dimanche, 28 juin 2009

JE TE SALUE, VIEIL OCEAN

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NEWS NEWS NEWS  C'EST L'ETE, IRRESISTIBLEMENT LES HOMMES ACCOURENT VERS LES MERS ET LES OCEANS, "LE GRAND BLEU COLLé A LA SURFACE DE LA TERRE" (LAUTREAMONT), POUR S'Y BAIGNER ET S'Y RAFRAICHIR, RÊVER FACE A LA HOULE, PLONGER DANS SES EAUX ELASTIQUES, EXPLORER SES FONDS EXTRAORDINAIRES, SURFER SUR SES ROULEAUX ECUMANTS, REGARDER UN SOLEIL MYSTIQUE S'Y NOYER.

"ELLE EST RETROUVEE, QUOI ? L'ETERNITE... ECRIVAIT RIMBAUD. C'EST LA MER ALLEE AVEC LE SOLEIL." L'ETERNITE ? EN VERITE LES OCEANS, LES MERS SONT MENACEES COMME JAMAIS, LEURS EAUX PROFONDES COMMES LES CREATURES QUI Y VIVENT. UN SUJET A MEDITER CET ETE, ASSIS SUR UN ROCHER ESCARPE OU ALLONGE NU SUR UNE PLAGE. A MEDITER EN CONNAISSANCE DE CAUSE. En novembre 2006, quatorze chercheurs internationaux réputés, des biologistes marins, des océanographes, des économistes, ont publié dans la très sérieuse revue "Science" les résultats de quatre années d’enquête sur la situation de la biodiversité marine autour du monde. C'est à ce jour le plus grand bulletin de santé des mers et des océans jamais entrepris. Ses résultats sonnent l'alarme, et le tocsin : zones côtières chaques jours plus polluées, envahies par les méduses, écosystèmes marins en danger partout, destruction massive des récifs et des mangroves (les nurseries  des poissons), menaces sur de nombreuses espèces comestibles, risques de disparition de la totalité des grandes espèces d'ici 2050 si aucune mesure n'est prise pour limiter la péche industrielle et décréter des sanctuaires marins.

Un jour, nous léverons-nous pour écrire : "Ce matin, ma mer est morte" ? Voici un long entretien avec Boris Worm, biologiste marin, un des initiateurs de l'enquête publiée dans Science. Un homme encore sous le choc de ses découvertes (publié dans le Monde 2, 10/02/07)

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Boris Worm à Halifax (Canada)

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"JE TE SALUE VIEIL OCEAN"

par Lautréamont

"Vieil océan,ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit. Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère? Remue-toi avec impétuosité… plus… plus encore, si tu veux que je te compare à la vengeance de Dieu ; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein… c’est bien. Déroule tes vagues épouvantables, océan hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prosterné à tes genoux. La majesté de l’homme est empruntée; il ne m’imposera point: toi, oui. Oh! quand tu t’avances, la crête haute et terrible, entouré de tes replis tortueux comme d’une cour, magnétiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accablé d’un remords intense que je ne puis pas découvrir, ce sourd mugissement perpétuel que les hommes redoutent tant, même quand ils te contemplent, en sûreté, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu’il ne m’appartient pas, le droit insigne de me dire ton égal"

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dimanche, 21 juin 2009

IRAN : M. AHMADINEJAD DANS LE TEXTE

(Manifestation samedi  20 juin à Téhéran. Les observateurs font état de 10 morts et de centaines de blessés parmi les opposants)

NEWS NEWS NEWS. IRAN. ALORS QUE LES DIRIGEANTS ISLAMISTES ULTRA-CONSERVATEURS, SUITE AUX TRUCAGE MASSIF ET PROUVé DES ELECTIONS, ONT COMMENCE DE REPRIMER DANS LE SANG LES OPPOSANTS IRANIENS, TIRANT SUR LA FOULE, ARRÊTANT LES DIRIGEANTS REFORMATEURS, IL NE FAUT OUBLIER L'INQUIETANT PASSE DU PRESIDENT AHMADINEJAD ET SES DECLARATIONS CONTRE LA DEMOCRATIE LORS DE SA PREMIERE ELECTION EN JUIN 2006.

