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ENFANTS D'HOMOSEXUELS, ENFANTS INVISIBLES

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 (Claire Breton a 27 ans : "Je n'existe pas pour la société" . Photo Le Monde)

NEWS NEWS NEWS Après François Fillon, qui a déclaré être contre le mariage homosexuel dans l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2,  Nicolas Sarkozy a pris à son tour position contre dans un entretien accordé samedi 11 février au Figaro Magazine, où il défend ses "valeurs"."En ces temps troublés, a-t-il expliqué, où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu'il faille brouiller l'image de cette institution sociale essentielle qu'est le mariage". Il s'est aussi déclaré défavorable à l'homoparentalité. Cette prise de position très droitière traduit un net recul avec ses propositions de 2007, où il proposait un "contrat civil" qui n'a jamais vu le jour. Elle constitue un inquiétant déni de réalité. Des centaines de milliers d'homosexuels vivent maritalement en France ou sous le régime du PACS. Au moins 100000 enfants sont élévés par des couples homosexuels.

En éclairage, une enquête publiée pour Le Monde Magazine au printemps 2005, où des enfants élevés dans des familles homosexuelles témoignent.

BIBLIOGRAPHIE HOMO

8cc082679f28dd3266efa93b3277e0c1.jpg(Vanina, 19 ans, élevé par son père et son conjoint : "Je ne comprends même pas qu'on parle d'homosexualité". Photo Le Monde)


... Ils sont invisibles, les enfants des homosexuels. Ils ne devraient pas exister. Biologiquement. Légalement. Aucune loi française n'autorise une personne homosexuelle à se marier, à adopter, se faire inséminer. Les homosexuels sont interdits d'enfants. Et pourtant, les enfants sont là. Nombreux. Une estimation basée sur un sondage de l'institut BSP (01/1997), les estime à 100.000. Entre 88.000 et 440.000 élevés par des couples de femmes. Entre 56.000 et 280.000 par des couples d'hommes. Cela fait beaucoup de petits irréguliers. Aux États-Unis, on parle d'un gaybyboom - dans un "Que sais-je ?" (puf, 2005) consacré à l' homoparentalité, la sociologue du CNRS Martine Gross parle de 6 millions d'enfants élevés par des couples homosexuels américains. C'est le chiffre bas.Les enfants sont là, dans les crèches, à l'école, les facultés. Ils témoignent que les homos forment désormais des grandes familles. Que cela n'a pas seulement à voir avec la sexualité hétérosexuelle, de vouloir être parent, élever des enfants, fonder un foyer, transmettre, élever une descendance. C'est un rêve vieux comme l'humanité. Même chez les homosexuels.


"JE VEUX FAIRE MON COMING OUT"


Aujourd'hui majeurs, adultes, ces enfants invisibles commencent à témoigner. Dans des émissions, des livres, sur le net. Dans ces pages. Ils racontent leur vie, leurs souvenirs de famille. Voici Claire Breton. Elle a 27 ans, une allure réfléchie, des yeux clairs, un petit ami et trois parents. Elle a décidé de faire son coming out. "Je n'existe pas pour la société, dit-elle, alors je témoigne !". Elle vient de publier le récit émouvant J'ai deux mamans, c'est un secret (Ed. Leduc), son "Château de ma mère" à elle. Nous sommes à Paris, en 1981. Claire a 3 ans. Sa mère se sépare de son père. Commence pour sa fille un scénario classique d'aujourd'hui, une vie d'enfant de divorcés. La semaine, elle habite chez sa mère et une autre femme, sa "tante". Le week-end, elle voit son père. Quand elle a 7 ans, celui-ci, qui a beaucoup souffert de la rupture, commence à appeler sa mère de curieux noms d'oiseau. "Goudoue", "gouinasse"... Claire ne comprend pas. Elle en parle à sa mère. Qui nie tout. Sa "tata", oui, n'est pas exactement sa tante, mais c'est "tout comme". Elle dort avec elle, parce qu'il n' y pas d'autre chambre. La mère de Claire préfère garder le secret.
"Aujourd'hui je la comprends, raconte Claire. Elle-même avait beaucoup de mal à accepter son homosexualité. Elle craignait que je sois choquée. Il y a vingt ans, les lesbiennes était calomniées. Ce secret a pesé lourd." À 15 ans, Claire découvre une lettre de sa mère. Elle découvre la vérité. Elle est heurtée. "J’aurais eu besoin que ma mère me dise : ta tante et moi vivons une histoire d'amour. Une fois, j’ai essayé de lui en parler. Elle a pleuré, quitté la pièce. Je ne voulais pas discuter de sa sexualité, je voulais savoir si nous construisions une famille véritable. Si elle allait durer. J'imaginais alors l’homosexualité comme quelque chose de sale. Une maladie. J'en entendais parler à l'école, en mal. Ma mère m'avait mis dans une institution privée, très collet monté." Claire à l'époque sort avec un garçon. Elle se demande alors si, à 33 ans, comme sa mère, suite à une espèce de "fatalité familiale", elle ne va pas virer homosexuelle. Malade. Elle commence une longue réflexion, qui va la mener à faire des études de philosophie, voir un analyste, et rencontrer d'autres enfants dans sa situation. "En fait, j’ai fait le travail de tout adolescent qui veut se libérer d’un poids familial, et se pose la question de la sexualité. Aujourd'hui, je ne considère plus l'homosexualité comme malsaine. J'ai interrogé mon désir… Je préfère les garçons. J'ai cherché à rencontrer d'autres adolescents élevés dans des familles homosexuelles. Et j'ai été heureuse de découvrir des histoires beaucoup plus légères et heureuses que la mienne." De nouvelles familles...

