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  • CYNTHIA FLEURY. FRANCE DU CEP : "L'ARBITRAIRE LÉGALISÉ"

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    LE MOUVEMENT ETUDIANT ET POPULAIRE CONTRE LE "CONTRAT PREMIER EMBAUCHE" MONTE EN PUISSANCE. LES MANIFESTATIONS ORGANISÉES DANS TOUTE LA FRANCE ONT RÉUNI MARDI DERNIER ENTRE UN MILLION ( SELON LA POLICE) ET TROIS MILLIONS DE PARTICIPANTS. UNE MOBILISATION SANS PRÉCÉDENT DEPUIS LES GRANDES GRÈVES DE 1995 CONTRE LE GOUVERNEMENT JUPPÉ. JAMAIS UN MOUVEMENT ÉTUDIANT AUSSI POLITIQUE, AUSSI DÉCIDÉ NE S'EST LEVÉ DEPUIS MAI 1968. UN SENTIMENT SANS PRÉCÉDENT DE REJET DE L'ARBITRAIRE L'ANIME.
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    Dans l'entretien qui suit, Cynthia Fleury, 32 ans, professeure de philosophie à " Sciences-Po ", auteure d’un essai récent sur les " pathologies de la démocratie ", réfléchit sur " la rage " et le " sentiment d’iniquité " qui secouent aujourd’hui le mouvement étudiant. Elle répond aussi à ceux qui accusent les opposants à la " réforme ", d’ " immobilisme pathologique ". L'entretien s'est déroulé en plusieurs épisodes, ce qui explique sans doute sa qualité et l'impact qu'ila rencontré au coeur du mouvement en cours (paru dans le Monde 2, mars 2006)


    BIBLIOGRAPHIE CYNTHIA FLEURY
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    UNE PHILOSOPHE DE L'IMAGINATION ET DE LA DéMOCRATIE

    " À l’université américaine de Paris, les étudiants et les professeurs ne comprennent rien au rejet du CPE en France. Ils pensent que c’est un combat d’arrière-garde. Ils ne comprennent pas que pour nous, ce contrat est l’arbre qui cache la forêt ". Cynthia Fleury parle, 32 ans, calme contenu, lunettes de métal, frèle et passionnée. Elle est professeure de philosophie à " Sciences-Po " et à l’American University of Paris. Elle a défilé aux manifestations monstres contre le fameux " CEP " - trois millions de personnes dans toute la France selon les syndicats, un million selon la police. Une mobilisation sans précédent depuis dix ans - depuis 1968 dans les universités. À " Sciences-Po ", elle participe aux débats électriques qui agitent les amphis. " Les étudiants se disent que le CPE représente quelque chose d’inique, mais ils n’arrivent pas à le cerner d’un point de vue du droit, ou du citoyen. Alors les cours d’" enjeux-po ", " enjeux politique " tournent tous autour de ces thèmes ces jours-ci. " Cynthia Fleury, docteur en philosophie, a déjà écrit quatre ouvrages qui traitent pour moitié de l’imagination et du soi, pour l’autre de tolérance et de politique. Son premier, " Métaphysique de l’imagination " (éditions des écarts, 2001), a été salué. Elle y montre combien l’imagination, la " folle du logis " selon Mallebranche, " la maîtresse de fausseté " pour Pascal et Descartes, a été méprisée par la philosophie européenne, jusqu’à concevoir une vision étriquée de " l’âme " et la psyché. Dans " Pretium Doloris. L’accident comme souci de soi ", (Pauvert 2002), elle étudie comment la connaissance de soi passe par la douleur et l’accidentel, quoiqu’en disent les champions modernes du positivisme.

    Dans " Difficile tolérance " (PUF, 2004), écrit avec Yves Charles Zarka, elle étudie l’absence de la notion de tolérance dans l’Islam, comment elle apparaît en Europe et chez les Encyclopédistes, et pourquoi le droit français devrait l’intégrer à son corpus sous forme d’un " droit à l’altérité ". Dans les " pathologies de la démocratie ", (Fayard, 2005), son dernier essai, elle montre comment les réformes démocratiques de 1789 ont été arrêtées par l’" épuisement nerveux " des révolutionnaires, et combien la démocratie doit toujours être revivifiée par les valeurs égalitaires et fraternelles de la première République. Au moment de cet entretien, alors que le gouvernement refuse de céder devant une mobilisation historique, Cynthia Fleury craint que le situation ne tourne à un affrontement grave, et avoue ne pas comprendre l’attitude du président de la République, gardien de la cohésion sociale. Elle parle de fin de régime. " Il me semble qu’il faut à tout prix éviter la violence, dit-elle, inquiète. Mais je ressens une exaspération de tous les côtés. Peut-être faudra-t-il imaginer de grandes mobilisations pacifiques, à la Gandhi, pour ne laisser à personne l’initiative de l’agression."

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