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LE BIOGEOGRAPHE AMERICAIN JARED DIAMOND ETUDIE LE COLLAPSUS DES GRANDES CIVILISATIONS - ET S'INTERROGE SUR L'AVENIR DE LA NOTRE

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NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS. " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " (Gallimard), l'ouvrage du biogéographe américain Jared Diamond, historien de l'environnement, prix Pulitzer 1998, sort en collection de poche Nrf. Dans cette longue étude, Diamond étudie dans le détail le " collapsus " écologique des civilisations Mayas, Vikings, de l’Île de Pâques et des sociétés indiennes américaines  - après avoir rappelé les raisons évoquées dans l'effondrement des civilisations du "Croissant fertile", de Rome et de l'Union Soviétique. Il  rejette les analyses classiques attribuant l'écroulement rapide des quatre sociétés qu'il observe à des "catastrophes" naturelles ou militaires, des situation exceptionnelles, pour révèler un processus d'auto-destruction à la fois politique et  écologique - il parle parfois d'"écocide". Dégageant peu à peu une grille d'analyse serrée des "collapsus", il l'applique sur notre époque. Perturbant. J'ai rencontré le professeur Jared Diamond à Los Angeles en avril 2006 lors de la sortie de l'édition américaine de son ouvrage - "Collapse" (article publié en partie dans Le Monde 2 - mai 2006)
BIBLIOGRAPHIE JARED DIAMOND


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Stone Canyon Road s’enfonce entre les villas de luxe de Bel Air, la riche enclave protégée de West Los Angeles, où habitent producteurs de cinéma, industriels et stars d'Hollywood. Le professeur Jared Diamond habite là, dans une maison de bois pleine de gravures animalières, acquise trente ans plus tôt. Désignant l’épaisse végétation alentour, il vous confie en lissant son collier de barbe à la Amish : " Cela ressemble au maquis méditerranéen n’est-ce pas ? ". Puis il ajoute avec mélancolie : " Dans les années 1960, on pouvait boire l’eau des rivières dans les montagnes proches. Les décennies à venir, on peut s’attendre à une guerre de l’eau à Los Angeles " Avec Jared Diamond, professeur de géographie à la faculté de Los Angeles (UCLA), biogéographe, " historien de l’environnement " l’analyse de " l’impact humain sur le milieu " ne cesse jamais. " En ville, les embouteillages deviennent chaque année de plus en plus inextricables et l’été, le smog s’épaissit… poursuit-il, tandis qu’une horloge rompt le silence du cottage. Un habitant de L.A passe en moyenne 368 heures par an en voiture rien que pour venir à son travail. Ajoutez une heure de conduite pour le moindre déplacement, acheter du pain, chercher ses enfants... Bientôt nous allons devoir équiper nos voitures de toilettes chimiques, comme à Bangkok ! ".
Le dernier essai de Jared Diamond ressemble à un mauvais présage : " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " ( " Collapse " en édition américaine, un essai best-seller). L’ouvrage traite de l’écroulement de plusieurs civilisations célèbres, petites et grandes, où le désastre écologique semble avoir joué un rôle majeur. Au début de l'ouvrage Jared Diamond aborde rapidement la chute de Carthage en 146 av JC et l'empire d'Ankor, ruiné par des attaques militaires. Puis il traite rapidement de l'écroulement de l'empire romain et de l’Union soviétique, où l’effondrement relève pour beaucoup de l’implosion politique et sociale, doublé par une crise économique sans précédent. Ensuite, il rappelle l’importance des crises environnementales dans l'effondrement des sociétés du Croissant Fertile ( l'ancienne Mésopotamie, l'actuel arc Syrie-Liban-Irak, déforesté jusqu'à changer de climat, se désertifiant rapidement). Ensuite, il se concentre sur quelques collapsus - de " lapsus ", la chute - exemplaires par leur rapidité : le désastre de l’Île de Pâques, l’anéantissement de la civilisation Maya, la ruine des Vikings du grand Nord, la disparition des sociétés indiennes Anasazi du sud-ouest des Etat Unis.
Enfin, il s’intéresse à l’époque contemporaine. Cela secoue. Contredisant les analyses classiques, Jared Diamond s’attache à montrer que ces désastres célèbres ne furent jamais des " catastrophes ", c’est-à-dire des crises venues de l’extérieur : invasion armée, pestes, bouleversements écologiques exceptionnels, changement climatique. Il s’agit, affirme-t-il, de processus d’autodestruction, nés à l’intérieur même des civilisations, des suites d'une accumulation de facteurs intérieurs, où un désastre environnemental joue souvent. Il parle même d’ "écocide " : pour l’Ile de Pâques, les Indiens Anasazis du Sud -Ouest américain, et les Mayas.

