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lundi, 22 mai 2006

JARED DIAMOND. " COMMENT DISPARAISSENT LES CIVILISATIONS"

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Dans son nouvel essai " Effondrement ("Collapsus). Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " (Gallimard), Jared Diamond, biogéographe américain, historien de l'environnement, prix Pulitzer 1998, étudie dans le détail le " collapsus " écologique des civilisations Mayas, Vikings, de l’Île de Pâques, des sociétés indiennes américaines . Il  rejette les analyses classiques attribuant l'effondrement rapide de ces sociétés à des " catastrophes " naturelles ou militaires, des situation exceptionnelle, pour révèler un processus d'auto-destruction à la fois politique et écologique, parfois d' "écocide".

Dégageant peu à peu une grille d'analyse serrée des "collapsus", étuidant aussi la désertification de l'ancien Croissant Fertile et de la Mésopotamie (l'Irak d'aujourd'hui), il l'applique sur notre époque.

Perturbant.

Nous avons recontré Jared Diamond à Los Angeles, où il enseigne la géographie à l'université. 

(article publié dans Le Monde 2/ mai 2006)


BIBLIOGRAPHIE JARED DIAMOND


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Stone Canyon Road s’enfonce entre les villas de luxe de Bel Air, la riche enclave protégée de West Los Angeles, où habitent producteurs de cinéma, industriels et stars d'Hollywood. Le professeur Jared Diamond habite là, dans une maison de bois pleine de gravures animalières, acquise trente ans plus tôt. Désignant l’épaisse végétation alentour, il vous confie en lissant son collier de barbe à la Amish : " Cela ressemble au maquis méditerranéen n’est-ce pas ? ". Puis il ajoute avec mélancolie : " Dans les années 1960, on pouvait boire l’eau des rivières dans les montagnes proches. Les décennies à venir, on peut s’attendre à une guerre de l’eau à Los Angeles " Avec Jared Diamond, professeur de géographie à la faculté de Los Angeles (UCLA), biogéographe, " historien de l’environnement " l’analyse de " l’impact humain sur le milieu " ne cesse jamais. " En ville, les embouteillages deviennent chaque année de plus en plus inextricables et l’été, le smog s’épaissit… poursuit-il, tandis qu’une horloge rompt le silence du cottage. Un habitant de L.A passe en moyenne 368 heures par an en voiture rien que pour venir à son travail. Ajoutez une heure de conduite pour le moindre déplacement, acheter du pain, chercher ses enfants... Bientôt nous allons devoir équiper nos voitures de toilettes chimiques, comme à Bangkok ! ".
Le dernier essai de Jared Diamond ressemble à un mauvais présage : " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " ( " Collapse " en édition américaine, un essai best-seller). L’ouvrage traite de l’écroulement de plusieurs civilisations célèbres, petites ou grandes, où le désastre écologique semble avoir joué un rôle majeur. Pour bien se faire comprendre, Jared Diamond aborde rapidement la chute de Rome puis de l’Union soviétique, où l’effondrement relève avant tout de l’implosion politique. Ensuite, il rappelle l’importance des crises environnementales dans l'effondrement de l’empire Khmer d’Ankor Vat, la Grèce mycénienne des Achéens, la Crète minoenne, des Harrapan de la vallée de l’Indus et des sociétés du Croissant Fertile (le premier Moyen-Orient et la Mésopotamie, l'actuel Syrie-Liban-Irak, déforesté jusqu'à changer de climat, et se désertifier rapidement). Ensuite, il se concentre sur quelques collapsus - de " lapsus ", la chute - qui lui semblent exemplaires par leur rapidité : le désastre de l’Île de Pâques, l’anéantissement de la civilisation Maya, la ruine des Vikings du grand Nord, la disparition des sociétés indiennes Anasazi du sud-ouest des Etat Unis.
Enfin, il s’intéresse à l’époque contemporaine. Cela secoue. Contredisant les analyses classiques, Jared Diamond s’attache à montrer que ces désastres célèbres ne furent jamais des " catastrophes ", c’est-à-dire des crises venues de l’extérieur : invasion armée, pestes, bouleversements écologiques exceptionnels, changement climatique. Il s’agit, affirme-t-il, de processus d’autodestruction, nés à l’intérieur même des civilisations. Il parle parfois d’ " écocide " : pour l’Ile de Pâques, les Indiens Anasazis du Sud -Ouest américain, et les Mayas.

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