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FRANCISCO VARELA : "L'ESPRIT N'EST PAS UNE MACHINE"

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NEWS NEWS NEWS Le CNRS achève un cycle de conférences sur les sciences cognitives consacré au célèbre biologiste Francisco Varela, qui a terminé sa carrière à Paris, dans le centre de neurobiologie de la Pitié-Salpétrière. Il est disparu prématurément en mai 2001. Francisco Varela a developpé le concept d'"enaction" dans les sciences cognitives, qui propose un modèle de l'esprit fonctionnant comme un ensemble d'organisme vivants - et non comme un ordinateur pleins de "mémoires", de "programmes", disposant d'un disque dur central : la conscience . Ses recherches ont donné naissance à un nouveau courant de recherche dans les sciences cognitives et l'intelligence artificielle.
Francisco Varela s'est aussi fait connaître pour son intérêt pour le bouddhisme, que ce soit par sa pratique prolongée de la méditation, et ses réflexions sur la théorie de la connaissance selon le bouddhisme. Il a beaucoup fréquenté le maître thibétain Chöghiam Trungpa, et publié un livre d'entretiens avec Le Dalaï Lama (Passerelles : Entretiens avec des scientifiques sur la nature de l'esprit, Champs, Flammarion)
En récit de cette actualité, voici le récit d'une rencontre avec Francisco Varela faite à Paris l'été 93 - publié das le magazine Actuel.


BIBLIOGRAPHIE FRANCISCO VARELA


Nous sommes dans un laboratoire de biologie de l'hôpital de la Pité-Saplétrière à Paris. Un homme porte un casque monstrueux sur la tête, relié à un écran 3D. À ses côtés, Francisco Varela. Le neurobiologiste demande à l'homme sous le heaume de suivre des yeux le mouvement d'un bâton, de lever un doigt, d'énoncer un mot. Il traque ce mystère : l'activité minimale de l'esprit, l'instant immédiat, quand la conscience réagit. Comment pensons-nous au présent ? Existe-t-il une unité élémentaire de perception ou d'action ? Que nous pourrions quantifier ?
A chaque fraction de seconde - à chaque nouveau geste - des milliers de neurones clignotent sur l'écran comme les lumières d'une ville prise d'une étrange folie nocturne. Mais une cohérence se dessine : ils semblent chanter, tel un chœur à une voix, synchrones à l'intérieur du cerveau. Sans chef d'orchestre. A chaque pensée, les neurones dessinent une nouvelle partition. Varela tente de lire leurs oscillations. Il décrypte notre esprit comme il déchiffrerait d'antiques hiéroglyphes...

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L'expérience de Varela repose sur un appareil d'imagerie cérébrale : un magnéto-encéphalographe couplé à un système de résonance magnétique nucléaire. A chaque opération de l'esprit, on peut observer visuellement les aires du cerveau en activité. Une telle lecture sera-t-elle capable de nous livrer quelques clefs sur la manière dont nos esprit se déplace dns notre cerveau : sur l'inscription corporelle de la pensée, au fond de nos neurones ?
"L'Inscription corporelle de l'esprit", c'est le titre d'un livre tout juste sorti, signé par Francisco Varela, assisté d'Evan Thomson et Eleanor Rosch. Un bouquin à peupler vos rêves et vos nuits blanches, construit sur ce défi de Varela : "Construire une passerelle entre "l'esprit selon la science" et "l'esprit selon l'expérience vécue".". Vous avez bien compris ? Francisco Varela s'intéresse d'un côté aux sciences dures du cerveau : neurobiologie, biochimie. Et, de l'autre, à la tradition de la méditation, de la réflexion sur soi, de la descente en nous-mêmes. Il tente de comprendre comment le cerveau agit, tandis que l'esprit s'agite. Vaste programme !

