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  • HENRI ATLAN. LA GROSSESSE ARTIFICIELLE DEVIENT POSSIBLE...

    NEWS NEWS NEWS. PUBLICATION D'UN ESSAI DE HENRI ATLAN, BIOLOGISTE, LONGTEMPS MEMBRE DU COMITÉ NATIONAL D'ÉTHIQUE, TRAITANT DE LA POSSIBILITÉ DE LA GROSSESSE ARTIFICIELLE : " U.A, UTÉRUS ARTIFICIEL" (SEUIL). CETTE MEDITATION FUTURISTE - PROCHE - NOUS OBLIGE À REFLECHIR SUR LA DEFINITION DE L'HUMAIN, SUR SON ÉVOLUTION, ALORS QUE LE GÉNIE GÉNÉTIQUE BOULEVERSE TOUTE LA CONCEPTION NATURALISTE DE LA PROCRÉATION ET DE L'HUMANITÉ - UNE RÉFLEXION COMMENCÉE DEPUIS FORT LONGTEMPS SELON HENRI ATLAN. RENCONTRE (Article paru dans Le Monde 2)

    BIBLIOGRAPHIE HENRI ATLAN


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    Il est tordu sur un petit carnet, où il achève une page noircie d'une écriture serrée. Il lève le visage vers vous, il a le regard flottant, immense. Il a été interrompu.
    "Je notais quelques idées sur... comment vous dire ?... sur comment un robot pourrait agir de façon libre, vraiment indépendante. J'ai une piste curieuse. Heu bonjour…"
    Une voix gaie, le sourire tellement juvénile, lui, Henri Atlan, 70 ans, il n'arrête donc jamais. Il nous a déjà tellement appris, secoué, Henri Atlan l'esprit fertile, le médecin qui réfléchit à la disparition de la grossesse et l'accouchement dans son dernier ouvrage au titre de S.F, "U.A, utérus artificiel", le biophysicien passionné par l'éthique et la philosophie de Spinoza, le chercheur féru de la Kabbale, le matérialiste qui défend la dimension sacrée de l'être humain, l'esprit rationnel qui compte sur les mythes et les écrivains pour penser plus amplement. Il commande un café crème, un visage de chamane ou de vieux sage au cinéma.
    "-Les mythes nous aident à prendre de la distance. Ils nous montrent que nous réfléchissons à notre procréation, depuis au moins Dédale, vous savez l'inventeur de la technique qui a permis à Pasiphaé de faire l'amour avec un taureau. En résulte un enfant monstrueux, le Minotaure. C'est déjà l'histoire de la séparation de la sexualité et de la procréation, et des risques associés aux biotechnologies.

    Mythe et réalité… En 1982 naît Amandine, le premier enfant conçu par insémination in vitro. En 1983, Henri Atlan fait partie du premier Comité National d'Ethique, (avec les biologistes Axel Kahn et Jean-Pierre Changeux, l'anthropologue Françoise Héritier, le sociologue Dominique Wolton). Il devient urgent de débattre des conséquences de la maîtrise de la procréation par les techniques biologiques. Jusqu'où voulons-nous favoriser le désir d'enfant, faut-il satisfaire à "l'acharnement procréatif" de certaines mères ? Jusqu'où les biotechnologies vont-elles assouvir les désirs des humains de modifier le corps des femmes, ou celui de leurs enfants, sans risquer de les esclavagiser ? Que penser de l'insémination artificielle des mères porteuses ? Jusqu'où ira-t-on à fabriquer des couveuses ? Henri Atlan demeurera au Comité d'éthique jusqu'à l'an 2000. Il y déploiera un immense travail d'explication et de réflexion. Selon lui, il est dangereux d'attendre le bonheur de la maîtrise biotechonologique. Dangereux d'abandonner la réflexion publique, morale et politique sur les effets sociaux des découvertes. Toutes les nouvelles techniques de transformation du corps, hier la pilule, demain l'utérus artificiel -l'ectogenèse du Meilleur des Mondes- ou celles du clonage, soulèvent des problèmes moraux nouveaux. Majeurs. Ils concernent l'espèce humaine elle même. Jusqu'où voulons-nous la transformer ? Quels sont les risques ? S'opposer au clonage, n'est-ce pas comme interdire l'inceste, une loi de protection de la diversité humaine, retrouvée dans toutes les mythologies ? Quel bonheur cherchons-nous ? Irons-nous jusqu'à réaliser le mythe de Narcisse, aimant son clone à en mourir ? Toutes ces questions ne sauraient être résolues par les scientifiques, mais à travers de grands débats publics, éthiques.
    Henri Atlan fut un des précurseurs de la révolution scientifique et philosophique de ce que l'histoire des sciences appelle désormais de l'expression un peu fourre-tout : les "théories de la complexité". Difficile de résumer en quelques lignes… Disons que le temps irréversible, les effets d'engrenage, le désordre, l'aléatoire font leur entrée dans la réalité scientifique. Le monde mécaniste et horloger de la science classique se complique terriblement, en se découvrant plus instable, plus "chaotique" que prévu. Le climat, par exemple, oblige à modéliser une physique des turbulences. La biochimie découvre que le retour à l'équilibre d'une solution, passe par des moments de désordre intense de particules. L'économie se casse la tête avec les fluctuations du marché, etc.

    Henri Atlan, lui, fait entrer les théories de l'information et les lois de la cybernétique dans la biologie moléculaire. Ce faisant, il contribue à rendre encore un peu plus inquiétante, ou incompréhensible pour le profane, la conception scientifique de la nature et de la "vie". Henri Atlan le sait. Il a écrit "Entre le cristal et la fumée" pour expliquer au public quelques modèles qui régissent la matière, depuis les concrétions d'un volcan jusqu'aux volutes d'un feu. Dans "Tout, non, peut être", il combat toute réduction de l'humain, sa morale, sa liberté, au biologique, au génétique.

    " - Si nous arrivions un jour à expliquer l'ensemble de nos comportements, nos désirs, et même nos choix libres, ce ne sera en aucun cas la fin de la quête d'une vie heureuse, ni de la responsabilité. En le quittant, après cet entretien sur l'enfantement sans mère porteuse, sans accouchement, comment ne pas lui poser la question: doit-on transformer l'espèce humaine ? N'est-elle pas inaliénable, comme le défend aujourd'hui le philosophe allemand Habermas ? N'allons-nous pas instrumentaliser les corps des humains, à force d'en modifier la nature ? L'essence de l'homme, comme celle de toute créature vivante, de toute espèce évolue. Notre essence se modifie au fur et à mesure de notre histoire. C'est une idée qui est déjà chez Spinoza, pour qui Dieu est la nature, Dieu se transforme..."

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