LA TRAGÉDIE MAYA
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"Avant leur anéantissement, les Mayas du Yucatan et de l’Amérique Centrale ont développé une des civilisations majeures du Nouveau Monde, rappelle Jared Diamond. Ils connaissaient l’écriture, l’astronomie, l’irrigation. Ils se sont montrés inventifs dans les arts picturaux, l’urbanisme, le commerce. Ils ont bâti des temples monumentaux, des palais ornés de bas-reliefs, d’immenses plates-formes terrassées, des routes de pierre, de réservoirs d’eau capables d’alimenter des milliers d’habitants, dont témoignent les ruines des royaumes de Coban et de Palenque en Amérique Centrale. La population Maya réunissait plusieurs millions d’habitants, sans doute cinquante millions répartis dans l’ancienne Méso-Amérique. La ville de Tikal et ses environs, dans l’actuel Guatemala, comptait 60.000 habitants au VIIIe siècle, soit plus qu’une ville importante d’Europe. Pourtant, entre 790 et 910, cette civilisation dite " maya classique " s’est effondrée. Les archéologues se disputent encore sur les causes et la durée de ce collapsus, mais il reste qu’après 800, plus de 90% de la population des plaines du Sud, ses rois, ses institutions politiques ont disparu. Le dernier monument construit à Tikal date de 869, la dernière année recensée sur un calendrier remonte à 909. Puis la population s’enfuit, quitte les villes, les maisons, les laissant en état, et s’anéantit ... ."
Comment survient une tragédie de cette ampleur ? Pour Jared Diamond, voici un cas d’école de débâcle environnementale provoquée par l’activité humaine - d’" écocide ". Pour commencer, en biogéographe, il analyse le déboisement méthodique du pays. Des échantillons datés de pollen révèlent que les Mayas ont coupé les arbres jusqu’aux sommets des collines. Ils les utilisaient comme combustible, matériel de construction, et, surtout, pour fabriquer quantité de plâtre afin de bâtir et recouvrir leurs maisons et leurs monuments. Cette déforestation massive, générale, a fini par susciter des réactions en chaîne. D’abord, elle a affecté le régime des pluies. Une sécheresse d’origine humaine a suivi - " comme on voit aujourd’hui en Australie " précise Jared Diamond. Cet assèchement a été renforcé par un réchauffement climatique général, bien analysé aujourd’hui, dû à une légère variation du rayonnement solaire. Ensuite, le déboisement systématique a contribué à l’érosion des collines, jusqu’à ce que les terres acides se trouvent entraînées par ruissellement vers la vallée. Peu à peu, recouverts de sédiments stériles, les sols se sont appauvris. L’agriculture intensive de maïs et de pois n’a pas arrangé les choses.
 