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Quelle unité de l'esprit ?
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Entrons plus avant dans l'expérience. Lors d'une méditation, le pratiquant voit vivre sa conscience, son intériorité. Il la sent non tel un fleuve tranquille, mais comme une série de montagnes escarpées, avec leurs plateaux, leurs gouffres et leurs pics. Vous êtes saisi de désirs subits, d'idées passagères, de réactions incontrôlées, vous tentez de les canalyser, les voir venir, les comprendre, puis les abandonner. D'où nous vient cette succession désordonnée de pensées, quelle partie du cerveau met-elle en activité, que se passe-t-il quand le calme revient ? Comment conservons-nous une unité d'esprit dans ce désordre ? D'ailleurs, existe-t-elle ?
Le type d'expériences que monte Varela à la Pitié cherche à donner un sens neurobiologique à cette vision. Comment la pensée se déplace-t-elle dans les neurones et le cerveau, où se stabilise-t-elle quand un esprit médite ? Elabore une pensée simple ? > " Nous cherchons à voir ce qui se passe au niveau de l'activité encéphalique dans les moments où nous éprouvons une forme de cohérence minimale du soi, explique Varela, très concentré. Nous cherchons à comprendre la neurobiologie de la constitution d'une expérience intérieure. Il s'agit d'une science inédite, qui, pour la première fois, lie indissolublement l'observation scientifique des activites cérébrales au vécu de la conscience." Recemment, Francisco Varela pense avoir confirmé l'existence des "rêves lucides", ces songes très particuliers - très présent dans les traditions chamaniques d'Europe centrale, amérindiennes, ou bouddhistes thibétaines - où les rêveur éprouve l'impression de se "réveiller" à l'intérieur de son rêve, puis de pouvoir s'y mouvoir, d'influencer son rêve - même d'interroger les créatures qui le peuplent. "Nous avons observé d'intenses activités cérébrales au moment où le rêveur pense qu'il intervient dans son rêve, des signaux qui n'apparaissent pas au cours de rêve normaux" explique Francisco Varela. Il ajoute, avec ce calme souriant dont il ne se départit jamais : "Qui sait, peut-être allons-nous créer la grande théorie unifiée de l'esprit ? A mon avis, la rencontre entre la science occidentale et la tradition asiatique de méditation sera pour nous aussi importante que le fut la redécouverte de la pensée grecque à la Renaissance. "
Aujourd'hui, tout un courant des sciences cognitives s'inspire des travaux de Francisco Varela. Il gène, il déstabilise, mais il convainc. D'où vient Francisoc Varela ? L'homme est né dans un petit village de montagne au Chili, il y a quarante-six printemps. Teint mat, perpétuel sourire sur ses lèvres ironiques, vous ne lui donneriez pas quarante ans. Difficile de lui coller une étiquette. Celle de neurobiologiste aurait l'avantage de la simplicité, mais elle effacerait ses recherches sur le système immunitaire ou surtout le domaine qui a construit sa renommée et fonde la cohérence extrême de sa démarche : la biologie théorique. Sans oublier ses années de pratique de la méditation avec le grand maitre bouddhiste Chögyam Trungpa.

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Les débuts de l'intelligence artificielle
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                                 (Francisco Varela lorsqu'il étudiant à Santiago du CHILI en 1968)