Le 25 juin 2006, le jour de sa première élection - déjà truquée ? - le président de la République Islamiste, M. Ahmadinejad, ancien lecteur à l'université des sciences et techiques de Tehéran, section traffic urbain, a voulu rassurer l’opinion internationale alertée par la violence de ses propos de campagne - sans compter les constantes intimidations physiques des opposants par ses partisans. À la télévision, il s’est voulu apaisant, sans  pourtant cesser d'être inquiétant : " Notre gouvernement sera, si Dieu le veut, celui de la gentillesse, du travail et de l'effort ", " C'est le gouvernement de la paix, de la justice et de la spiritualité ". Il n’a pas redit, comme pendant sa campagne électorale, qu’il allait "être le balayeur des rues de la nation iranienne ", que les Iraniens "n’avaient pas fait la révolution pour avoir la démocratie". Il n’a pas répété sa promesse d’"éradiquer la corruption " au Ministère du Pétrole, et de "couper les mains de la mafia de l’argent et des clans familiaux". Devant la presse mondiale, souriant, il a affirmé qu’en règle générale, "la politique du régime est une politique de détente" (...) et "qu’elle va continuer". Il n’a pas tempêté, comme un mois auparavant : "Dans notre politique culturelle (…) des réseaux organisés propagent la décadence".

Il n’a pas parlé d’appliquer à l'ensemble du pays ses projets pour la mairie de Téhéran (où il a été élu avec 18% des voix). Port de la barbe et manche longues pour les employés municipaux. Fermeture des fast foods étrangers. Enterrement du corps d’un "martyr" de la guerre Iran-Irak sur plusieurs places de Téhéran. Islamisation des centres culturels. Retrait d’une affiche publicitaire représentant le footballer David Beckam. Déclaration de guerre à la liberté vestimentaire féminine. Répondant aux milieux d’affaires inquiets après son élection, il s'est dit "favorable aux investissements et aux privatisations, créateurs d'emplois". Il a même défendu la Bourse, "endroit transparent pour les échanges". Pourtant c'est bien lui qui voulait la fermer le mois dernier, la comparant à "un casino" voué "aux jeux d’argent", et comme telle "haram" (proscrit par l’Islam). Sur la question ultrasensible du nucléaire militaire, M. Ahmadinejad a dit vouloir développer une "technologie nucléaire pacifique". Sur son site web de campagne "Mardomyar", L’ami du peuple, le futur président défend le " droit " au "programme nucléaire iranien". Sans préciser. "Ils ne nous laisseront pas progresser facilement, mais nous ne nous soumettrons pas à leur volonté" lit-on.

(Video très dure, diffusée depuis l'Iran par le mouvement "Why we protest", montrant la mort samedi 20 juin d'une jeune manifestante tuée par un sniper  des forces de l'ordre, Neda, devenue une icône et le martyr des opposants au régime)

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M. Ahmadinejad vu par les blogs en 2006
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D’après plusieurs estimations, 65.000 blogs existent en Iran, la plupart en perse, et mobilisent la jeunesse aisée. Plusieurs centaines sont rédigés en anglais, par souci d’alerter l’opinion mondiale. Les blogueurs sont réguliérement arrêtés, battus et rançonnés. Déjà en 2006, les blogs apportaient des témoignages partiels, de parti pris, mais passionnants sur l’élection iranienne. Ainsi sur Hoder.com, un étudiant vivant entre Toronto et Téhéran, explique ce qui l’attend : " L’officier amical qui m’interrogeait hier sur mon " blog controversé ", risque d’être remplacé par un type ignorant, ne sachant rien d’Internet. Il m’arrêtera, me battra, me gardera une semaine et me forcera à écrire des confessions contre mes amis, ma famille et moi-même ". Ce même étudiant refuse l’analyse selon laquelle les Iraniens se moquent des " libertés publiques". Selon lui, le vote s’explique par "l’inégalité sociale" et l’"échec économique" de l’ancien gouvernement dirigé par Khatami, mais surtout par le contrôle des Islamistes sur la télévision et les radios.  Il lance cet appel : "Les réformateurs doivent investir dans une chaîne satellite. "

Sur son blog, la journaliste Nedâ Dehghân, inquiète, cite Robespierre : " Nous disparaîtrons, car dans l’Histoire nous avons manqué l’instant opportun pour créer la liberté. " Elle parle de "fracture économique" en Iran, critique les réformateurs qui ignorent " ce qu’il y a dans l’assiette des gens ", et rappelle, citant Hannah Arendt, que si la pauvreté fait souffrir, " la misère pousse à des actes irréfléchis et indignes ". Un autre étudiant écrit, désespéré : " Mesdames et messieurs les abstentionnistes, en raison de la bêtise de la nation martyrophile de l’Iran Islmamique, nous décrétons un deuil public de 4 ans ". De son côté, le blog Iranian Truth explique qu’Ahmadinejad est le "Bush iranien". Les deux hommes, affirme-t-il, défendent les mêmes valeurs : promotion politique des valeurs religieuses, la sécurité nationale passe avant les Droits de l’Homme, une base sociale populaire et conservatrice. Selon Iranian Truth, le passé militariste du président Ahmadinejad  en fait l'homme du "nucléaire militaire" iranien.


