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dimanche, 17 février 2008

ISABELLE YASMINE ADJANI

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NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS Après un retour remarqué sur les planches en 2007 dans "Marie Stuart" au Théâtre Marigny de Paris, Isabelle Adjani renoue avec le cinéma en cette année 2008. Elle doit jouer dans un film de Yamina Benquiqui, Le "Paradis C’est Complet", où elle incarnera une ministre issue de l’immigration souffrant à s’imposer du fait de ses origines maghrébines. Elle doit ensuite rejoindre la réalisatrice Isabelle Mergault, auteur du succès inattendu de 2006 "Je vous trouve très beau". Enfin, Isabelle Adjani devrait tourner avec le cinéaste Abdellatif Kechicke, l'auteur du remarqué et remarquable "La graine et le mulet"
En regard de ce retour en force d'Isabelle Adjani, cet entretien sur la part méconnue, méditerranéenne, algérienne de sa personnalité - qui ne serait pas absente de son talent tourmenté - réalisé en novembre 1988 pour le magazine Actuel, au moment de la sortie de "Camille Claudel" de Bruno Nuytten, son dernier grand rôle au cinéma.
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20 NOVEMBRE 1988. ISABELLE ADJANI REVIENT D'ALGÉRIE, Où ELLE A RENCONTRÉ LE MOUVEMENT DES DROITS DE L'HOMME
...Ce vingt novembre, Adjani était très énervée. Elle venait de voir à la télévision un grand acteur, connu et de gauche. Il laissait entendre que l’intérêt subit qu'elle manifestait pour les Droits de l'Homme et l'Algérie coïncidait trop bien avec la sortie de son film, Camille Claudel. Cet homme, dont nous tairons le nom, parlait certainement par ignorance.On la voyait blessée, vraiment blessée, Adjani. " Qu’est-ce que j’y peux ? Je n’allais pas repousser les émeutes d’Algérie pour qu’elles tombent à un meilleur moment ! " C’est vrai, Isabelle Yasmine, mais les langues sont souvent perfides quand elles se mettent à vibrer pour une star.


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"CAMILLE CLAUDEL, C'EST SOUVENT YASMINE QUI LA JOUE"
T
out vient d’abord de la réserve d’Adjani. Cette réserve qui a alimenté toutes les rumeurs que l’on connaît, qu’elle était atteinte du sida, et toutes celles, secondaires, sur ses rôles d’angoissée trop bien jouées, sur sa vie privée ou sur n’importe quoi. L’admirateur emporté voudrait qu’une star vous emmène chez elle, comme le Petit Poucet, bribes à bribes, et qu’il puisse fantasmer à chaque pas, à chaque petit bout de vie privée qu’elle laisse échapper. Toujours, jusqu'à aujourd'hui, Isabelle Yasmine Adjani n’a rien voulu dire. C’était probablement par respect pour son père algérien (elle n’a pas voulu tourner nue tant qu’il était vivant).
Le même homme de gauche, toujours à la télévision, rappelait qu’à son avis Isabelle Adjani avait marqué à d’autres occasions un goût - politique - pour Jacques Chirac ou François Léotard, des hommes de droite. Ainsi se fabriquent les rumeurs. Plus jeune, l'actrice fit une erreur. Elle accepta d’être rédactrice en chef d’un numéro spécial du Figaro Madame et de demander à interviewer Jacques Chirac. Chirac, en vieux roublard, essaya plus tard de s’en servir pendant sa campagne. Une campagne qu’Adjani stoppa, de justesse. De son côté, le ministre François Léotard lui proposa la présidence de la Commission d’avances sur recettes. Cruel dilemme : on dit toujours qu’il y faut des professionnels, et la France n’a aujourd’hui, après Deneuve, que deux véritables stars mondiales en activité, Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Et Adjani est une professionnelle.
Elle a eu envie d’accepter pour aider le cinéma. Fallait-il refuser parce que Léotard était de droite ? Le Canard Enchaîné l’a matraquée : selon eux, sous sa présidence, Camille Claudel aurait reçu une confortable avance. C’est faux, le film a bénéficié du fonds de soutien. Supposons que c’eût été exact : fallait-il refuser l’avance à Camille Claudel parce qu’elle allait jouer dedans ? Comme elle dit, perplexe : " Tu crois qu’une star doit avoir un conseiller politique ? "
Allez voir "Camille Claudel", où Isabelle joue plusieurs scènes époustouflantes d’émotion et de passion, pour vous en convaincre. Par moment, elle est comme possédée. Sa voix monte de trois tons, vibrante, cinglante. Elle roule des épaules comme une boxeuse. Ou elle se redresse avec une fierté impressionnante.
Isabelle dit : " Camille Claudel, c’est souvent Yasmine qui la joue. "
Yasmine est le deuxième prénom d’Adjani.
Dans l’inconscient immédiat, avant même le désir, dans la rumeur comme opinion - et comme conformisme - qu’est-ce qui pousse des gens à élucubrer sur Isabelle Adjani ?
Adjani elle-même aimerait bien comprendre. Elle pense que cela tient à son "trop", au fait que lancée dans un rôle qui lui va, elle touche le spectateur au plus profond. Affaire de cinégénie, de travail ? Pas seulement. La dernière heure de Camille Claudel est exemplaire. Adjani danse son jeu, avec des paroxysmes, des changements de visage hallucinants. Marié au lent ballet de caméras de Bruno Nuytten, elle est fascinante. C'est interminable et superbe comme un solo de Charlie Parker ou du théâtre kabuki, ou un tableau de Pollock - comme toutes les œuvres d’art où le jaillissement de l’inconscient se marie à la maîtrise de la technique. Et toujours ce "trop" qu’elle appelle aussi, la rage secrète qui remonte dans les scènes fortes, sorties du fond d’elle-même.