Retour en arrière ... Nous sommes en 1965, à Santiago du Chili. A dix-huit ans, Francisco Varela vient de passer sa licence de biologie. Aussi surdoué qu'impertinent, il entre dans le laboratoire d'Humberto Maturana, neurobiologiste renommé, connu pour ses recherches sur la physiologie de la vision.
"Nous vivions alors les débuts de l’intelligence artificielle, raconte Varela, l'âge d'or de la science de l'esprit, la science cognitive. Selon la vision du moment, acceptée par tous comme une évidence, le monde physique était donné, une fois pour toutes, tangible, irréductible. Et le cerveau était conçu comme un ordinateur sophistiqué, une superbe machine traitant de l’information. Son rôle supposé était d'offrir des représentations de ce monde objectif. D'un côté, l'input : l'environnement. De l'autre, l'output : nos représentations symboliques. D'accord ?
"Avec Humberto, nous passions des nuits entières à discuter de ce modèle archidominant, à le décortiquer pour en trouver les failles. Quelque chose nous gênait là-dedans, ce côté trop objectif, mécaniste, mais nous ne trouvions pas de parade solide. Quoi qu'il en soit, Humberto Maturana a été le premier à remettre en question la dictature de ce modèle incontesté."
A cette époque, depuis la révolution cubaine, l'Amérique latine rêve de se libérer du joug américain et de créer ses propres modèles économiques, politiques, culturels. Mais aussi scientifiques. La renaissance passe forcément par le Chili, la plus vieille démocratie du continent, dirigée par la démocratie chrétienne depuis les élections de 1964. Varela est militant socialiste, marxiste, comme la plupart des jeunes de sa génération. En 1967, toujours surdoué, il gagne une bourse pour passer son doctorat à Harvard, temple universitaire et scientifique de l' "impérialisme américain".
Il y part, tel un pirate décidé à rapporter son butin de connaissances.
"J'avais une passion, un feu dévorant. Je voulais tout apprendre, je suivais les cours des stars de la biologie, de l’intelligence artificielle, des maths, de l’anthropologie. J'enregistrais, pour mieux me battre pour l'indépendance de l’Amérique latine. Je n'avais rien à perdre. Quoi qu'il arrive, j'allais repartir au Chili et créer un autre type de science, avec d'autres finalités."
Le jeune Latino-Américain entre bientôt dans le laboratoir de Torsten Wiesel, futur prix Nobel. Wiesel lui enseigne les rigueurs nécessaires de la technique expérimentale. Il le soutient, mais le philosophe en lui se cabre, pose des questions. "Ecoute, mon petit", lui dit-on dès qu'il pose trop de questions sur les fondements théoriques incontestés de ses maîtres, "tu veux faire une carrière ? Alors, ne déconne pas. Tu vas au labo, tu laisses les philosophe s’interroger sur les fondements des sciences. Toi, tu bosses sur le développement."
Double vie. Côté jour, l’élève Francisco Varela se gave de savoir scientifique et d'expériences de labo. Côté nuit, le camarade chilien se mêle à la révolte étudiante qui enflamme l'ensemble des campus. Dans le labo, entre les microscopes et les burettes, il fait de la science dure. Dans la rue, entre quelques joints et les palabres philosophiques, il poursuit sa réflexion épistémologique et politique.
Juin 1970. Son doctorat en poche, Varela refuse la proposition qu'on lui fait d'un poste à Harvard. Il estime ses collègues, mais déteste le système. Et puis, au Chili, nous sommes deux jours avant l'élection de Salvador Allende. Varela rentre à Santiago.

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LE CHILI LIBRE
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"Au Chili, raconte Francisco Varela, j'ai retrouvé alors une ambiance de liberté extraordinaire. Tout était possible. On explorait toutes les voies de recherche. On se permettait les audaces les plus folles. Je me suis mis à travailler avec Maturana, comme collègue cette fois. Nous avons connu six mois d'état de grâce. Une inspiration insensée !
Nous voulions enfin construire une théorie forte qui rendrait caduque la métaphore du cerveau ordinateur. Montrer, par la science, que la connaissance n'est pas affaire de représentation, mais plutôt de création, de construction de la réalité ! Le cerveau construit son propre monde, voil) ce que nous pressentions ! Nous nous sommes appuyés sur l'observation expérimentale de la vie cellulaire, et nous avons inventé la notion d'"autopoïese". L'idée qu'il existe une autonomie minimale, une forme créatrice indépendante, chez chaque organisme vivant."
Autopoïese vient du grec "autos" (soi) et "poiein" (produire). La vie, selon Varela, n'existe qu'en créant ses propres formes. Prenez une cellule : elle fabrique sans arrêt sa propre membrane. Elle s'autodistingue sans cesse de l’arrière-plan. Elle constitue son autonomie. Elle n'appréhende le réel qu'à travers cette cohérence interne.
Regardez votre main. Elle semble la même qu'il y a une semaine. Pourtant, presque toutes les cellules de votre peau sont mortes et remplacées. Votre main n'est plus la même qu'il y a une heure. Votre corps non plus. Vos protéines se transforment sans cesse. Vos molécules d'hémoglobine ne vivent pas plus d'un jour. Elles restent cependant toujours en quantité fixe dans le réseau sanguin. Le corps de l'homme (comme celui d'une bactérie) se régénère en permanence; pourtant, de l'intérieur, à partir d'un mouvement incessant se crée une organisation stable : une autonomie. Sans cette vision d'un univers constitué d'entités autonomes - et recréant sans relâche leur autonomie et leur relation au réel -, impossible de comprendre le vivant.
1972. Pour la première fois, Varela tente d'exposer la notion d' "autopoïese" lors d'une conférence au département de biologie de l'université de Berkeley. Fiasco total.Un an plus tard, le premier article sur le sujet, signé Varela et Maturana, paraît dans une importante revue de biologie théorique : Biosystems.
"Aux yeux de la communauté scientifique, nous étions des Martiens, mais nous avions un ami de poids, infiltré dans la place forte, un des pères de la cybernétique, Heinz von Foerster. Il a pris notre article, il a coupé le jargon, l'a posé sur le bureau de l'éditeur, et lui a dit sans la moindre équivoque : "Publiez-le: ""
Heinz von Foerster ? C'est lui qui a organisé et publié les conférences fondatrices de la cybernétique et les travaux de Norbert Wiener entre 1949 et 1955. Précurseur, né à Vienne, contemporain de Freud et de toute l'intelligenstsia viennoise, parent de Ludwig Wittgenstein, il a introduit la notion de "machine non-triviale", d'"ordre par le bruit" qui sera reprise par Henri Atlan et tous les théoriciens dits de la "complexité" et du "chaos" (notamment Ilya Prigogine et Edgar Morin).
Francisco Varela : "J'ai connu Heinz von Foerster à Santiago. Si Humberto Maturana a été mon père scientifique, Heinz von Foerster et Gregory Bateson ont été en quelque sorte mes grands-pères scientifiques. Leur soutien, leur amitié, leur fidélité ont toujours été inconditionnels et sans faille. "