Blogs iraniens : www.blogsbyiranians.com - www.hoder.com/weblog- iraniantruth.blogspot.com

mercredi, 17 juin 2009

LE LIPDUB D'EUROPE ECOLOGIE. LA POLITIQUE DANS LA BONNE AMBIANCE


NEWS NEW NEWS Le "Lipdub" est un mélange de "dub" et de "play-back", tourné en vidéo par une équipe d'employés, de copains, ou de militants qui reprennent en choeur un morceau qui les représentent, en s'autorisant tous les délires. Généralement tourné dans un esprit bon enfant, une bonne ambiance, ou un état d'esprit moqueur, le lipdub entend exprimer la créativité et l'esprit d'équipe d'une bande - que ce soit au travail, en milieu artistique ou associatif. Venu du monde anglo-saxon, il vise à développer un buzz, ou une promotion gratuite, en s'appuyant sur l'engouement actuel de la vidéo sur internet.
Les militants d'Europe Ecologie ont fabriqué leur lipdub à partir de la chanson acide et très politique, "La crise", à la ritournelle irrésisitible, du groupe nîmois "L'homme parle", devenu depuis l'hymne de la campagne des Verts. Le resultat est une vidéo réjouissante, des centaines de militants aux quatre coins du pays ont participé, des gens très différents et fantaisistes, mais aussi Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit, tous dans une atmosphère de fête et de camaraderie. Certainemement une nouvelle manière de communiquer en politique, en s'appuyant sur la base militante et associative, s'ouvre là.

mercredi, 10 juin 2009

LE "HOBBIT" VIEUX DE 90 000 ANS DECOUVERT DANS L'ÎLE DE FLORES, INDONESIE, EST-IL LE TROISIEME HOMME : HOMO FLORESIENSIS ?

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(Reconstitution faciale de l'homme de Flores, National Geographic)

NEW NEWS NEWS Début février 2009, une nouvelle étude américaine en 3 D du crâne du petit hominidé d’un mètre de haut découvert en 2003 dans l'île de Flores, Indonésie, conforte la thèse  d’une espèce différente d’Homo sapiens : Homo floresiensis. Ce « hobbit », comme l'a surnommé l'équipe australienne de fouille, qui a vécu de 90 000 à 12 000 ans fut donc notre contemporain. Ce serait le troisième homme. Voici l’histoire de sa découverte – et des innombrables querelles qu’il a suscitées chez les préhistoriens.

Avec ses éléphants nains et ses varans géants, l’île de Flores – « l’île aux fleurs » des navigateurs portugais – offrait déjà à rêver, avant que l’on parle du « hobbit », l’extraordinaire petit homme découvert dans ses grottes. Latitudes 8°4 et 8°58, Flores s’étire sur 360 kilomètres au nord-ouest de l’Australie, loin au sud oriental de l’Indonésie, à la lisière du grand écrasement géologique provoqué par la rencontre de la plaque continentale australienne et l’eurasienne. D’où ses 13 volcans fonctionnels, et ses tremblements de terre - dernier en date, 1997. Achevant le dispositif de la Sonde avec les îles de Sumatra, Java, Bali, Lombok et Sumbawa, Flores abrite une vaste réserve naturelle où les voyageurs tremblent devant les derniers « dragons de Komodo », le Varanus komodoensis, monstrueux lézard de 2 à 3 mètres de long, 70 kilos, présent sur plusieurs îles de l’archipel. Charognard, ce varan très rapide à la course chasse les oiseaux et les petits mammifères, et autrefois les petits enfants des villages - ces dragons cruels peuplent les légendes indonésiennes. Grand classique des cas de gigantisme insulaire, ce Varanidae carnivore a grandi tandis que les herbivores de l’île réduisaient. En effet, selon la règle de Bergmann, une taille plus grande offre bien des avantages à ces reptiles en l’absence d’autre grand prédateur. Aussi le varan, privé de toute contrainte locale, a pu s’épanouir au fil des millénaires, jusqu’à dominer son écosystème. Certains rats, comme le Papagomys, ont beaucoup grossi aussi, jusqu’à atteindre un bon demi mètre. Pendant ce temps, les herbivores et en particulier les Stegodon (un groupe frère des éléphants) rapetissaient, comme les éléphants l’ont fait en Sicile – où leur crâne a sans doute nourri les légendes sur les Cyclopes. Pas besoin d’être énorme quand les grands fauves font défaut : d’où le Stegodon nain de Flores, 1,65 mètre au garrot, dont on a retrouvé d’incroyables ossements.