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Adjani s’est longtemps demandé d’où venait son "trop", s’il était la partie émergée de son héritage arabo-turco-kabyle; la remontée de son enfance de petite algérienne, surveillée par un père strict - et adoré ? "Ce côté hypersensible, exacerbé, exagéré soi-disant… Isabelle Adjani se concentre, les yeux presque gris. Il fallait bien que je finisse par y réfléchir. Il vient de mes origines oui... A Paris, on a tendance à tout intellectualiser, à tout affadir. Dans la culture méditerranéenne, la passion s’exprime, jaillit sans détours. Mon jeu, qu’on a traité d’ " hystérique ", ne rentrait pas dans les cadres, dans la moyenne de jeu d’une petite actrice française. Un jour, j’ai pensé que c’était du racisme inconscient chez les gens qui s’étonnaient de ma violence. Je me suis dit alors que j’allais le pousser encore plus loin. C’est ce que j’ai fait dans Camille Claudel, avec plus de force que je ne l’avais fait auparavant. "

"ON ME REPROCHE D'ÊTRE UNE SANG-MÊLÉE"

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Elle l'a dit, un jour où elle était déprimée par un ragot méchant : " On doit me reprocher d’être une sang-mêlé. " Mais d'habitude, les mauvaises langues lui reprochent surtout de ne pas vouloir être cataloguée. Quand elle a découvert les événements récents d’Algérie, elle été choquée par la torture. Pour la première fois, elle s’est engagée. Pour les Droits de l’Homme. Parce que c’est au-dessus de la politique politicienne. Voilà ce qui est désespérant dans les remarques cyniques à son égard. Ils refusent de croire à sa colère. Quand Adjani raconte comment elle a été déchirée par les images des tortures en Algérie, il faut la croire. Au moins Yasmine. Elle a reçu le même choc que tous ceux qui n’avaient pas supporté les tortures françaises là-bas. Elle n’a pas compris qu’un pays et des hommes qui avaient été torturés, le fassent à leur tour. Elle a aussi retrouvé dans ses images, celle de son père. Un homme arraché à son pays. Qui toute sa vie a refusé de lui parler de ses origines, de sa religion, de crainte de lui nuire. " Un homme torturé par le déchirement ", dit-elle.
Cette histoire de torture et de déchirement est d’ailleurs la clé de sa réserve et son mystère. Isabelle ne veut pas trahir Yasmine. Et Yasmine n’a pas voulu gêner la carrière d’Isabelle. Jusqu’au moment où, le front national de Le Pen (parachutiste en Algérie) devenant encombrant, Isabelle a révélé son origine algérienne et son deuxième prénom. Tenez, juste un lapsus, déjà, qui explique beaucoup. "Origine algérienne". Quand Isabelle Yasmine Adjani est née, l’Algérie était française, son père l’a appelée Isabelle-Yasmine comme Joséphine Baker chantait : " J’ai deux amours, mon pays et Paris." Pour les Algériens d'aujourd'hui, il aurait dû l’appeler Yasmine tout court, Yasmina. Du coup, pour la presse algérienne, elle a renié les siens, elle est juste française. Isabelle. Mais non. Isabelle est aussi Yasmina.

CONTRE LA TORTURE

medium_images.jpeg(Isabelle Adjani à Alger pendant une conférence de presse sur les droits de l'Homme)
Ce qui impressionne chez les anciens des camps de concentrations nazis, ou chez les Algériens qui ont été torturés par les militaires français, c’est le fait qu’ils n’en parlent jamais. A la fois pour nous préserver de l’horreur, et parce qu’ils veulent pardonner. Ils ont souffert de la haine, mais ils ne veulent pas la transmettre. En cela, ils se montrent dignes de la plus haute considération. Même si ce silence terrible de leurs parents a toujours enragé les Beurs - les nouvelles générations, qui veulent savoir. Une histoire anonyme, parmi tant d’autres, de celles dont Isabelle Adjani a entendu parler plus tard : cette tante de la Casbah qu’on a toujours crue marquée au visage par la petite vérole ? Un beau jour, par hasard un étranger à la famille vous raconte sa véritable histoire : " Les soldats français poursuivaient un type du FLN et ils entrent chez la mère de ta tante qui avait alors dix ans. La mère ne veut pas parler. Alors, on prend l’enfant et on lui plonge la tête dans l’eau qui bouillait pour le thé. Voilà d’où viennent les taches sur sa tête." Dans toutes les familles d’Algériens, on cache ces histoires. Dans toutes les familles algériennes, il y a des gens qui se sont engagés, et d’autres non. Certains hommes étaient mariés avec des Françaises. Dans toutes les familles algériennes, il y a aussi des maquisards qui ont commis des actes sauvages.
C’était une guerre horrible. Celle de nos parents.
Et voilà qu’une guerre horrible, une guerre de tortures et de meurtres, reprend en Algérie. Entre Algériens. Alors Isabelle Adjani l’a bien dit : elle a été là-bas en tant que française. Elle y a été pour rencontrer les mouvements des Droits de l’Homme en Algerie. Pour dénoncer la torture qui a repris dans le pays de ses pères.
Ce qu’il faut retenir de cette histoire ? La France a de la chance d’avoir des Isabelle Yasmine Adjani.