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Le vivant est auto-organisé
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Mai 93, Bruxelles. Vingt ans après son premier article, Varela ouvre le second Colloque européen sur la vie artificielle (ECAL 93), sous-titré "Auto-organisation et vie : de règles simples à la complexité globale." Traduisez : la recréation des processus de la vie depuis les tubes à essai juqu'aux pattes métalliques de robots, ou dans les intestins miniaturisés de boîtes de silicium ; tout ce qui cherche à imiter le vivant. Plus de doute, à l'écoute des interventions : de plus en plus de chercheurs, surtout européens, viennent goûter l'air vivifiant de l'autonomie version Varela, et cela depuis les galaxies les plus diverses : biologie théorique, psychologie cognitive, immunologie, robotique, chimie, etc. Parmi les récents adeptes de Varela, un brillant scientifique de vingt-neuf ans, Walter Fontana, un Italien à la barbe classieuse et à la triple casquette de chimiste, biologiste et caïd de l'ordinateur, par ailleurs membre du Santa Fe Institute, le palais américain des "systémes complexes" et de la "vie artificielle".
Depuis Darwin, nous explique Fontana, la biologie considérait la reproduction comme le seul critère pertinent pour définir la vie. Elle négligeait la notion d'organisation interne, l'auto-maintenance des individus repérée par Varela et Maturana. Ils ont été les premiers à dire : "Il ne peut y avoir autoreproduction sans, d'abord, conservation d'une identité physiologique." Ils ont lancé un pavé dans la mare. Aujourd'hui, je tente de créer un modèle mathématique de l' "autopoïese", un programme de biologie théorique. Le Suisse Luigi Luisi, lui, a réussi à en construire un vrai modèle chimique. Ii a lancé un processus de création, de conservation et, en conséquence, d'autoreproduction de macromolécules, à partir d'une solution chimique. Ça marche !"