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C’est dans cette île digne du film King Kong qu’en septembre 2003 une équipe internationale de préhistoriens trouve dans la grotte de Liang Bua plusieurs éléments de 7 squelettes incomplets d’homininés, dont un bizarre petit crâne de 380 cm3, tous semblant appartenir à des petits homininés de… un mètre de haut. Sept curieux nains plutôt Homo au vu de leurs petites canines et la forme du crâne, mais minuscules, et à petite tête. Le plus vieil ossement remonte à 90 000 ans, le plus grand nombre à 18 000. Ces nains, ou ces lilliputiens, auraient été anéantis pendant l’explosion volcanique de 12 000, qui a fait disparaître plusieurs espèces animales de l’île. Mais rien n’est avéré.

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lundi, 08 juin 2009

" NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES..." RENCONTRE AVEC PAUL WATZLAWICK, FIGURE DE "L'ECOLE DE PALO ALTO", FONDEE IL Y A 50 ANS AU "MENTAL RESEARCH INSTITUTE", CALIFORNIE

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(Portrait psychédélique de Paul Watzlavick)

NEWS NEWS NEWS Cet été, le "Mental Research Insitute" de Palo Alto fêtera ses 50 ans d'existence, et avec lui un des courants d'idées majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, qui a renouvelé aussi bien la psychologie sociale, la psychotérapie (avec la thérapie familiale), la théorie générale des systèmes, la microsociologie et les théories de la communication : la célèbre "école de Palo Alto" - aussi appelée, dans sa conception élargie à toute la communication sociale : "le collège invisible" -  et sa constellation travaux originaux, études éclectiques, découvertes renversantes, chercheurs connus et moins connus tels Gregory Bateson, Jay Haley, Don Jackson, John Weakland,  Margaret Mead, Paul Watzlavick mais aussi Ervin Goffman, Edward T. Hall, Ray Birdwhistel (l'inventeur de la kinésique), Francisco Varela (un des fondateurs des approches cognitives) et d'autres.

Pour mieux comprendre les apports décisifs de cette école, longtemps méconnue en France, qui a initié la thérapie familiale, réhabilité l'hypnose,  décrypté les communications pathologiques (la théorie de la "double contrainte" ou "double bind"), enrichi la sociologie culturelle, développé la systèmique et la philosophie dite "constructiviste", voici un portrait d'une des figures de "Palo Alto", PAUL WATZLAWICK, disparu en 2007, l'auteur du célébre "Comment faire son propre malheur" que j'avais rencontré au Mental Resarch Institute au printemps 1988 pour le magazine Actuel.

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NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES

Vous connaissez les "allumeuses", ce genre de femme, ou d'adolescente, qui vous vampe, vous laisse entendre qu'elle résiste à grand peine à votre charme, suggère une complicité érotique à peine vous l'abordez ... et s’empresse d’appeler les pompiers dès que vous répondez à ses avances. L'allumeuse. À la fois créature affolante et vraie mijaurée. Ces paradoxes en minijupe ont un gros problème avec les hommes. Elles pensent qu'ils ne viendront vers elles que si elles font mine de s'offrir toute entière, tout de suite. Ou alors trop timides, ou trop creuses pour provoquer une discussion intéressante, une rencontre pétillante, elles se rabattent sur la provocation sexuelle. Elles s'empressent  donc d'émoustiller ces gros balourds pulsionnels que seraient les hommes pour les attirer, et, vite, cherchent à profiter de leur compagnie avant qu’ils ne leur sautent dessus. Evidemment, cette tragédie enflammée échoue toujours. Car les garçons aimantés par tant d'appels de phare se montrent fort pressés de conclure ce qui semble si precipitamment commencé. Alors la belle, affolée, refuse. Dépité, le mec s’énerve. S’agace. Ne comprend pas. S’écrie " Allumeuse ! " Quant à elle, elle désespère un peu plus des hommes.

Voici un cas amusant où la recherche de la solution – vaincre sa timidité et sa peur des garçons par l’allumage outré - crée le problème : les garçons s’excitent puis s’en vont, et on retourne à la case départ. Le problème, de l'allumeuse, c’est sa solution. Si elle n’allumait pas, si elle se contentait, par exemple, de rougir, de bégayer, d'accepter sa timidité, ou d’attendre le moment propice, ou toute autre stratégie moins érotisée - je me souviens de cette timide qui faisait mine de se tordre la cheville, et qui s'étonnait toujours del'empressement des hommes à la sécourir - ses relations avec l'autre sexe en seraient sans doute facilitées. Les situations où nos mauvaises solutions créent nos problèmes, ou encore où les problèmes viennent de nos solutions, sont légion. Voilà le type de paradoxe de communication  ou de comportement que Paul Watzlawick se régale à décoder, et avec lui le courant théorique appellé “l’Ecole de Palo Alto” : les grands analystes des points aveugles, des paradoxes et des codes secrets de l’interaction amoureuse et sociale.

