, mais non sexuelle, comme dans les raves techno d'aujourd'hui. J'ai lu des récits édifiants à cet égard sur des châtrés qui faisaient des orgies au début de ce siècle en Roumanie. Ils buvaient, ils se caressaient, ils se frottaient, ils se mélangeaient, mais à blanc. On comprend alors pourquoi le sida, qui nous castre, déplace le terrain...

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L'orgiaque est de toutes les civilisations ?
Je me suis amusé à rechercher à travers des centaines de représentations rupestres ce que l'on pourrait considérer comme la plus ancienne figuration d'une orgie ou d'un rite manifestement orgiastique. Par opposition à "orgiaque", "orgiastique" désigne plutôt le côté sacré de ces fêtes. Je l'ai trouvé en Sicile dans une fresque où l'on voit des corps nus et dans une ronde magnifique décorant une grotte d'Espagne. On l'appelle "La Ronde des Gitanes". Ce sont des femmes qui ont l'air non seulement en "danse" mais en transe. Toute la scène s'organise en cette ronde avec des animaux et des hommes au sexe érigé. Au centre, une figure ressemble à un totem au membre démesuré.


L'orgiaque est-il toujours dédié ? Quelle puissance salue-t-il ?
Cela peut être le retour du printemps et de l'abondance, comme dans les fêtes des moissons ou des vendanges, après le travail, on boit un coup, on danse, on se laisse aller... Cela peut être le creux de l'hiver, dans un appartement, une soirée d'amis, et puis on se met à flirter, ou beaucoup plus. Cela peut-être à l'occasion d'une victoire sportive, on danse dans les rues, on monte sur les tables, on montre son cul ! Cela peut-être dans une soirée très joyeuse, dans une boîte, où tout à coup on s'attrappe... Cela peut-être sur une plage en Espagne, où les gens se retrouvent devant la mer après avoir passé la nuit à danser. Ils se deshabillent, se rotissent au soleil, et la nuit continue le jour, "after hours"... Les esquimaux du grand Nord de la Laponie pratiquent des orgies au plus noir de l'hiver, qui dure six mois, pour se redonner espoir. Avec des rituels de transes, de musiques, d'ivresses... Bien sûr, l'ivresse intervient toujours dans l'oubli du temps profane, pour passer du temps quotidien, prosaïque, codé, répétitif, au temps intense. Notre fond de sacré doit toujours être éprouvé.

Quelles sont les grandes civilisations orgiaques ?

Toutes les civilisations  présentent des rituels, ou des grands rendez-vous orgiaques. L'orgiaque est de tous les temps, jusque dans la fête qui entoure un grand match de football. Pourquoi le foot a-t-il une telle importance sociale ? Quelque chose d'autre se joue derrière le besoin d'une transe collective, dans les grandes réunions de supporters, les déguisements qui l'accompagnent, les saouleries : sortir du quotidien, rêver, tressaillir ensemble... C'est extraordinairement fort, physique et charnel. Nombre de phénomènes collectifs de notre société dépassent toujours leurs buts. Même une grève, cela peut être beaucoup plus qu'une grève  : une fête, une occupation d'usine en fanfare, une autre manière d'être ensemble, nous les forçats...  Je pense que les sociétés traditionnelles offraient une certaine sagesse par rapport aux nôtres en organisant des fêtes offcielles, des rituels saisonniers qui déraillaient. Aujourd'hui, quand il ya des velléités de carnaval ou des raves clandestines, on envoie les flics.

Votre plus belle histoire de  déraillement ?

Celle d'une jeune femme peintre. Je lui ai posé la question : "L'orgie, cela vous évoque quoi ?" Elle m'a répondu : "La lune". Pourquoi ? Elle me dit : "Je n'ai vécu qu'une seule orgie fantastique, le jour où Armstrong a mis le pied sur la lune". Cela avait donné lieu à une soirée en Provence, un télescope, du champagne à flots. Et cette fille qui n'avait jamais eu d'expérience à plusieurs s'est trouvée embarquée dans une orgie incroyable. Elle m'a dit : "J'étais dévergondée et radieuse d'être dévergondée". Par la suite, elle n'a jamais retrouvé d'occasion aussi exceptionnelle. Il aura fallu la conquête de la lune. Symboliquement, elle aura vécu cela comme quelque chose de très fort. Pour elle aussi, ce fut son premier pas sur une planète vierge..

medium_e0000083.gifL'orgie.

Georges Marbeck.

Robert Laffont. 550 pages.

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Commentaires

Je crois que la sexualite est un tres bon plaisir que celui qu'il a pense a nous donner avec notre corps . cependant quand l;a sexualite est faite sans avoir suivi les normes naturelles c'est mauvaise

certe c'un besion cependant ce pas a meme titre titre besion de boire ou de manger. Si on a envie du sexe maintenant on ne l'a pas fait on ne serait plus envie du sexe . donc on peut gerer ce desir .
surtout avec les ISTs qui tuent . il encore plus important d'etre plus prudent avec le sexe . plus luter il est bon de changer notre habitrude la facon de le faire.

Ecrit par : marcelin | samedi, 24 février 2007

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