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  • NAN GOLDIN. L'HISTOIRE SECRETE

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    Un livre d’art nous refait vivre l’installation émouvante réalisée par la photographe Nan Goldin à la chapelle Saint Louis de la Salpêtrière, au Festival d’automne 2004 (éditions du Regard). On y revit son enfance, l’histoire tragique de sa sœur Barbara, disparue à 18 ans, sa fuite de chez elle à 14 ans, ses premières photos à 15 ans, les moments intenses de son " journal photographique ".

    Entretien à Paris, où elle vit, avec une artiste que l'on a comparé à Antonin Artaud, et qui a inauguré un courant intimiste et déchirant de la photographie - et du cinéma contemporain.

    BIBLIOGRAPHIE NAN GOLDIN

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    CHEZ NAN GOLDIN, A PARIS...

    Elle habite derrière République, dans un appartement parisien au parquet grinçant. Une petite statue de vierge, des ex-voto, des images pieuses se mêlent dans le salon aux piles de livres photos, posés sur des meubles bas et sombres. Aucune lampe allumée, des rideaux blancs. Elle va de gauche, de droite, nerveuse -masse de cheveux auburn, les mains fébriles, couvertes de bagues (l’une à tête de mort)-, cherchant ses derniers livres. Elle ne veut pas parler avant d’avoir parlé avec ses photos, dit-elle. Elle revient, des ouvrages pleins les bras, s’assoit, tendue, les éparpille sur la table, un prend un, le repose, un autre... "Là, ce sont mes premières photos, mes amis à Boston. J’étais très timide. Je ne parlais pas beaucoup. Je suis restée muette un an, vous savez, quand ma sœur s’est tuée. Oui, j’étais muette… Je venais de fuir de chez moi. Tenez, voilà David, c’est lui qui m’a recueillie. Il m’a aidée. Je me servais de mes photos pour approcher les gens, pour leur parler surtout, pour les séduire… Photographier, à l’époque, c’était de la survie."
    Elle lève enfin vers vous son regard vert ambré, tellement intense, dans ce visage à la peau si blanche. Vous étes capturé par sa présence.

    -Quelle impression les images vous font-elles ? demande-t-elle, renversant les rôles, presque sévère. Elle vous dévisage, scrute votre émotion. Ouvre un nouveau livre " Le terrain de jeu du diable "...

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  • LE "MALHEUR ARABE" SELON SAMIR KASSIR

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    NEWS NEW NEWS. Le journaliste et théoricien de la gauche

    démocratique libanaise assassiné à Beyrouth le 2 juin.
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    Samir Kassir ne se cachait pas. Il garait sa voiture tous les jours au même endroit. Il ne se cachait pas. Samir Kassir, l'éditorialiste du quotidien Al-Nahar, un des fondateurs de la gauche démocratique libanaise, a été assassiné le 2 juin dernier à Beyrouth. Samir Kassir était plus qu'un journaliste courageux, et un opposant à la main mise de la Syrie sur le Liban. C'était aussi un brillant historien des idées, qui a analysé "la culture de la mort" dans le Moyen Orient actuel. Dans ses "Considérations sur le malheur arabe", écrites en 2004, il constatait : "Il ne fait pas bon être arabe de nos jours. Sentiment de persécution pour les uns, haine de soi pour les autres, le mal d'être est la chose du monde arabe la mieux partagée." Il en cherchait les causes intellectuelles et politiques. Regardez, écrivait-il, du Maghreb au Machrek les hommes sont traités comme des "sujets", jamais des "citoyens". Partout l'islam progresse sous ces régimes despotiques, soit réprimé dans le sang, soit instituant une nouvelle tyrannie, et se révélant incapable de gouverner des pays en voie de modernisation. D'où ce sentiment général d'impuissance, de victime, de "malheur arabe", hanté par le souvenir d'un "âge d'or perdu", entretenu par un "nationalisme fossilisé" et un "islam politique" passéiste. Samir Kassir s'insurgeait contre cette "idéologie négationniste", ce "millénarisme morbide" des dirigeants et des chefs religieux, qui passe scandaleusement sous silence toutes les avancées décisives de la culture arabe moderne. La renaissance du XIXe siècle, la "nahda", pendant laquelle on scolarisa les villages, créa les premiers journaux, développa les universités. La révolution nationaliste des années 1950-60, quand le social importait, l'islamisme régressait, les femmes se dévoilaient. La diffusion de la culture arabe aujourd'hui, que ce soit le cinéma égyptien, la world music, la stature internationale des écrivains, le développement d'une pensée laïque et de la jandara - les études sur la sexualité et le genre- dans les villes, ou le multi-confessionnalisme de la révolution libanaise. Tous ces événements témoignent, disait Samir Kassir, d'une "pensée universaliste", "ouverte sur l'Autre" se perpétuant dans le monde arabe, résistant à la "culture de la mort". Il a été tué par une charge explosive d'un demi kilo placé sous son siège de voiture. (paru dans Le Monde 2- Idée Forte)

    Samir Kassir. Considérations sur le malheur arabe. Actes Sud 2004.