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lundi, 01 juin 2009

L'ESSAYISTE AMERICAIN, JEREMY RIFKIN : "J'AI FAIT UN RÊVE, L'EUROPE"

NEWS NEWS NEWS. Alors que l'Europe vote pour renouveler son parlement et que l'absention risque d'atteindre des sommets - en France  les sondages l'annoncent à 60%  - il fait bon lire l'essai pro-européen de l'économiste écologiste américain Jeremy Rifkin : "Le rêve européen. Comment l'Europe se substitue peu à peu à l'Amérique dans notre imaginaire."
Depuis 15 ans, Jeremy Rifkin dérange, et soulève un vigoureux débat mondial à chaque fois qu'il publie un essai. Cet économiste et écologiste américain basé à Washington, président de la Foundation of Economics Trends chargée d'évaluer les nouvelles tendances économiques associées aux évolutions technologiques, longtemps conseiller du président Clinton puis, à titre personnel, de l'ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, possède un don pour repérer des enjeux de société colossaux dans des domaines sous-estimés. Prenez son livre-enquête de 1993 "Beyond Beef", (Au-delà du bœuf) (The rise and fall of the cattle culture, Plume, New York, 1993). Il a fait sourire d'abord. Et puis les chiffres massifs sur l'obésité sont tombés. Dans "Beyond beef," Rifkin parlait de la boulimie américaine de viande, des 6,7 milliards de hamburgers aux graisses saturées mangés chaque année, du surpoids des adolescents et des maladies de la malnutrition - et, au delà, des 1,28 milliard de bœufs, vaches, veaux, moutons vivant en permanence sur la terre, occupant 20% des terres cultivées, dévorant un tiers des céréales mondiales, contribuant à l'appauvrissement du Tiers Monde en attendant l'abattoir.

Voyez son autre essai "La fin du travail" (La découverte,1995), un titre qui pourrait énerver, en ces temps de chômage. Rifkin y poursuit la réflexion ouverte par le grand économiste Georges Friedmann sur "le travail en miettes", et montre comment la révolution technologique a mis fin à l'emploi stable et protégé pour tous, comme au rêve d'une société sans chômeurs. Qu'il faut donc s'adapter. Innover. Trouver des solutions de société. Les 35 heures, la semaine de quatre jours, associés à des travaux d'intérêt général, un renforcement des réseaux d'entraide sociale, promouvoir des associations de bénévoles comme dans la tradition américaine, etc. Partout ces idées ont été discutées, certaines ont été reprises par la gauche européenne.
Prenez maintenant "Le siècle biotech" (La découverte, 1997), enquête fouillée sur les avancées extraordinaires permises par les biotechnologies -thérapie génique, élimination de la souffrance, prolongation de la vie- et les risques nouveaux qu'elles font courir -pollution irréversible par les OGM, confiscation industrielle du patrimoine génétique, individus catalogués par génotype, etc. "Le siècle biotech" est un best-seller mondial. Il pose des questions douloureuses à tout le monde : aux écologistes qui bloquent des recherches d'avenir, aux assurances qui exigent le profil génétique de leurs clients, aux compagnies pharmaceutiques. Quatrième enquête : "L'âge de l'accès"( La découverte, 2000). Rifkin y réfléchit sur les conséquences humaines et sociales du développement rapide d'Internet à haut débit, la circulation accélérée des produits culturels, la délocalisation du travail grâce à "l'accés" au réseau mondial. Il repère comment cette nouvelle ère électronique étend comme jamais la sphère marchande, autant que le "libre accès". Il s'interroge : "Existe-t-il encore une différence entre communication, communion et commerce ?". Cinquième enquête : "L'économie hydrogène. Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique."( La découverte, 2002). Cette fois, quand le baril est passé à 60 dollars, tout le monde a compris -les Etats-Unis en premier lieu, pionniers dans le développement la voiture à hydrogène.