POURQUOI LES ROIS MAYAS N'ONT RIEN VU VENIR ?
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" En même temps, la population augmentait… précise Jared Diamond avec un calme qui frise l’humour noir. Début 800, cinq millions de Mayas vivaient dans la plaine du Sud, sur un territoire grand comme la Suisse. Ils finirent par manquer de tout, nourriture, eau, bois de chauffage, tandis que les rois s’affrontaient pour obtenir les meilleures terres, et que les agriculteurs s’entretuaient pour détenir un lopin. " Et d’ajouter : " À l’image du Rwanda moderne… " Dans les 150 ans qui suivent, plus de 90 % des 5 millions d’habitants des plaines, des 5 ou 10 millions de Mayas du Petén disparaissent. Des études sur des squelettes datant de la fin du IXe siècle montrent des signes frappants de malnutrition : os poreux, lignes sur les dents.
De quelle façon cette large population s’est-elle anéantie ? Jared Diamond poursuit sa démonstration : " L’archéologue David Webster a bien décrit le phénomène : " Trop d’agriculteurs, faisaient pousser trop peu de récoltes, sur trop peu de terres. " Une grande partie de ces gens est lentement morte de faim et de malnutrition, avec une importante mortalité infantile. Beaucoup de Mayas ont immigré vers le Nord du Yucatan, mais pas tous, sinon nous aurions retrouvé des traces de centaines de milliers de personnes se déplaçant. Ils ont dû s’entretuer pour survivre, les rois, les paysans, comme l’ont fait autour de 1300 les Indiens Anasazi affamés, après avoir régné pendant plusieurs siècles sur le Sud-Ouest américain. ".
Comment expliquer que les rois et la noblesse mayas, les fonctionnaires n’ont rien vu venir, ne se sont pas alertés, mobilisés ? Pourquoi n’ont-ils pas tout tenté pour sauver leur pays de la débâcle ? " Le pouvoir maya, semble-t-il, ne se préoccupait guère des drames de sa population, répond Jared Diamond d’une voix neutre. Les rois ont continué à ériger d’énormes monuments de prestige, comme à l’île de Pâques, ou dans certains régimes communistes... Ils ont maintenu leur train de vie et leur confort jusqu’à la fin, rivalisant entre factions, soutirant vivres et impôts au peuple. Ils n’ont pas pris garde aux problèmes sur le long terme, à supposer qu’ils les aient entrevus… Voyez ce qui arrive aujourd’hui sur l’île d’Haïti, surpeuplée, affamée, déforestée, occupée par une troupe de pacification, où les élites possédantes ont spolié les richesses du pays et vivent entre elles, sur les collines fraîches de Pietonville, au-dessus d’une ville délabrée et misérable... "

LA FIN DES VIKINGS DU NORD
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Dans " Collapse ", Jared Diamond s’intéresse encore à l’écroulement de la civilisation des Vikings du grand Nord, longtemps attribué à la " petite glaciation " commencée vers 1400. Pourquoi les Vikings ? A la même époque, une société résiste, les Inuits - les Esquimaux autochtones. Les Inuits occupent les mêmes territoires, affrontent le même rude climat que les Vikings, tout en ignorant encore l’âge de fer. Pourtant ils survivent et prospèrent. Aujourd’hui, 150.000 Inuits vivent toujours dans l’Arctique - ironie de l’histoire, les voilà menacés d’une catastrophe écologique par le réchauffement général et la fonte accélérée du permafrost. Qu’est-il arrivé aux Vikings, cette civilisation beaucoup plus puissante et avancée que les Esquimaux, les Vikings et leurs drakkars qui ont ont croisé jusqu’à Terre-Neuve, dans l’actuel Canada, remonté la Volga, fondé Kiev, se sont installés sur la côte anglaise, ont établi le duché de Normandie avant de descendre la côte espagnole jusqu’à Gibraltar pour entrer en Méditerranée ?

Dans " Effondrement " Jared Diamond raconte leur saga et leur malheur. Autour de 968, Erik le Rouge, un chef Viking banni de Norvège pour plusieurs meurtres, part vers les îles du Nord avec vingt-cinq navires. Il s’arrête en un lieu clément, l’actuelle Brattahild. Deux larges fjords, entourés d’une terre grasse couverte d’herbe et d’apsers blancs, traversent le territoire glacé. Erik le rouge, trompé par cette herbe éphémère, baptise l’endroit " Groenland ", le " pays vert ". Des milliers de Vikings émigrent bientôt vers ce pays, qu’ils croient hospitalier. Ils s’installent, construisent des églises, des villages, des navires, chassent le caribou, font du commerce d’ivoire de morse avec l’Europe. Trois siècles plus tard, leur civilisation commencent à péricliter ; ils abandonnent leurs comptoirs de l’Ouest autour de 1350. " La cathédrale de pierre de Hvasley, explique Jared Diamond, représentée sur tous les dépliants touristiques, exprime à la fois la puissance Viking et le mystère de leur disparition. Ses murs sont debout, elle est entourée d’étables, d’entrepôts et d’abris à bateaux. Elle a été abandonnée en état, comme tout le pays, vers les années 1420. Les Scandinaves n’y retourneront que trois siècles plus tard. "