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HISTOIRE d'UNE TÊTE
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Assis dans son bureau de l'Institut des neurosciences du CNRS, à Jussieu, Varela répond à nos questions pressantes. Nous voulons entendre son itinéraire intellectuel. Sa conversation s'enfonce avec naturel dans les sentiers profonds de la philosophie. Mais jamais elle ne pèse, comme s'il riait lui-même de ses concepts et de sa propre histoire. De l'autonomie à l'auto-ironie.
" Je viens d'un milieu paysan, il raconte. On élevait des animaux, on montait à cheval, on plantait des arbres. La vision de l'esprit comme un ordinateur sophistiqué m'apparaissait trop désincarnée. Jeune scientifique, j'étais rationaliste et athée. Mais, au Chili, y compris parmi les rationalistes marxistes, il y avait une sorte de musique perpétuelle, une ambiance de spiritualité. J'ai le souvenir d'expériences de type mystique dès l'âge de cinq ans, très charnelles, devant la nature. Elles n'avaient rien de religieux. Pas de dogmatisme là-dedans. Je parlerais plutôt de moments rares, pleins d'un sentiment de fête, d'ouverture au monde, d'expansion de l'esprit, que les enfants vivent spontanément. C'est dans ces années-là, entre 1971 et 1973, que je me suis permis d'affirmer cette dimension dans ma vie. A l'époque, j'ai connu un étonnant personnage, un sculpteur chilien, une sorte de fou furieux génial, passionnant et libre comme personne. II s'appelait Totila Albert. II m'a ôté toute pudeur vis-à-vis des expériences d'élargissement des normes de la conscience et de l'habitude, qu'on qualifie de spirituelles."
Totila Albert est mort peu après, à quatre-vingt-douze ans. En mourant, il a regardé ses proches avec un sourire et il a dit: "C'est rigolo, non ? ". Il a ri, puis il s'est éteint. Voilà la grande spiritualité selon Varela...
Septembre 1973. Coup d'état militaire au Chili. Salvador Allende est tué : Le rêve de Francisco Varela s'écroule dans la terreur.
"Peu après le coup d'Etat de Pinochet, se souvient-il, nous avons vécu l'horreur. Mon frère était recherché. Avec des amis, on l'a littéralement lancé par-dessus le mur de l'ambassade d'Argentine. C'était ça ou l'exécution. Début 1975, mon beau-père a disparu. On ne l'a jamais retrouvé. J'étais juste un militant socialiste repéré á l’université. Une nuit, à trois heures du matin, ils sont passés chez moi. Par chance, je n'étais pas là. Ce n'était pas vraiment une ambiance propice á la réflexion."
Varela parle de ce drame sans la moindre mise en scène, d'un ton égal, et sans se départir de son air espiègle.
"Sans travail, continue-t-il, et avec cent dollars en poche, nous avons atterri au Costa Rica, un étrange petit pays, sans armée, dont je connaissais à peine l’existence. Le seul qui nous avait accordé un visa. J'avais toujours vu mon travail de recherche comme une pièce au milieu d'un trésor à venir : la nouvelle Amérique latine. Et tout d'un coup, plus rien. La mort ! J'étais effondré. J'avais décidé de tout laisser tomber. Un jour, alors que je jetais des miettes de pain aux pigeons sur la place du village, je me suis retrouvé à penser aux Lois de la forme, le livre d'un grand mathématicien anglais, Spencer Brown, que j'avais lu lors de mon séjour à Harvard. Mon esprit dérivait tout seul. Je me suis mis à réfléchir à la façon d’appliquer les lois de la forme à l'auto-organisation du vivant. C'était totalement imprévu, comme si ma recherche intellectuelle continuait son chemin à mon insu, dans quelque recoin de ma tête. "
L'exilé chilien décide de reprendre la recherche, et devient chercheur à l'université du Colorado en 1975.
Ciel bleu, montagnes Rocheuses. Et résurrection.

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La rencontre avec Chögyam Trungpa
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40670c4c099450390cb380026e79fbef.jpg( Chögyam Trungpa) 