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dimanche, 24 mai 2009

LA REVUE "RAVAGES" EST DE RETOUR

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NEWS NEWS NEWS Le numéro 2 de la revue RAVAGES, dont le numéro 1 a été épuisé en quelques jours, fondée par votre serviteur et l'écrivaine Isabelle Sorente, est en vente dans toutes les bonnes librairies depuis hier. Thème du numéro : "INFANTILISATION GENERALE". Un petit cut up du numéro vous en dira un peu plus :

«L'infantilisation des adultes est en marche dans un monde… où, pendant 20 ans, politiques et économistes nous ont fait croire que le capitalisme financier, le banquier enchaînant le pauvre à crédit et le trader de Wall Street représentaient le summum de l’humain…
… où les philosophes et les penseurs serviles ont vendu la soupe de la fin de l’Histoire et du renoncement…
… où on glorifie le corps teenager pour tous et à tout âge, la « girl culture » pour les femmes adultes, la culture « ado » dans toute la culture, le positive thinking et la psychologie de bazar comme philosophie de vie
… où la gauche a capitulé sur le terrain des luttes, des droits, du projet social et républicain, de la défense des libertés individuelles
… où la consommation est devenue le seul mode de vie, la superficialité l’idéal, la révolte une folie…
Un monde qui préfère…… le simplisme à la réflexion … le sentimentalisme à la raison … les certitudes à l’incertitude … la pensée unique à la recherche … le paternalisme à la liberté … le voir au penser… le désir au plaisir … le narcissisme à l’amour … l’instantané au durable… l’ignorance à la connaissance … l’enfant-roi à l’adulte … le salariat au travail indépendant
."

On rencontre dans RAVAGES 2 :
• FRÉDÉRIC NIETZSCHE, dont l’œuvre est interviewée ;
• Les philosophes BENJAMIN BARBER, (auteur de « Comment le capitalisme nous infantilise »), RUWEN OGIEN (sur le paternalisme), BERNARD STIEGLER (sur l’infantilisation des enfants), PAUL VIRILIO (sur la virtualisation du monde), MICHAELA MARZANO (sur le coaching des moutons)...
• Les économistes MUHAMMAD YUNUS (prix Nobel), JOSEPH STIGLITZ (prix nobel)...
• Les chercheurs CATHERINE VIDAL (neurobiologiste) et JEAN-FRANÇOIS TERNAY (éthicien) ;
• Les écrivains ARAVIND ADIGA, WENDY DELORME, DOROTA MASLOVSKA, ISABELLE SORENTE. PATRICK PIET

Par ailleurs, la revue RAVAGES et le FORUM D'ACTION MODERNITE organisent le 3 juin, de 19 H à 21 H, avec le théâtre du Rond Point une soirée ravageuse, où les auteurs de la revue viendront s'expliquer, Frederic Nietzsche (joué par Jean-Michel Ribbes) sera interviewé en direct, et plusieurs spectacles et humoristes seront présentés

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"INDE, DEMOCRATIE FRAGILE". ENTRETIEN AVEC ARAVIND ADIGA, ROMANCIER À BOMBAY, EN PLEINE CAMPAGNE ELECTORALE INDIENNE