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ESTIMATION BASSE, 100.000 ENFANTS

Claire rencontre Émilie, 23 ans, conçue par insémination artificielle en Belgique, élevée elle aussi par "deux mamans". Émilie lui raconte une enfance plutôt heureuse : "Quand ma mère, lui dit-elle, m'a révélée à quel point j'avais une histoire particulière, j'étais un cas à part, cette révélation m'a fascinée, et grandie." Martin, 18 ans, explique de son côté qu'il a eu du mal, les premiers mois, à accepter la nouvelle femme de sa mère, Mimi. Pourtant très vite, ils deviennent complices. Et Martin considère aujourd'hui Mimi comme sa belle mère, au même titre que "la seconde femme de son père". "Ça a été le début d'une vie de famille élargie" dit-il. Écoutant ces témoignages, Claire comprend combien le secret et la honte de sa mère l'a blessée. Elle se rend compte de la cruauté du conformisme, cette pression que les voisins, l'école exercent sur les couples homosexuels, les obligeant à une culture du secret. Elle voit que beaucoup vivent cachés, comme sa mère. Pourtant, explique-t-elle aujourd'hui, la vérité reste toujours bonne à dire à un enfant. Même si elle fait mal. Un enfant aime sentir la confiance de ses parents. Il a besoin de se construire une légende personnelle, même inhabituelle, un univers où il s'installe au milieu des autres. Claire Breton compare l'hostilité actuelle contre les enfants d'homosexuels à celle qui frappait les "enfants de divorcés" il y a quinze, vingt ans. À l'époque déjà, les politiques, les pages psychologie des magazines, les éditorialistes annonçaient la disparition de la famille, dernier foyer d'équilibre, ultime "ordre symbolique" à résister à la déliquescence des valeurs. Nous allions vers le malheur chronique, des enfances schizophréniques.
Dans les faits, les familles résistent, s'agrandissent, se recomposent; les enfants s'arrangent entre leurs plusieurs foyers, s'adaptent, s'inventent une nouvelle mythologie, comme le montre bien la psychanalyste Elizabeth Roudinesco dans son enquête "La famille en désordre" (Fayard, 2002). C'est l'amour qui fabrique les familles, pas la biologie. Quand le père de Claire Breton, aujourd'hui remarié, a lu son livre, il lui a dit : "C'est difficile de se regarder dans une glace quand on est mal rasé." Il regrette d'avoir attaqué sa mère, et ne pas avoir vu la détresse de sa fille.