"Je me trouvais en état de délaissement complet, se rappelle Varela, j'étais en pleine crise, très sartrienne. Au cours d'une soirée comme tant d’autres, j'ai rencontré un Tibétain d'à peine une trentaine d'années, Chögyam Trungpa. J'ai senti en cet homme une présence impressionnante, stable, claire, lucide, pleine d'humour, avec ce côté relax, ce repos sur soi-même. J'étais abasourdi. Je lui ai dit : "Je veux ça, moi !" Il a ri, et m'a répondu : "Ce n'est pas un cadeau divin, mais un apprentissage. C'est simple : cela s'appelle la pratique de la méditation. Ni Dieu, ni dogme."
" Ce fut un coup de foudre. Je me suis dit: "Qu'est-ce que tu peux être con ! Tu travailles sur l'esprit, et tu es passé à côté de ton propre esprit ! Alors, pendant quatre ans, j'ai regardé, regardé, étudié, puis j'ai exploré ma pensée, poussé le plus loin possible les limites de ce que je pouvais voir en moi-même. Jusqu'en 1980, j'ai pratiqué la méditation, sans lire une ligne de philosophie bouddhiste."
Aujourd'hui encore, l'Occident classe volontiers le bouddhisme, et le bouddhisme zen dans la case des religions. Quelle ignorance ! Mais surtout, quelle ignorance de notre ignorance de notre propre esprit. Celle-ci sidère Varela. Comment l'Occident peut-il rester aveugle à ce point ? De quoi a-t-il peur ?
"Trungpa avait une qualité rare, reprend Varela. Il s'exprimait aussi bien dans sa propre tradition bouddhiste que dans celle de l'Occident. Peintre et poète fabuleux, il parlait et écrivait l'anglais mieux que bien des Anglais. Ainsi inscrivait-il son enseignement bouddhiste dans le quotidien le plus banal. Ses exemples s'inspiraient de la bagnole, de la banque, des enfants, du sexe. C'est grâce à lui que j'ai compris ceci : quand un problème vous hante, si vous vous sentez perdu, la meilleure chose à faire, c'est de ne rien faire : le non-agir par excellence. La suspension de toute activité intellectuelle par la méditation vous calme, vous cessez de poursuivre vos fantômes."
La tradition Madhyamika, à laquelle appartient Trungpa, le maître de Varela, prône une méditation menant à se dessaisir l'esprit de ce qui l'encombre, puis du dessaisissement lui-même. Cette notion est incompréhensible sans une pratique, un travail sur soi et des exercices d'entraînement. Sans une inscription corporelle de cette recherche : on ne peut jouer du violon sans entraînement, de son esprit non plus.
Un des fondements de cette philosophie bouddhiste repose sur cette idée : il n'existe pas de Soi unifié, pas de fondement ultime à la conscience. Par un joli paradoxe de l'histoire, alors qu'elles partaient à la recherche d'un Soi fondamental - la fameuse conscience de soi, l"unité de l'esprit -, les sciences cognitives qui passionnent Varela n'ont trouvé, elles aussi, qu'une conscience divisée, fragmentée, plurielle, activiste. Voyez "La Société de l’esprit", l'essai de Marvin Minsky, le père de l'intelligence artificielle, une des figures du MIT de Boston. Minsky montre, après des années de recherche et d'expérimentation en intelligence artificielle, sur des centaines de pages, l'inexistence d'un Soi unifié : il parle d'une "société de l'esprit", composée de millions d'unités diversifiées.
Pourtant, s'étonne Varela, le philosophe Minsky, en quelques lignes finales, nous demande de croire encore à la conscience unifiée. D'y croire, pour continuer à vivre et trouver un sens à notre vie ! Alors ? Comment se réconcilier ?
Comment sortir de cette schizophrènie ? Selon Francisco Varela, la rencontre de l'approche bouddhiste de l'esprit - ses recherches sur la façon dont la pensée nous pense, sur l'illusion de la souveraineté de la conscience et la raison, sur leurs limites voire leurs pathologies - et l'approche scientifique et rationnelle occidentale - l'esprit humain lévera tous les obstacles, il se rendra maître et possesseur de la nature - devrait nous mener à une "nouvelle Renaissance".

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Nous construisons le monde avec notre esprit
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(Francisco Varela en 2001 malade, l'année de sa disparition) 

En 1981, Francisco Varela retourne au Chili. La dictature semble s'assouplir. C'est un échec. "Il arrive un moment où l'on perd ses racines, explique-t-il. Un dernier fondement s'écroule. Ce n'est pas anodin. Chez moi, ça s'est passé naturellement, quelque chose s'est effrité, comme une relation de couple. Sans heurt, j'ai coupé les ponts avec l'Amérique latine."
Varela quitte le Chili . Au Colorado, il travaille à la marche des cafards. A la façon dont l'insecte se construit son propre univers "mental", se dirige, "décide" de sa direction. Impossible d'y voir une intelligence comme la nôtre, c’est-à-dire par l’interprétation du monde par un cerveau central. Le chercheur réfléchit alors sur l'intégration sensorielle et motrice des interactions de l'insecte avec le monde. Il y découvre ceci : l'apprentissage de l'animal, et donc son intelligence, sont indissociables de l'histoire qu'il tisse avec son environnement. L'insecte se construit lui-même son "intelligence", et il construit le monde qu'il explore. Il se bâtit un univers d'insecte.
"Observez un cafard, nous dit Varela, il court sur le sol, puis, sans transition, monte un mur et se retrouve au plafond. Les notions d'horizontale, de verticale, d'envers, n'ont absolument pas le même sens pour lui que pour nous. Son monde mental n'a rien à voir avec le nôtre. Peut-être l'imagine-t-il plat ? Cette différence ne vient pas de son minuscule cerveau. Pour le comprendre, il vaut mieux regarder ses pattes. Pendant des années, j'ai étudié les deux mille cinquante-trois senseurs de la deuxième patte du milieu d'un cafard ! L'insecte agit dans le monde sans aucune prévision sur l'environnement. Il le fabrique, il le construit, et s'y adapte depuis la nuit des temps. Aujourd'hui, dans le cadre de la vie artificielle, on construit des robots sur le modèle de l'insecte, sans cerveau central mais avec des senseurs. Ils se débrouillent bien mieux dans des environnements imprévisibles que tous les robots conçus selon les vieilles méthodes du traitement central de l'information et de l'intelligence artificielle. Pourquoi ? La science avait séparé l'intelligence de la vie, de l'histoire corporelle d'individus autonomes lancés dans un environnement. Elle s'est retrouvée dans une impasse. "