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« Je suppose, votre excellence, que moi aussi je devrais commencer par embrasser le cul d’un dieu quelconque. Mais lequel ? Le choix est vaste. Les musulmans ont un dieu. Les chrétiens en ont trois. Nous, les hindous, trente-six millions. Soit un total de trente-six millions et quatre culs divins parmi lesquels choisir (…) Ces dieux, il faut bien l’admettre, semblent accomplir peu de choses - comme la plupart de nos politiciens - pourtant ils continuent d’obtenir leur réélection sur les leurs trônes dorés, au paradis, année après année.» Balram Halwaï, jeune patron d’une entreprise de taxis de Bangalore, à la fois cynique, inculte, mégalomane, écrit une longue lettre au premier ministre chinois Wen Jiabo de visite en Inde. Il lui raconte sa réussite exceptionnelle, et ce faisant sa vie - « l’autobiographie d’un Indien à demi-cuit » - ponctuée de tirades féroces sur la cruauté de la société indienne. Nous le suivons depuis Laxmangarth, son village natal près de Bodh Gaya, où Bouddha a atteint « l’Eveil Suprême » : « Je me demande si Bouddha a traversé Laxmangarh, écrit Balram. Moi je pense qu’il l’a traversé en courant - aussi vite que possible. » Et pourquoi ? Le Gange sacré, « le fleuve noir » coule ici : « rivière de la Mort, aux berges gorgées de boue grasse, sombre et visqueuse, qui agrippe et emprisonne tout ce qui s’y enfonce… » Dans son village, quel est le personnage le plus important ? « La bufflonne. » : « C’était l’individu le plus gras de notre famille. Comme de toutes les familles. » Et après la bufflonne ? « Le Buffle », le propriétaire terrien et son ami « Le Sanglier » : « Le Buffle était le plus gourmand… Il avait avalé les rickshaws et les voies de circulation. Ainsi, tous ceux qui avaient un rickshaw ou qui empruntaient la route devaient lui verser sa ration : un tiers de leurs gains pas moins. »
« Le Tigre Blanc » (Buchet-Chastel, 2009), le premier roman d’Aravind Adiga, 34 ans, booker prize 2008 (l’équivalent anglais du prix Goncourt étranger), commence par cette peinture  féroce de la campagne indienne, où les élections sont de véritables farces : « C’est toujours la même chose, me dit mon père ce soir-là. J’ai connu douze élections, cinq générales, deux régionales, et deux locales. Chaque fois, on a voté à ma place. J’ai entendu dire qu’ailleurs, en Inde, les gens votent eux-mêmes. C’est quelque chose hein ? ».  Ensuite Balram devient le chauffeur de monsieur Ashok, un bourgeois de Delhi : « La première chose à savoir sur Delhi est que les routes sont bonnes et les gens mauvais. La police est pourrie jusqu’à la moelle.» Là, il comprend que toute promotion, tout avantage s’obtient par pot-de-vin, en courbant l’échine. Surtout auprès de ceux qui affichent Gandhi et « le Grand Socialiste » dans leur bureau.
J'ai rencontré Aravind Adiga, de passage à Londres, pour qu’il nous parle des élections indiennes - 714 millions d'inscrits. Un mois avant les résultats, il pensait que le parti du Congrès allait l'emporter parce qu'il prônait et mettait en oeuvre, surtout dans les campagnes, d'importantes mesures sociales. Un visage d’étudiant, un débit rapide, Aravind Adiga se présente comme un fils de « la classe aisée » qui a rompu un tabou indien : aller à la rencontre des « Intouchables » et des « basses castes ». Après des études de journalisme à New York, il s’est lancé dans l’enquête de terrain ( comme son confrère et écrivain Suketu Metha, l’auteur du reportage de 800 pages « Bombay Maximum City » - Buchet-Chastel, 2006). Après plusieurs articles remarqués dans le Times, dont un sur les rickshaws de Calcutta, il s’est consacré à l’écriture du "Tigre Blanc". Aujourd’hui, vendu à 150 000 exemplaires en Inde, et autant an Angleterre, le livre fait scandale. Sa description bouffonne et sombre d’un pays corrompu, sans illusion, où il semble impossible de sortir de la misère sans tricher, trahir, sinon tuer - comme son héros Balram - a suscité de fortes critiques dans la presse indienne. Aravind Adiga, qui vit à Bombay, dit admirer Guy de Maupassant et Vidiadhar Surajprasad Naipaul - l’auteur de « L’Inde brisée » et de « L’illusion des ténèbres » - raconte ici son Inde et défend sa cause.

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vendredi, 08 mai 2009

"NOUS SOMMES TOUS DES VOYAGEURS MASQUéS". CINQUIEME ROMAN D'ISABELLE SORENTE (GRASSET), SA PIECE "HARD COPY" (ACTES SUD) JOUEE A PARIS, LA REVUE "RAVAGES" EN LIBRAIRIE FIN MAI

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(Photo Patrice Flora Praxo)

NEWS NEWS NEWS C'est une amie, certains me reprocheront de n'être pas objectif, et pourtant. Isabelle Sorente, 36 ans, revient dans l'actualité avec un cinquième roman dérangeant "Transformations d'une femme" (Grasset, mars 2009), une reprise de "Hard Copy" (Actes Sud) sa pièce dérangeante - et drôle - sur le harcélement moral (au Lucernaire fin mai, après deux mois salle comble au Lumen à Bruxelles - 250 places ), et une nouvelle dérangeante - "Infanticide" - dans le prochain numéro dérangeant de la revue RAVAGES (qu'elle co-dirige, thème "Infantilisation générale", sortie le 20 mai, éditions Descartes&Cnie, 01.42.22.29.02 ) autour de laquelle se prépare un spectacle avec le théâtre du Rond Point. Avec Isabelle Sorente, la littérature n'est jamais tiède. J'ai lu "Transformations d'une femme" deux fois, voici pourquoi.

(Interview télévisée d'Isabelle Sorente et d'autres écrivains par J.P Elkabach sur Bibliothèque Médicis : target="_blank">iframe> )

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Au débat sur le féminisme organisé par le magazine Elle au Salon du livre, où participait une Benoise Groult en grande forme - « Les hommes n’ont pas assez changé ! » a-t-elle lancé, faisant crouler la salle -, Isabelle Sorente a raconté qu’elle prenait des cours de self-défense. Nous savions déjà que cette polytechnicienne avait fait de la voltige aérienne, et que son bi-moteur était tombé dans le golfe de Gènes. Mais pourquoi de la self-défense ? Pour se défendre des hommes ? « D’abord pour éviter de se penser en victime pendant une agression ». Plusieurs fois suivie, embêtée, au cours d’un voyage solitaire en Grèce, elle a voulu rompre avec la peur qu’elle sentait déposée en elle. « Ces cours ont agi comme une sorte de psychanalyse physique, D’un seul coup, je me suis souvenu qu’à l’école, on me disait « Ne te bas pas ! », « Une fille ne se bagarre pas ! ».