Quelle tragédie s’est déroulée au Groenland ? " Le drame des Vikings du Nord vient de ce qu’ils n’ont pas voulu changer leur mode de vie… " répond Jared Diamond. Quand ils arrivent au " pays vert ", ils amènent leurs vaches, leurs porcs, leurs moutons, leurs chèvres et leur basse-cour. Les protéines ! Mais les poules et les cochons meurent de froid, et les vaches ne survivent que dans des étables. Il faut beaucoup de bois pour les construire, beaucoup de foin pour nourrir les bêtes. Quant aux hommes, ils construisent des maisons aux murs épais, chauffées, meublées, pour supporter le long hiver arctique. Alors les Vikings coupent les forêts, épuisent les pâturages, brûlent toute la tourbe qu’ils trouvent. Les plus pauvres font paître les chèvres et les moutons, qui creusent le sol, arrachent l’herbe. Il faut dix acres de terre par famille pour survivre, dans un pays aux ressources limitées. Et la population augmente… Le désastre écologique est en route. Déboisées, érodés, les terres rares, éparses, s’épuisent, balayées par les vents salés.

LES CHEFS CHERCHENT PRESTIGE AVANT TOUT

medium_erik.2.jpgHélas, les Vikings persistent à vouloir vivre comme en Scandinavie. Les chefs continuent à élever et manger des vaches, la nourriture de prestige, un signe fort du statut social. Un tabou inexplicable frappe la consommation de poisson. Ils n’en mangent pas, ou très peu, alors que les mers en regorgent. " J’aime à croire qu’Erik le Rouge tomba très malade en dévorant un poisson à son arrivée, et qu’il interdit à ses hommes d’en manger ! ", ironise Jared Diamond. Les Vikings partent en expédition dans le pays, non pour ramener du bois du construction, mais pour chasser le morse. L’ivoire de morse est très prisé à l’époque dans toute l’Europe du Nord. Il sert de monnaie d’échange pour acheter les cloches des églises, de la soie, du lin, du verre, des candélabres de bronze, tous les produits de luxe indispensables aux Vikings nobles.
" L’attitude agressive des Vikings envers les Inuits ne va pas les aider à s’adapter à ce pays inhospitalier, continue Jared Diamond. Ils les méprisent, les appellent les " skraelings ", les " miséreux ". Quand ils en rencontrent, ils les tuent ou les réduisent en esclavage. " Forcément, leurs relations tournent mal. Les Vikings n’apprennent rien des Esquimaux, pourtant rompus à vivre dans l’Arctique depuis des centaines d’années. Ni les façons de pêcher sur les mers glacées, ni à chasser le phoque, source importante de nourriture et de fourrure. Ils passent à côté de la technique du harpon, du kayak, du propulseur de lance, ou du " umiaq ", le bateau rapide qui sert à traquer les baleines. Ils ignorent le " igloo ", cet habitat qui permet de supporter un froid intense avec une dépense d’énergie minime. " Quand autour de 1400, le froid devient plus cruel, leur effondrement va être très rapide " conclut Jared Diamond.
Les dernières décennies, les Inuits prennent leur revanche. Ils s’attaquent à des Vikings affaiblis, isolés, se déplaçant sur des bateaux difficiles à manier, qui se prennent dans les glaces. En 1379, un document fait état d’une attaque des Inuits dans une des dernières colonies. Dix-huit Vikings trouvent la mort.
Après le départ des Vikings, les cloches brisées de leurs églises serviront d’outils dans les villages esquimaux.