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Toujours en co-évolution. L'individu unique n'existe pas 

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Prenez une abeille. Elle perçoit une "couleur" du monde physique que nous ne percevons pas : l'ultraviolet. Selon la vision darwinienne classique, les abeilles auraient développé ce don afin de mieux repérer les fleurs qu'elles butinent. Or, on s'est aperçu que les fleurs ont elles-mêmes développé la réflexion de la lumière ultraviolette, afin d'attirer les abeilles comme agents fécondants. Il y a eu un couplage : les couleurs des fleurs - autonomes - ont co-évolué avec la vision sensible à l'ultraviolet des abeilles - autonomes. Autrement dit, le vivant se révèle beaucoup plus compliqué ! La pensée, l'esprit descend dans notre corps, nos jambes, nos yeux, qui inventent et construisent en permanence le monde qui nous entoure - lui même entrant en interaction avec nous, nous façonnant, nous fabriquant. Nous perdons toute notion de "sujet intelligent unique" , pour penser une co-évolution, une co-construction perpétuelle. Varela écrit : "L'organisme et l'environnement s'enveloppent et se dévoilent mutuellement dans la circularité fondamentale qu'est la vie même." Un organisme vivant autonome construit le monde qui l'entoure, qui lui-même révèle les capacités de construction et d’adaptation de l'organisme. Le réel en devient un échange permanent et créateur de créatures indépendantes, à la fois toutes physiques et toute "spirituelles". Le réel n'est pas donné, mais incarné, recréé, sans cesse reconstruit. Le réel s'auto-invente, de la même manière qu'un sentier, au préalable inexistant, apparaît quand un être vivanrt marche à travers une forêt.
Varela appelle cette interaction circulaire du vivant : l'énaction.
Pour enfoncer son clou, il aime citer la vieille querelle des couleurs. Les fabriquons-nous ? Ou sont-elles extérieures ? Varela répond :
"Contrairement à ce qu'affirme le point de vue objectif, nous construisons les couleurs avec notre système visuel. En même temps, à l'inverse de ce que soutiennent les partisans de la position subjective, les catégories de couleur existent dans le monde physique et biologique. Il y a corrélation. Tout comme l’œuf et la poule se définissent l'un l'autre :le premier apparu, c'est le cycle de l'oeuf et de la poule. C'est le processus continu de la vie qui a modelé notre monde par ces allers-retours entre ce que nous appelons les contraintes extérieures et l’activité intérieure. L'humanité elle-même invente le monde, qui l'invente à son tour, et parfois se venge d'une catastrophe écologique. Nous devons apprendre à vivre dans un monde nécessairement introuvable, flou, sans repères fixes ni fondements ultimes, qui n'existe qu'à travers nos constructions mentales, notre activité sur lui, mais qui, au même moment nous façonne - car le monde lui aussi doit protéger son autonomie, son taux d'oxygène constant, la chaleur de ses océans. Les hommes doivent prendre conscience de leur capacité de flexibilité, de création, de changement, et combien ils sont engagés dans la transformation du monde. On n'apprend ça nulle part dans la philosophie occidentale. Seul le bouddhisme n'a jamais cherché à trouver un fondement ultime à l'esprit, qui serait pour le rationalisme. Le bouddhisme ne croit ni en Dieu, ni en un absolu de la pensée humaine. L'expérience bouddhiste nous enseigne au contraire que l'ego, le soi, peuvent se désinvestir de leur arrogance et de leur hantise du fondement absolu, et qu'ainsi nous vivrons mieux, avec prudence, respect du monde et dans le plaisir du présent. Ces idées dépassent le cadre même du bouddhisme et des sciences. Elles devraient ouvrir des voies, non seulement aux individus et au monde académique, mais à l'éducation au sens large, aux institutions, aux entreprises, voire même à l'action politique. Depuis peu, j'interviens auprès des directions de grandes entreprises, pour partager ces idées... Après la guerre civile au Chili, je croyais que jamais je ne retrouverais un projet collectif, et j'en ai redécouvert un : changer les mentalités collectives."