Dans le débat ringard organisé par Elle - « Le féminisme est-il ringard ? » -, l’anecdote venait rappeler combien la fabrication du genre « femme », de l'idéologie "femme" continue aujourd’hui dès les cours de récréation. Aujoud'hui encore, un code invisible s’installe dans la manière de se défendre, se battre, utiliser ses poings, sa rage, éviter ou accepter la violence. Dans sa façon de se penser en fille, pas en garçon, physiquement. Un jeune mec apprend jeune la bagarre, elle fait profondément partie de sa vie, ses relations à ses copains, sa manière de se comporter, dès les premères années - de plus en plus aujourd’hui, en banlieue, dans les lycées surpeuplés. D’innombrables « études sur le genre » françaises ont analysé ces phénomènes. Ils ne se sont pas tant ringardisés. Le processus de fabrication des archétypes n'a pas cessé. Isabelle Sorente s’amusait, au Salon du livre : « On devrait proposer des cours de self-défense aux filles dans tous les lycées.

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jeudi, 02 avril 2009

POST-HUMAIN. "VIELLE LUNE" OU QUESTION D'AVENIR ? AXEL KAHN LE BIOLOGISTE VERSUS JEAN-MICHEL BESNIER LE PHILOSOPHE

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NEWS NEWS NEWS Le philosophe Jean-Michel Besnier, membre du comité d’éthique de l’INRA, vient de publier « Demain les post-humains » (Hachette-Littératures), où il prend acte de l’apparition chez les scientifiques, suite à la littérature et la science-fiction, très friandes du thèmes depuis toujours, d’un intérêt pour la post-humanité - une humanité qui échapperait aux lois de l'évolution. N'a-telle pas commencé en pratiquant la fécondation in vitro, la procréation assistée, la contraception ? Un corps nouveau protégé et assisté par les machines, un post humain transformé par les biotechnologies n'est-il pas en gestation. En attendant le cyborg, résistant demain à la dureté de la vie sur une Terre irrémédiablement polluée, - ou encore un "transhumain", une nouvelle créature qui ne serait presque plus humaine, dont seul l'esprit survivrait.

Après avoir rencontré Jean-Michel Besnier, votre serviteur a été interviewer un des farouches opposants au clonage humain, longtemps membre du Comité Consultatif d'Ethique sur les questions des biotechnologies, le biologiste Axel Kahn. Voici les deux entretiens, publiés à la suite - comme ils le sont dans le supplément du Monde "L'évolution, quelle histoire !" (7,50 €, 100 pages, magnifique) sorti cette semaine en kiosque. Bonne polémique.

I- ENTRETIEN avec AXEL KAHN

"PRETENDRE CONTROLER LES PROCESSUS EVOLUTIFS, C'EST PRENDRE LE RISQUE D'IMPOSER DES PREJUDICES AUX GENERATIONS FUTURES"
Généticien, longtemps spécialiste de thérapies géniques, aujourd’hui président de l’université Paris Descartes, Axel Kahn intervient régulièrement dans le débat public sur les questions touchant à la génétique. Il s’est par exemple opposé à l’amendement Mariani promulguant l’utilisation de tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. C’est aussi un opposant déclaré au clonage reproductif humain.

-Depuis la naissance « in vitro » d’Amandine le 29 février 1984, 3 millions de « bébés-éprouvettes » sont nés dans le monde. L’espèce humaine entre-elle dans une ère post-humaine, où elle échapperait à l’évolution ?

Axel Kahn : La grande loterie de l’hérédité, le grand brassage des gènes continue chez un « bébé-éprouvette ». Ce serait une illusion de croire que l’humain, du fait de toutes les techniques qu’il maîtrise, en particulier les biotechnologies, soit sorti du processus évolutif. Il existe un phénomène bien visible de la continuité de l’évolution chez l’homme, c’est l’épidémie actuelle d’obésité. Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la seconde moitié du XXème, les années de « vaches maigre » ont été beaucoup plus fréquentes que celles de « vache grasse », si bien que les gènes permettant à l’organisme de s’acclimater au déficit alimentaire ont été sélectionnés. Mais tous ces bons gènes qui permettaient d’emmagasiner des graisses pour pouvoir résister à la disette se sont révélés être des gènes de l’obésité du jour où l’on est passé, aux Etats Unis comme en Europe et, surtout et de façon brutale, chez les inuits, indiens et peuples du Pacifique, au régime d’abondance.

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