(Jean-François Bizot, Frédéric Joignot. Actuel 1988)

Filmographie
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (2002), de François Dupeyron
Bon Voyage (2002), de Jean-Paul Rappeneau
Adolphe (2002), de Benoît Jacquot
La Repentie (2001), de Laetitia Masson
Paparazzi (1997), de Alain Berberian
Diabolique (1996), de Jeremiah Chechik
La Reine Margot (1993), de Patrice Chéreau
Toxic affair (1992), de Philomene Esposito
L'Apres-Octobre (1989), de Merzak Allouache
Camille Claudel (1987), de Bruno Nuytten
Ishtar (1987), de Elaine May
T'as de beaux escaliers, tu sais... (1986), de Agnès Varda
Subway (1985), de Luc Besson
L'Eté meurtrier (1983), de Jean Becker
Mortelle randonnée (1982), de Claude Miller
Antonieta (1982), de Carlos Saura Antonieta
Tout feu tout flamme (1981), de Jean-Paul Rappeneau
L'Année prochaine... si tout va bien (1981), de Jean-Loup Hubert
Possession (1981), de Andrzej Zulawski
Quartet (1981), de James Ivory
Clara et les chics types (1980), de Jacques Monnet
Les Soeurs Brontë (1979), de André Techiné
Nosferatu Fantôme de la Nuit (1979), de Werner Herzog
Driver (1978), de Walter Hill
Violette et Francois (1977), de Jacques Rouffio
Le Locataire (1976), de Roman Polanski
Barocco (1976), de André Techiné
L'Histoire d'Adèle H (1975), de François Truffaut
La Gifle (1974), de Claude Pinoteau
L'Ecole des femmes (1973), de Raymond Rouleau
Faustine et le bel été (1972), de Nina Companeez
Le Petit Bougnat (1969), de Bernard Toublanc-Michel
Productrice : Camille Claudel (1987), de Bruno Nuytten

Commentaires

Je n'avais jamais lu un article sur la facette "maghrebine" d'Isabelle Adjani. C'est très intéressant ce qu'elle dit sur sa part cachée, sa part maudite

Mounira, Paris, étudiante en lettres

Ecrit par : Mounira | mardi, 13 juin 2006

Les échecs commerciaux d'Adjani (et non artistiques s'agissant d'"Adolphe" -les meilleures critiques de sa carrière- et de "Bon Voyage" -encensé dans le monde entier) sont en grande partie imputable à son refus forcené à ne pas vouloir "vivre avec son temps", puisque l'ère actuelle est à la télévision et au voyeurisme, soit tout ce qu'elle exècre. Il y a aussi une forme de malédiction (les copies d'Adolphe qui n'arrivent pas à temps pour les César -elle aurait sûrement été favortie-, le navet "Fanfan" qui remplace "Bon Voyage" à l'ouverture de Cannes, en dernière minute... etc.).
Cette conjonction entre malchance et mauvaise volonté aboutit à cette carrière souvent décevante, eu égard au talent de la belle... Des choix contestables sur l'instant mais qui riment souvent avec postérité. Et je crois vraiment que c'est ce qui l'intéresse: la postérité. Elle se fout pas mal des succès commerciaux. Et il faut bien admettre qu'une Sophie Marceau fait gagner de l'argent mais qui peut citer un bon film (comparable à Adèle H Camille Claudel ou La Reine Margot...), avec elle? Idem pour Jean Reno qui fait une carrière américaine mais qui n'a jamais eu de vrai grand rôle...

Ecrit par : pedro | vendredi, 07 juillet 2006

bjr !!
je cherche des photos sur le film de camille claudel avec isabelle adjani pr un projet d'histoire des arts ..
jen voudrais éventuellement kan elle sculpte seule !!
svp repondez moi en écrivan un mail a mon adresse suivante :
pat_felten@hotmail.fr
je vous remerci !!!

Ecrit par : patrice | mardi, 14 novembre 2006

J'ai relu avec plaisir cet "actuel" qui nous a marqués par la force et la conviction d'isabelle adjani qui était à la fois actrice ds Camille Claudel et qui était sur le "terrain" en algérie.
Merci pour de nous rappeler qu'isabelle n'est pas qu'une tres bonne actrice, mais aussi une femme dévouée et engagée ...

Ecrit par : fred | dimanche, 17 février 2008

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