COMME DANS LES FILMS D'ALMODOVAR

Dans toutes ces histoires d'homoparentalité flotte souvent le parfum d'une tragi-comédie à la Almodovar, où l'amour l'emporte sur toutes les réticences et les conformismes. Écoutez le récit de Thomas, 23 ans, jeune cadre en pharmacie. Quand son père quitte sa mère sur un coup de foudre, pour vivre avec Jean-Paul -avec qui il restera 18 ans- il a 1 an. Thomas reste avec sa mère. Elle l'élève. Mais il voit régulièrement son père. Celui-ci lui explique bientôt qu'il est tombé amoureux d'un homme, après l'avoir été de sa mère, et qu'il a désormais trois parents. Le petit Thomas accepte bien la nouvelle situation. "À l'époque, en 1982, beaucoup de gens disaient que si j'allais voir mon père, il allait me toucher, tout ça. C'est fou, le poids des mentalités ! Ma mère a très mal vécu d'être quittée pour un homme. Mais, elle n'a jamais condamné l'homosexualité de mon père. Elle ne m'a jamais parlé de pédophilie".
Il faut dire que le père de Thomas se comporte "comme une véritable mère juive". Il appelle son fils trois fois par jour. Il l'emmène au musée, au cinéma, lui offre des livres. Aujourd'hui qu'il a 23 ans, cela continue, et Thomas l'en remercie. Pourtant entre 10 et 12 ans, il a connu une période de crise. "Au début, c'était génial d'avoir une mère et deux papas. Mais à 10 ans, j'ai rejeté Jean-Paul, le compagnon de mon père. Il faut dire qu'à l'école, beaucoup tapaient sur les "pédés", qui n'étaient pas des hommes, etc. Un jour, je suis tombé sur une cassette porno gay chez mon père. J'ai trouvé ça sale, malsain. Plusieurs fois, le week-end, j'ai fait des remarques affreuses à mon père, genre "Laissez-moi, allez vous enfermer dans la chambre pour faire vos trucs"." Thomas pourtant affirme n'avoir jamais été "dégoûté" par son père. Il l'a toujours embrassé, bien accueilli. Et puis, à 14 ans, il change. Les homos commencent d'être acceptés par la société, se montrent à la télévision. Il découvre que les lycéens les plus virulents sont aussi les plus rétrogrades. Que d'être fils d'un couple homo est devenu "original", "hypermoderne". Il revient vers son père. Ils deviennent très copains. Voyagent à l'étranger. Bientôt, Thomas se sert même de sa situation de fils d'homo pour draguer les filles : "Beaucoup d'entre elles aiment avoir un copain homo, gentil, sensible, qui ne les embête pas. Je profitais de cette aura pour les approcher, sans les inquiéter."


LES PSYS S'INDIGNENT

Que répond Thomas à tous ces psys, ces experts qui prophétisent le malheur et la débâcle personnelle des enfants élevés loin du "triangle oedipien", livré aux femmes "sans autorité paternelle", en dehors de "l'ordre symbolique" traditionnel et de tout cadre biologique naturel ? Il s'amuse, comme Claire Breton, de "toutes ces théories décollées de la réalité". Quand, enfant, sa mère lui lançait "Thomas arrête ça, si je me lève, ça va chauffer !", il obéissait aussitôt. Sa mère lui en imposait. Et puis, dit-il, "je découvrais des figures paternelles, de figures d'hommes, ailleurs. Des cousins, un instituteur… J'étais très fan d'un oncle qui avait une moto. Au lycée, j'avais des copains plus âgés. À 18 ans, j'ai quitté ma mère pour vivre avec une fille de 20 ans. C'était elle l'autorité ! Autour de moi, mes copains vivent avec des filles qui savent se faire respecter. Aujourd'hui, le nouveau mec de mon père à deux enfants. Il a de l'autorité, pourtant il est homo. Quant à mon père, je ne crains pas son autorité, je crains de le décevoir, c'est plus intéressant."
Une des rengaines de la critique des familles homoparentales, elles vont former - formater - des enfants homosexuels. Comme si ces parents avaient des visées sournoises, ou maladives, sur les enfants qu'ils élèvent. Toutes les études réalisées à ce jour -des centaines, menées en Europe comme aux Etats-Unis- démentent ce préjugé. Elles révèlent que 92 % des enfants d'homosexuels sont hétérosexuels - la moyenne naitonale classique.Ils ne souffrent pas plus qu'ailleurs de trouble d'identité, ou d'un déséquilibre psychique, ou d'une sexualité difficile. Ils ne croient pas qu'ils sont nés d'une fellation, et ne perdent pas tout repère. Thomas a-t-il jamais été tenté de sortir avec un homme ? Pas à ce jour. Mais il ajoute : "Je tenterai l'expérience un jour. Seulement je ne suis jamais tombé amoureux d'un mec." Pourquoi faire cette expérience ? Ce n'est pas une histoire de curiosité sexuelle -aucune pratique amoureuse n'est la spécialité d'un genre, ou d'un milieu. Mais deux questions travaillent le jeune Thomas : la longévité des couples et la liberté amoureuse. "Je ne vois pas tous les homos qui adorent draguer, flamber et descendre dans les back-rooms élever des enfants. Ils n'auraient pas le temps. Ils ont choisi une vie de plaisirs, sans responsabilité familiale. Mais les autres, les homos qui fondent une famille, m'interrogent. D'un côté, ils se montrent très câlins, tendres, fidèles en amour. Ils forment des couples qui durent, quinze ans, vingt ans. En même temps, beaucoup continuent d'avoir des liaisons passagères, sans que cela détruise leur amour. Je vois mon père, il a vécu dix-huit ans avec Jean-Paul, pourtant il a eu plein d'histoires sans lendemain. Quand un homo a envie d'une aventure rapide, il lui suffit d'aller faire un tour dans certains bars, il trouvera quelqu'un le soir même. Impossible de faire la même chose en milieu hétéro. Sans compter les crises de jalousie. À se demander si la tolérance sexuelle, cette façon d'être fidèle en amour et infidèle en plaisir, n'est pas le gage de relations qui durent ? Cela fait réfléchir…"