Frédéric Joignot, Ariel Kyrou (Actuel 1993)

BIBLIOGRAPHIE
L'inscription corporelle de l'esprit (avec Evan Thomson et Eleanor Rosch, Seuil), Connaître les sciences cognitives (Seuil), et, le plus ardu, Autonomie et connaissance (Seuil).

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Commentaires

  • Qui est l'héritier (ou qui sont les héritiers) de la pensée de Vasela?
    Quelqu'un a-t-il fait le lien entre les recherches de B. Cyrulnik et Carlos Castaneda?

  • Bonjour,

    Et le (sic) "lien" entre les recherches de Danielle Bertola Reymond, Barbara Cartland et Lafayette Ronald Hubbard (spécialiste des hallebardes dirigées par la pensée électromagnétique) ? Qu'en est-il ? Il s'agit là d'une question extrêmement complexe à n'en point douter, non ?
    Merci.
    Le bon Docteur Cornélius

  • En tous les cas, tant que l'on aura pas mis à la poubelle les FARIBOLES sectaires et pseudo "rationnelles" du petit Georges Charpack (dit "chapi-chapok"), qui d'après des proches qui le connaissent ignore presque tout de la mécanique quantique, mais protège comme une "nounou" l'ingénieur (NON-physicien mais se faisant passer pour...) Henri Broch (dit "Bric-à-brac-broc"), spécialiste en PATA"-physique" occultiste du XVIIIème siècle, on continuera à patauger dans cette "imbécilité" de crasse que dénonçait en son temps cette immense Conscience que fût Georges BERNANOS...

  • Vous voulez devenir INTELLIGENT ?
    Alors rendez-vous immédiatement sur le site Internet suivant (conservez bien cette référence) :
    www.frithjof-schuon.com
    Le Métaphysicien et Logicien Frithjof SCHUON (1907 - 1998) a définitivement ruiné toutes les billevesées athées, même les plus "subtiles", lorsque par hasard il en existe...
    Méditez ainsi les premiers chapitres de "Logique et Transcendance" (1970).
    Lisez également :
    - Pr Seyyed Hossein NASR, "La Connaissance et Le Sacré",
    - Pr Seyyed Hossein NASR, "La religion et l'Ordre de la Nature",
    - Pr Wolfgang SMITH, "Sagesse de la Cosmologie ancienne : les cosmologies traditionnelles face à la science contemporaine", édition L'Harmattan, Paris.
    Le Pr SMITH est Physicien-mathématicien.
    - Titus BURCKHARDT, "Science moderne et Sagesse Traditionnelle", édition Archè, Milan, & Edidit, Paris, 1986.
    - Tage LINDBOM, "L'Ivraie et le bon grain ou le Royaume de l'homme à l'heure des échéances", édition Archè, Milan, & Edidit, Paris, 1976.
    Etc.

  • Lisez La Face cachée du Cerveau. Ce livre s’appuie sur une documentation scientifique sérieuse. Il rend hommage à l'Amérindien Don Juan Matus(cf Carlos Castaneda). B. Cyrulnik est neurologue dont les recherches sur les neurones sont porteuses d'espoir... Barbara, elle, a fait rêver des milliers de midinettes et les a rendues heureuses pour quelques heures au moins. Pouvons-nous en dire autant de nous? Quand aux hallebardes, je ne connais que leur capacité d'énergie cinétique. Puis-je vous rappeler que la théorie de la relativité affirme que l’énergie cinétique d’un objet tend vers l’infini quand sa vitesse s’approche de la vitesse de la lumière et que, par conséquent, il est impossible d’accélérer un objet jusqu’à cette vitesse.
    Vous m'avez bien fait rire!

  • Henri Broch (dit "Bric-à-brac-broc"), spécialiste en PATA"-physique" occultiste du XVIIIème siècle, on continuera à patauger dans cette "imbécilité" de crasse que dénonçait en son temps cette immense Conscience

  • qui d'après des proches qui le connaissent ignore presque tout de la mécanique quantique, mais protège comme une "nounou" l'ingénieur

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