UNE GRILLE D'ANALYSE DES COLLAPSUS

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(Vue aérienne de la ville de Mexico, irrémédiablement polluée par le fog)

Quelles leçons l’" historien de l’environnement " Jared Diamond dégage-t-il des effondrements mayas et vikings, mais aussi de la ruine de l’île de Pâques - où tous les arbres furent coupés, sous l’autorité d’une chefferie mystique, afin que l’on dresse d’énormes statues ? Il n’en manque pas.
" Une civilisation peut s’écrouler au fait de sa puissance, et rapidement, après quelques décennies d’apogée. "
" La notion d’" écocide " est une réalité. D’ailleurs, elle devient aujourd’hui une crainte majeure pour beaucoup d’humains. "
" Il reste très difficile d’évaluer au milieu des fluctuations climatiques courantes et des conflits d’intérêts les désastres écologiques en cours… Voyez la difficulté que nous avons aujourd’hui à admettre le réchauffement terrestre. "
" Les religions, les superstitions, les tabous peuvent contribuer à l’aveuglement général. "
"L’attitude des élites, leur aveuglement, joue un rôle important. Le désastre maya rappelle ce qui arrive aujourd’hui sur l’île d’Haïti, surpeuplée, affamée, déforestée, occupée par une troupe de pacification, où les élites possédantes ont spolié les richesses du pays et vivent entre elles, sur les collines fraîches de Pietonville, au-dessus d’une ville délabrée et misérable. "
"Regardez, dans tous les Etats-Unis, en Amérique Latine, les élites vivent entre elles, dans des quartiers réservés. Elles se font protéger par des patrouilles payées, boivent de l’eau en bouteille, envoient leurs enfants dans des écoles privées, cotisent à des assurances personnelles, elles ont perdu toute motivation et tout intérêt à financer les forces de police, l’approvisionnement en eau, la sécurité sociale et l’école publique. L’isolement et le confort égoiste font rarement bon ménage avec une vision d’avenir. "
Dans " Effondrement ", Jared Diamond compare méthodiquement les causes des collapsus historiques, jusqu’à dégager une grille d’analyse qu’il pense universelle. Elle comprend cinq " facteurs décisifs " présents dans tout effondrement de société. Quand ces cinqs constantes s’additionnent, rien ne va plus. Quelles sont-elles ? Un : les hommes infligent inconsciemment, ou consciemment, des dommages majeurs à leur milieu, sans tenir compte de sa fragilité et son épuisement. Deux : des changements climatiques surviennent, bouleversant l’équilibre écologique, qu’ils soient consécutifs à un phénomène naturel, ou à des sécheresses et des perturbations consécutives à l’activité humaine. Trois : la pression militaire de voisins hostiles s’accentue, qui profitent de la crise économique, de l’épuisement des matières premières et de l’appauvrissement des populations ; ces problèmes se répercutant au niveau de la cohésion sociale et politique. Quatre : l’alliance diplomatique, énergétique et commerciale avec des voisins amicaux ou neutres se délite, les échanges habituels de biens de première nécessité comme les relations culturelles s’affaissent. Cinq : les élites, les gouvernants et les institutions n’ont pas les moyens intellectuels, les instruments de mesure, ou même le système de valeurs leur permettant d’évaluer le drame en cours ; ou encore ils l’aggravent par des réflexes de caste, de confort égoïste ou l’obsession du court terme.