LA FRANCE EN RETARD SUR L'EUROPE

Un des mots d'ordre récurrents de la Gay Pride française - désormais appelée "la Marche des Fiertés", 500.000 personnes à chaque fois - est : "Couple et parentalité. L'égalité maintenant !" Les nouvelles familles veulent faire changer les lois françaises concernant la filiation, l'autorité parentale, l'adoption, l'aide à la procréation, toutes hostiles aux parents homosexuels. Ces lois, assouplies en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suède, mènent chez nous à d'innombrables situations absurdes, défavorisent les enfants. Voyez l'histoire de Myriam Blanc, qui vient d'écrire un récit cinglant "Et elles eurent beaucoup d'enfants" (Le bec en l'air). Elle, et sa femme Astrid, ont chacune porté ce qu'elles appellent un "enfant Thalis" -conçu à Bruxelles, par insémination artificielle avec donneur anonyme. Aujourd'hui, Myriam, 26 ans, et Astrid, 25 ans, élèvent ensemble Assia, 4 ans, et Augustine, 5 ans. Ce sont leurs "filles de cœur", "leurs enfants d'amour", faute d'être leurs bébés biologiques. Mais pour la loi française, ce sont les filles de deux mères célibataires, et cela ne va pas sans complication. Comment par exemple faire des papiers officiels à leur "non-fille", ou agir en situation d'urgence -inscription à l'hôpital, passeport, etc ?- quand l'une s'absente ? Myriam Blanc proteste : "Ça n'a l'air de rien un nom, ça n'a l'air de rien de ne pas pouvoir remplir une feuille de Sécu pour son enfant, ni lui faire établir un passeport. On essaie de se dire que l'important, c'est le cœur. Mais le jour où la loi platement appliquée vous rattrape ? Imaginons… Et si je viens à mourir, qui aura la garde d'Augustine ?"
Prenez maintenant Claire Altman, cadre de la fonction publique. Dans "Deux femmes et un couffin" (Ramsay), elle dévoile le parcours de combattant que fut pour elle, et sa compagne Sophie, l'adoption de leurs deux enfants. L'impossibilité à avouer leur amour devant les officiels. Les discours stéréotypés des experts ( des "mots valises", de "slogans", du "prêt-à-penser"). L'hostilité de sa famille ( "Oh, vous pouvez bien adopter toute une tribu ! On s'en fiche royalement !" lui dit son père). En même temps, Claire Altman interroge avec émotion, sincérité, son désir d'enfant. "J'ai craint par moments que le désir d'être parent participe d'une quête de normalité et conduise à une instrumentalisation de l'enfant. Peut-être est-ce vrai en partie tant que l'enfant n'est pas là. Sur ce désir se focalise une telle soif d'être. Mais n'est-ce pas la même chose chez les hétérosexuels ?" Aujourd'hui que ses filles jouent dans ses jupes, parlent volontiers de "leur famille", Claire ne doute plus. Surtout, après tous ces épreuves, elle a compris que les enfants des homosexuels sont des enfants de l'amour fou. "Il y aura eu, quoiqu'il en soi beaucoup d'amour, et s'il ne suffit pas à venir à bout de toutes les barrières humaines et sociales, à apaiser tous les maux et faire disparaître toutes les cicatrices, il est un puissant levier pour transcender les histoires personnelles et faire d'une "drôle de famille" en apparence, une famille somme toute assez ordinaire."


VANINA, LYCÉENNE, 19 ANS, TÉMOIGNE

C'est pour lever les obstacles que la "Marche des Fiertés" se mobilise chaque année pour la reconnaissance du mariage homosexuel. Aujourd'hui en France, des politiciens de gauche connus -Jean Pierre Chevènement, Elizabeth Guigou, Lionel Jospin-, comme de droite -François Bayrou, Jacques Chirac, Alain Madelin, François Mattei, Renaud Muselier-, des philosophes féministes en vue (Irène Théry, Sylviane Agacinski, ), beaucoup de psychanalystes -le philosophe Didier Eribon parle d'"une véritable horreur de l'homoparentalité chez les psychanalystes"-, défendent l'idée que seuls des couples traditionnels doivent être autorisées à se marier et élever des enfants. Tous discutent à n'en plus finir du drame des futurs enfants d'homosexuels et de dangers encourus par la famille. Mais ils ne voient pas que la vie a passé. Les enfants sont déjà là. Des dizaines de milliers. Une fois n'est pas coutume, la société a évolué plus vite que ses représentants.
Pour s'en convaincre, écoutons Vanina, 19 ans. Elle vient de passer ses épreuves de philosophie au baccalauréat. Vanina a été élevée par son père depuis qu'elle a un an. C'est simple, elle ne comprend pas les termes de la polémique actuelle, ni aucune des raisons qui motivent la législation française, qu'elle juge homophobe. "Je ne comprends même pas qu'on parle d'homosexualité. Pourquoi insister sur la vie sexuelle des gens ? Pourquoi s'y arrêter, la juger, la condamner ? La sexualité ne résume pas un individu. C'est une affaire privée, elle ne regarde personne. Etre parent a-t-il à voir avec la sexualité ? L'homosexualité a toujours existé. Le désir d'élever des enfants aussi. Alors pourquoi s'étonne-t-on qu'il existe des enfants d'homosexuels ? On parle de nous comme des bêtes de foire." Elle continue, véhémente : "Certaines personnes sont homosexuelles un temps, puis elles changent, ou l'inverse, ou en même temps. Comment va-t-on les classifier ? On présente nos parents comme des pervers, des gens glauques, qui passent leur vie à faire des choses pas propres. Mais quand va-t-on raconter nos histoires d'amour avec nos parents, notre vie de tous les jours. J'aime la vie que je mène avec mon père. Je trouve les homos drôles, cool, amusants, souvent bien moins coincés que beaucoup de parents hétéros. Mes copains adorent venir chez moi pour dîner, discuter avec mon père. En même temps, bien sûr, il n'y a pas de famille parfaite, pas de couple parfait. Se polariser sur la sexualité est une connerie. Je n'hésite pas à le dire. Mépriser les homos, s'arrêter à leur sexualité, nous condamner alors que nous sommes là, est une connerie. Quand je m'intéresse à un garçon, je lui parle toujours de mon père. C'est un test. S'il régit mal, je n'ai plus rien à faire avec lui. Il ne faut pas se laisser faire." Elle se souvient : " À l'école, j'avais 9 ans, des élèves ont commencé de se moquer de moi à cause de mon père. Je suis partie pour pleurer. Une fille m'a poursuivie pour se moquer de moi. Je l'ai giflée. Ensuite, les autres sont venues s'excuser. Je ne demande pas à être reconnue comme fille d'homo, je demande à ce qu'on arrête de croire que la sexualité fait la personne. C'est l'amour qui nous fait."

Ce que certains appellent le droit à l'indifférence.

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