NOTRE EFFONDREMENT ?
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Dans les derniers chapitres de son essai, Jared Diamond fait jouer cette " grille d’analyse " sur notre époque. Selon lui, on retrouve les cinq facteurs combinés des " collapsus " dans les désastres politiques, sociaux et écologiques du Rwanda, d’Haïti, de l’Afghanistan, de la Somalie, de l’Afrique sub-saharienne et des Îles Salomon. Dans beaucoup d’autres pays, notamment en Chine, en Russie, en Australie, on retrouve le facteur " Un " - dommages majeurs dans l’environnement -, associé avec le facteur " Deux " - réchauffement climatique.
À la fin du livre, il dresse des listes à la Prévert desproblèmes écologiques globaux. Quels sont pour lui les plus inquiétants ? L’élimination par les herbicides de quantité d’espèces utiles, les insectes pollinisateurs, les oiseaux qui dispersent les graines, les bactéries du sol, les vers de terre, etc : " C’est un peu comme si on retirait au hasard des petits rivets dans l’assemblage d’un avion ". La disparition accélérée des " habitats naturels " que sont les marais, les récifs de corail et le fonds de l’océan qui " nous rendent de fiers services d’éco-systèmes ". Le développement de l’aquaculture qui libère dans la nature " des espèces moins résistantes, affaiblissant le pull génétique des espèces sauvages ". La crise de l’eau potable : aujourd’hui, un milliard de personnes n’ont pas un accès assuré à l’eau, tandis que les nappes phréatiques baissent. La désalinisation de l’eau de mer, présentée comme une panacée : " Elle serait trop coûteuse pour pallier à une pénurie." L’incertitude sur l’ampitude du réchauffement terrestre, 1,5° ou 3° ou plus au cours du prochain siècle : " Nous ne savons rien d’éventuels nouveaux changements climatiques consécutifs à la modification de la circulation océanique, comme à la fonte de la couverture glaciaire. " L’accroissement de la population mondiale va s’accroître de 2,3 milliards d’habitants d’ici 2030, doubler au cours du siècle : nos sociétés vont devoir affronter des problèmes grave d’approvisionnement : " Le problème n’est pas la surpopulation, mais la durabilité. Quand les pays en voie de développement auront rattrapé le niveau de vie des pays développés, quand tous auront une voiture et un congélateur, consommant des énergies fossiles et des quantités d’eau, vivant dans des mégapoles embouteillées et polluées, il faudra multiplier de 12 à 30 l’impact moyen de chaque habitant sur le milieu. Ce scénario n’est pas durable. Une civilisation ne survit qu’en ménageant son environnement, voilà la grande leçon."

MONTANA : LE "GLACIER NATIONAL PARK" PERD SES GLACIERS

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Jared diamond consacre un chapitre entier de " Collapse " au Montana, l’état montagnard le moins peuplé des Etats-Unis. Pourquoi le Montana ? " J’ai voulu prendre un exemple frappant aux Etats-Unis. Les Français n’imaginent pas ce que représente le Montana pour un Américain ! s’énerve Jared diamond C’est l’état le plus magnifique, le plus boisé et le moins peuplé des Etats-Unis. J’ai visité le Montana pour la première fois en 1953. À l’époque, les neiges éternelles recouvraient les cimes, on y visitait plus de cent glaciers. Aujourd’hui, il reste trente-cinq glaciers, et les neiges fondent. Cela se voit à l’œil nu. Le Montana connaît à peu près tous les fléaux qui affectent aujourd’hui nos sociétés. Déchets toxiques venus des mines, rejets d’herbicides et des fosses septiques, surexploitation forestière, déforestation, salinisation des sols, introduction d’espèces nuisibles, régression du nombre de poissons, sécheresse due au réchauffement climatique, problèmes d’alimentation en eau, fonte des neiges et des glaciers. Aujourd’hui, une blague circule au Montana : - Comment appellera-t-on le " Glacier National Park " dans 15 ans ? Le National Park Sans Glacier ! "
Le professeur Jared Diamond croit-il que notre monde court à la catastrophe ? Il rappelle que s’il a sous-titré son essai " Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie ", c’est qu’il garde espoir dans l’esprit de décision des hommes.
" Les Mayas n’avaient pas de journaux qui les informaient du drame en cours, ils ne savaient pas ce qui leur arrivait. Nous savons…


BIBLIOGRAPHIE JARED DIAMOND

 


Commentaires

  • Je partage une bone partie des idées du Professeur Diamond sur les causes de l'inégalité entre les sociétés.

    Mais une question fondamentale demeure: à quel rythme les sociétés apprennent elles des autres pour se "développer" aussi? Ainsi, on voit aujourd'hui des sociétés de l'Asie, détentrice de vielles civilisations expérimenter une forte croissance. Qu'en est il des africains?
    Répondre à cette question pourrait porbablement être la clé du mystère de développement de l'Afrique.

  • En contemplant la première photo qui illustre l'île de Pâques, je ne peux m'empêcher de constater combien de voyageurs manquent cruellement de connaissances sur les endroits qu'ils visitent ou sont tout simplement des imbéciles : les stèles aux pieds des Moais sont sacrées et une demi-douzaine d'avertissements enjoignent les visiteurs à ne pas les fouler, ce qu'a dû inévitablement faire l'imbécile sur la photo pour souiller l'endroit de sa présence inopportune.

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